Georges Hochmutu
5o2 IIISTOIHE DE NANCY'.
6 janvier, ils voulurent retourner dans leur pays. Ils s'étaient engagés à délivrer Nancy : Nancy était libre, leur tâche était achevée. Le froid était du reste vif, et ils avaient hâte de gagner leurs foyers. René II, de son côté, quoique toujours très inquiet, parce qu'il ne savait rien de sûr à propos du duc de Bourgogne, n'était pas fâché d'être délivré d'auxiliaires qui s'étaient montrés si cruels. Il alla trouver les Suisses, les accompagna jusqu'à Lunéville où il prit congé d'eux. 11 les remercia avec effusion du service signalé qu'ils lui avaient rendu ; eux promirent de revenir, si par hasard le Téméraire était encore du nombre des vivants et s'il méditait des projets de vengeance ^ II» traversèrent à nouveau l'Alsace, où ils commirent encore plus d'un excès. Ils massacrèrent quelques Juifs et brûlèrent entièrement le village de Sainte- Croix-en-Plaine, au sud de Colmar*.
De Lunéville, le duc René II, rentrant à Nancy, dut traverser le champ de bataille de la veille, qui présentait un aspect hideux. Les corps des Bourguignons, dépouillés par les maraudeurs, étaient presque tous nus et présentaient d'horribles blessures. Les uns avaient la tête fendue jusqu'aux dents, les autres les bras coupés, d'autres étaient percés de part en part. A côté des hommes, les cadavres des chevaux gisaient, les entrailles ouvertes.
René II examinait chaque corps, mais sans découvrir le cadavre du Téméraire ; il revint à Nancy de plus en plus inquiet. Là Campo-Basso lui amena un page du duc de Bourgogne, appartenant à la famille des Golonna '. Ce page afTirma que le duc était tombé près de la Commanderie Saint-Jean. On décida de faire des recherches très actives le lendemain mardi 7 janvier. Le page eut d'abord de la peine à se retrouver. Quand il fut arrivé à l'endroit nommé le Virelay, ses souvenirs devinrent enGn nets; mais il fallait dégager les cadavres de la glace, les examiner avec soin; car, entièrement nus, ils ne pouvaient être reconnus à une marque extérieure. A chaque fois qu'un corps était présenté, le page disait: « Ce n'est pas lui ». Puis, tout d'un coup, il s'écria : « Hélas! voici mon bon maître et seigneur*. » Le cadavre était couvert de plaies, la face piétinée par les chevaux et à moitié rongée par les chiens ou les loups 5. A côté du Téméraire gisait Jean de Rubempré, Gdèle jusqu'à la mort. Il avait la tête fendue. On lui levait le crâne, dit l'auteur de la Chronique de Lorraine, a comme on fait le couvercle d'un pot d'étain^».
Plusieui*s personnages s'étaient joints au jeune Colonna pour l'aider dans ses recherches. Parmi eux se trouvait une servante qui se jeta sur le cadavre