Chronique de Lorraine, p. agg
5. Paul Marichal, Note sur Claude de Bauzemont, au sujet de la mort de Charles le Téméraire^ dans le /. S. A, L., i8g3, pp. ii4-ii8. M. Marichal a prouvé que Claude de Bauzemont était un personnage parfaitement historique. Sur la famille Bauzemont, voir les indications de Gaston Save, dans la Lorraine- Artiste, 1893, p. 383, et l'étude de M. Léon Germain, /. S. A, L., i8g3, pp. 189-191.
6. Le fait est raconté pour la première fois dans Stmphorien Ciiampier : Le Recueil ou chronique des histoires,,, (fAustrasie. Lyon, i5io.
7. Lettres patentes publiées par Paul Marichal, /. /., p. 119.
8. Les derniers mots de Nicolas Remy, Discours des choses advenues.,., p. ia8. — Jean d'Auct, BibL de Hancy, ms 737 (81), f^ 353, le prunier parle de la surdité du châtelain de Saint Dié : v II fut tué de plusieurs coups de hallebardes par Claude de Blancmont, chastellain de Saint-Dié> homme vaillant, mais sourd... Depuis, comme l'on dict, messire Claude assez tost après mourut, prenant grant desplaisir et fort marry d'avoir mis à mort un tel et si grand prince. >
Le P. Hugo ' et le P. Benott Picart ' nous diront au xvni* siècle quelles paroles a prononcées le Téméraire. « Sauve Bourgogne », se serait-il écrié, et notre sourd aurait entendu : a Vive Bourgogne », et, exaspéré, aurait frappé. Des historiens sceptiques diront enfin que le châtelain mourut de chagrin, non pas pour avoir tranché le fil des jours du Téméraire, mais pour avoir perdu une riche rançon.
Le duc avait reçu trois coups mortels : un coup de hallebarde qui lui avait fendu la tête depuis l'oreille jusqu'aux dents, un coup de pique à travers les cuisses, un autre coup de pique par le fondement '. D'autres que Bauzemont revendiquèrent l'honneur ou le remords d'avoir tué le duc de Bourgogne. A Strasbourg, on attribua sa mort à un garçon boulanger de cette ville ^. Mais, au fort de la mêlée, on ignorait cette fin lamentable du grand duc d'Occident et plus tard seulement on raisonna sur ce fait et on chercha l'auteur de la catastrophe.
Quand Charles le Téméraire eut abandonné l'armée, la bataille était finie. Chacun se sauva comme il put. Les vaincus, en se jetant vers le camp, entraînèrent naturellement dans la fuite le détachement qui gardait Nancy. A ce moment, les assiégés se rendirent bien compte de ce qui s'était passé; plus aucun doute n'était possible. C'était bien la délivrance, après un siège de deux mois et demi, après la famine, après tant de souffrances ! On sonna en signe d'allégresse les cloches des églises à toute volée ; et la garnison sortit, pour donner la chasse aux fugitifs. Menant et Gratien d'Aguerre étaient à sa tête^ On pilla aussi le camp des Bourguignons. « Tout ce de bagues que treuver pouvoient, dedans Nancy les adportoient. » Beaucoup de Nancéiens, dans leur empressement à se précipiter hors des murailles, négligèrent de se parer de la croix de Lorraine. On leur donna ordre de se retirer, pour qu'ils ne fussent pas massacrés par les Suisses; mais deux au moins ne voulurent pas écouter cet avis, Jehan Girard, le boucher, qui courait après un troupeau de moutons, et un autre individu surnommé le Cardinal. Les Suisses sunînrent et les mirent impitoyablement à mort ^.
Les malheureux Bourguignons étaient ainsi pris entre l'armée victorieuse et
1. Vie de René II, Bibl. de Nancy, D^ 792 (88), {>. 236. c Beaumont, ...aussi sourd que brare, arrive encore tout échauffe de la cliasse qu'il avait donnée aux Bourguignons; il aperçoit Charles dans l'embarras, il court sur luy, il connoist à l'équipage (|ue c'est un ennemi de distinction, il s'approche de luy et lui décharge un coup de halharde «jui l'abbat. Charles se relève et se met ea dcffense, Ueaumont revient à la chanje et lui perce la cuisse. Le duc lui demande la vie, mais sa voix agonizante ne s'étant fait entendre (pi'à demi et, Beaunnont s'tmaginant qu'il criait : Vive Bounjoffne, il lui donne un troisième coup sur la tète et la lui fend jusqu'à la mâchoire. ■
2. L' origine de la très illustre maison de Lorraine, 1704, p. A63.
3. Desconfitnre, p. !\\p. Il y a ici une faute de lecture qui nous a induit en erreur dans notre première édition. On y lit : « avoit eu le dit duc de Bourgogne un coup de baston d'un nommé Humbcrt » ; il faut lire : <t un coup d'un baston nommé halebarde ». Cf. Jeam dk Hôte, t. II, p. 4i.
f\. Dans la chronique de Jacques Trausch, publiée par Dacheux, Let Chroniques strasbourgeoitest t. III, p. aO.