‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 55 sur 269 · Saint-Simon, Mémoires · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Mémoires

sonniers, pour ses audaces, la nommaient : c Ecoute s'il pleut S' » et les courtisans, par déférence, c Son Altesse Sérénissime.

A cette époque, mademoiselle de Clermont était dans l'éclat de ses vingt-sept ans, en pleine possession de sa beauté, de son esprit et de son expérience. C'est alors que Natier^ l'a peinte sous un ciel chaud, dans un paysage frais et couronné de bois. Elle est vêtue à la grecque avec les traits d'une jolie naïade, assise sur un tertre de roseaux, un bras accoudé contre une urne penchante, et la main ouverte comme pour inviter à venir près d'elle; deux attributs l'accompagnent, la jeunesse, qui lui verse le nectar, et l'amour, qui gouverne le cours de ses eaux : c'est l'allégorie de la volupté provocante.

Montesquieu fréquentait Chantilly. La poUtesse l'obligeait, paralt-iF, à dire au duc qu'il faisait maigre, et à composer des madrigaux* en vers pour madame de Prie. Cependant il préférait la conversation de mademoiselle deClermont. Celle-ci ^ vivait alors en intrigue réglée avec le comte de Melun qui, selon l'expression de Voltaire^, « avait peu d'agrément, mais beaucoup

1. Recueil Maurepas, Bibliothèque Nationale. Cabinet des titres.

2. Galeries du duc d* Au maie et galeries de Versailles. — Vatout, Notice des tableaux de la galerie du duc d'Orléans, 3 vol. in -8, 18*2 G.

3. « Je disais à Chantilly que je faisais maigre, par politesse : M. le duc était dévot. » Montesquieu, Pensées,

Page 1