Ed. Géraud, Annales de la littérature, t. VIII
PROPHÉTIE DU P. DBSMOLETS. n5
Molière s'est inspiré de Cyrano de Bergerac. Le succès des Voyages en Perse et surtout des Contes arabes y qui paraissaient dans ce temps-là et qui furent toujours sa lecture de prédilection ', eurent sur lui plus d'influence sans doute. Mon avis ne s'oppose pas à la remarque de Walter Scott*. « La couleur orientale est « ce qui a le plus ïait défaut à l'auteur des Lettres per- « saues. »
Lorsque son livre fut terminé, Montesquieu n'avait plus, pour les consulter, ni son père, ni son oncle; il alla trouver un de ses anciens maîtres de Juilly, le P. Desmolets, bibliothécaire de l'Oratoire âla maison de Saint-Honoré, à Paris, critique influent qui rédigeait des feuilles littéraires. Le prêtre engagea le magistrat, par égard pour la religion, pour sa haute position et pour sa tranquillité, à ne pas faire paraître son ouvrage ; mais le journaliste, dans le cas évident où l'auteur ne suivrait pas son conseil, ajouta : « Cela se « vendra conmie du pain ^. »
L'influence de son père avait été capable de lui faire condamner à l'oubli un essai dont il n'était pas content. Cette fois, rien ne put le décider à sacrifier un chef-d'œuvre qu'il sentait appelé à réussir. Cependant, comme il était timide * par caractère et circonspect par
i . Madame Necker, Nouveaux mélanges»