‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 2 sur 263 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Parmi les grands esprits du dix-huitième siècle, Montesquieu est celui dont la vie nous est le moins connue. Nous avons, il est vrai, les Éloges qu'on fit après sa mort. D'Alembert, Maupertuis^e chevalier de Solignacne s'épargnèrent pas pojir louer leur illustre ami; mais ces pièces d'apparat, dressées sur des mémoires fournis par M. de Secondât, ont le défaut de nous peindre Fauteur en buste et dans une attitude théâtrale. On voit l'écrivain, on ne voit pas Thomme. Ce n'est pas assez pour un âge aussi curieux et aussi sceptique que le nôtre.

Nous avons tous été à Técole de Sainte-Beuve. Pour nous satisfaire il ne suffit pas de nous mon-

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trer les vertus du héros qu'on offre à nos regards ; nous voulons le voir en déshabillé, avec ses habitudes et ses faiblesses. Il semble que nous le comprenons mieux quand on le fait descendre à notre niveau. Ce qu'il nous faut, ce sont des Mémoires, une Biographie, des Confessions.

Après quinze ans de recherches, M. Louis Vian nous apporte un Montesquieu tout nouveau. Dans ce travail, fait avec un soin qu'on ne saurait trop louer, dans ces pages où l'on sent à chaque ligne l'admirateur d'un grand homme, il y a de véritables découvertes qui feront la joie des érudits; il y a en même temps une infinité de détails faits pour amuser les curieux. Les premiers liront avec intérêt le projet de censure dressé par la Sorbonne, et toute la procédure qui précéda la mise de V Esprit des Lois à V Index. Rarement diplomate a dépensé plus de ressources, que ne fit le Président, pour lutter contre la cour de Rome, et pour échapper à une condamnation, dont le moindre défaut était l'inutilité. Quant aux curieux qui sont surtout friands d'indiscrétions, ils n'apprendront pas sans un certain plaisir que Montesquieu tenait à la Régence par ses faiblesses, tout autant que par la hardiesse de ses idées. Je ne dis

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rien des critiques auxquels on révèle que Montesquieu épousa une protestante. Une pareille tolérance en fait de religion suffit pour expliquer des livres entiers de VEsprit des Lois^ et non pas les moins importants.

Ces Mémoires (c'est le vrai nom qu'il faut donner au livre de M. Louis Vian) changeront-ils les idées généralement reçues sur Montesquieu? je ne le crois pas, et ce n'est pas l'intention du biographe.

L'auteur des Lettres persanes^ de VEsprit des Lois^ de la Grandeur et de la Décadence des Romains^ a toujours passé pour un homme d'esprit : on n'en a jamais fait un saint. On n'en a pas fait davantage un bénédictin enfermé dans sa cellule et tout entier à une œuvre d'érudition, encore bien qu'il aimât avec passion les Sciences et les Lettres. Voyageur , en un temps où on ne sortait guère de France, grand propriétaire, vigneron fanatique, ami du grand monde et des salons, fort disposé même à fréquenter les cours, Montesquieu a toujours été regardé comme une espèce de lord anglais, instruit, libéral, et non moins curieux d'étudier les hommes que les livres. M. Louis Vian ne fait qu'accuser plus nettement ces traits

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déjà connus, et il leur donne un plus grand air de vérité.

En parcourant ces pages si pleines de détails nouveaux, on sent mieux combien Voltaire et Helvétius avaient raison de rapprocher Montesquieu de Montaigne.

Us sont de même famille et de même esprit.

Tous deux ont gardé le goût du terroir; et, au travers de l'originalité et de la hardiesse de leurs idées, on sent le Gascon à je ne sais quelle vivacité qui donne à leur langage plus de piquant et de saveur. Tous deux ont également ce mérite que, sous l'apparence de l'ironie, ils ont au plus haut degré le goût de la justice, l'amour de la patrie. M. Louis Vian a mis en plein relief ce beau côté de Montesquieu. L'homme qu'il nous peint est bien / celui qui disait de lui-même : « J'ai eu naturellement de l'amour pour le bien et l'honneur de la patrie, et peu pour ce qu'on appelle la gloire. J'ai toigours senti une joie secrète lorsqu'on a fait quelque règlement qui alloit au bien commun. » ^^ Ce qui ressort également des recherches de M. Louis Vian, c'est la bonté de Montesquieu. Il n'est pas seulement prêt à obhger ceux qui ont besoin de lui, comme Piron, La Baumelle, l'hor-

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