‹ Histoire de Nantes (volume 2)Chapitre 54 sur 64 · PIERRE NICOLAS FOURNIER · texte numérisé non relu

PIERRE NICOLAS FOURNIER

Légiste et financier ,

Et moine et cavalier ,

Artilleur, fantassin,

Ingénieur , marin ,

Architecte, officier.

Commandant , prisonnier ,

Vétéran , citoyen ,

Académicien ,

A Nantes antiquaire ,

Voyer , pensionnaire ,

Sans fortune et sans bien ,

Maintenant, moins que rien.

Borion , versificateur infatigable , est l'auteur de plusieurs épopées qu'on ne lit pas.

Greiier a coopéré au dictionnaire de Bretagne d'O^ee. La rédaction de ce livre est son ouvrage , le plan et les recherches appartiennent à Ogée.

Des incendies , que les libéraux attribaaient à des agents secrets du pouvoir , et que Tun des rédacteurs de l'ancien Globe , le docteur Bertrand , expliquait par sa théorie sur les monomanies contagieuses , désolaient Tllle-et-Vilaine , la Mayenne et Maine-et-Loire. Tout faisait pressentir un craquement dans notre machine sociale > lorsque le 29 juillet au malin , les ordonnances de Charles X sont placardées dans les rues de ?^'antes. Aussitôt Tanxiété se peint sur tes figures » les patriotes s'abordent sans se parler, ou leurs paroles sont brèves. Vers le soir éclate un violent orage qui suit tes rives de l'Erdre , et, comme dans des moments aussi critiques , le cœur vivement ému cherche partout des sympathies , il semble à chacun que ce bouleversement de la nature n'est que Tavant-coureur d'une tempête encore plus terrible.

Les libéraux se divisaient en quatre séries distinctes. Les républicains , les bonapartistes , l'aristocratie bourgeoise jalouse du rang et de la position sociale des nobles, et la masse des patriotes. Les républicains , en très-petit nombre , séparés les uns des autres par leur âge et leurs habitudes , ne se connaissaient pas, et ne purent s'entendre. Cependant ils prirent l'initiative. S'apercevant que le Château n'était gardé que par quelques artilleurs , l'un d'eux vint sur la place Graslin chercher quelques hommes pour s'en emparer et commencer ainsi la révolution.

A cette proposition , cinq hommes seulement répondirent; plus de vingt autres refusèrent. Une heure plus tard , il n'était plus temps , un bataillon d'infanterie gardait le château et ses avenues.

Bientôt cependant l'indignation publique, d'abord calme etsilenciense fait explosion au théâtre. Alors , par les ordres du général Despinois , qui commande la ville , un bataillon du 10.« forme un grand cercle sur la place de la Comédie. Les cris de meure Charles XI Â bas Charles X / Vive la liberté I retentissent dans les groupes , entièrement composés de jeunes gens et d'ouvriers : on discute, on s'agite, mais aucun chef ne se présente > aucun homme ne se montre pour servir de drapeau , et, faute de s'entendre , on ne fait rien. .

Cependant il est 10 heures 1/2, les cris diminuent, et la foule commence à s'éconler> lorsque les autorités, contrariées de voir encore des rassemblements, ordonnent aux gendarmes de les dissiper. Un roulement se fait entendre ; aussitôt les citoyens sont chargés jusque sur les gradins du théâtre ; des pierres plenvent sur la gendarmerie ; mais

la place est évacaée, et quinze jeanes gens sont arrêtés. Ainsi eo»mencèrent les premières hostilités.

La naît se passe, naît d*angoisses et de saeors froides. An point Ai joar , quelques patriotes sont déjà debout et prêchent rinsnrredios.

4 l*hcurc du courrier , une foule considérable se presse dans h de la Poste et dans celles qui Favoisinent, In rérolte inmi devient le sujet de toutes les conversations ; déjk les lîbénni divisent en deux nuances distinctes : les uns appartenant k la bourgeoisie voudraient conserver la charte de Louis XVllI , nn cernent de ministère leur suffirait ; soumis k ce qa*ils appellent la légalité, ils semblent plus redouter les orages rârolntiomiaires , ■ cruels au commerce , que le despotisme ; ils se réunirent ches H. Bownichon pour aviser aux moyens de mettre leurs propriétés k ratri. La autres , plus jeunes ou appartenant à la classe da peuple , ne Tcakal plus de Bourbons et le proclament hautement ; pour eux , la réfolte est le plus saint des devoirs. — Ils voudraient déiÎTrer les priiOBnicrs faits dans la journée précédente , eropècher le Morbihan et b Vendée de se réunir; ils voudraient surtout faire nue dirernon es faveur des patriotes parisiens , aussi tous mettent-ils le ten^s à profit. Ecoutez leurs discours : — Un chef z il tCy en aura qm'mfnt k victoire. — Mais que faire ? — Compter d'abord sur nous » pmii mh core sur nous et marcher. — Mais si personne de tnarquamt me usm dirige? — Les hommes marquants ont peur de se contpromeiirs , ils m tiendront quà la curée, — Despinois est tâche : faisons du ômii psar t étourdir, et nous gagnerons du temps. — // faut semer fagitaîim , m ton veut un mouvement populaire.

Bientôt, vis-à-vis de la douane, se forment de nonreanx groupes, si Ton tient le môme langage ; mais partout oo sent le besoin d'nnscMJIn. aussi Ton décide qu'un député sera envoyé vers les notables osmmerçants de la ville réunis chez M. Boumichon. Messieurs^ dil-il, nous attendons le résultat du votre délibération: ies jeumes gens «f les ouvriers sont prêts y que décidez-vous? L*nn d^enx alors prenant b parole: Messieurs , n'' admettons point les jeunes gens dans noire nous voulons la charte et la paix , rien de plus ; si noms réorganisation de la garde nationale, c'est uniqttemeni nos hiens , nous ne désirons pas de révolution. — Cela suffU , renvoyé , nous ferons nos affaires tout seuls. Cependant le courrier arrive : il en sort nn royagenr qui

de disparaître pour se soustraire aux recherches de Tautorité ; mais la voiture a ses fleurs de lis enlevées, mais ce voyageur a pris part au combat et l'a raconté; quelques meneurs qui s^empressent de comparer tous les récKs, s'aperçoivent que la victoire n*est nullement décidée en faveur des patriotes; cepcndaiii ils le dissimulent avec soin et vont partout , au contraire , proclamant à haute voix le massacre des Suisses et de la garde. — Jeunes étudiants ^ hommes des faubourgs, c'est à qui redira votre gloire et la honte des habits brodés cachés dans les caves.

Les notables du commerce s'étaient portés chez le maire. Pendant qu'ils sollicitaient la réorganisation de la garde nationale, dont quelques-uns d'entre eux espéraient ensuite faire usage pour tenter un mouvement révolutionnaire , des hommes d'action se réunissaient sur la place Graslin. Les meneurs de chacune des fractions du parti libéral essayèrent alors d'amener la masse à leurs opinions. Les républicains (il n'y en avait pas 20 à cette époque dans toute la ville de Nantes) perdus au milieu des groupes , s'agitaient et s'usaient en impuissants efforts. Les napoléoniens n'étaient pas mieux écoutés, mais les plus mal reçus du peuple, c'étaient ceux qui parlaient de transaction.

'Plus de mille hommes couvraient la place Graslin , lorsque l'on apprend que le maire a refusé aux notables du commerce de laisser armer et organiser la garde nationale; aussitôt une clameur immense s'élève du sein de cette foule, et le mécontentement populaire fait entendre un murmure terrible. Le peuple se prenait de colère; l'instant paraissait favorable pour l'entraîner, lorsqu'un jeune homme qui, dans son illusion, se croyait arrivé à la pratique des théories pour lesquelles le peuple français a subi un si long martyre, se dresse, lève son chapeau , et s'écrie de tonte la force de ses poumons: pltuderois , vive la république!

Personne ne répondit ; mais les plus proches voisins du jeune homme l'engagèrent à se retirer, en lui disant qu*il se perdait. Les napoléoniens , de leur côté , essayèrent aussi de s'emparer de la masse , et l'un d'eux répéta plusieurs fois de suite: Vive Napoléon II! sans réussir à entraîner la multitude. Pendant quelques instants , l'agita-, tion fut à son comble sans avoir aucun but, aucune direction; quelques hommes se mettent à crier à tue tête : Vive la Charte! Mais on leur impose silence, et bientôt les cris: Plut de Charte, vive la liberté %

U* XO.- s

<kcr.*7Ci7<^. rra 2ii3>:-4i:3at •» pnrt^lâ b» p4«ssiûfttics.Qael4SCsl vrcl-tiit arTc:cr -rC •i.r;£>^r > »>a«eHest: vam» eSnls! ib iMl -:Qtr).!ir». «ït 1-rir ^vii ««ï ^-^i: Fkb d>iix cepesdast, ■OBténrài •1«:<'.nîbrr*ï. par^i-ent a «^ r'iir? «BUadre: Il s'était iM>lëdebBHi •:n d-:rr.aLii}Qt 12 r-»pab:i«^3-ï: iaj»U cirocmstamtx était faTanUe|iv repr^D'ire pirt 1 la dire«:lîaQ da iBoaTeneat réTotatioaiiaire,clici profite: (rt''>;.^Ri: s •rcTÎ-e-l-ii. ;^««<Mf ^Êtrde d'eire irmmpéâ^ naiflH /l'É iot^yhtffat ar^ijUi *i^n-t w^yr* (»>Uft : ity#«< pmmr mmu Imfmtêi^i

mander de nouKi^u l vr*j^fÀi^iiom ât la ^rdtt naii^matû , et •jtmout-uohi ffur f.r^dthC': : um f^i4 pf^iâam cmmàhmi, qmefmn o là que fort I i i,o\^t nfuiz p^i1.i< i^'f nr ■*«■« dira ce ^'*ii ftÊmdwmfmnmO/BÊt baraD$:ae pniHlait effet : le people s'amHe et dépate rontear thi k maire pour c«'jnoaitre ^c^ intentions.

Un garde-de-ville passait . il avait coDtrîboé ^ raireslatioa in u jeunes ^ens incarcérés la veille. Soadain , an artisan loi !»abre. il allait IVn fr3î:per. maison s'r oppose. Une lettre an préfet par le maire est saisie sor l'agent public. Le dépaléfllfifé chez M. Leresqnes'en empare et se rend ches lai. CejfaMri, JbiiUuTf dit-il , en la lui remettant cachetée , que no«« nwfflwdbai k J herU et in marche i/ot^ iiom derohs suit re ç voyez dm reêie e§ Mi HH fuuUz faire pour la iranqnUlUé de la ville dams ies circmuimttùm €iit que.% où h* tii noiit trouioiit. M. Levesqae était royaliste, etilif^ prêté serment de Gdélité à Charles X : impoissant k comwKma h mouvement et comprenant qn organiser la garde nationale c*^M travailler au profit de la révolution, il ne donne que des itesia évasives : aussitiM qu'elles sont connaei , des cris de noii et il vengeance se font entendre de nouveau. Une seconde Jf nalillsa n monte alors chez lui : dans son escalier même Ton encan Ihi èm membres qui la composent, et qui est armé, à Tarréter s'il y <i moyen de le soustraire à la fureur dn peuple k fiii fuite dans le cas contraire. Deux misérables veulent se jolnin I b dépntation , il faut, disent-ilSjjWer la famiiie Z^evesaue mmtmh^ nrtres et incendier la maison. Ceux qai tenaient ce lanoan ■*! tenaient pas au peuple , 2é ces classes soafirantes qne l'on

8oa?ent de pillage et qui se montrent tons les jours si résignées dans leur misère. G*étaient d'estimables bourgeois fort bien vôtus. Quelques paroles un peu vives , prononcées le pistolet au poing et accompagnées d'une démonstration énergique, les forcèrent à se retirer.

Jusqu'alors le maire avait pu gagner du temps; mais cette fois, il n'était plus possible d'éluder. Ceui qui demandaient l'organisation de la garde nationale, parlaient au nom de Tordre public^ quoique leur intention bien positive fût au contraire de pousser à la révolte. Le maire, pour échapper au danger qui le menaçait, promit tout ce qu'on lui demanda , bien décidé , du reste , i ne point trahir ses opinions et son serment. On Ta beaucoup accusé depuis; cependant, il estpositif que, pendant tous les pourparlers, personne n'était dupe, et que, royalistes et révolutionnaires , chacun cherchait à tirer tout le parti possible de sa position. Bientôt l'un des députés sortit, et le peuple entendit ces paroles rassurantes: « Les prisonniers sont aux 9 mains du procureur du roi. M. le maire ne peut rien pour eux » qu'intercéder vivement; quanta la garde nationale, il va s'occuper » de la rétablir. Du reste, il s'entendra avec le général et le préfet » pour les mesures à prendre ultérieurement : ainsi donc, ouvrez vos » rangs, qu'il puisse se rendre librement à la mairie. » Des cris de vive la liberté! vive la charte/ succèdent à cette communication, et M. Levesque , entouré d'un cercle de jeunes gens qui le protège , se rend à THùteUde-Ville.

Une heure se passa > le peuple attendait l'exécution des promesses du maire, lorsqu'il apprit que ce magistrat, loin d'appuyer l'organisation delà garde nationale, s'y opposait de toutes ses forces. Quelques patriotes décidés songèrent alors à se procurer des armes ; ils quittèrent la place Graslin, accompagnés d'une trentaine d'individus, qui les abandonnèrent au détour d'une rue ; d'autres , réunis en un groupe, pensaient qu'il serait urgent de se mettre sur la défensive. i^A bien/ leur dit l'un d'eux, vous êtes là comme des filles ^ vous criez assez haut y mais vous n'agissez pas. Est-ce ainsi gu* on fait les révolu^ lions ? V occasion est propice , il faut la saisir. Dans les moments de danger^ l'homme de tête montre à ses adversaires une audace qui les étonne, une célérité qui les prévient. Ces paroles, prononcées avec énergie, furent reçues par des applaudissements. Alors l'orateur proposa défaire del'Erdre une ligne de défense en barricadant tous les ponts. Il proposa encore de barricader de môme le pont de la Poissonnerie et de

couper Tun des ponts de la Loire: par ce moy^u » disait-il , RM» pour nous tous les nouveaux quartiers, ia place Bretagne ^ ie et rUe-Feydeau.

Lorsqu'il fut question de quitter la place Gnslin poor mettra ce projet à exécution , il ne se trouva que deox oa trois artisaas fa voulussent se compromettre et suivre celai qui venait de les hanagaer. Bientôt cependant ce petit groupe descendit la me Crébilloo , oà fseiques jeunes gens les rejoignirent. Le moment était critique , Il sV gissait de savoir si , au nombre de cinq ou six , Ton Gommeneeraithi actes d'hostilités. Deux personnes se détachèrent poor all^ pofftar dans toute la ville et surtout à la Bourse cette nooTelle que ToBalfaîl couper les ponts ; les autres pensèrent qu'en traversant la place Royak et les rues en courant et en criant > ils exciteraient la cnriosité etasraient suivis par le peuple. Ce moyen leur rénssît : arrivés an de la Poissonnerie, ils étaient déjà 15 k 20; ils 7 reçurent de breux renforts , les uns venant de la Bourse, les antres de la place éi BoufTay sur laquelle se trouvait une grande fonle. Au pont delà Ha|delaine , quelques ouvriers munis de pioches voninrent s*arréler» aaii sur les observations de ceux qui dirigeaient le monTement , il rent outre; bientôt ils se trouvèrent au nombre d'environ cii au pont do Pirmil. Il y eut là comme un moment d*hésitatlou , loît fatigue d'une course rapide, soit appréhension de se mettre onverteasataC en plein jour en état de rébellion ; mais une main décidée enleva am pierre du pavé et la jeta dans la Loire, aux cris mille fois répëiéiée vive ia iiberléf Les hommes qui se sentaient le pInscapabU si rent l'opération : ils commandaient, on obéissait; en moins demi-heure Tarche fut coupée. Les uns alors s'occupèrent de fairs 1^ tirer sur la rive droite les bateaux qui se trouvaient sur la rive les autres rentrèrent en ville pour se procurer des armes. Déjft cents patriotes se trouvaientréunis à la Bourse. Ils n*aTaient poiatéa chef, et personne parmi les anciens militaires auxquels on piofsaril le couiniandcment ne voulait l'accepter. Au bontd*une heure on de confusion, 150 hommes armés, n'écoutant aucune des justes servations qu'on leur faisait , se portèrent vers la demeure du Despinois pour réclamer les prisonniers. Quelques patriotes» calmes et plus capables, se joignirent à eux pour diriger leur Arrivés sur la place Louis XVI , ils étaient à peine 80, un coup on ne sait trop comment , devint le signal de la lutte qui iTétalil

entre eux et les soldats du 10.« léger. Beaucoup de ceux-ci prirent la fuite , mais une compagnie , arrivant au pas de charge de la caserne , les remplaça et se posa de manière à former un demi-cercle avec les postes de Thôtel d'Aulx et de Saint-Pierre. Une décharge faite de très-près^ atteignit 47 patriotes, parmi lesquels iO ont succombé. Ceux-ci se retirèrent à leur tour> les uns en jetant leurs armes , un plus petit nombre avec un admirable sang-froid. L*un d'eux , voyant le général Dcspinois à sa fenêtre, s'avança jusqu'à dix pas de la troupe , et tira dessus , mais une balle morte le renversa fort heureusement pour lui , et le sauva d'une décharge à laquelle il n'eut pas échappé. Telle fut l'issue de cette folle démonstration , qui ne pouvait avoir aucun résultat.

Peut-être eût-il été possible , si les patriotes s'étaient mieux entendus de profiter du désordre qui fut aussi grand parmi les militaires que dans les rangs des citoyens armés , de monter chez le général et de s'emparer des autorités par un coup de main hardi. L'un de nos concitoyens, bien connu par son énergie, en fit la proposition au milieu du trouble qui suivit la fusillade , mais ce fut en vain. Ceux qui s'étaient réunis malgré l'avis de leurs concitoyens pour aller sur le Cours, se débandèrent aussitôt que la troupe eut fait feu. Pendant qu'une cinquantaine d'hommes tenaient bon et se faisaient tuer ou blesser , les autres fuyaient dans toutes les directions. L'on vit alors plusieurs des meneurs se sauver à toutes jambes. Plusieurs se cachèrent^ d'autres s'empressèrent de passer l'Erdre ; mais leurs armes , qu'ils avaient lâchement abandonnées, ne tombèrent pas au pouvoir des soldats, elles furent relevées et emportées noblement par quelques-uns de ceux qui s'étaient le plus vivement opposés à l'échaniTourée du Cours.

Le sang avait coulée l'exaspération marchait en croissant ; aussi , en un instant , les postes de l'intérieur de la ville furent désarmés , et les douaniers , qui se portaient au pont dePirmil , furent arrêtés dans leur marche ; la plupart étaient d'excellents patriotes , loin d'opposer delà résistance, ils s'empressèrent de donner au peuple les cartouches dont ils étaient pourvus. Les rassemblements continuèrent jusqu'au soir , où la foule se dissipa ; quelques ouvriers restèrent seuls au poste central, observant une discipline toute militaire, et prouvant, par leur conduite^ la moralité du peuple français. Le lendemain samedi , la chambre de commerce prit sur elle d'administrer en l'absence des

autorités. EoDemie par son essence de tonle réTololion , elle ne songea qu'à ses intérêts da jour , et se borna h laisser les alÉmi dans le statu qno , sans se mettre à la tète d*na sonlèTement qa*«ile voyait déjii gros de faillites , et dont elle ne comprenait pas toate fatilité. Dès le 30 juillet , l'on avait proposé ao général ancien soldat de Tempire , de se mettre à la tête de Tii trop âgé pour avoir encore Tactivité nécessaire en pareille tance , trop peu éclairé pour comprendre Timportance d'une réroistion que personne ne voulait faire an profit d*on homme , il afai refusé. Le 2 août, vaiucu par les sollicitations de oeos qui n*aTMil pris aucune part à l'insurrection^ il accepta le commandement de h garde nationale , lorsque tout était déjà officiellement terminé. Sai débuts ne fureut pas heureux : son premier ordre du joor placadé dans les rues enjoignait aux habitants de ne pas détourner les lolitfi de Tobéissance passive qu*ils devaient 2i lenrs chefs. On lui attrihae aussi la défense qui fut faite dans les divers postes de prendre h cocarde tricolore.

Dans la nuit du 2 au 3 août^ le général Despinois quitta Nantes passer dans la Vendée , qu'il ne réussit pas à soulever. U d'abord au-devant de ses cuirassiers qni, fante de pont , aiaieatélÉ forcés de remouter jusqu'à Saint-Julien» et de passer la Loire ft gai.

Dans notre ville comme à Paris, les royalistes furent tellementééconcertés de la révolution do juillet, qu'ils ne surent rien faire psv en arrêter les progrès. Le général Despinois eût pu , cependant, si avait compris sa position, jouer un grand rôle, peut-être mèmaltlancer la fortune du peuple; mais il perdit le temps en déiihértfisai.

Telle fut la révolution de juillet à Nantes. Des patriotes prirent rinitiative ; le peuple les suivit. Les royalistes laissèrent et d'autres ne s'occupèrent qu'à dépecer les administrations s'y placer eux , leurs amis et leurs créatures. Un instant les crates hésitèrent, incertains de savoir s'ils u'enlèTeraientpas ftb commission commerciale la direction des affaires. Il n'existait aucune autorité. Le champ était libre ; ils avaient pour eui leur i dace, leur conduite récente, et l'appni du peuple qui tonjoms prêt à suivre ceux qu'il a vus payer de leur personne dans ks i ments de danger. L'incertitude qui entonrait encore tontes les velles de Paris, les empêcha d'exécuter un projet qui eût cilenient une réussite temporaire.

Ils firent, do reste, preave de bou sens, en ne cherchant point à imposer à la majorité des opinions qoi étaient celles d*ane minorité fort peu nombreuse ; il leur était d'ailleurs assez difficile d'agir avec ensemble , car ils se connaissaient à peine ; la Révolution de juillet , ayant été dans notre ville le produit d'une explosion spontanée et nullement Tœuvre de quelques conspirateurs. Mais il ne faut pas en conclure , comme on s'est plu à le répéter souvent depuis cette époque , que les démocrates n'avaient alors aucune idée gouvernementale. Sans entrer dans l'historique des faits contemporains, nous devons à la vérité de publier une page vieille de bientôt huit années, qui résume les vœux du parti qui se mit en juillet, dans notre ville, à la tête du mouvement révolutionnaire, la voici :

« 89 avait affranchi la classe moyenne : 1830 devait affranchir les » prolétaires. Accorder le droit électoral non plus à la fortune , mais » uniquement à la capacité ; supprimer les impôts sur le sel et sur » les boissons au moyen de la caisse d'amortissement ; relever le » crédit public, le commerce et l'industrie, en consacrant 10 ou 20 » millions de rente à encourager de grands travaux publics , et sur- 9 tout la constiliction d'un vaste système de chemins de fer, qui n lierait toutes nos grandes villes et augmenterait énormément la 0 valeur du fonds social de la France ; introduire le bou marché » dans le gouvernement; poser en principe la nécessité d'examens » sévères et spéciaux pour toutes les places de finances , d'adminisn tration et de diplomatie ; couvrir notre patrie d'écoles de toute » espèce ; remplacer les receveurs-généraux par des banques d'es- » compte et de commandite destinées à faire baisser « an profit du » petit commerce et de la petite industrie , le taux de l'escompte , » c'est-à-dire le loyer des instruments de travail , et à créditer les 9 ouvriers laborieux, économes et éclairés; employer l'armée à des » travaux d'utilité générale, en faisant en sorte que chaque soldat » revienne chez lui plus morale plus robuste, sachant lire, écrire, » compter , capable d'exercer une profession , et possédant un petit » pécule; proclamer hautement qu'au lieu de punir il faut réfor- « mer , et , par suite , supprimer la peine de mort et changer le » système pénitentiaire; ne pas contraindre, par une loi absurde sur » les céréales, l'immense majorité des Français à payer à 64 mille » grands propriétaires , qui possèdent les deux tiers de la France , » un énorme impôt ; réformer le système hypothécaire et les autres

Josqn'aa XV.< sièclOi le protectorat féodal grandit en puissance» et la noblesse acquiert de Timportance. A cette époqae , le talent et surtout la fortune commencent à donner du crédit aux vilains, et la bourgeoisie arrive h rérer cette égalité de droits qu'elle a youIu s*assurer par les Révolutions de 89 et de 1830.

A côté de la puissance territoriale créée par Tépée , s'élève un pouvoir nouveau , celui du clergé , souvent radical , quelquefois même révolutionnaire dans ses doctrines. D'abord humble et timide, cette puissance morale entièrement maîtresse des masses qu'elle soutient et console dans leurs souffrances , se montre chaque jour , à mesure de ses progrès , plus envahissante et plus hardie dans ses empiétements ; bientôt elle marche de pair avec la noblesse : Tévéque et le duc luttent souvent ensemble, et parfois l'évoque l'emporte.

An sein du clergé, mêmes combats qu'au sein de la noblesse. Avant même que les ducs eussent pris une grande prépondérance sur leurs hauts barons, les évéques avaient aboli l'élection populaire des curés et la suprématie synodale, et le pape avait enlevé aux prêtres du diocèse le droit de choisir leur évêqne. Mais tout en détruisant la démocratie catholique , les évêques reformaient l'organisation judiciaire et contraignaient les seigneurs à les imiter; s'efforçant, par le bonheur du peuple , de légitimer des usurpations souvent nécessités par les fautes d'une démocratie peu capable d'user de ses droits.

Du X.« au XVI.c siècle, progrès sensibles dans les arts. Le protectorat féodal se montre digne de sa mission.

Du XVI.« jusqu'à nous, les idées sur l'art se modifient: le sentiment est sacrifié à la forme, et la forme elle-même manque de perfection et de grâce.

A l'apparition du protestantisme , les grands seigneurs cherchent à morceler l'unité territoriale à leur profit : protestants et catholiques se couvrent du manteau de la religion pour abaisser le pouvoir royal au niveau du leur; et le moyen-àge s'efforce de sortir du cercueil où Louis XI l'avait arrosé du sang des plus nobles seigneurs. Nantes, dans cette occurrence > se laisse aller à ses passions. Les gens comme il faut protestent avec plus ou moins de hardiesse ; mais le peuple , entraîné par le théologal Christ! , défend avec ardeur la reli^'ion de ses pères , et ne recule point devant les moyens de terreur pour sauver le catholicisme ; ses efforts furent couronnés de succès.

588 SIX** SIÈGLB.

Plus tard , le fédéralisme lève encore la tête. La luiiuptiw de b cour indigne la noblesse bretonne , et de briTes gentiifthoaaet « hi plus purs et les plus loyaux du pays , font une insairMtkiB.

cette insurrection est yaincue , et la cour , qni ne Tent pas im trôle , fait tomber la tête de quatre des réToltéa.» anxqneb tm promis la vie.

Le bien est difficile à faire ; les intérêts prÏTés s'opposwt nas cesse aux demandes de Tintérét général. Mellier, le pies diffM aC le plus babile des maires de IS'antes , fait dHmmenses léfomes; etpendant il échoue souvent dans ses projets 9 et le siècle ffùi 8*ert écoulé depuis sa mort voit à peine commencer leur réalisatioa.

En 89 , la noblesse et la bourgeoisie commencent ce rnifcal qà dure encore aujourd'hui ; après des efforts inools « le people , fse b bourgeoisie avait appelé à son aide, s*empare da pouTOÏr al Tunité et la nationalité française ; mais bientôt il a perdo sa tion , et la puissance des nobles d*écns^ des accapareurs et das leurs do biens nationaux, succède à celle qui ayait créé la ture du comité de Salut Public,

Sous TEmpire , toutes les vertus sociales sont assonpies. ^ L'égoîsnie et l'ambilion semblent Tunique mobile; la démocratia al b liberté se réfugient aux armées.

Après la défaite de Waterloo , qui ramena la paix et bientôt» arec elle , des libertés oubliées, Nantes se réveille pour songer à s iiir. Pendant la lutte de la bourgeoisie et de la noblesse , dab iiarchie et du constitutionalisme , notre ville fait de nombraos vers le bien-être matériel, que les autorités dirigent qnelqnefrisavec habileté , presque toujours avec zèle.

Eu 1830, les ordonnances de Charles X deviennent Toccasiond'ta insurrection : les préventions populaires contre la brancbe ainée es Bourbons , les vœux démocratiques de quelques répablicains » ks jalousies de Taristocratie bourgeoise , les souvenirs de nSnpIra, sV nisseut contre un gouvernement dont Timprudence avait déaoraliié roux de ses soutiens qui unissaient Tintelligcnce an déToneoMBL ^ Quelques autorités se montrèrent fidèles à leurs serments et à croyances ; d'autres ne pensèrent qu*au nouvean soleil qni, la demain , pourrait se montrer à ThoriKon.

Tels sont les nombreux enseignements que, dans cette kisloin.

nous ayons roula présenter h nos concitoyens. -^Faisant abstraction de notre position individuelle , nous avons voulu, avec une entière justice , rendre h chacun selon ses œuvres. Peu nous importe le jugement de ces hommes auxquels Topinion si mobile des journaux apprend chaque jour ce quMls doivent penser des événements de la veille. — Gomme celui qui s'élève sur les tours gothiques de nos cathédrales , et qui de là voit à ses pieds , du sein d*an air plus pur , la foule qui s'agite et se remue près de ses étroites demeures > nous avons cru que , du fond de son cabinet , Técrivain devait voir se dérouler devant lui les tableaux changeants de la vie sociale , et les reproduire à ceux qui veulent profiter de ses études , sans se permettre autre chose que de dévoiler le lieu mystérieux qui unit , les unes aux autres , les scènes de ce long drame qui forme Thistoire d'une petite portion de l'humanité.

Partout où nous avons trouvé le bien et le beau» nous l'avons mis on évidence et nous avons dit en son lieu les services du clergé » la grandeur de la noblesse» les vertus des nobles fédéralistes et des Girondins leurs successeurs , le dévouement à leurs opinions des royalistes et des républicains » les qualités administratives de quelques-uns des chefs de la cité.

Si nous n'avons point voulu continuer cette histoire au-delà de 1830 , c'est que la dictature populaire» le Directoire » l'Empire et la Restauration sont des faits accomplis, tandis que le règne de la bourgeoisie commence à peine. — IVous n'avons point douté de notre impartialité dans cette circonstance. Nous eussions dit les croyances et les obligations de la bourgeoisie lors des lois de septembre > comme nous avons raconté la terreur religieuse de la Ligue et la terreur démocratique qu'organisa 93. — D'un autre côté, lorsque l'autorité locale semble vouloir prendre l'initiative pour de grandes améliorations , nous avons cru qu'il était de notre devoir d'attendre ses actes pour la juger. — !Nous l'avons vue constamment bienveillante et paternelle dans les mauvais jours ; nous espérons la trouver » aux jours de paix, progressive et hardie dans la voie des réformes de toute espèce. — 4 d'autres donc le soin de raconter comment elle aura rempli cette double tâche.

FIN DE L'HISTOIHB DE NAKTBS.

Page 1