Lettre de Montesquieu du 17 mai
4. Laplace, Pièces intéressantes et peu connues, 1.785 'OO, t. V, p. 367 ; — (JEuvres posthumes de Montesquieu, 1 vol. in-12. Paris, an VI, p. 420; — Bernadau, Tableau de Bordeaux, in-8, 1810, p.
232 CHAPITRE XVlir.
tesquieu ' disait de lui : < Je sens que c'est un homme âu-dessus des autres. » Saurin, avant de se faire une réputation par ses œuvres dramatiques, passait parmi les gens de lettres pour un esprit étendu, juste et profond, qui avait des connaissances variées, du goût et des mœurs. Il y avait encore Crébillon le romancier, et Fontenelle, le père du dix-huitième siècle. Hénault, opinant le premier, dit que l'ouvrage n'était pas achevé, quoique les matériaux fussent sublimes. Silhouette conseilla de le brûler. Crébillon et Fontenelle l'engagèrent à ne pas publier un livre qui ne leur semblait pas dans le bon genre de la littérature française. Helvétius, d'accord avec Saurin, voulut faire plus ; il écrivit leur opinion motivée*.
Vous composez avec le préjugé, comme un jeune homme entrant dans le monde en use avec les vieilles femmes qui ont encore des prétentions et auprès desquelles il ne veut qu'être poli et paraître bien élevé. Mais aussi ne les flattezvous pas trop? Passe pour les prêtres. En faisant leur part de gâteau à ces cerbères de TÉglise, vous les faites taire sur votre religion ; sur le reste, ils ne vous entendront pas. Nos robins ne sont en état ni de vous lire ni de vous juger. Quant aux aristocrates et à nos despotes de tout genre, s'ils vous entendent, ils ne doivent pas trop vous en vouloir ; c'est le reproche que j'ai toujours fait à vos principes.
Saurin fut inquiet de cette lettre. Helvétius le rassura ainsi : « J'ai enveloppé mon jugement de tous les