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4o8 inSTOIRE DE NANCY.
il passa la fin d'octobre et le mois de novembre. II espérait toujours que le roi de France le rappellerait et lui donnerait une armée de secours. Mais il attendit en vain. Il ne recevait que de tristes nouvelles, comme la Lorraine était foulée de plus en plus par les Bourguignons, comme la misère devenait de jour en jour plus grande à Nancy. Il fut ému de compassion, et il envoya un messager secret dans la ville avec une lettre permettant de traiter. Il remercia ses fidèles sujets des sacrifices qu'ils avaient consentis ; il ne voulait point leur eu demander davantage. Quand la lettre eut été lue au conseil le 25 novembre, le bâtard de Lorraine, dit^on, eût voulu continuer la lutte ; mais les habitants et les soldats allemands de la garnison se déclarèrent las de souffrir, et l'on dut engager les négociations'. Le 26, l'on battit la chamade. Charles, heureux de ce résultat, oublia ses serments de tout massacrer et il donna, en somme, à Nancy une capitulation honorable. Il promit de recevoir en amitié les habitants de la ville; il accorda aux étrangers liberté de rester ou de sortir, sans qu'il leur fit tort dans leurs biens ; il jura de laisser à la cité ses privilèges et de la régir d'après ses anciennes coutumes. Les soldats étrangers demandèrent à rentrer dans leurs foyers; et, le 27 novembre, 2,200 Alsaciens et 5oo Gascons défilèrent sous les yeux de Charles le Téméraire. Les Bourguignons étaient étonnés de les voir en si grand nombre*.
Après la retraite de la ganiison, le Téméraire envoya ses fourriers à Nancy pour y préparer ses logements. II différa pourtant son entrée solennelle jusqu'au 3o novembre, pour la faire coïncider avec le jour de la Saint-André, patron des Bourguignons. A huit heures du matin, il pénétra en somptueux appareil par la porte de la Craffe. Il était précédé de six trompettes et de cent hommes d'armes. A côté de lui chevauchaient le comte de Nassau, son frère le grand bâtard de Bourgogne, le comte de Chimay, le duc de Clèves, Campo-Basso, Jean de Rubempré, seigneur de Bièvres, la fine fleur de sa noblesse. Il était revêtu d'un costume magnifique ; sur sa tête il portait une barrette rouge, surmontée d'une croix d'or et de quatre diamants : « On les prysoit, dit Fauteur de la Chronique de Lorraine, plus qu'une duchié ne vaut 5. » Le marquis de Rœteln, les baillis de Hainaut et de Brabant fermaient la marche. Le duc vint jusqu'à la collégiale Saint-Georges où il mit pied à terre et où le reçut le prévôt du chapitre, Jean de Haraucourt. Il se prétendit dès lors duc de Lorraine et, suivant la coutume, il jura, après avoir entendu la messe, de « justement warder le bras séculier. Testât des nobles et les droicts du peuple )). Il donna ensuite son beau cheval de parade au chapitre, et se rendit au palais, où il trouva « les chambres bien ornées, la cuisine bien apprêtée ». Dans ce palais, il passa tout le mois de décembre i475, gouvernant à