Napoléon à Murât, 28 mai ; à MolUeo, 3 iuia
châteaux en Espagne, qui allaient s'écrouler au premier souffle des vents contraires ; mais celui qui les construisait en était venu, à force d*infatuatioii et de succès, à considérer toute entreprise, bonne ou mauvaise, comme infaillible, par cela seul qu*il y avait mis la main. La facilité sans exemple avec laquelle s'était réalisée sa nouvelle conquête; avait exalté jusqu'à l'ivresse cette puissance d'imagination qui avait été de tout temps la force et la faiblesse de son génie, mais qu'il avait mieux réussi à maîtriser aux débuts de sa carrière. Il ne doutait plus de rien : il était bien à tout jamais le maître légitime et définitif de cette magnifique monarchie de Charles-Quint, sur laquelle le soleil ne se couchait jamais. Il était comme le certiGait le Moniteur , « revêtu de tous les droits de la maison d'Espagne', » L'héritier de tant de rois existait bien encore quelque part, mais réduit à une sorte de mendicité, et dans une condition si misérable que Napoléon détourne ses regards avec dégoût. Le croirait-on? ce pauvre hère se souvient encore qu'il y a un mois il s'appelait le roi des Espagnes ! De tous ses titres il n'a retenu qu'une formule inoffensive, seul reste de tant de splendeurs, et il ose s'en servir dans les suppliques tremblantes qu'il adresse au tout-puissant empereur. Napoléon est outré de l'audace et de l'inconvenance de ce Lazare de la royauté : « Mon cousin, écrit-il à Talleyrand, le prince Ferdinand, en m'écrivant, m'appelle son cousin. Tâchez de faire comprendre à M. de San Carlos que cela est ridicule ^ et qu'il doit m' appeler simplement sire, » (24 mai ) Cela ne vaut-il pas