‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 190 sur 263 · LA DÉFENSE DE L'BSPBIT DES LOIS · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DE L'BSPBIT DES LOIS

génie, le politique et l'auteur, le philosophe et le chrétien, c Ce qui platt dans ma Défense y disait-il % est de voir, non pas mettre les vénérables théologiens à terre, mais de les y voir couler doucement, p

Un seul passage est regrettable : Montesquieu, accusé de n'avoir pas parlé du péché originel^ répond qu' c il n'a pas fait un traité de théologie. » Le mot est peu digne d'un si noble publiciste» Qu'on examine les erreurs les plus dangereuses qui aient, dans tous les temps, menacé les sociétés ; toutes s'appuient sur cette hypothèse, que nous n'apportons en naissant que de bonnes inclinations. Machiavel, c ce grand honmie >, comme l'appelle Y Esprit des Lois ', a écrit sur cette question fondamentale : c Tous ceux qui ont traité de la poUtique ont démontré, l'histoire en main, que quiconque veut organiser un État et y établir des lois» doit partir de ce principe que les bonunes sont mauvais et prêts à exercer leur malignité naturelle chaque fois qu'ils en trouvent l'occasion'. 1

Le succès de la Défense de F Esprit des Lois fut réel. Il s'accrut encore par la façon maladroite et médiocre dont les jansénistes et les jésuites y répliquèrent. Us prétendaient que Montesquieu avait essayé de se justifier de quelques reproches sans y parvenir, et n'avait même pas tenté de le faire pour les autres.

1* Lettre à madune da DeSknd, 18 Mptembre 175).

S. LIfre VI, eh. ▼•

S. DiMcomn mr lu Vécadet^ Ut. I, eh. m.

276 CnAPITRB XKI.

Le jugement de Voltaire sur eux est décisif ' : « Ils auraient rendu plus de service à notre religion s'ils avaient combattu avec des raisons, mais Us ont été de mauvais avocats d'une bonne cause, i

Ces articles des Nouvelles ecclésiastiques reçurent, sous le titre de Suite de la Défense de f Esprit des Lois, une réponse que Montesquieu estimait c faite par un protestant, écrivain habile et qui a infiniment d'esprit. » Il se nonmiait La Beaumelle ; il avait vingtcinq ans, de l'admiration pour le livre nouveau, de Fenthousiasme pour l'auteur et un véritable talent de polémiste. Sa brochure discuta les critiques anciennes et récentes, et combattit tous les adversaires, de telle sorte qu'on l'attribua à Montesquieu. On peut la lire avec agrément.

Deux autres champions se mirent à réfuter : les jésuites, les jansénistes et l'abbé Delaporte. L'un, sous le titre ^Apologie de TEsprit des Lois eut le défaut de vouloir tout défendre : il s'appelait Boulanger de Rivery. L'autre, Risteau, publia une Réponse aux Observations. Cette réfutation, logique et solide, rétorque souvent l'abbé avec avantage; elle donne

1. Vollaire-Beuehot, t. LXIII, p. 530; — Joseph de Maistre, Lettrée f t. il, 5^ paradoxe, dit aussi : f U n'y a pas, du moins en France, de plus grande réputation que celle de Montesquieu ; mais c*est que, dans ce genre, il n*y eut Jamais d*homme plus heureux. Tout se réunit en sa fa?eur. Une secte puissante voulut absolument Tadopter et lui offrit la gloire -comme un prix d'enrôlement. Les Anglais mêmes consentirent à lui payer en éloges comptants son chapitre sur la Constitution d'Angleterre. Pour comble de bonheur, il ftat mal attaqué et bien défendu ; enfin, ce fut une apothéose. »

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