Mémoires dictés à Gourgaud
ment avait été de faire marcher l’armée de Hollande1 et de jeter son épée dans la balance, s’en repentit presque aussitôt et s’empressa de féliciter « l’illustre héros. » Les dispositions de Masséna paraissaient plus douteuses. Ce grand homme de guerre venait de sauver la France par son admirable camqoagne de Zurich, lorsque Bonaparte était revenu d’Égypte. En un instant tout avait été oublié. On dirait qu’en fait de services les peuples attachent plus de prix au superflu qu’au nécessaire. Les héroïques labeurs de Zurich avaient été effacés en un jour par l’éclatante fantasmagorie d’Aboukir ; il n’était plus question de Masséna, le sauveur c’était Bonaparte. Celui-ci, d’ailleurs, ne s’était pas fait faute de répéter dans ses différents manifestes que sa dictature était nécessaire pour faire reculer l’ennemi qui menaçait nos frontières, pour rendre leur ancien prestige à nos armes humiliées, et quelque fausse que fût cette assertion, elle avait été si universellement acceptée qu’elle subsiste encore aujourd’hui à l’état d’erreur historique. 11 était naturel de présumer que Masséna était resté d’autant moins insensible à cette injustice de l’opinion que ses sentiments envers Bonaparte avaient toujours tenu de la déférence plutôt que de la sympathie. Afin de prévenir toute mauvaise volonté de sa part, on se hâta de l’arracher à cette armée d’Helvétie, qu’il venait de couvrir de gloire en une seule campagne, pour lui donner le commandement de celle d’Italie qui était toute dévouée à Bonaparte, et qui, réduite à la défensive, considérablement diminuée, se maintenait