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HISTOIRE DE NAPOLEON ltr .
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route du grand Saint-Bernard se trouvait être, au rapport du général Marescot chargé un peu tard d’étudier ces passages, la plus praticable de celles qui débouchent des Alpes en Italie, à l’exception du Mont- Genis dont la situation n’était pas favorable à l’opération projetée, et du petit Saint-Bernard, route dès lors accessible aux voitures, ainsi que le prouva bien
tôt le passage de 46 pièces d’artillerie sur leurs affûts,
mais mal étudiée grâce à la précipitation de cette reconnaissance pour laquelle Marescot n’avait eu que quatre ou cinq jours.
Ce projet de passage justement admiré à tant d’égards, n’offrait pas, dans toutes ses parties le caractère de circonspection et de prévoyance dont la première campagne d’Italie avait présenté un modèle si achevé au milieu de ses hardiesses. Non-seulement il mettait le succès à la merci d’une indiscrétion, et moins encore, d’un renseignement exact, parvenu à temps, mais les détails d’exécution avaient été mal calculés, suite inévitable de la disproportion de l’entreprise avec les moyens dont on pouvait disposer. Il fallut modifier en chemin la plupart des mesures prises pour le transport du matériel. On soupçonnait à peine l’existence, et à coup sûr on ne connaissait pas l’importance, du fort de Bard qui faillit tout arrêter. Le général de l’armée d’Italie en 1796 avait plus de sagesse et de vigilance. Mais la campagne d’Égjqite, les hasards extraordinaires qui avaient accompagné et suivi cette expédition avaient démesu-
terminant, ainsi qu’il l’expose lui-même dans ce document. Quant aux considérations stratégiques que développent à cette occasion quelques historiens, on ne doit y voir qu’une pure rêverie.
rément développé le goût naturel qui portait cet esprit vers le merveilleux, le grandiose et le gigantesque. Aussi , tout son nouveau plan de campagne était-il conçu comme un magnifique coup de théâtre destiné à accroître encore l’étonnement produit par tant de prodiges; c’était là aux yeux de Bonaparte le but principal. La paix à obtenir n’était que l’accessoire. Indépendamment des dangers que présentait ce long défilé dans des gorges étroites, où quelques milliers d’hommes pouvaient tenir en échec toute une armée, la tentative de cerner Mêlas sur une ligne qui devait s’étendre du lac Majeur à l’Apennin, avec une armée inférieure en force, en offrait de non moins redoutables , et cette seconde opération était aussi aventurée que la première: mais la possibilité d’un revers pouvait-elle balancer l’éclat d’un tel succès aux yeux d’un homme qui croyait à son étoile et qui trouva jusqu’au bout une sorte de volupté de joueur à en éprouver la fidélité? Quant à se demander s’il avait le droit de jouer la destinée d’une nation comme il aimait à jouer la sienne propre, c’est là une idée à laquelle iL ne s’éleva jamais. On estime d’ordinaire que le succès a répondu à tout ; mais, lorsqu’un succès, si prodigieux qu’il soit, prouve par la façon dont il a été obtenu et par les instincts dont il témoigne qu’il porte en lui-même le germe d’un revers inévitable, il n’y a qu’un manque d’intelligence à l’admirer sans réserve.
On ignora longtemps à Paris que le Premier Consul dût prendre un commandement dans la nouvelle campagne. Il avait soigneusement dissimulé son intention à cet égard, et c:est pour mieux masquer ses
desseins qu'il avait mis une certaine ostentation à confier l’armée de réserve à Berthier. « Je ne veux pas faire Je général, disait- il dans ses conversations privées ; si je pars ce sera pour une simple revue1. » 11 craignait d'indisposer l’opinion, de laisser paraître une ambition impatiente de s’emparer de tout dans l’État, de mécontenter ses compagnons d’armes en leur disputant un rôle auquel ils pouvaient suffire et des honneurs qu’ils se flattaient peut-être de garder désormais sans partage, enfin de fournir une arme à ses adversaires. La Constitution de l’an VIII, en effet, en établissant des ministres responsables, et en attribuant au Premier Consul la nomination de tous les officiers de terre et de mer, l’excluait naturellement de toutes ces fonctions secondaires auprès de la sienne qui était de gouverner. « Les principes de celte Constitution, a-t-il dit lui-même2, ne permettaient pas au Premier Consul de prendre ce commandement. La magistrature consulaireétant essentiellement civile, le principe de îa division des pouvoirs et de la responsabilité des ministres ne voulait pas que le premier magistrat de la République commandât immédiatement en chef une armée; mais aucune disposition comme aucun principe ne s'opposait à ce qu'il y fût présent. Dans le fait, le Premier Consul commanda l’armée de réserve, et Berthier, son chef d’état-major, eut le titre de général en chef.»
Grâce à cette singulière distinction qui montre avec une clarté parfaite ce que Napoléon entendait par le