LE FOUR DE LA RUE DES MARECHAUX
fiOMMANDERiE. Au xviii« siècle, la maison où se trouvait le four était limitée par a Joseph Hugot, maître menuisier, en place des héritiers du sieur de Tallange, d'une part, et les écuries de M. de Lenoncourt d'Heudicourt de l'autre* » ; détail curieux, puisqu'il fixe remplacement de la demeure (n° 29) où naquit le général Hugo, père de Victor Hugo. Le four n'était pas à proprement parler un four banal ; les habitants de la Ville- Vieille pouvaient y faire cuire leur pain, s'ils le jugeaient bon ; ceux de la Ville-Neuve avaient la même autorisation, jusqu'à ce qu'un édit de la Chambre des comptes (février 1773) leur en fit défense. A partir de ce moment, le loyer du four diminua. De 700 livres qu'il rapportait en i658, 45o en 1772, il tomba à 25o*.
Ainsi, les dons qu'avaient faits au milieu du xi* siècle Mathieu I" et sa femme à la Commanderie étaient encore en sa possession, au moment où éclatait la Révolution. A des époques plus récentes, la maison de Saint-Jean acquit des droits sur divers immeubles dans l'intérieur de la ville. Au cours du XIV* siècle, elle obtint des cens sur une maison, rue de la Poterne, à coté de l'hôtel Glairlieu^, au haut de notre rue de la Monnaie. Elle en levait d'autres sur des maisons rue Derrière (Jacquard), au-devant de la grande fontaine (place Saint-Èvre), ruelle de la Cour^. Mais, après les malheurs de la guerre de Trente ans, elle cessa de les toucher et on ne cite ces redevances que pour mémoire dans les divers pieds terriers. Rue des Ecuries (impasse du Bon-Pays), elle acquit une pelite maison, qui fut démolie pendant l'occupation française et dont elle céda l'emplacement sous le duc Léopold, pour ne pas être contrainte de la réédifier 5. Enfin, elle posséda à Nancy, sûrement à partir du xvi* siècle^, un bel hôtel, non loin des Dames prêcheresses, formant le coin entre notre rue Lafayette et notre rue de la Monnaie. On l'appelait l'hôtel de Malte. Au-dessus de la porte d'entrée, se trouvait la croix de l'ordre et un écusson aux trois barils, armoiries du commandeur Denis Brulard?, qui l'avait fait réparer à la fin du xvn* siècle. C'était une demeure spacieuse, avec de grandes écuries. Elle était louée d'ordinaire à de grandes familles lorraines, au comte de Custines de Guermange et au marquis de Ludres par exemple, à la fin du xvm^ siècle^.
Tels étaient les biens que posséda la Commanderie à Nancy au cours des
1. Pied terrier de 1769, A. D., H, 8067, P> 26. a. A. D., H, 3o58 et 3067.
3. Ces cens sont cédés en i345 par sire Werniers de Nttncey prestres Jils, Theriatde lai Slnniche. H, 3o5a. Nous retrouverons le sire Vernier, fondateur de l'hôpital Saiiit-Julicii.
4. La ruelle de la Cour a disparu rccemineiil lors de l'agrandissement de la place Saint-Evrc. Voir le plus ancien terrier de i54r>, H, 3o55. Ces redevances sont citées encore dans celui de i7<>y, f» 373.
5. Elle toucha sur remplacement, vendu à Georges Guilbert, conseiller au bailliage, dix-huit francs barrois de cens annuel. (Ibid., f^ 27.)
6. Je trouve un bail de cette maison, appelée d'abord maison Saint-Jean, du i5juin 1678, H, 3o53.
7. Denis Bnilard fit faire en 1687 le magnifique inventaire des titres de Saint^ean-du-Vieil-Aîtrc, H, 3o45 et 3o46.
8. Pied terrier de 1769. Procès-verbal d'amélioration de 17741 H, 3o54. Dans les pieds terriers, de longues descriptions de cette demeure.
âç]es ; mais, de bonne heure, elle déborda sur le ban de Laxou. Le fils de Mathieu I*"^ et de Berthe, Simon II (i 176-1205), lui concéda 12 hommes (ju'il possédait sur le territoire de Laxou avec toutes leurs familles. Ces serfs attachés à la glèbe passèrent du domaine ducal dans celui de la Commanderie, tout en conservant sur l'étendue de la banlieue leurs anciens droits d'usage. Simon reconnut aussi aux chevaliers, pour leurs bestiaux, droit de vaine pâture, à Laxou '. Le i4 juillet I244) Mathieu II, qui a fait donner la maison du Vieil-Aître à son clerc Arnoul, renonce aux corvées que les hommes de Laxou lui doivent encore et accorde, aux frères de l'Hôpital, des droits d'usage dans la forêt de Haye*.
Ces concessions sont l'origine des droits seigneuriaux que la Commanderie a exercés à Laxou jusqu'en 1789. En l'année 1769, par exemple, au lieu de 12 hommes, nous trouvons 32 chefs de famille et 5 veuves qui restent « sujets » du commandeur'. Ils ne sont plus liés au sol; mais ils doivent payer à la Toussaint une taille annuelle de 29 à 3o livres au commandeur ; à la Saint-Martin d'hiver, ils sont tenus de lui acquitter une poule. Le commandeur crée sur ses sujets de Laxou un maire et des officiers de justice, qui prononcent des amendes pour les petits délits. Il possède au milieu du village, dans la rue haute, une maison qu'on appelle « l'Hôpital », et, dans la banlieue, des vignes et des terres labourables qui sont affermées. Tous les sujets de Saint-Jean étaient jadis tenus de faire cuire leur pain au four banal; mais, par une convention de 1688, cette banalité a été remplacée par un impôt de 2 fr. par conduit. Les commandeurs ont aussi un « chaucheu » ou pressoir banal, au bout de la rue du Chêne; tous ses sujets qui ont des vignes sur le ban de Laxou sont tenus d'y pressurer leurs marcs ; même obligation est imposée aux déforains qui sont propriétaires dans la banlieue ; mais dans ce cas un tiers seul du revenu appartient au commandeur ; les deux tiers vont aux autres seigneurs du village : les Lenoncourt et les Ludres *. Les habitants de Laxou doivent chaque année des charrois pour transporter du bois de la forêt de Haye à la Commanderie ; beaucoup d'entre eux paient des cens, en argent, en huiles, en blé, pesant sur leurs maisons ou sur leurs lopins de terre K Le commandeur a pourtant perdu les droits d'usage dans la forêt de Haye ; par un arrêt du Conseil du 2 avril 1716, ce droit a été converti en une redevance d'argent de 126 fr. barrois, payables chaque année par le receveur des domaines et bois du bureau de Nancy ^.
Au moyen âge, la Commanderie de Saint-Jean percevait à Laxou un autre