LA DÉFENSE DE I/ESPRIT DES LOIS
génie, le politique et Fauteur , le philosophe et le chrétien. « Ce qui plaît dans msi Défense^ disait-iP, est de voir, non pas mettre les vénérables théologiens à terre, mais de les y voir couler doucement. » Un seul passage est regrettable : Montesquieu, accusé de n'avoir pas parlé du péché originel, répond qu' « il n'a pas fait un traité de théologie. » Le mot est peu digne d'un si noble publiciste. Qu'on examine les erreurs les plus dangereuses qui aient, dans tous les temps., menacé les sociétés ; toutes s'appuient sur cette hypothèse, que nous n'apportons en naissant que de bonnes inclinations. Machiavel, « ce grand honmie » , comme l'appelle V Esprit des Lois ^, a écrit sur cette question fondamentale : « Tous ceux qui ont traité de la poHtique ont démontré, l'histoire en main, que quiconque veut organiser un Etat et y établir des lois, doit partir de ce principe que les hommes sont mauvais et prêts à exercer leur malignité naturelle chaque fois qu'ils en trouvent l'oc-
casion ^. »
Le succès de la Défense de rEsprit des Lois fut réel. II s'accrut encore par la façon maladroite et médiocre dont les jansénistes et les jésuites y répliquèrent. Ils prétendaient que Montesquieu avait essayé de se justifier de quelques reproches sans y parvenir, et n'avait même pas tenté de le faire pour les autres.