Nancéide, éd. Sciiutz, t. II, p
682 HïSTOraE DE NANCY,
le Téméraire, et il envahit la Franche-Comté et le Luxembourg ; mais il se heurta à Louis XI qui lui intima Tordre de s'arrêter et qui conquit la Franche- Comté pour lui-même '. Il dut signer, le 25 juin i479} la paix avec Marie de Bourgogne et garda de façon provisoire quatre places qu'il avait conquises au nord : Marville, Damvillers, Chauvency et Virton*. Puis, il fit de vains efforts pour s'emparer, à la mort de son aïeul le roi René, de l'héritage; le Barrois continua d'être occupé par I^ouisXI; l'Anjou et la Provence passèrent à Charles du Maine, neveu de René, et bientôt la France mit la main sur ces provinces. Désespéré, le duc alla se mettre au service de la République de Venise contre le duc de Ferrare ; mais il ne tarda point à se brouiller avec les doges ^ ; et de cette expédition il ne rapporta que l'immense dais en soie sous lequel il avait fait son entrée dans la cité de l'Adriatique ; il en fit cadeau à l'église Saint-Èvre et on s'en servit pour les processions (i483)*.
Quelque temps avant le départ du duc pour l'Italie, un singulier événement avait mis toute la ville de Nancy en émoi. Nous avons dit que le duc René II avait donné à Jeannot le Basque ou Jean de Bidos une somme de 10,000 fr. pour la rançon du bâtard Antoine de Bourgogne 5. Mais voici que Baptiste de Roquelaure, homme d'armes des compagnies de Louis XI, prétendit qu'il avait arrêté cet illustre prisonnier et réclama au moins la moitié de la rançon. Le conseil d'État perplexe ne put se prononcer entre ces prétentions contradictoires. En vain René II essaya d'accommoder les adversaires; en désespoir de cause, il décida qu'ils lutteraient à Nancy en champ clos, pour prouver leur bon droit (i4 septembre 1482). Le combat fut fixé pour le 22 octobre, et Roquelaure constitua comme pleige Thierry de Lenoncourt, seigneur d'Haroué, qui s'engagea à emmener, au jour dit, son champion mort ou vif; Bidos de son côté donna pour sa caution Henri de Ligniville. Pendant toute la fin de septembre et le début d'octobre, il ne fut question à Nancy que de ce duel; le chevalier Hardouin de la Jaille, désigné pour remplir l'office de maréchal, rédigea pour ces rencontres tout un traité, véritable code d'honneur, qui devait faire loi dans la suite ^. On disposa dans la cour du palais de Nancy une carrière à double lice où les champions, sans se rencontrer corps à corps, pouvaient se toucher de leurs lances; aux quatre coins on éleva des tourelles pour les hérauts d'armes et tout