LETTRES INEDITES DE MONTESQUIEU
« J'approuve inflniment ce que vous me mandâtes, hier, que vous ne vouliez pas de confidente. On n'en a que les inconvénients, on n'en aime que moins. Nous n'en aurions besoin que pour nous raccommoder et nous ne nous brouille^ rous jamais. »
<( Cet air absolu ne m'intimide point.
« Pourquoi ne vivrais-je point sous les lois de ce que j'aime?
« Je suivrai vos ordres de point en point.
u Je suis fâché que vos gens n'aillent point à Versailles, et que je sois obligé de vivre si près de vous sans vous voir.
« Vous m'occupez entièrement. Vous faites le tourment de mon esprit, comme vous faites les délices de mon cœur.
(c Adieu, Madame. Je serais heureux si cette [jour] nuit... mais [je ne veux point parler ny ny] je parle inutilement de mes désirs [ny] et de mes regrets. »
« [J'ai été cent pieds sous terre]. Je suis dans le dernier désespoir depuis que je vous ai quittée.
« J'ai [eu peur et j'ai peur encore] craint et je crains encore, que la personne que vous savez [ne se soit aperçu de ce que] n'aye [vu ou] deviné [et la peine que cela vous] et je me reproche toute la peine que cela vous peut faire.
« Pardonnez-moi jusques à mon amour.
« J'ai mille choses à vous dire. Avouez que j'ai été bien Bot. Je n'ai jamais été si embarrassé de mon désordre et du votre; [adieu je vous embrasse]. Mais vous aviez encore do l'esprit et moi je n'en avais plus.
t< [Adieu Je vousdonne.] Je ne compte pas dans ma vie et je ne daigne pas vous offrir les moments qui jusques à samedi ne sont rien, puisque je ne les passerai pas avec vous. ••
Une intrigue entre une princesse galante et un ma-
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gisirat en ronction ne pourail èlre éternelle. Cette relation, que la jirésence du comte de Mflim riiidaït piquante, s'étei^iiil sang doute le 34 juillet 1724, i sa mort, par une de ces inconséquences qui datent du fruil défendu.
he Temple de Gnide courut, je crois, quelque temps en manuscrit. Bientôt un périodique ' qui s'ïdïprimait en Hollande l'inséra dans le second semestre de l'année 1724 avec cette note : € Cette pièce a été ■ trop bien reçue du pubLc pour refuser de la mettre « au rang des pièces fugitives qui méritent d'être c conservées. Ou assure qu'elle est de la façon de c celui qui nous donna, il y a trois ans, les Lettres « persanes. >
Montesquieu le publia en volume, à Paris, sous le pseudonyme' d'un évéque grec, à la fin de mars 1723, pendant la semaine sainte et avec approbation.
Un contemporain' nous apprend qu'on fut scanda^ lise de l'époque où il paraissait, et du privilège du roi. Il ajoute : ■ On veut faire croire ce petit livret traduit € du grec, et trouvé dans la bibliothèque d'un évèque,
• mais cela sort de la tète de quelque libertin qui a
• voulu envelopper des ordures sous des allégories.
• L'addition de la fin, où l'Amour fait revenir ses « ailes sur le sein de Véuus n'est pas mal friponne ; et
I. BiHIaik/que framtoite. Amilerdam, p. 11, artide vi. 3. Vlllenuin, Bladn 4t lillémmrrlEuai nr lei roman grrct). PwU, Uidicr; — J--J. Rouweui, t PrmmeHade.
3, IbUika Marai». JMnuJ d «Mroirci, t. III, p. ntettlt.èdiu
MADAME nu DEFFAND ET LE TEMPLE DB GNIDE. 79
« les femmes disent qu'elles veulent apprendre le « grec, puisqu'on y trouve de si jolies cures:... Les u allusions y couvrent des obscénités à demi nues. »
En voyant des pensées au lieu de sentiments et plus d'observation que d'imagination, le tout présenta dans un style* précieux et d'une fausse naïveté, le public, par la voix de madame du Deffand', qui avait plusieurs raisons de ne pas goûter un tel ouvrage, si peu en rapport avec son art d'aimer et son art d'écrire l'appela aussitôt : c l'Apocalypse de la galanterie. »
On en fit une parodie intitulée : Le temple de Gnide^ le muet babillard et la sympathie forcée^.
Du reste, l'opinion hésitait à le donner à Fontenelle, à Hénault ou à son véritable auteur. Montesquieu a désavoué le livre pendant fort longtemps, et, bien que contraint par l'évidence, en faisait encore un secret en 1742 ^. Le mot le plus compromettant qu'il ait dit à ce sujet est dans une de ses lettres datée de 1738, à Moncrif : a Je suis, à l'égard des ouvrages qu'on m'attribue, < comme la Fontaine-Martel, pour les ridicules; on a me les donne, mais je ne les prends pas. » Cependant des indiscrets révélèrent son nom et comparèrent son livre avec Télémaque, auquel il ressemble
1. Le tMiron de Mareteol, Temple deGnidê, Paris, Jouaost, 187 S, p. 12, dit : • n j a certaines phrases qui feraient eroire queToufrige a d*abord été écrit en Ters. s
}. Dalembertf Œuvres, Sapplément à TÊloge de Montesquieu.