LA RÉPUBLIQUE DE FÉVRIER
dustrielles, économiques et sociales, Montesquieu n'eût pas moins d'influence que sous la Restauration. Le nombre de ses éditions, de ses statues et des articles ou brochures sur lui, diminua pourtant un peu, soit parce qu'on voulut réagir, selon l'usage, contre le régime précédent, soit plutôt parce que le goût des études sérieuses s'amoindrit. Si le succès de Montesquieu est en rapport avec la liberté politique, il indique encore mieux le niveau de l'esprit public.
La République de 1848 donna à la France le suffrage universel, malgré ï Esprit des Lois qui disait : « Il y a toujours dans un État des gens distingués « par la naissance, la richesse ou les honneurs. Mais « s'ils étaient confondus parmi le peuple, et s'ils n'a- « valent qu'une voix comme les autres, la liberté « commune serait leur esclavage, et ils n'auraient « aucun intérêt à la défendre, parce que la plupart « des résolutions seraient contre eux '. »
Cependant, à dessein ou par mégarde, la seule mention qui fut faite de Montesquieu sous ce régime est dans un journal, qui le revendique comme sociaHste.
L'empire de 1852, qui n'aimait pas le gouvernement parlementaire, procura peu de vogue en politique à notre publiciste, mais il se fit son disciple en histoire. Pendant ces dix- huit ans de règne, on trouve peu de
t. Esprit des Lois, 1. XI, ch. vi. Il avait déjà dit dans la BC^ Lettre persane : Dans ce tribunal, on prend les voix à la majeure; mais on dit qu'on a reconnu par expérience, qu'il vaudrait mieux les recueillir à la mineure, et cela est assez naturel ; car il y a très-peu d^esprits justes, et tout le monde convient qu^ily en a une inûnité de Taux.
brochures sur Montesquieu , moins d'éditions de ses œuvres et point de ses idées appliquées. Le critique officiel^ du temps dit même : « \J Esprit des Lois « fut un livre qui n'a plus guère d'autre usage que le « noble usage perpétuel de porter l'esprit dans la « haute sphère historique et de faire naître une foule « de belles discussions. »
Au contraire, depuis 1870, sans compter des Lc//re5 persanes et des Grandeur des Romains^ les œuvres complètes de Montesquieu ont déjà été tirées à trois éditions, dont une, préparée pendant deux ans de cours public, est annotée par un professeur de législation comparée au Collège de France, membre de l'Institut et sénateur, M. Ed. Laboulaye : commentateur digne de l'auteur.
L'avenir lui réserve sans doute quelque influence encore sur la civiHsation. D'ailleurs il a flétri le Cowgrès^^ combattu le célibat*, le dueP l'agiotage^ et les persécutions religieuses'^ et glorifié philosophiquement le christianisme ® comme institution sociale ; il a demandé l'abolition de l'esclavage^ et de la traite