‹ Histoire de Napoléon d'après lui-même, publiéeChapitre 6 sur 54 · MIS EM TÊTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

MIS EM TÊTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Napoléon n’a pas écrit son histoire ; mais plusieurs chapitres complets , un grand nombre d’explications, de remarques, d’éelaircissemcns, de commentaires sur les vingt années de sa vie politique, ont été dictés par lui à ses compagnons d’exil, et se trouvent consignés dans les précieux Mémoires pour servir à Vhisde France sous Napoléon, publiés par les généraux Montholon et Gourgaudj dans le Mémorial de Sainte-Hélène , de M. de Las-Cases ; dans les relations des docteurs Q’Méara et Antommarchi ; dans les Manuscrits mis au jour par M. le baron Fain, et dans plusieurs autres mémoires dignes de foi.

Alors même que Napoléon ne dictait pas positivement, on a recueilli de sa

bouche une foule de faits importons et de détails d’un grand intérêt qui se rattachent aux éve'nemens de sa vie.

Il a donc fourni lui-même tous les chapitres de son histoire.

Mais les matériaux pour composer ces chapitres se trouvaient e'pars, sans ordre, sans aucune intention, dans plus de quarante volumes.

J’ai pris à tâche de les réunir, et d’en former un tout complet.

Cette tâche, facile à remplir pour quelques périodes, ne l’a plus été pour un grand nombre d’autres époques. J’ai dû prendre souvent des paragraphes, des phrases, des mots même, dans huit à dix volumes divers, pour coordonner des fractions de chapitres, et composer ainsi les chapitres entiers. J’ai du encore séparer, transporter, rapprocher, couper des paragraphes, y intercaler des phrases, des mots disséminés , mais relatifs au même événement, à la même circonstance.

Cette compilation devenait alors d’autant plus laborieuse que je m’étais im-

pose la loi de ne comprendre dans Y Histoire de Napoléon , d’après lui-même, rien, absolument rien qui n’eùt été dicté, corrigé, expliqué, commenté par Napoléon, ou recueilli de sa bouche.

Ainsi, à l’exception des trois premières pages du chapitre Ier , et à quelques mots près, que j’ai du ajouter parfois dans le reste de l’ouvrage, pour lier des phrases, des paragraphes ou des chapitres entre eux, afin de faire disparaître les nuances de cette marqueterie , tout ce que contient cette histoire est entièrement de Napoléon.

J’ai poussé le scrupule jusqu’au point de copier exactement, de ne rien changer au style, de le conserver tel que je l’ai trouvé. De là, ces différences sensibles que l’on remarquera parfois entre ce qui a été dicté dans le cabinet, revu et’ corrigé, et ce qui a été recueilli dans des conversations courantes. Il ne m’en revient donc aucune part d’éloges ni de critique.

En suivant un autre système, en voulant retoucher, de mon autorité, les

phrases lâches ou décousues, les mots cpii pouvaient me paraître impropres, j’eusse ôté le principal mérite au livre que j’offre au public, celui de la plus grande et de la plus exacte authenticité.

J’avais commencé par citer les ouvrages dans lesquels ont été pris les morceaux: dont se compose . ce volume ; mais ces citations étaient souvent si nombreuses dans une même page, qu’elles entravaient la lecture, nuisaient à l’élégance typographique, et devenaient ennuyeuses. J’ai dù les supprimer; je reste prêt à indiquer la source authentique de toute phrase, de toute assertion, que l’on pourrait croire ne pas être de Napoléon.

U histoire de Napoléon , d'après luimême, est tellement de lui qu’on pourrait presque dire que c’est lui-même qui l’a écrite en entier; car la seule chose qui m’appartienne, dans cet ouvrage, c’est la coordonation des matériaux. J’aurais pu, sans trop de présomption, le faire parler lui-même; mais, comme César et Frédéric, Napoléon a écrit à la troisième

personne ; j’ai conserve' le mode qu’il a adopté (1).

Peut-être me reprochera-t-on de m’être plus étendu sur tel événement que sur tel autre, d’avoir fait des chapitres longs et d’autres que l’on jugera trop courts. Mon excuse est simple : j’oserai dire que la faute en est h Napoléon.

II est possible que l’on trouve aussi que j’ai omis des détails, de petits faits, de petites circonstances; mais Napoléon a dit que, s’il avait écrit sa vie, il ne serait point descendu à des confessions à la Jean- Jacques (2) : je me suis identifié avec ses idées; et en cela, je n’ai fait également que me conformer à la maxime de Voltaire: «Ne dites à la postérité que ce qui est digne de la postérité (5). »

(1) Mémoires pour servir à l’histoire de France, sous Napoléon , tom. I, par le général Montholon , Avertissement des Editeurs.

(a) Mémorial de Sainte-Hélène, totn. VII, pag. 3ia. (3) Voltaire, Préface historique et critique à l'Histoire de l’empire de Russie.

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