‹ Histoire de NancyChapitre 37 sur 642 · Sur ces séjours, voir les Rey estes de BOumer-MCulbacher · texte numérisé non relu

Sur ces séjours, voir les Rey estes de BOumer-MCulbacher

3o HISTOIRE DE NANCY.

prononcé. Les révolutions continuent. En 870, à Mcerssen, le royaume de Lorraine est divisé entre le roi de France, Charles le Chauve, et le roi d'Allemagne, Louis le Germanique. La frontière nouvelle passe tantôt sur la rive droite, tantôt sur la rive gauche de la Moselle, tout près de la rivière ; Metz avec les abbayes de Bonmoutier, Moyenmoutier, Etival, Saint-Dié, avec les pagi Caluoniontensis, Suentensis, Solicencis — Chaumontois, Saintois et Soulossois — demeure à Louis, tandis que Toul et une partie du Scarponois sont attribués à Charles'. Le territoire de Nancy, englobé dans le Chaumontois, dépend vraisemblablement de TAllemagne ; mais il en forme la limite extrême, et il est permis de supposer que son importance s'accrut à cause de cette situation, par suite des échanges entre les deux royaumes. I^es petits-fils de Charles le Chauve, Louis III et Carloman, rendirent aux fils de Louis le Germanique, en 879, la partie occidentale de la Lorraine, et, finalement, après la chute de Charles le Gros en 887, nos régions deviennent le partage de rAllemagne. Le souverain allemand Arnulf fait de la Lorraine un royaume indépendant pour son fils bâtard Zwentibold*. A ce moment fut rédigé un document où Ton a souvent voulu reconnaître la première mention de la ville de Nancv.

La grande abbaye de Sainl-Denis, près Paris, possédait dans les pays de l'Est le prieuré de Lièvre en Alsace, et celui de Salone en Lorraine, à petite distance de la frontière actuelle entre la France et le lieichs/and. Le 22 janvier 896, Zwentibold restitua cette dernière maison à Tabbayemèrc et affecta à son entretien les deux villages de Baronville et de Suisse '. A quelque temps de là, Charles le Simple, qui disputait au roi de France Eudes le trône de ses ancêtres, vint chercher refuge auprès de Zwentibold à Gondreville*. Les moines de Salone profitèrent de ce séjour pour se faire confirmer S le 25 juillet, la possession de tous leurs biens, situés dans le Chaumontois, à Dommartin-sur-Vraine, Vichcrey, Morelmaison, Maconcourt etGironcourt^; dans le Scarponois à Montenoy et Pompey7, et dans le voisinage même du prieuré à Courcelles, villa dont Châleau-Salins a pris la place. Après Ténumération de ces endroits, on lisait jadis : « AV in Nanceùico niansos XII, cnm vinea ad modios G et in Dero niansos VII et err/esia una, » Et Ton interprétait : I/abbaye possède à Nancy 12 manses et une vigne d'un revenu de cent

1. I-.e texte du pacte conscn'é dans les Annales Dertiniani, 870. Cî. Capitularia, éd. Boretius, l. II, p. Kj/».

2. Sur toutes ces révolutions, voir l'excellent travail de R. Pauisot, Le Royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-(ja3). Paris, Picard, iHtjcj.

3. DoM Calmet, t. I, col. 327; BôHMER-MCiiLBACHER, n^ lyn* Daronville, Suisse-Haute cl Suisse- Basse, canton de Gros-Tenqnin, arrondissement de Sarrejjneinines, Moselle.

4. Parisot, o. /., p. r>3i ; Eckel, Charles le Chauve» 24, n9 3, p. /ja.

5. Charles le Simple confirme sans doute ces biens, parce (jue Salone dépendait de Paibbaye de Saint-Denis, au royamne de France. Le diplôme original A. D., B, 4^9- H a été publié dans l'Histoire générale de Afetr, t. III, pr., p. 5o, et plus correctement par u'Arbois de Jubau^cvilla (y. S. A. L., i852, p. iGi).

0. Tous ces endroits, canton de Cbàtenois, arrondissement de NeufchAleau, Vosges. 7. Montenoy, canton de Nomeny ; Pompey, Nancy-Nord.

DIPLÔME DE CHARLES LE SLMPLE. 3l

inuids. On voyait ainsi dans cet acte la plus ancienne mention écrite de Nancy '. Mais un examen attentif de roricjinal prouve : i° que les mots cités ont été introduits après coup, au x* ou xi* siècle, dans le diplôme et ont remplacé d'autres mots grattés; 2° au lieu de in Nanc^iaco^ il faut lire in Anceiaco'. L'interpolateur a remplacé des propriétés que le prieuré avait perdues par d'autres qu'il avait acquises depuis l'intervalle ; et il est question dans cette interpolation non de la ville de Nancy, comme on l'a cru, mais bien d'Ancysur-Moselle, dont les vignobles étaient renommés 3. Nous sommes obligé de rayer de l'histoire de Nancy le diplôme de Charles le Simple ; nous franchissons encore un demi-siècle et nous trouvons la première mention de Nancy à une époque où, sous les empereurs de la maison de Saxe, s'était constitué le grand-duché de Lorraine gouverné par Brunon, archevêque de Cologne et frère d'Othon le Grand.

Le territoire de Nancy était, comme nous Pavons dit, dans le pagus Ca/rO' monfensisy le Chaumontois. Or, à la fin du ix* et au début du x* siècle, à la tête de ce pagus était un comte nommé Hugue, qui avait épousé une noble femme du nom d'Eve*. De ce mariage étaient nés deux enfants, Arnoul et Odelric ou Oudry. Arnoul, dit-on, « appliqué aux bonnes œuvres, se montrait le défenseur de la veuve et de l'orphelin ; les gens de bien le chérissaient pour ce motif; mais il était haï des méchants et des ennemis de la paix^ ». II avait succédé à son père en sa dignité, lorsque tout d'un coup il fut, jeune encore, assassiné dans un lâche guet-apens. La tradition a placé le lieu de cet assassinat dans le val Saint-Barthélémy, qui débouche à Champigneulles^. Le second fils, Oudry, était déjà engagé dans les ordres et, en qualité d'abbé 7, il gouvernait un monastère. D'une piété fervente, il ne rompit pas le vœu fait à Dieu, pour rentrer dans le siècle et devenir à son tour comte de Chaumontois. Le comté passa en d'autres mains ; Kve se retira dans le domaine que son mari lui avait assigné, à Lay-Saint-Christophe^; et elle vécut dans la retraite.

1. D'Arbois de Jubain ville y voyait Nançois, Meuse. Mais Lepage, Recherches sur l'origine de Nancy (^M. S. A. L,, i856, p. 201), s'est prononcé pour Nancy : il a été suivi par Tabbé MARCiiALf /. c.

2. R. Parisot, Une interpolation dans le diplôme de Charles le Simple pour Salone {J. S, A, L., 1893, p. 5G).

3. Canton de Gorzc, Moselle. Nous préferons cette identiGcation à celle d'Essey-lès-Nancy. Nous n'avons pu identifier Bero. LEPACk. a conjecturé Bcy-sur-Seille, canton de Nomeny. Nous y voyons plutôt Bérig, canton de Gros-Tenquin, Moselle.

4. Hittoria Sancti Arnulji Mettensis, Peutz, iS'.S'., XXIV, p. 53o. On y mentionne le comte Hugue, sa femme Eve, ses deux fils : Oudry et le comte Arnoul.

5. Ce récit est emprunté aux deux diplômes concédant la villa de Lay-Saint-Christophe à l'abbaye Saint-Arnoul de Metz. (Oom Calmet, t. 1, col. 356 et 307.) Ces deux diplômes sont incontestablement faux, comme l'a démontre Wolfram, Bemerkungen ru den Urkunden des Arnul f s/clos lers dans le J. G. L, G., t. I, pp. G2, 03. Mais nous croyons que le récit qu'ils rapportent a été emprunté à une cbronique ancienne perdue.

6. DoM Calmet, t. I, col. 881, n. m. D'après l'épitaphe d'Arnoul dans l'église Saint-Arnoul de Metz, il aurait perdu une main dans une bataille :

« Huic dextrum pugnum pnecidit vis inimica ; n cité dans Dom Calmet, Histoire du prieuré de Lay-Saint-Christophe {J. S. A. L., i863, p. 173).

7. 11 prend celte (qualification dans les titres cités noie 5.

Page 1