LE CHAMP CLOS DE NANCY DU 22 OCTOBRE
à l'entour des tribunes pour les spectateurs. Le a a octobre, vers les 10 heures du matin, ces tribunes étaient remplies de monde; quatre gentilshommes, Didier de Landres, Geoffroi de Bassompierre, Philippe de Raigecourt et Jean de Baude, furent désignés pour recevoir le serment des combattants. A midi précis, Jean de Bidos, monté sur un magnifique cheval richement caparaçonné, se présenta; après les formalités d'usage, il fut introduit dans la lice par Hardouin de la Jaille. Mais grand émoi : personne n'a de nouvelles de Roquelaure. Bidos demande au duc de donner défaut contre lui et de déclarer ses prétentions vaines et injustes. René ne veut se prononcer encore et accorde un délai; mais, à une heure, le champion n'est point là; ou l'attend jusqu'à deux heures, puis jusqu'à trois, et, à chaque fois, un héraut l'appelle à haute voix à trois reprises. Thierry de Lenoncourt dut s'excuser du manque de parole de celui pour qui il s'était porté garant et payer tous les dépens de ce procès; Bidos fut déclaré indemne ^ On avait longtemps parlé de ce duel avant le jour fixé ; et longtemps après on parla de la lâcheté du sieur de Roquelaure.
A la mort du roi de France Louis XI, René II recouvra enfin le Barrois ; Charles VIII lui donna même le commandement d'une compagnie de cent lances et lui promit une pension ; mais il garda définitivement l'Anjou et la Provence. Nous n'avons point à raconter ici toutes les sollicitations qui furent faites auprès du duc, soit par le roi, soit par les grands de France, chacun voulant l'attirer à son parti; nous n'avons point davantage à exposer ses tentatives pour conquérir le royaume de Naples, ni ses expéditions contre des pillards lorrains, Gérard de Rodemack, par exemple, ou contre la ville de Metz*. Ces années s'écoulèrent sans éclat et sans gloire; René II, à vingtsix ans, s'était révélé un héros, mais c'est là un rôle qu'il est difficile de soutenir et qu'il ne soutint pas. En i485, le duc obtint son divorce d'avec Jeanne d'Harcourt, qui ne lui avait pas donné d'enfant ; et il se hâta d'épouser Philippe de Gueldre, qui devait lui donner douze rejetons; le mariage fut célébré avec grande pompe ; au mois de septembre, la nouvelle duchesse fit son entrée solennelle à Nancy 3.
Philippe de Gueldre devait avoir une grande influence sur son mari. Princesse très pieuse, elle excita le zèle religieux dans l'âme de René, et celui-ci passa dans la pratique des bonnes œuvres et dans la retraite les dernières années de sa vie.
Des fléaux naturels vinrent frapper la Lorraine; dans l'hiver de i5oi-i5o2, des pluies excessives inondèrent le pays et il en résulta une grande disette, le prix des vivres augmentant; puis, en i5o5, la peste sévit dans le duché,
I. Voir le jugement rendu à cette occasion dans dom Calmet, t. II [, Pr., col. a88. Cf. le récit du P. Hugo, Vie de René II, BibL de Hancy, ms. 792 (88), pp. a65 et ss. Chronique de I^rraine, p. 3i4, avec la fausse date de i483 : « Jehannot de Bidos et de Roipielaure por la prise di Bâtard s'eatrebastoient. Un champ de bataille dévoient faire : le jour assigné estoit ; Jeannot on parc se trouva, Roquelaure il n'y vient pas. »
a. Dom Calmet, t. II, col. 1088 et ss. ; Diqot, t. III, pp. Z'jb et ss.