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Aux consuls, 9 mai ÎSGO

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gées sur des mulets achetés dans le pays et habitués à ces chemins difficiles ; les affûts avaient été démontés afin de présenter moins de volume et de poids. Il n’y eut de véritable difficulté que pour le transport des pièces. On fut obligé de renoncer aux traîneaux à roulette qui avaient été construits à cet effet, et l’on était fort embarrassé de trouver un moyen de hisser les canons sans les endommager, lorsque Marmont, qui commandait en chef l’artillerie et qui déploya en cette occasion de grandes ressources d’intelligence et d'activité, eut l’ingénieuse idée de faire creuser des troncs d’arbres en forme d’étui pour les pièces d’artillerie. Ainsi empaquetées, une centaine de soldats relayés de distance en distance suffisaient pour les traîner jusqu’au sommet de la montagne au son des musiques militaires. Là des vivres et des rafraîchissements préjiarés au couvent du mont Saint-Bernard réparaient leurs forces, et leur permettaient d’entreprendre courageusement l’opération de la descente, périlleuse surtout pour les chevaux. Les cavaliers marchaient à pied, conduisant leurs montures par la bride. A Saint-Rémy, au pied du versant italien du Saint-Bernard, était établi un atelier de remontage qui reconstruisait les voitures de l’artillerie et rétablissait les pièces sur leurs affûts. Toute l’armée franchit la montagne du 15 au 20 mai, et Bonaparte la passa lui-même avec l’arrière-garde dans la journée du 20. Il n’y eut que peu d’accidents, le ciel resta beau jusqu’à la fin, les avalanches dont on a faittant de bruit à propos de ce passage n’interrompirent pas une seule fois la marche de nos soldats.

Ainsi s’effectua cette belle opération qui fut exé-

entée avec autant de bonheur que d’audace, mais qui est loin de mériter les hyperboles d’enthousiasme auxquelles elle a donné lieu. Le plan auquel elle se liait était une conception de génie, mais par ellemême elle ne présentait que des difficultés matérielles qui furent assez aisément vaincues. C’est abaisser les entreprises vraiment grandes que de célébrer outre mesure une opération de cet ordre inférieur, et de laquelle serait venu à bout tout général habile ayant à sa disposition une accumulation de forces manuelles suffisantes. Bien des fois pendant le moyen âge, et dans le cours de nos guerres en Italie aux seizième et dix-septième siècles, nos armées avaient franchi les Alpes, alors que ces passages étaient nécessairement moins ouverts et moins faciles, sans que personne songeât à crier au miracle. Mais du moment où c’est Bonaparte qui l’entreprend, on s’extasie et « c’est un prodige plus grand que celui d' Annibal 1 . » On compare de sang-froid notre passage du Saint-Bernard, entrepris sur notre frontière, sur une route connue et fréquentée depuis des siècles, avec toutes les ressources d’une nation centralisée et tous les avantages de la science moderne, à la marche du héros carthaginois, isolé à cinq cents lieues de son pays, sans base d’opération, sans espoir de secours, se dirigeant sur la foi de quelques vagues notions géographiques à. travers une contrée sauvage et inconnue, où il lui fallait se frayer son chemin lui-même à mesure qu'il avançait, conduisant à travers les neiges sa cavalerie numide, ses éléphants, ses Africains si peu habitués à

1, Thiers, Histoire du Consulat et de l’Empire.

un pareil climat, soutenant et réchauffant du feu de son âme une armée composée de cent éléments divers dont il était le seul lien, et l’on déclare Annibal vaincu dans ce parallèle. On conçoit que la flatterie contemporaine se soit empressée d’adopter un thème si bien adapté à la vanité du maître; mais aujourd’hui, il n’y aurait plus que de la puérilité à maintenir un semblable rapprochement.

L’avant-garde, commandée par Lannes, avait déliassé Aoste et Cliâtillon, sans y rencontrer d’obstacles capables de l’arrêter, lorsqu’elle se trouva tout à coup en présence du fort de Bard. Ce petit fort, construit sur un rocher à pic qui fermait complètement le passage, était gardé par quelques centaines d’hommes à peine; mais il formait une barrière inaccessible et l’on reconnut promptement l’impossibilité de l’enlever de vive force. On parvint toutefois à se loger dans la ville et à s’emparer de la route qui la traversait; mais le feu du fort foudroyait tout ce qui allait audelà. Une très-vive alarme s’était déjà répandue dans l’armée, et Berthier faisait suspendre la marche en avant, lorsqu’on découvrit heureusement dans la montagne un sentier accessible aux piétons : il fut bientôt rendu praticable pour les chevaux. Malgré ce hasard inespéré, l’artillerie ne pouvait passer, et s’il eut fallu attendre la prise du fort, a écrit Napoléon, tout l’espoir de la campagne eût été perdu. Un stratagème de Marmont tira l’armée de ce pas difficile. Profitant d’une nuit obscure, il fait déposer sur la route une couche de paille et de fumier, on enveloppe d’étoupes les pièces, les affûts et toutes les parties sonnantes, il y attelle des hommes à la place des che-

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vaux, puis il les fait défiler silencieusement sous les batteries du fort endormi.

L’éveil fut donné et le feu du fort nous tua quelques hommes ; mais il n’empêcha pas notre artillerie de passer. Cet obstacle une fois vaincu l’armée descendit sur l’Italie comme un torrent, aucune disposition sérieuse n’avait été prise pour l’arrêter. Lannes prend d’assaut Ivrée, quelques jours après il culbute les Au trichiens à la Chiu sella (26 mai). Les quarante-cinq mille hommes de. Bonaparte avaient rallié en route la division Ghabran venue par le petit Saint-Bernard; ils allaient faire leur jonction avec les dix-huit mille hommes conduits par Moncey à travers le Saint-Gcthard ; le général Turreau débouchait par le mont Cenis sur le flanc de l’ennemi avec quatre mille hommes ; un détachement italien occupait le Simplon . Toutes ces troupes formaient une masse d’environ soixante-dix mille hommes au moins, qui devant combiner leurs opérations avec celle de l’armée de Masséna allaient former un total presque égal à celui des forces bien diminuées de Mêlas.

Les progrès du général autrichien en Ligurie n’avaient été ni aussi rapides ni aussi décisifs qu’il s’en était d’abord flatté. Laissant son lieutenant Ott dans de fortes positions autour de Gênes qu’on devait se contenter désormais de bloquer avec trente mille hommes, le baron de Mêlas s’était porté sur le Var avec le reste de son armée poussant devant lui le faible corps de Suchet qu’il s’efforça vainement de couper en le faisant tourner par Ponte di Nave. Suchet repassa le Yar à temps avec ses douze mille hommes et grâce aux travaux déjà exécutés sur ce point, il le

mit promptement dans un excellent état de défense- Lorsque les Autrichiens se présentèrent devant cette ligne dans les premiers jours de mai, ils la trouvèrent hérissée de batteries et de retranchements. Plusieurs escarmouches, suivies le 14 mai d’une attaque générale, leur démontrèrent bientôt l’impossibilité de la forcer. Pendant ce temps Masséna manquant déjà de vivres, et obligé de réduire ses distributions, harcelait l’armée de Ott par d’incessantes sorties. Malgré ses pertes, il continuait à lutter avec une indomptable énergie, prolongeant sa défense grâce à de rares secours que lui apportaient des bâtiments échappés à l’escadre anglaise, partageant ses vivres avec une population affamée qui reprenait courage en voyant son calme inaltérable, menant presque chaque jour au combat des soldats exténués qui pouvaient à peine soutenir leurs armes.

Tel était l’état des choses sur le Var et dans la rivière de Gênes, lorsque le 21 mai le général Mêlas, toujours dans la même incrédulité au sujet de l’armée de réserve parce qu’il n’avait fait surveiller sérieusement que le mont Genis, reçut un avis cer tain du passage de nos troupes au mont Saint-Bernard. Il franchit aussitôt le col de Tende avec un détachement de dix mille hommes. A Coni il connut la vérité tout entière. Mais sa stupeur fut telle en apprenant ces nouvelles accablantes qu’il demeura quelque temps comme anéanti sous le poids de sa responsabilité et ne sachant à quel parti s’arrêter. Son armée se trouvait, en effet, dans un état de dispersion presque irrémédiable. Il était à Turin avec dix mille hommes, Vukassowich, déjà menacé par Moncey observait le Sim pion

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et le Saint-Gothard avec un nombre à peu près pareil, Haddik ramenait à grand peine de la Chiusella quelques débris de son corps sous le feu de notre avantgarde, et le reste de l’armée autrichienne montant à environ cinquante-cinq mille hommes était encore immobile sur le Yar et sous les murs de Gênes.

On voit par la correspondance du Premier Consul qu’il connaissait à merveille cette position dès lors presque désespérée de l’armée autrichienne, grâce aux avis qu’il recevait journellement de Suchet. Quelle détermination allait-il prendre? Dans l’état où se trouvait Mêlas il pouvait choisir à son gré. Allait-il enfin selon sa promesse tant de fois renouvelée se porter au secours de l’armée de Masséna qu’il savait périssant de faim et de misère? Ne devait-il pas à ces braves troupes si héroïques et si maltraitées de leur épargner l’affront d’une capitulation? Ne leur devait-il pas en compensation de leurs longues souffrances la joie de voir l’ennemi s’enfuir devant nos couleurs libératrices? Ce résultat était facile à obtenir. 11 ne tenait qu’à lui d’enlever le faible corps de Mêlas qui se présentait à Chivassopour lui disputer le passage du Pô, et alors de se porter sur Gênes. Rien ne pouvait l’arrêter jusqu’à l’Apennin et, quoi qu’il ait écrit à ce sujet, dans un but facile à comprendre, il n’exposait en rien sa ligne de retraite, car il laissait derrière lui les dixhuit mille hommes de Moncey, les quatre mille hommes de Turreau et le détachement de Lecclii, beaucoup plus que sufiisants pour assurer ses communications et détruire les débris de Mêlas.

Mais un plan infiniment plus grandiose s’était offert à sa pensée, il ne lui suffisait plus de battre en détail

l'armée de Mêlas, il voulait l’anéantir d’un seul coup. En présence d’un tel but à atteindre que lui importaient les souffrances de l’armée de Gênes sacrifiée? Il connaissait trop bien les hommes pour ne pas savoir que les plaintes et les griefs disparaîtraient dans la grandeur du triomphe. Abandonnant donc la pensée qui lui avait fait choisir le Saint-Bernard de préférence au Saint-Gothard, en vue d’une marche plus prompte sur l’Apennin et sourd aux appels désespérés de Masséna, il se porta sur Chivasso comme pour y franchir le Pô, et là, lorsque tout le monde s’attendait à une marche en avant sur Gênes, il fit faire à son armée un à gauche sensiblement rétrograde et la dirigea sur Milan (27 mai 1800). Par ce mouvement se démasquaient enfin les combinaisons qui avaient préparé le dénouement de cette grande trilogie militaire. Les armées de Masséna et de Moreau n’avaient agi jusque-là que pour préparer la victoire de Bonaparte par une double diversion, l’une en retenant Mêlas en Ligurie, l’autre en arrêtant Kray sur le Danube ; maintenant il pouvait entrer à son tour dans l’arèfie pour frapper le grand coup dont il s’était réservé tout l’honneur, laissant à Masséna le mérite peu envié d’une défense honorable mais malheureuse, à Moreau celui d’une abnégation dont personne ne lui tenait compte. Il allait en une journée recueillir le prix de leurs longs travaux, et il se proposait de donner un tel éclat à cette surprise finale que le monde ne verrait plus que lui dans ce succès préparé par eux. Habitué à tout rapporter à lui-même il lui semblait tout naturel de sacrifier ses compagnons d’armes à sa propre fortune ou seulement au désir de produire un plus grand effet sur

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les imaginations. En se portant sur Milan, il livrait Masséna aux Autrichiens, mais il s’emparait de la ligne du Pô, et il lui suffisait de venir se placer entre ce fleuve et l’Apennin pour couper toute retraite à Mêlas.

Ce général n’avait aucune diversion à espérer de Kray. A supposer que ce dernier eût été informé à temps de la situation critique de son collègue, il n’eût rien pu faire pour lui grâce à la barrière impénétrable que lui opposait Moreau du côté de la Suisse. Kray était alors bien plus préoccupé de se maintenir dans Ulm que d’en sortir. Ne pouvant lui livrer un assaut de vive force qui eût remis en question tous les résultats de la campagne, Moreau s’était en vain efforcé de l’attirer hors de ses retranchements par de fausses démonstrations. Il s’était engagé envers Bonaparte à ne pas faire la seule manœuvre qui eût été efficace, c'est-à-dire une marche décidée sur Munich. Quoi qu’on en ait dit, en effet, il suffit de jeter les yeux sur une carte pour reconnaître qu’une telle marche eût complètement découvert la Suisse et par suite l’Italie. Condamné à l’impuissance et à l’immobilité, en butte aux critiques amères de ses lieutenants qui accusaient ses temporisations parce qu’ils n’en pouvaient pénétrer les vrais motifs. Moreau selon sa propre expression tâtonnait autour d’ U Im1 attendant avec impatience que les succès de Bonaparte lui permissent de reprendre des opérations plus actives, et le jour même où celui-ci marchait sur Milan, il lui écrivait pour lui exposer sa situation et le presser d’agir.

1. Moreau au Premier Consul, 27 mai 1800. Cette lettre montre clairement qu’il ne s’est arrêté dcvo.nt Ulm que pour éviter de compromettre i’armée d’Italie

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Le général Bonaparte pouvait donc opérer son mouvement en toute sécurité, car il avait, dans tous les cas, sa retraite assurée par le Simplon et le Saint-Gothard. N'ayant plus désormais qu’un but, celui d’enfermer Mêlas dans le Piémont, en lui opposant une barrière infranchissable du côté du Lombard-Vénitien, il devait, pour lui interdire l’accès de cette province, occuper fortement le cours du Pô à partir de Pavie jusqu’à Plaisance, puis lui fermer la route qui passait entre le Pô et l’Apennin. Quant au Pô supérieur, il avait avantage à le remplacer par la ligne à la fois plus courte et plus solide que lui offrait le Tessin qui va se réunir à ce fleuve au-dessus de Pavie même, en formant par sa jonction une sorte de barrage naturel qui court du lac Majeur à l’Adriatique et coupe en deux l’Italie du Nord. Rien n’était prêt pour empêcher l’exécution de ce plan.

En même temps donc que le Premier Consül se portait sur Milan, Lannes s’élançait sur Pavie, Duhesme et Loison occupaient Crème et Pizzighetone, Betliencourt, le Tessin supérieur vers Arona ; enfin Murat se dirigeait avec deux divisions sur Plaisance, le point le plus important de cette ligne, parce qu’il interceptait les communications de Mêlas à la fois par la route et par le fleuve. Aussitôt ces positions occupées, après une tentative inutile des Autrichiens pour nous disputer Plaisance , notre armée commença à franchir le Pô de tous les côtés pour se masser au-dessous de ce fleuve, vers Stradella, le point central de ce long défilé qui est formé par les derniers plateaux des Apennins d’une part, et, de l’autre, par les marécages du Pô.

A n’envisager ce plan qu’au point de vue de la stratégie pure, il est difficile de rien imaginer de plus admirablement conçu ; il a la logique et la rigueur d’une déduction mathématique ; mais si on l’examine au point de vue des grands intérêts qu’il avait pour but de faire triompher, il donne lieu à de graves objections. Malgré l’habileté de ses dispositions il offrait, en effet, de tels risques que jamais un général patriote ne l’eût adopté ayant à sa portée des succès moins éclatants, mais certains. Ce plan faisait perdre, à Bonaparte, tout l’avantage de sa situation première : il le forçait à disséminer ses troupes et permettait à Mêlas de concentrer les siennes, que nous eussions battues moins bruyamment, mais très-aisément dans leur état de dispersion , sauf à laisser échapper quelques corps isolés. C’est toujours une opération trèsdangereuse que celle qui consiste à cerner un adversaire sur une ligne aussi étendue, mais le tenter avec des forces qui ne sont pas même égales aux siennes c’est s’exposer à un désastre presque inévitable, et, lors môme qu’on possède un génie sans pareil, on doit hésiter avant de jeter dans une entreprise aussi aléatoire une armée qui est le dernier rempart de son pays. Forcé de garder le cours du Pô et du Tessin sur une étendue d’au moins trente lieues, le général Bonaparte ne pouvait amener que trente mille hommes environ contre l’armée de Mêlas, dont une partie devait être, à la vérité , paralysée par les débris de Masséna et de Suchet réunis. C’était trop tenter, eu égard à nos forces, ainsi que l’événement le démontra bientôt. Une situation désespérée eût seule pu l’excuser de jouer si gros jeu. On sentait trop là le désir d’étonner

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les hommes, le besoin d’extraordinaire à tout prix et ce goût pour le démesuré qui devait le perdre un jour. C’était trop sacrifier à la beauté et à la grandeur d’un coup de théâtre que de renoncer à tant d’avantages assurés pour poursuivre une victoire plus éclatante, mais en s’exposant à une catastrophe irréparable. Un ambitieux effréné pouvait risquer ce coup de fortune, un grand citoyen l’eût repoussé.

Bonaparte était à Milan depuis le 2 juin. Ainsi qu’il l’écrivait à Paris, il délivrait les Lombards du a bâton autrichien, » qui avait réussi à leur faire regretter le baron français. Il rétablissait l’administration de la république cisalpine. II appelait les Cisalpins aux armes et les flattait de nouveau de l’espoir tant de fois trompé * de former une nation indépendante. » Il avait choisi Milan pour une manifestation d’un genre tout différent et qu’il eût été embarrassé de faire à Paris, bien qu’elle s’adressât à la France plutôt qu’à l’Italie. Aya.ff depuis longtemps en vue une réconciliation avec l’Église qui lui permît d’utiliser le clergé comme instrument de gouvernement, il profita de son séjour en Italie, et de la proximité de la grande capitale catholique, pour avancer la négociation par une solennelle déclaration de ses sentiments de déférence pour le Saint-Père et d’attachement à la foi catholique. Il réunit les curés de la ville de Milan, leur rappela la protection dont il les avait couverts, à une autre époque, les assura que leur religion était ausssi la sienne, « qu’il était prêt à punir de la manière la plus rigoureuse et la plus éclatante, même , s'il la fallait cle la peine de mort , quiconque ferait la moindre insulte à leur commune religion ou se per -

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mettrait le plus léger outrage contre leurs personnes sacrées. »

Il rejeta ensuite sur la Révolution et « sur la cruelle politique du Directoire, » les malheurs qui avaient séparé en France l’Église de l’État, ajoutant que l'expérience aujourd’hui avait convaincu les Français « qu’il n’est pas de religion qui soit plus favorable au gouvernement républicain que la religion catholique. » La France avait rouvert les yeux à la lumière, elle avait rendu la paix à l’Église ; lui-même espérait bieiitôt s’aboucher avec son nouveau chef, pour lever avec lui les derniers obstacles. Il finit en leur promettant de leur rendre leurs biens et en les autorisant à publier son allocution qui fut, en effet, bientôt imprimée et répandue par milliers d’exemplaires en Italie et en France. Celte manifestation fut le préliminaire du Concordat. Elle eut lieu le 5 juin 1800. Un an auparavant, à pareille époque, le nouveau Constantin était encore en Egypte ; il s’y vantait auprès des muphtis et des ulémas « d’avoir détruit le pape et renversé les croix. » Ce simple rapprochement dit tout sur la pensée qui l’inspirait lorsqu’il prononça devant le clergé de Milan cette profession de foi catholique. On pouvait dès lors augurer par là la valeur et le sérieux de la restauration religieuse qu’il était à la veille d’accomplir.

Les fêtes, les banquets, les ovations se succédaient à Milan presque sans interruption. Le Premier Consul voulait qu’on sût à Paris que sa marche en Italie n’était qu’une suite de triomphes ; il n’oubliait pas de mentionner cet accueil dans ces bulletins de chaque jour qu’il publiait depuis son entrée en campagne

atin qu'aucun de ses gestes ne fût perdu pour l’histoire. « Le peuple de Milan, disait-il dans son bulletin du 5 juin, paraît très-disposé à reprendre le ton de gaieté qu’il avait du temps des Français. Le général en chef et le Premier Consul ont assisté à un concert qui, quoique improvisé, a été fort agréable. Le chant italien a un charme toujours nouveau. La célébré BiUington, la Grassini et Marchesi sont attendus à Milan. »

Pendant que le temps s’écoulait si doucement pour lui, l'armée de Masséna agonisait à Gènes dans lr s dernières convulsions de la faim. Depuis douze jours, elle n’avait pour tout aliment qu’un pain empoisonné fait avec du cacao et de l’amidon, dont on distribuait quelques onces à chaque soldat. Les habitants étaient réduits à l’herbe et aux racines qu’ils déterraient sur les remparts et périssaient par centaines. Franceschi, l’aide de camp de Masséna, envoyé par lui au Premier Consul pour le presser de hâter sa marche, avait assisté, le 20 mai, au passage de nctre arrière-garde sur le Saint-Bernard; il était rentré le 26 mai dans Gênes annonçant des secours presque immédiats. Pour le général Bonaparte, huit jours étaient, plus que suffisants pour franchir les quarante lieues qui séparent l’Apennin de la vallée d’Aoste. Depuis le 20 mai, quatorze mortelles journées s’étaient écoulées au milieu de toutes les horreurs de la famine et aucune autre nouvelle de lui n’était arrivée. Le plus grand nombre le disait en fuite et battu; quelquesuns, soupçonnant la vérité, se sentaient sacrifiés à une vanité de tacticien et maudissaient son féroce égoïsme. —

Le 3 juin, on se trouva à toute extrémité. Des mil-

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liers de femmes mourant de faim parcouraient les rues en demandant du pain; et l’on voyait passer des tombereaux pleins de cadavres comme dans une ville ravagée par la peste1. Il devint impossible de prolonger un jour de plus la résistance. Masséna céda pour sauver ses soldats expirants, mais telle fut encore la fermeté de son attitude, et telle était en même temps la hâte des Autrichiens de rejoindre Mêlas, qu’il obtint la capitulation la plus honorable. Ott venait en effet de recevoir l’ordre de lever le siège et dissimula sa joie. Masséna ne laissa pas un seul prisonnier aux Autrichiens. Il ne lui restait que huit mille hommes sur quinze mille.

Le 5 juin au matin, pendant que Bonaparte recevait les ovations milanaises et vantait dans son bulletin le talent des cantatrices italiennes , une légion de spectres affamés sortait de Gênes et se présentait aux avant-postes autrichiens où on leur avait préparé quelques rations. De là ces braves gens purent se diriger librement sur le quartier général de Suchet. Masséna avait pris la mer et débarqua à Antibes dans la supposition que l’armée de Suchet était encore sur le Var. Le 9 juin il était à Finale, et le 13 juin à Montenotte. Suchet s’était déjà mis à la poursuite des Autrichiens, forcés d’évacuer les bords du à ar comme la rivière de Gênes. Ainsi tombent les insinuations et les calomnies 2 à l’aide desquelles Napo.éon s est efforcé plus tard de noircir la mémoire du délenseur

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