‹ Histoire de NancyChapitre 179 sur 642 · A Paris, chez Charles Estienne, M. D. LU, fol. m · texte numérisé non relu

A Paris, chez Charles Estienne, M. D. LU, fol. m

6. Il semble même qu'il ne suive que Charles Estienne : comme lui, il imprime Maleville, là où Wassebourg avait dit Maséville (pour Maxéville). La première édition de Paradin parut à Lyon, Jean de Tournes, i56i ; nous avons eu sous les yeux la Iriisièmp, Genève, chez Jacob Stœr, i636.

l'emprisonnement de FEIIRI lll. l8l

Mais à quelle source Jean d'Aucy a-t-il puisé ce récit de rcmprisouuemeiit de Ferri III? Selon toute vraisemblance, dans ces chroniques françaises de Lorraine, composées au xv* siècle et aujourd'hui perdues, là où il a pris le récit du combat de Macheren et du siège de Nancy sous Simon I**". Or, d'une de ces chroniques, le Mémorial, attribué k Louis d*Haraucourt, il nous reste, copié par Mory d'Ëlvange, le fragment qui nous raconte la captivité de Ferri. Encore que nous soyons exposé k des redites, nous devons en mettre sous les yeux du lecteur une analyse.

Les nobles du duché de Lorraine, y lisons-nous ', étaient fort irrités contre le duc Ferri, qui voulait diminuer leurs privilèges. Ils formèrent le complot d'enlever le prince. A la tête de la conspiration se mit le seigneur Audrouin des Armoises, qui avait encore contre Ferri III d'autres griefs : vieux et bigloux, c'est-k-dire louche, il avait été pris en horreur par sa femme qui l'avait remplacé dans ses faveurs par le duc, « moult gentil prince «. Un jour donc que Ferri III chassait dans la forêt de Haye, au-dessus de Laxou, il fut saisi par une troupe de cavaliers qui aussitôt lui bandèrent les yeux, lui firent faire plusieurs fois le même chemin, pour égarer ses soupçons, et finalement l'enfermèrent dans la tour du château de Maxéville, fief du seigneur des Armoises. Le duc ne savait où il se trouvait ; d'autre part, sa femme et ses serviteurs ignoraient ce qu'il était devenu.

Mais un jour, c qu'avait grandement fait bise et grosse boulée i», la toiture de la tour fut emportée, et on alla chercher pour la rétablir le couvreur Petit-Jean. Celui-ci qui était borgne, tout en travaillant, chantait une complainte dont le sens était : « Qu'est devenu notre duc ? Après quel jupon court-il ? Les filles de Lorraine ne sont-elles donc plus assez jolies k ses yeux ? » Ferri III entendit le « chansonnement ». Par le toit, il engagea la conversation avec Petit-Jean, lui bailla l'anneau qu'il avait au doigt, et le supplia d'aller le porter k sa dame. Ainsi fut fait. Quand Marguerite de Champagne apprit que son mari était si près d'elle, elle fut bien « esbahie ». Le sire de Tillon, sur son ordre, s'avança aussitôt contre le château de Maxéville avec dix cavaliers ; Ferri fut délivré ; l'on rasa la moitié de la tour de Maxéville et l'on confisqua le fief du seigneur des Armoises. Tillon, en récompense de son zèle, obtint pour lui et ses descendants la permission d'aller k l'adoration de la croix, le premier après le duc, le jour a où bons et loyaux chrétiens festoyent la moi*t du Christ ».

Jean d'Aucy ne s'est pas servi du Mémorial dit de Louis d'Haraucourt, mais d'une chronique analogue. Il y a dans le Mémorial des détails qu'il n'eût point omis, s'il les avait connus. Ici l'on nous parle d'une chanson qui fait retrouver le duc, variante de cette autre chanson du trouvère Blondel, qui résonne aux oreilles de Richard Cœur-de-Lion, prisonnier du duc d'Autriche. Ici enfin Ton prononce deux nouveaux noms propres : Audrouin des Armoises, le seigneur félon, et le gentilhomme Tillon, le sauveur du duc. En outre, Jean le Borgne, le couvreur fidèle, s'appelle, dans notre texte, Petit-Jean. Tous ces noms propres, prononcés d'une manière si formelle, ne sont-il pas, nous dira-t-on, des garants de la véracité de cette histoire ? En aucune façon ; ils vont servir au contraire k prouver que l'histoire a été inventée de toutes pièces.

Il nous est absolument impossible de trouver aucun texte prouvant qu'au xni* ou au début du xiv* siècle la famille des Armoises ait habité la Lorraine. Au début du XV* siècle, le village de Maxéville, au nord de Nancy, est partagé entre deux seigneuries. Une moitié appartient k la maison de Lenoncourt ; une autre moitié k Simon de Jaulny, époux de Valence de Nancy. Or, k ce moment, un Richard des Armoises épouse la fille de Simon, Agnès de Jaulny, et, par suite de

1. DocutnenU sur CHistoire de Lorraine, l. XIII, 1868, 2* partie, p. 16-18. Ms. de la bibl. municipale, n« 775 (207).

ce mariage, Maxéville devient en partie sa propriété ^ Le 22 mai 14^4* îl nomme le curé du lieu '. Dans la si jolie église de Maxéville qu'on a eu le tort de détruire Ton voyait autrefois le |tombeau de son petit-fils ). La famille des Armoises continua de posséder Maxéville en partie jusqu'au xvn' siècle. Au xvni* siècle, elle se construisit k Nancy un hôtel : c'est la belle demeure encore debout aujourd'hui au n® 16 de la rue du Haut-Bourgeois : on y a conservé les deux éteiguoirs que les nobles seuls avaient jadis le droit d'établir près de leurs portes 4. Pour les Armoises, Léopold érigea en marquisat les terres d'Aulnois-sur-Seille, d'Ajoncourt et de Craincourts. En résumé, au temps de Ferri III, aucune famille des Armoises n'existait à Maxéville ; ce nom, qui figure dans notre histoire, loin d'en prouver l'authenticité, nous en montre la complète fausseté et l'origine récente. Elle a été inventée api'ès i45o, époque où pour la première fois nous trouvons un membre de cette maison seigneur de Maxéville.

Pourtant, de bonne heure, il s'est formé une légende qui a donné k toute cette histoire de la trahison d'Audrouin des Armoises une apparence de vérité. Cette légende, nous la trouvons recueillie pour la première fois par deux voyageurs qui racontèrent, en une longue lettre datée du 5 octobre 1675*, leur excursion en Belgique et Lorraine au géographe Gérard Mercator7. Nos deux voyageurs sont le cartographe Abraham Ortclius, d'Anvers, et un négociant de Valenciennes, Jeau Vivien. « En sortant de Nancy, écrivent-ils, aux racines des montagnes, nous avons trouvé le village de Marche-ville^ les habitants sont notés de déloyauté envers leur prince (les histoires l'appellent Frédéric II); il arrive que toutes et quantes fois ils prennent le repas avec les autres domestiques du prince, on leur sert le pain k rcbgurs. Il y a au môme lieu les ruines d'une tour ronde es laquelle le duc, mené hors la chasse, est dit avoir été détenu pendant trois ans, et Ton raconte de lui aux environs encore beaucoup d'autres traits <. » Cette phrase d'un itinéraire a fait fortune. Mercator l'a reproduite a peu près telle quelle au revers de ses cartes de Lorraine soit latines, soit françaises, dont il a fait de nombreuses éditions 9. Puis dans d'autres ouvrages de cosmographie et de géogra-

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