Alfred de Musset, Poésies nouvelles : Souvenir
VOYAGK A PAPHOS. 93
s'appelle le Voyage à Paphos * . Je l'attribue à Montesquieu d'après sa famille^, et d'après la France littéraire de i778 : quelques extraits convaincront les plus hésitants.
« Les dieux, ainsi que les mortels, ne flattent que pour obtenir ce quMIs désirent...
« Pour réussir dans ce qu'on projette, il faut aller par degrés au bonheur qu'on attend...
« Que de belles seraient aimables, si elles savaient ignorer que la beauté sert à se faire aimer!...
« Chaque dieu a ses autels, et chaque autel a ses faux prôtres; la politique, l'ignorance et la corruption en forment tous les jours; peut-èlre ne connaitrait-on point de vices, sans le pernicieux exemple de ceux que les dieux choisissent pour les bannir...
« Mais j'oublie un disciple de Thémis, qui n*a jamais aimé que la parure? — Ah! s'écria Vénus, qu'on le frise tous les quarts d'heure du jour; et dès qu'il paraîtra content de son ajustement on le fera promener au grand vent. Le supplice est cruel, mais TofTense est trop forte...
« Souvenez-vous que les précautions qu'on prend pour cacher ses feux ne servent qu'à les faire plus tôt paraître...
« Ceux qui affectent des dehors sévères s'offensent aisément et ne pardonnent jamais.. •
« Chez les mortels, sa distraction passerait aisément pour fierté; car souvent ceux qu'on en accuse y senties moins sujets. Ne vous y trompez pas, tel ne vous parait méprisant que parce qu'il ne comprend pas qu'on puisse l'être; il s'abandonne à sa pensée, ou à sa nonchalance naturelle; et s'il croyait qu'on pût soupçonner quelqu'un de fierté, il s'appliquerait à détromper ceux qui l'en soupçonnent...
« îi'amour-propre fait souvent naître des sentiments de