Lettre de Montesquieu. Paris, 4 mai
230 CRAPITRB XVIII.
d'abord à mettre son ouvrage en six volumes in-12 ou en trois volumes in-8'' ; il se décida enfin à en faire deux in-4*.
Au sujet de l'impression, voilà ce qu'un ami de l'éditeur nous apprend ' :
Vernet fut en correspondance réglée avec l'illustre auteur, qui lui envoya de jour en jour ses additions et corrections. J'ai entre les mains les premières variantes de VEsprit des Lois^ elles sont curieuses. Montesquieu avait si fortement médité son sujet qu'il n'eut aucune idée importante à modifier ; mais il était singulièrement attentif au choix des tours et des expressions, il priait souvent son éditeur de faire substituer un certain mot à un autre, et, dans ces légers changements... On voit avec quel goût il composait; il voulait allier les grâces du style et la précision, la profondeur et l'élégance; il voulait satisfaire tout à la fois l'esprit et l'oreille. Que n*a-t-on ces corrections successives pour étudier les finesses de la langue?
L'auteur avait prié l'éditeur de lui faire librement les observations qu'il croirait convenables, c Vernet se c crut permis, dit Guasco ', de changer quelques mots c qu'il ne croyait pas français, parce qu'ils n'étaient « pas en français de Genève. » Montesquieu ' écrivit en 1749 à Hume : < Je fais faire une copie des correcc tions que j'ai envoyées en Angleterre et à Paris, de c la première édition de Genève, en 2 volumes in-4*, c qui est très-fautive. » II y a des mots et même des