Esprit des Lois^ liv. Il, ch. v
MONTESQUIEU PENDANT LA CONVENTION. 3t5
bre 1792.) La parti le plus brillant * qui, comme tous les partis, après avoir fait de l'opposition avec les doctrines démocratiques, gouvernait avec les doctrines monarchiques, savait par cœur V Esprit des LoiSy mais s'en montrait le disciple républicain. Les ennemis de Vergniaud lui reprochaient ses lectures de Montesquieu. Buzot le cite souvent dans ses mémoires, et on en trouva un volume dans la cave où les Girondins s'étaient réfugiés pour échapper à la proscription : ils l'invoquaient, en s'écriant contre la France qu'elle avait mérité ses malheurs, puisqu'elle avait oublié ou dédaigné ses leçons *.
Pendant le règne de la Convention (du 21 septembre 1792 au 26 octobre 1795), le fils de Montesquieu^, déclaré suspect à quatre-vingts ans, est jeté vingt-sept jours dans un cachot de Bordeaux et gardé à vue chez lui. Tous ses revenus sont arrêtés et ses biens séquestrés. Il est réduit jblu plus horrible dénùment et les manuscrits de son père sont profanés. A la tribune, Saint- Just parle sans cesse du système de la vertu républicaine, et Robespierre parodie Montesquieu, en disant: t Le principe du gouvernement démocratique c'est la
1. \AiQ\, Charlotte Cor daij et les Girondins, Z vol. in-8, 1864- 1872 ; — ejasdem, Vergniaud, 2 vol. in-S.
2. Pendant l'Assemblée législative, le petit-flls de Montesquieu êmigra.
3. Le Républicain français, fructidor an 111, p. 4173. A cette nouvelle, le petit-flU de Montesquieu prit du service sous le comte de Puisaye et débarqua à Quiberon, où il Tut du petit nombre de ceux qui échappèrent à lu mort.
€ vertu, et son moyen, pendant qu'il s'établit, c'est la « Terreur '. » Du reste, les Jacobins le traitent de robin, d'aristocrate, d'imbécile et d'enfant en législation. C'est l'honneur de ce grand esprit que sa voix calme et modérée ne peut être entendue ni pendant la dictature du peuple ni pendant celle des despotes.
Quand la Constitution de l'an m (26 octobre 179S) confia le gouvernement à un directoire, assisté de deux conseils, Montesquieu redevint à la mode. Sa fille ^, à Agen, dans une fête officielle, fut mise c au nombre des vieillards dont l'âge et les vertus devaient être offerts à la vénération publique. » En quatre ans, il parut quatre éditions de ses œuvres ; une même, imprimée in-folio, ornée de vignettes, enrichie de morceaux inédits, fut présentée ' aux deux Chambres, qui l'acceptèrent avec respect. Même Pastoretaux Cinq cents et Goupil de Prefeln aux Anciens^ proposèrent de lui rendre les honneurs du Panthéon.
Sous le Consulat (1799-1804), la vogue se prolongea, mais en*décroissant. Chateaubriand invoqua l'autorité de Montesquieu dans le CMénie du Christianisme^ et La Harpe lut encore au Lycée une dissertation sur