PORTRAIT DB MONTESQUIEU
Ses cheveux, qui étaient blonds, sont groupés sur sa tète avec le talent et le désir de plaire. Le front respire un grand penchant à l'analyse et une sérénité superbe. Le nez fort et long est orné de narines dégagées qui trahissent la délicatesse et la sensualité. La circonspection est empreinte sur sa lèvre d'en haut, et sur l'autre, l'enjouement porté à la raillerie. Le menton avancé montre de l'énergie. Enfin, quoique ce soit celui d'un myope, ce qui frappe le plus dans cette tête extraordinaire, c'est l'œil; il exprime tant de supériorité, et la paupière qui surplombe est si large, qu'on sent l'homme de génie dans ce regard qui lance des éclairs.
Naissance de La Brède. — Enfance ; collège. — Premier ouvrage. — VU d'étudiant. — Etprit dê$ Lois. — Entrée dans le monde. — Moeurs. — Nominatioxi dans 1« magistrature. -^ Maria^.
Le premier fruit * du mariage de M. et madame de Secondât, née le 11 septembre 1687, se nommait Marie ; elle épousa M. Trousset d'Héricourt, et mourut à Marseille, où son mari était gouverneur du fort d'If. Après le second enfant, qui fait le sujet de cette étude, il leur naquit encore, le 31 août l69i , une fille, appelée Thérèse, qui fut religieuse à Agen, où elle est morte en 1772. En 1693, ce fut un fils du nom de Joseph qui vécut à peine quelques années. Le 9 novembre 1694, Charles-Louis- Joseph vint au monde à Bordeaux ; nous le retrouvons devenu abbé, selon l'usage pour les cadets de famille. En 1696 eut lieu la naissance de Marie -Anne, morte à quatre ans.
Si l'on passe vite sur ces enfants , parce que leur existence a laissé peu de traces, il faudra cependant se
1. O'giWy, Nobiliaire de Guyenne et Gascogne, in- 4. Bordeaux. 1858, ¥<* Secondai.
NAISSANCE DB LA BREDE. i^
les rappeler, à cause des relations qu'ils eurent avec le suivant.
Je vais parler maintenant du plus illustre.
On se figure mal, dans notre France actuelle, les circonstances qui, chez les nobles d'autrefois , accompagnaient la naissance d'un fils atné. Les historiens de l'école de Michelet racontent volontiers qu'alors les parents obligeaient leurs vassaux à venir saluer Fen&nt dans ses langes, sous peine d'être pendus haut et court au bois de Justice. Voici la vérité.
Le lendemain de la Révolution d'Angleterre et un siècle avant celle de France, messire Jacques de Se* condat, baron delà Brède, seigneur de Baron-en-Ëntre- Deux-Mers, de Martillac, du fief d'Olivier, de Léogan et autres lieux, eut son fils atné. Je n'ai pu retrouver son acte de naissance, mais on ^ a relevé cette note sur le livre de messe d'une femme du pays : c Ce «r jourd'hui, i 8 janvier 1689, a été baptisé dans notre c église paroissiale, le fils de M. de Secondât, notre
< seigneur. Il a été tenu sur les fonds par un pauvre € mendiant de cette paroisse, nommé Char les , à celle € fin que son parrain lui rappelle toute sa vie que les € pauvres sont ses frères. Que le bon Dieu nous con-
< serve cet enfant ! >
Au surplus, ce n'est pas une exception, le seigneur de Montaigne ' agit de même en 1553, ainsi que le ba-
1. Beaurein, Variétés bordelaises, t. IV ot V. Bordeaox, iii-12,
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