‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 2)Chapitre 14 sur 107 · Mémoires de Marmont · texte numérisé non relu

Mémoires de Marmont

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86 HISTOIRE DE NAPOLÉON 1er.

Mais cet expédient original n’obtint pour tout résultat qu’un grand succès de rire.

La ville libre de Hambourg se trouvait en assez mauvais termes avec ia France depuis que le sénat de cette cité n’avait pas cru pouvoir refuser l’extradition des Irlandais Blackwell et Napper-Tandy aux sommations simultanées de l’Angleterre, de l’Autriche et de la Russie. Le Sénat de Hambourg s’était excusé sur la contrainte qu’il avait subie et en avait témoigné ses regrets au Premier Consul. Mais celui-ci, qui avait déjà puni ces magistrats par les plus sanglants reproches, n’avait garde de laisser passer une telle occasion de les rançonner. En faisant cette sorte de revue de ses tributaires, Hambourg se présenta à sa pensée, et il résolut aussitôt de profiter de la terreur qu’il y avait répandue. Talleyrand reçut l’ordre de faire demander de 4 à 6 millions aux Hambourgeois pour prix d’un raccommodement plus complet avec la république française. C’était à ce moment même que Ruroc venait d’offrir Hambourg au roi de Prusse pour prix d’une alliance avec nous. Les convoitises de celui-ci étaient connues à Hambourg ; Bonaparte prescrivit à Talleyrand d’écrire au Sénat « que, quelles que fussent les convoitises de la Prusse et les offres meme que cette puissance paraîtrait disposée à nous faire, le gouvernement français pouvait se raccommoder avec Hambourg, » mettant ainsi l’amitié de la France à prix d’argent, mais sans qu’elle devînt pour cela plus sûre, car pendant qu’il spéculait si largement sur ces craintes et ces espérances, Beurnonville, le successeur de Duroc à Berlin, n’en continuait pas moins à offrir Hambourg à la Prusse.

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De tous les États secondaires placés à notre portée il ne restait à exploiter que la Suisse et le Portugal: on ne pouvait plus songer à rien tirer de la Suisse pour longtemps ruinée par les déprédations qui avaient servi à faire les fonds de l’expédition d’Égvpte et plus récemment ravagée parla guerre dont elle était devenue le théâtre. Quant au Portugal qui avait suivi à son corps défendant la fortune de l’Angleterre, il ne demandait qu’à faire sa paix avec nous, et il nous avait même envoyé des négociateurs dans cette intention. On devait être indulgent pour ce petit État placé dans la sphère d’attraction d’une puissance à laquelle il était hors d’état de résister et qui ne pouvait nous faire ni bien ni mal. Lui accorder la paix était donc ce qu’il y avait de mieux, et elle eût été aussitôt conclue si l’on n’eût consulté que l’intérêt des deux peuples; mais Bonaparte voulut la lui faire acheter, ce qui en ajourna indéfiniment la conclusion. « S’il était vrai, écrivait-il encore à Talleyrand, que dans la position des choses on peut tirer 8 à 9 millions du Portugal, cela serait d’une grande importance, puisque cette augmentation de moyens affectée, par exemple, à l’armée d’Italie, nous donnerait trente probabilités de plus sur cent (13 janvier 1800). »

Ainsi tous nos intérêts internationaux étaient sacrifiés au désir de battre monnaie, et au lieu de nous faire des alliés de ces petits peuples habitués par une politique séculaire à se tourner vers nous comme vers leurs protecteurs naturels, nous les forcions à devenir nos ennemis secrets par un système d’exploitation qui devait nous coûter cher au jour du danger. Et ces

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exactions allaient bientôt devenir plus funestes à ceux qui étaient censés en profiter qu’à ceux mômes qu’elles dépouillaient; car, si elles écrasaient les vaincus, elles corrompaient les vainqueurs. Adoptées aujourd’hui comme un expédient facile, elles allaient devenir peu à peu une nécessité en habituant la nation à compter sur des ressources supérieures à ses véritables revenus, en lui donnant des besoins audessus de ses moyens. Aujourd’hui on contentait encore cette ambitieuse démocratie en lui jetant, à la place des biens qu’elle avait d’abord poursuivis, la dépouille des États faibles; demain il faudrait lui donner l’Europe entière à pressurer.

Au reste l’histoire dira que dans ce triste marché la démocratie française ne fut pas seulement dupe; elle fut aussi complice. C’est ainsi qu’on la vit abandonner, sans un murmure, le peu que le 18 brumaire lui avait laissé des libertés de la Dévolution. Un arrêté consulaire en date du 17 janvier 1800 supprima d’un trait de plume tous les journaux politiques à l’exception de treize feuilles connues par leur dévouement au nouvel ordre de choses. L’arrêté disait que cette mesure n’était prise que « pendant toute la durée de la guerre, » mais elle devait durer autant que le pouvoir de Bonaparte, et le nombre des journaux tolérés allait être encore avant peu réduit par de nouvelles suppressions. Cette exécution n’avait pas môme une excuse. Des historiens ont allégué pour la justifier « les indiscrétions que la presse commettait à l’égard des opérations militaires : » Non-seulement ces journaux n’avaient donné aucun sujet de plainte à cet égard, mais l’eussent-ils voulu, il leur eût été difficile de le faire, car

plusieurs mois devaient encore s’écouler avant le commencement de ces opérations.

Quant aux attaques qu’ils s’étaient permises contre les cabinets étrangers, ils n’avaient fait en les publiant qu’user du droit le plus strict et le plus inoffensif, et leur violence fut bientôt de beaucoup dépassée par celle du Moniteur. Aucun de ces prétextes ne soutient l’examen; le vrai motif de la mesure, c’est que Bonaparte voulait qu’on n’entendît plus qu'une seule voix en France, la sienne. Les amis de la liberté sentirent le coup, mais le public resta indifférent, et telle était déjà l’intimidation que pas une seule protestation ne s’éleva.

Fâcheux présage pour l’avenir! le silence grandissait à mesure que le gouvernement semblait se consolider. L’activité du Premier Consul, l’apparente nouveauté de ses créations, qui n’étaient le plus souvent autre chose que des emprunts plus ou moins déguisés faits à l’ancien régime, le repos qu’il semblait promettre à la France, l’énergie de son administration, le prestige et l’éclat de son nom trompaient tout le monde sur la portée réelle de ses actes; on les acceptait de parti pris avec l’étiquette qu’il lui plaisait de leur donner. Jamais le contraste entre les actions et les paroles n’a été poussé plus loin; jamais on ne s’est servi plus audacieusement de la phraséologie populaire pour tuer tout ce que cette phraséologie représentait. Dans les moindres mesures de Bonaparte on retrouve l’homme qui lors de l’expulsion des députés des Cinq Cents avait déclaré « ouvrir l’ère des gouvernements représentatifs; » celui qui plus tard peur rétablir les prisons d’État se fonda sur des con-

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sidérants en faveur de la liberté individuelle. C’était au nom de la liberté et de T égalité qu’il chassait les représentants de la nation, supprimait la presse, déportait sans jugement les jacobins; et le public qui ne demandait qu’un prétexte pour prendre le change adoptait avec avidité des déclarations qui laissaient à sa soumission une ombre de dignité; les hommes aimant mieux passer pour crédules que de s’avouer lâches. Il y avait ainsi entre eux un pacte tacite consistant d’une part à couvrir l’usurpation des souvenirs et des formules de la liberté, de l’autre à se contenter de ces hommages dérisoires , sans jamais regarder au fond des choses.

Cette double hypocrisie, plus humiliante encore pour les sujets que pour le maître, se manifesta avec éclat lors de l’installation du Premier Consul aux Tuileries. Ce changement de domicile était pour Bonaparte un cas extrêmement scabreux. Aux yeux du peuple toujours beaucoup plus frappé des faits matériels que de ceux qui ne s’adressent qu’à sa raison, cette prise de possession de l’ancien palais de nos rois était chose infiniment plus significative qu’aucun des actes qui avaient fondé la dictature de Bonaparte. Aussi, bien que cette détermination fût depuis longtemps annoncée, bien qu’on eût cherché à en atténuer la portée en publiant que les Tuileries devaient être « le palais du gouvernement, » on n’ignorait pas que personne n’était dupe de cette désignation abstraite et impersonnelle ; et l’on n’était pas sans inquiétude sur les conséquences d’une telle mesure. Le gouvernement c’était Bonaparte, et peut-être y avait-il encore quelque imprudence si peu après

les grandes journées de la Révolution, à loger un général aux Tuileries lorsqu’on installait les représentants de la nation au milieu des prostituées du Palais-Royal.

Pour répondre aux appréhensions de ceux qui voyaient dans cette mesure un commencement de restauration monarchique, le Premier Consul imagina de faire placer dans la grande galerie des Tuileries une collection de statues dont le choix, bien loin de n’indiquer comme on l’a dit que ses prédilections personnelles, était évidemment calculé pour agir sur l’opinion publique. On voyait là réunis dans un pêle-mêle étrange les grands hommes les plus étonnés de se re ncontrer et surtout de se voir les objets d’un môme culte ; Démosthène à côté d’Alexandre; Cicéron, Caton et Brutus, à côté de César; le grand Frédéric entre Washington et Mirabeau 1 ; plus loin quelques héros républicains morts pour la Révolution française : Marceau, Dugommier , Joubert. Les uns étaient sa caution auprès des révolutionnaires et réfutaient victorieusement ceux qui dénonçaient ses projets monarchiques ; les autres étaient destinés à entretenir les espérances de ceux qui saluaient déjà en lui le nouveau César. L’amalgame entier symbolisait cette fusion qu’il lui tardait de réaliser dans les opinions et les partis. On eût dit que les choses perdaient leur sens naturel et ne gardaient que celui qu’il lui plaisait de leur donner.

Une grande et pompeuse cérémonie ayant pour objet la présentation au Temple cle Mars, c’est-à-dire aux

î. Corresj o ulance : ordre à Lucen.

7 février 1800-

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Invalides, des drapeaux turcs pris à la bataille d’Àboukir, devait en outre précéder de quelques jours l'installation du Premier Consul aux Tuileries, afin que sa popularité, constatée de nouveau par une éclatante ovation, pût couvrir avec avantage le faible murmure de ceux qui osaient désapprouver ce premier pas vers le trône. Par malheur les exploits d’Aboular étaient d’une date un peu ancienne, on en avait déjà, tiré un grand parti lors du retour de l’expéd'tion d’Egypte, et l’on pouvait craindre qu’ils n’offrissent pas un aliment suffisant à l’enthousiasme qu’on voulait exciter. Lanouvelle de la mort de Washington arriva en Europe à ce moment même. Bonaparte ne vit dans cet événement qu’une sorte de thème inespéré pour la manifestation qui pouvait être le plus utile à ses desseins : quel autre que lui eût jamais pu concevoir l’idée de faire servir cette grande mémoire à sa propre glorification ? Il s’en empara aussitôt avec cet art de mise en scène et cet à propos incomparable qui sont peut-être le trait ie plus frappant de son génie. Il l’annonça à la France par un ordre du jour imité de la motion fameuse dans laquelle Mirabeau avait annoncé à la Constituante la mort de Franklin : « Washington est mort. Ce grand homme s’est battu contre la tyrannie. Il a consolidé la liberté de sa patrie. Sa mémoire sera toujours chère au peuple français comme à tous les hommes libres des deux mondes, et spécialement aux soldats français qui comme lui et les soldats américains se battent pour la liberté et l’égalité. En conséquence le Premier Consul ordonne que pendant dix jours des crêpes noirs seront suspendus à tous les drapeaux et guidons de la république. *

Il décida qu’une fête funèbre en l’honneur de Washington serait célébrée en même temps que la présentation des drapeaux. La prise de possession des Tuileries, acte ouvertementmonarcliique, disparaîtrait ainsi au milieu de cette sorte d’apothéose des vertus républicaines. Le 9 février Lannes présenta les drapeaux au ministre de la guerre assis entre deux invalides centenaires et entouré des principales autorités. Dans le temple orné de tous les trophées de nos guerres on voyait la statue du dieu Mars au repos et non loin de là le buste de Washington, bizarre association non moins fausse que celle qui plaçait l’éloge de ce grand homme sous les auspices du 18 brumaire! Lorsque Berthier eut répondu à Lannes, M. de Fontanes, qui fit ce jour-là ses débuts comme courtisan, prononça l’éloge funèbre du héros républicain. Rhéteur élégant, à la forme savante et pure, écrivain d’une correction parfaite, aussi supérieur qu’on peut l’être dans ce genre académique qui implique la médiocrité de l’esprit aussi bien que celle de l’âme, M. de Fontanes prouva dans ce discours qu’il avait un tact d’une rare finesse pour remplir les intentions du maître sans laisser voir ce qu’elles avaient de choquant. Son panégyrique était en réalité une sorte de parallèle continu entre Washington et Bonaparte, et bien que le second terme de cette comparaison fût presque toujours sous-entendu, il n’était pas moins présent à l’esprit des auditeurs grâce au choix même de ses louanges et de ses contrastes.

Ainsi en appréciant Washington comme général Fontanes remarquait qu’il avait eu plus de solidité que d’éclat , que le jugement avait dominé plus que l’en-

thousiasme dans sa manière de commander et de combattre. D’ailleurs, ajoutait-il, « aucun peuple ne pouvait donner désormais des leçons d’héroïsme à celui qui en avait dans son sein tous les modèles. Les prodiges militaires exécutés par les troupes françaises avaient affaibli la renommée de tout ce qui s’était illustré dans la même carrière.... Ses conceptions, disait-il encore, furent plus sages que hardies : il n’entraîna pas V admiration, mais il soutint toujours l’estime.— Il est des hommes prodigieux qui apparaissent d’intervalle en intervalle sur la scène du monde avec le caractère de la domination — Une sorte d’inspiration surnaturelle anime toutes leurs pensées, un mouvement irrésistible est donné à toutes leurs entreprises. La multitude les cherche encore au milieu d’elle et ne les trouve plus; elle lève les yeux en haut et voit dans une sphère éclatante de lumière et de gloire celui qui ne semblait qu’un téméraire aux ytux de l’ignorance et de l’envie. Washington n eut pas ces traits fiers et imposants qui frappent tous les esprits ; il montra plus d’ordre et de justesse que de force et d’élévation dans les idées. »

On voit par ces passages à l’avantage de qui était écrit le parallèle. Aux yeux de ce rhéteur « l’élévation dans les idées » c’était l’ambition sans scrupules cherchant avant tout le bruit, l’éclat et la puissance. Ailleurs il peignait Washington * comprimant l’audace de tous les partis et ramenant l’ordre au sein de la confusion. C’est lorsqu’il eut persuadé à ses ennemis qu’il avait assez de force pour gouverner tranquillement » qu’il put rendre à son pays la paix et la liberté. Ici l’orateur dépassait la mesure et laissait voir trop clai-

rement sa préoccupation secrète. C’était aller un peu loin que d’invoquer l'exemple et l’autorité de Washington à l’appui du coup d’État de brumaire. Il rappelait ensuite qu’une fois la paix signée, Washington avait déposé tous ses pouvoirs pour ne se servir contre les factions que des armes légales, ce qui donnait à espérer que Bonaparte ferait un jour de même, une fois la guerre terminée.

« Oui, disait-il en finissant, tes conseils seront entendus, ô Washington! ô guerrier! ô législateur ! ô citoyen sans reproche! Celui qui jeune encore te surpassa dans les batailles, fermera comme toi de ses mains triomphantes les blessures de la patrie. »

C’est ainsi que l’éloge de la vraie grandeur servit à exalter la fausse. L’ambition qui abaisse, écrase et avilit les hommes fut placée au-dessus de celle qui les affranchit et les élève ; le génie qui détruit fut préféré à celui qui fonde, et l’ombre de Washington fut évoquée du tombeau pour escorter dans la demeure des rois ce fils de la Révolution qui avait renié sa mère.

Un nom, naguère encore cher à la France, se présentait naturellement à la pensée à l’occasion d’un éloge de Washington, c’était celui de Lafayette son frère d’armes et son ami. Fontanes avait reçu l’ordre de le passer sous silence ; trait de petitesse qui eût pu servir de commentaire à ses adulations! Bonaparte s’installa aux Tuileries, le jour même où le Moniteur publia le discours prononcé en l’honneur du fondateur de la démocratie américaine, et le public qui associait leurs deux noms salua de ses applaudissements cette cérémonie monarchique en s’efforçant de se persuader qu’il assistait à une fête républicaine

Cependant un organe restait encore à l’opinion publique : c’était la tribune; non plus la tribune retentissante d’où étaient partis tant d’éclairs de génie et de décrets souverains , mais la tribune amoindrie, abaissée, entourée de silence et d’obscurité. Dans ces conditions plus que modestes, le pouvoir législatif n’avait guère de quoi porter ombrage à un gouvernement aussi fort que celui du Premier Consul. On n’avait pas jugé prudent de se passer du concours de ce pouvoir dans la tâche éminemment législative qui consistait à réorganiser la France; mais, en acceptant ce collaborateur forcé comme un mal nécessaire, on aurait voulu lui ravir toutes ses anciennes prérogatives excepté le droit d’approuver les plans du gouvernement. Des quatre assemblées entre lesquelles Bonaparte avait réparti une faible partie des attributions qui avaient appartenu autrefois à une assemblée unique, une seule était animée de quelques sentiments d’indépendance , c’était celle que la Constitution avait traitée avec le plus de défiance, parce qu’elle avait

à la fois la parole et la publicité, ce qui semblait lui promettre une ombre d’action sur le public, le Tribunat. Mais cette disposition fort inoffensive dans un corps élu et payé par le gouvernement, dépourvu de tout moyen efficace de faire prévaloir son opinion, était tempérée par une prudence dont il serait peutêtre impossible de trouver un autre exemple dans l’histoire des assemblées délibérantes. Ce n’est que par la plus audacieuse des mystifications qu’on a pu faire accepter à l’ignorance la légende d’un Tribunat factieux. Jamais il n’y eut une opposition plus scrupuleuse et plus modérée que celle de cette minorité de vingt à vingt-cinq membres qui persista après le 18 brumaire à ne pas désespérer de la liberté française. S’iL y a un reproche à lui adresser, c’est d’avoir en plus d’une circonstance poussé les ménagements jusqu’à la pusillanimité. On ne trouverait pas dans les volumineux procès-verbaux des séances du Tribunat une seule violence de langage, sauf la vivacité, bientôt rétractée, qui échappa à Du veyrier dans la troisième séance. On y chercherait en vain une seule manifestation hostile ; on y trouve en revanche beaucoup d’avances et de concessions qui devaient rester inutiles. Refuser quelque chose à celui qui veut tout, c’est l’offenser autant qu’en ne lui cédant rien.

Quelque peu redoutable que fût un Tribunat qui tenait son mandat du gouvernement au lieu de le tenir du peuple, qui n’avait ni l’initiative ni le vote des lois, et dont le rôle se réduisait à une sorte de consultation rendue devant une assemblée muette, il n’en était pas moins en somme le seul représentant de la liberté de la tribune dans les institutions nouvelles;

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