Le pape Pie VII à Napoléon, 11 septembre
HISTOIRE DE NAPOLÉON 1er.
de l’apaiser, ne suspendit pas un instant l'accomplissement d’une prophétie faite à coup sûr. Presque au même moment où le cardinal quittait Rome pour se rendre à Fontainebleau , le général Lemarrois prenait possession des provinces du saint siège au nom de l’empereur. Cette invasion, comme celle de Livourne, comme celle du Portugal, n’était que le prélude de mesures infiniment plus graves et plus décisives; mais, ainsi que Napoléon l’a écrit à cette époque môme : il faut qu'une chose soit faite pour qu'on avoue y avoir pensé.
Pendant que s'exécutaient ces mesures préliminaires contre les victimes désignées à Tilsit pour faire les frais de la réconciliation entre la France et la Russie, Napoléon venait de voir une des proies auxquelles il tenait le plus lui échapper au moment où il étendait la main pour la saisir. Les Anglais avaient enlevé la flotte danoise à Copenhague après avoir bombardé la ville , et cet événement avait produit en Europe une immense sensation. Gomment l’Angleterre avait eu connaissance des stipulations secrètes de Tilsit, on l’ignore encore. Interpellés à ce sujet au sein du Parlement, les ministres, tout en maintenant la sûreté de leurs informations, refusèrent obstinément de dire de qui ils les tenaient. On a de fortes raisons de croire que cette précieuse communication leur fut faite par sir Robert Wilson qui venait de servir pendant deux ans dans l’armée russe. Il n’est même pasimpossible qu’ils l’aient reçue d’Alexandre lui-même, qui, si l’on en croit une assertion contenue dans les mémoires du général Boutourlin, était resté attaché de cœur à l’alliance anglaise. Ce qui est certain, c’est qu’ils
avaient su, peu importe par quels moyens, que Napoléon avait résolu, avec le consentement d’Alexandre, de s’emparer des ressources maritimes du Danemark pour les employer contre leur pays. « S. M., disait à cet égard une déclaration du cabinet britannique datée du 25 septembre 1807, a reçu l'information la plus positive au sujet de la détermination prise par le chef actuel des Français d’envahir le Ilolstein et de forcer le Danemark à fermer les passages du Sund à la navigation britannique 1. » Les ministres anglais auraient été à peine mieux instruits s’ils avaient lu les lettres que Napoléon adressait à Bernadotte.
L’administration n’était plus dans les mains des faibles continuateurs de Fox. L’incapacité que le cabinet Grenville avait montrée dans la conduite de la guerre, ses dissentiments avec le roi au sujet des concessions à faire aux Irlandais qui servaient dans l’armée, avaient fait remonter au pouvoir les amis de Pitt, et le nouveau ministère était dirigé par Canning et Castlereagh. Ces deux hommes d’État ne brillaient certainement pas par les scrupules. Mais une fois en possession du pouvoir que leur valut leur complaisance envers le roi, ils montrèrent à coup sûr plus d’énergie, de décision et d’intelligence que leurs prédécesseurs. Ils comprirent le danger dont leur pays était menacé, et la nécessité d’une prompte détermination s’ils voulaient déjouer les projets de leurs puissants adversaires. Le péril était, en effet, des plus imminents. Le Danemark était hors d’état de résister aux sommations chaque jour plus pressantes de Na-