‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 252 sur 263 · PORTRAITS ORIOINAUX DB MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

PORTRAITS ORIOINAUX DB MONTESQUIEU

Deax artistes firent, de son vivant, le portrait de Montesquieu .

L'un le représenta avec sa perruque et sa robe de magistrat. Voici comme un contemporain, Guasco, dans une note jointe à une lettre du 25 mars 1765 (Lettres familières, S. D. 4767), nous en parle :

M. de Montesquieu ne s*ëtait Jamais souelé de se fklre peindre, et ee ne tai qu'après des difficultés infinies qu'il aeoorda, aux instanees de M. l'abbé G. de Guaseo, qui était à Bordeaux evee lui, de se laisser tirer par un peintre italien qui passait par cette ville en revenant d'Espagne. Cet ami possède ee portrait, qui est asseï ressemblant, et le seul qui existe fait d'après nature. Il m'a dit que le peintre assurait n'avoir Jamais peint un homme dont la physionomie changeât tant d*un moment à Tautre, et qui eût si peu de patienee à prêter son visage.

Ge médiocre graveur d'estampes était italien et s'appelait Faucci (Garlo). J'ignore ce qu'est devenue son œuvre.

La représentation de Montesquieu qui a en le plus de succès est due à Jacob-Antoine Dassier, célèbre graveur de médailles, né et mort à Genève, (1715 et 4759), qui était attaché à la monnaie de Londres. La suite de ses médailles, qui représentent les hommes les plus illustres de son temps, est remarquable par la finesse du dessin et par la ressemblance, qui en augmente le prix.

Le père de madame Goltin, Risteau, raconte dans une

lettre datée de i778 comment Dassier ûtla gravare de Montesquieu.

Je me trouvais à Paris, en J 752, en retenant de Bretagne ; j'y fia un séjour fort court. Deux ou trois Jours avant mon départ pour Bordeaux, je fus dîner ckiei mes banquiers, HH. Dufosr et Hallet- Ce dernier, me voyant arriver, me dit : c Je suis d*autant plus aise que vous soyes venu me demander la soupe aujourd'hui, que je vous ferai dtner avec un de nos anciens camarades de Genève. C'est notre ami Dassier, qui rient de Londres et qui va faire un tour ches lui. » Celui-ci arriva peu après. Nos premiers compliments faits, je lui adressai quelques questions sur le but de son voyage. Il m'avoua qu'étant occupé à faire une suite de médailles des grands hommes du siècle et ayant appris que M. de Montesquieu était actuellement à Paris, il y était venu exprès, et qu'il souhaitait que quelqu'un pût l'introduire auprès de lui pour lui demander la permission de prendre son proûl et de faire sa médaille.

Alors, M. Mallet, Pinterrompant, dit que personne mieux que moi ne pouvait lui procurer cet avantage. Je lui répondis que, quoique J'eusse pris congé de Montesquieu le matin môme de ce jour. Je me chargerais bien volontiers de la commission, sans oser me flatter de réussir; et après quelques instances de Dassier, je me déterminai à écrire, sur une carte, à M. de Montesquieu, pour lui foire connaître le désir qu'avait Dassier de le voir et lui demander le moment qui lui serait le plus commode. J'envoyai cette carte par mon domestique, qui revint avec la réponse de Montesquieu, écrite avec du crayon sur la même carte, en ces mots : Demain matin ^ à finit heurti.

Le lendemain, je me rendis avec Dassier ches M. de Montesquieu, rue Saint-Dominique. Nous le trouvâmes occupé à déjeuner avec une croûte de pain et de Teau et du vin. Après toutes les politesses de part et d'autre, M. de Montesquieu demanda à Dassier s'il avait apporté avec lui quelques médailles; sur quoi celui-ci lui en montra plusieurs*. M. de Mobtesquieu s'écria en les examinant : « Ah 1 voilà mon ami mylord Chesterfleld, je le reconnais bien. Mais, monsieur Dassier, puisque vous êtes graveur de la Monnaie de Londres, vous avei sans doute fait la médaille du roi d'Angleterre? — Oui, monsieur le président; mais comme ce n'est qu'une médaille de roi, je n'ai pas voulu m'en charger. — A votre santé pour ce bon mot, monsieur Dassier, dit M. de Montesquieu, qui tenait alors un verra plein. »

La conversation s'anima et devint alors d'autant plus intéressante que Dassier avait beaucoup d'esprit. Aussi, au bout d'un quart

ICONOaRAPHIB DE MONTESQUIEU. 391

d*heare, il Ht Tenir très-adroitement la demande quUl se détermina enfin à faire à M. de Montesquieu, de prendre son profil et de faire sa médaille. 11 fit surtout valoir qu*il avait fait le voyage de Londres à Paris tout exprès dans Tespoir qa'il ne lui refuserait pas cette grâee.

Après un moment de réflexion de la part de M. de Montesquieu, qui occasionna une espèce de silence, 11 prit nn ton sérieux et lui dit : « Monsieur Dassier, je n*ai Jamais voulu laisser faire mon por* trait à personne. Latour et plusieurs autres peintres célèbres, qu'il nomma, m'ont perséeuté pour cela pendant longtemps. Mais ee que Je n'ai pas fait pour eux. Je le ferai pour vous. Je sais, dit-Il en souriant, qu'on ne résiste pas au burin de Dassier, et même qu*il y aurait plus d*orgueil à refuser votre proposition qu'il n'y en a à Paccepter. » Dassier remercia M. de Montesquieu avec des transports de Joie qu'il modérait avec beaucoup de prine. 11 lui demanda enfin son Jour, a Tout à l'heure, lui répondit M. de Montesquieu, car Je compte aller, demain ou après-demain, à Pont-Chartrain voir M. de Maurepas, où Je passerai quelque temps, et Je ne pourrai disposer que de ee moment ; je vous conseille d'en profiter. » Sur quoi Dassier tira ses crayons de sa poche, et J'assistai une demi-heure à son travail. 11 en était à Tœil lorsque Je pris congé ; et alors se tournant vers mol : « Ah I me dit-il, mon ami, le bel œil ! qu'il fera un magnifique effet I s

Je partis le lendemain pour Bordeaux, et Je ne vis plus Dassier qui lorsque la médaille fut frappée, m*en envoya six en présent. Je n*en voulus accepter qu'une, et lui tint compte des cinq autres que Je distribuai à son proQt. M. de Montesquieu me dit, l'année suivante, à Bordeaux, qu'à son retour de ehes M. de Maurepas il avait eneore donné plusieurs séances à Dassier, et qu'il avait élé fort long.

Voilà au vrai ce qui s'est passé dans cette occasion : il n'y a point eu d'autre témoin que mol.

RlSTEAO *.

Cette médaille a serri de type à tous les artistes qui ont voulu reproduire les traits de Montesquieu. Le malheur est qu'elle est rare; aussi beaucoup Font-ils copiée d'après d'autres, de seconde ou de troisième main. Pour la faire connaître j'en place le fac gimûe en tête de ce volume.

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