‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 209 sur 269 · La Défense de VEtprit des Lois · texte numérisé non relu

La Défense de VEtprit des Lois

de Vindex voulait faire examiner son livre, elJe attendrait au moins, pour porter un jugement, qu'elle eût vu les réponses de l'auteur et la nouvelle édition, et qu'elle daignerait faire attention qu'il ne s'agit point d'un ouvrage de doctrine et de théologie, mais d'un traité de politique dont la matière est absolument étrangère aux matières de doctrine et de dogme.

L'auteur, digne de considération par sa naissance et par la charge de président à mortier dont il est décoré, a mérité en Italie et à Rome, lorsqu'il y est venu, l'estime et l'amitié de tous ceux qui l'ont conou. 11 semble digue, par là, qu'on ait quelques égards pour lui et qu'on soit moins prompt à flétrir son livre et à condamner les sentiments qui ont toujours été et seront toujours ceux de la plus saine et de la plus pure doctrine, et exempts de tout soupçon à cet égard.

Au reste, comme on l'a déjà dit, la réponse qu'il y a faîte dissipera toutes les objections qui se sont élevées contre le livre ; et l'édition à laquelle il travaille préviendra toutes celles qu'on pourrait faire à l'avenir.

Les postes allaient alors lentement. Les réponses de Montesquieu, envoyées de Paris le 2 juin 1750, n'étaient pas encore arrivées à Rome le 28 août.

Ce jour-là, le secrétaire de Y Index vint prévenir qu'il ne pouvait plus différer de mettre Y Esprit des Lois à Tordre du jour de la première séance.

Le cardinal Passionei écrivit à Bottari immédiatement :

J'ose espérer que vous aurez demain ces papiers, qui vous sont indispensables, puisque vous devez faire, lundi prochain, votre rapport à la Congrégation. En effet, vous aurez besoin de les étudier, pour pouvoir lui exposer ce qu'ils contiennent et pour vous rendre compte si elle se contentera des explications du président.

Vous savez , du restfe, qu'il se déclare prêt à changer et à

RAPPORT SUR L ESPRIT DES LOIS. 2i?l

corriger, dans son Jivre, !out ce qu'elle ne saurait approuver. ' A mon avis, c'est un acte de justice d'entendre un auteur, avant de le juger sur quelques idées particulières...*

La séance venue, dans les premiers jours de septembre, le prélat Bottari, au lieu de déposer son rapport, obtint à la majorité des voix de l'ajourner, sans doute sur la promesse donnée par l'auteur de faire une nouvelle édition. Mais le père Concina, dominicain, théologien ordinaire du pape, « lut un passage d'un de ses livres, quicontenait une sortie véhémente contre rJS5prit des Lois et notamment contre le chapitre où l'auteur dit que l'Inquisition n'est qu'une affaire de police, dans quelques pays ; qui diffère selon les pays ; qui peut avoir de la modération dans les uns et dans les autres de l'excès^.»

Montesquieu, informé, pensa de suite à répondre au P. Concina, mais des conseils l'en détournèrent.

11 écrivit, le 8 octobre 1730, au duc de Nivernais :

Sur la nouvelle qui me vint que quelques gens aviiicnt dénoncé mon livre à la Congrégation de Vhvkx^ je pensai que, quand cctlc Congrégation connaîtrait le sens dans lequel j'ai dit les choses qu'on me reproche... on me laisserait en repos à Rome; et que moi, de mon côté, dans les choses que je ferais, je cliangerais les expressions qui ont pu faire quelque peine aux gens simples, ce qui est une chose à laquelle je suis naturellement porté... Votre Excellence remarquera que si mes premières éditions contenaient quelques hérésies,

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