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CHAPITRE PREMIER

(9 et 10 norembre 1799.)

JOUKKilS DIS l8 tT Xg BRUlf4IRt AH VlII.

E général Bonaparte fut vivement frappé ^de l'excès d'enthousiasme qui, à son débarquement, transporta la population de Fréjus. Cette exaltation portait un autre caractère que celle qu'avait produite la gloire du héros d'Italie; car la

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multitude ne saluait pas le vainqueur des Turcs, le conquérant de FÉgypte , mais le Libérateur de la France. Ce mot devint pour lui uu orade; et, dès ce moment, il connut toute la faveur de la fortune qui le ramenait dans sa patrie. Mais qu'était Fréjus auprès de la capitale? qu'étaient les habitans de cette petite ville de matelots auprès de Télite de la nation, auprès du peuple de la grande cité qui avait proclamé tous les fastes de la révolution; de ce peuple qui, auteur, témoin et victime de ses orages, leur survivait , avec le privilège de frapper les proscriptions et de décerner les triomphes? Bonaparte l'Égyptien ne pouvait plus redouter à Paris les souvenirs du 1 3 vendéminaire, si brillamment amnistiés depuis trois ans par les trophées de Bonaparte lltalique. Cependant, comme à cette époque surtout les Parisiens n'étaient pas rassasiés de victoires , Bonaparte crut devoir se faire précéder par le bulletin de la bataille d'Aboukir, qui le montrerait couvert des palmes de l'Orient.

Sa relâche forcée en Corse et sa descente à Fréjus venaient de lui confirmer l'état déplorable de la France, dont les gazettes de Francfort l'avaient instruit en Egypte. Les Chouans désolaient la Bretagne par leurs vols et leurs cruautés; la guerre civile s'était rallumée dans l'Ouest avec fureur, et se propageait à travers le département de l'Eure jusqu'aux environs de Paris ; après avoir gagné Bordeaux et Toulouse, elle menaçait d'envahir le Midi. L'ItaUe tout entière gémissait sous le joug des Austro-Russes, ses nouveaux maîtres. Joubert, envoyé dans cette contrée par le parti Sieyes, pour acquérir, à la tête

de rarmée et par des exploits , Fimportance et la po* pularité nécessaires à un grand rôle politique, était mort en combattant à Novi. Bonaparte sentit qu'il reparaissait à propos, non pour venger loubert ou le IMrectoire, mais pour ressaisir le berceau de sa grandeur. Cette conquête lui souriait d'autant plus que Masséna, l'homme de toutes les victoires d'Italie , ayant détruit en Suisse le dernier corps de l'armée de Suwarow, il pourrait se retrouver encore, comme en 1796, face à face avec l'Autriche seule, et il était loin de désespérer de lui dicter la paix une seconde fois. Mais ce qui frappa surtout l'attention de Bonaparte, ce fut de voir le Directoire tombé dans une telle déconsidération aux yeux de la France, qu'on ne lui savait aucun gré ni des succès de M asséna en Suisse, ni de ceux de Brune en Hollande, et que l'éclat des fameuses batailles de Zurich et de Bergen restait exclt»ivement personnel à ces deux généraux. ^

Bonaparte donna le premier l'exemple de cette propriété de la gloire; mais jusqu'alors il n'avait appartenu qu'à lui seul de s'en emparer et de n'être justiciable ni de la feveur ni de la défaveur des chefs de l'État. Quand il vit que Masséna et Brune se trouvaient par la force des choses admis à la même prérogative, il jugea que l'heure du Directoire et la sienne étaient arrivées , et sans doute il n'est pas de signe plus visible, plus énergique, de la décadence d'un gouvernement, que cette partialité publique qui ne kii porte en compte que les défaites et les adversités.

Le 9 octobre, à six heures du soir, Bonaparte se

mit en route pour Paris avec Berthier, son chef detat-major perpétuel; il ne fit que continuer un triomphe depuis Fréjus jusqu'à la capitale. Des réceptions extraordinaires y des honneurs souverains lattendaient à Aix; à Avignon , à Valence, à Vienne, et surtout à Lyon. Des fêtes furent improvisées sur son passage par les villes et par les campagnes, et présidées par les autorités. Pendant ce voyage , lune des plus belles époques de sa vie, il ne put douter à chaque pas qu'il n'était accueilli comme libérateur par la France : elle y mettait tant d'abandon , qu'il dut ta croire dans la confidence de l'avenir. Il comprit, il accepta ces présages de succès, et arriva le i6 à Paris, non-seulement pleinement justifié à ses propres yeux d'avoir quitté le commandement de FÉgypte , mais bien convaincu qu'il n'avait fait qu'obéir à la volonté nationale. Le Directoire seul, instruit par la renommée, ou témoin luL-même de l'en- «thousiasme qu'excitait la présence de Bonaparte, se laissait tellement aveugler par sa confiance dans ce que l'on appelle en politique l'étcU de possession y qu'il ne prit aucun ombrage des manifestations de l'opinion publique, et se disposa aussi à fêter son déserteur d'Egypte.

Après la mort de Joubert et le retour à Paris de Moreau qui venait de s'illustrer en se mettant à la tête de notre armée, engagée dans une action terrible avec les Russes, Sieyes et ses amis avaient reporté leurs vues sur ce général. Mais, à la nouvelle du débarquement de Bonaparte, Moreau dit aux directeurs : « Vous n'avez plus besoin de moi; voilà l'hoiume « qu'il vous faut pour un moui^ement; adressez-vous

« a lui. » Ces paroles de Moreau donnent là mesure des combinaisons étroites du Directoire , qui croyait ressaisir le crédit et la force en faisant opérer uir moui^emeni; rfles prouvent aussi que Moreau ne pénétrait pas mieux que les gouvernans d'alors les conséquenees inévitables de cette apparition si imprévue de Bonaparte. Enfoncé j^ans la routine révolutionnaire , le Directoire ne savait pas ce que tout le monde sentait à Paris ^ ce qiie l'on répétait dans les salons et dans les lieux publics, qu'un parti nouveau se présentait pour dominer tous les autres : c'était le parti de l'armée, qui , n'ayant paru sur le théâtre politique qu'au i8 fructidor, allait profiter de l'ascendant <{u'on lui avait donné en implorant ses dangereux secours contre une portion des Conseils et du gouvernement. Le vainqueur de Toulon , de vendémiaire , dltalie et d*Egypte, représentait ce parti , le seul redoutable désormais^ et certes, le hardi violateur des règlemens sanitaires n'avait pas brisé toutes le9 lois militaires et civiles pour venir offrir son appui au Directoire.

Bonaparte jugeait bien de l'effet du bulletin d'Aboukir sur les habitans de la capitale. Son arrivée fut annoncée dans tous les spectacles comme une prospérité publique. Cette circonstance seule l'engageait. Il vit que Paris était dans son secret et dans ses espérances. En effet, il fot accueilli par une conspiration générale, et entouré tout à coup d'amitiés ou d'intérêts qu'il ne pouvait prévoir. Le lendemain, 17 octobre, il se rendit aii Luxembourg, ou il exposa en séance particulière la situation de l'Egypte; il déclara aux directeurs , qu'instruit des malheurs

de la France 9 il n'était revenu que pour la défendre. Il jura sur son épéa que son départ n'aVait point d'autre cause, et lui point d'autre intention. Ainsi Bonaparte n'était pas autorisé par des instructions à quitter l'Egypte quand il le croirait convenable; et s'il ne &ut pas tout-à*£siit regarder comme une ùhle cette lettre du Directoire qui le rappelait en France, il est certain qu'il ne la reçut point avant son départ d'Egypte,

Les cinq directeurs, divisés, non en trois £sLctions, mais en trois intrigues, prirent chacun pour eul ce serment militaire. Toutefois, voulant éviter de leur donner aucun soupçon et de se prononcer plutôt pour l'un que pour l'autre, Bonaparte recommença le genre de vie retirée qu'il avait adopté, soit lorsqu'il fut abandonné par le Comité de salut public, après le siège de Toulon et l'affaire du Cairo, soit après l'inspection de l'armée d'Angleterre, avant de partir pour l'Egypte. Il se montrait peu en public, n'allait au théâtre qu'en loge grillée , ne fréquentait ostensiblement que les savans, et ne consentit k diner chez les directeurs qu'en Ëimille. Il ne put cependant refuser le banquet que lui ofiFrirent les deux Conseils dans le temple de la Victoire (l'élise Saint* Sulpice); mais il ne fit que paraître à cette espèce de fête, dont il sortit ayec Moreau,

Paris, regardait avec une sorte de respect cette solitude de Bonaparte après de glorieux travaux; on Êdsait plus encore, on attachait au retour de cette habitude, qui avait marqué les époques importantes de sa carrière , l'espérance de quelque haute combinaison qui vint au secours de la nation. Le public ne

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se trompe guère sur les grands évènemens qui doivent éclofe, et il se trompait d'autant moins cette fois dans son attente ^ que lui-même conspirait ouvertement contre le Directoire. Bonaparte n-eut pas apporté d'Egypte lia volonté de changer le gouvernement de la France et d'en prendre les rênes , qu'il y annat été forcé par l'opinion. La situation positive des affaires lui fiit révélée par de bons observateurs, par Camhacérès , Rcederer, Réal^ Regnault de Saint- Jean-d'Angély y Boulay de la Meurthe, Daunou, Chénier, Maret, SémonviUe, Murât, Bruix, Talleyrand et Fouché de Nantes. De toutes parts on pressait le général Bonaparte de se mettre, non à la tête d'un mouvement, mais d'une révolution.

Voici Tétat des partis qu'il fallait soutenir ou combattre dans l'intérieur. Jourdan, Augereau et Bemadotte, figuraient au premier rang de la faction démocratique, connue sous le nom à\x Manège. Cette faction, qui se ralliait aux directeurs Moulins et Gohier, lequel présidait alor^, se composait des ré*. volutionnaires républicains. Elle fit ses confidences à Bonaparte; il les accepta, et tenait ostensiblement pour Gohier et Moulins. Sieyes dirigeait les politiques, les modérés qui siégeaient dans le Gtmseil <les Anciens. Il proposait à Bonaparte d'exécuter un coup d'Etat médité dés long-temps, et lui soumettait une constitution qu'il avait silencieusement élaborée. Roger-Ducos, l'ombre de Sieyes, se trouvait toujours compris de droit dans toutes les opinions de son col* lègue. Quant à Barras , pigcé à la tête des spécula- > teurs, des hommes de plaisir, c'était un ambitieux de sérail; seul de son espèce au Directoire , il flottait

entre les deux partis , et aurait voulu s*en débarasser : voilà le motif de Faccueil qfu'il avait fait au général Bonaparte, qui l'appelait le chef àespourris. Un quatrième parti se formait des conseillers de Bonaparte, qui ne se souciaient ni dé la démagogie de Gohier, ni de la métaphysique de Sieyes, ni de la corruption de Barras. Au nombre de ces homm^ se rangeait Fouché, alors ministre de la police du Direc* toire. Il avait rompu avec les républicains, dont il était sorti, et à l'arrivée de Bonaparte, il se hâta de commencer vis-à-vis du Directoire le rôle qu'il n'a cessé de jouer depuis sous les divers gouvememens de la France. Ses services parurent d'autant plus précieux, qu'il pouvait être plus nuisible aux projets du général. Il fallut donc recevoir les ouvertures de Fouché comme une nécessité. Mais il était en pleine trahison, et par cela seul aussi sa position devenait très-dangereuse pour lui-même ; en conséquence il dut se contenter d'être écouté : la confiance n'alla pas plus loin. Bonaparte accueille encore les avis et les instances d'im autre ministre , que sa disgfêce récente, due à l'influence du Manège , poussait à prendre une couleur plus franche, et à obtenir plus de crédit que Fouché; cet ex-«ministre était le citoyen Talleyrand-Périgord : il ne devait plus aucune fidélité au Directoire, et il avait, par ses antécédens et par la nature de son esprit, plus de raisons sans doute que lé révolutionnaire Fouché d'être dégoûté de la république et de ses gouvernans. Une division extrême régnait parmi ces derniers : ils travaillaient séparément 'avec une ardeur infatigable auprès de Bonaparte à la destruction de leur propre puissance.

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Tel est le bulletin connu des conspirations , au niilieu desquelles celle^ont Bonaparte était T^me et le guide attirait toutes les autres^ et les entraînait dans son tourbillon , comme une grande planète entraîne ses satellites.

Résolu à dissoudre le Directoire, Bonaparte voulait que cette opération ne fut pas une révolution, mais un changement, mode qu'il avait inutilement proposé jadis aux directeurs pour la Suisse et pour l'Etat romain. Bonaparte aimait la guerre et avait en horreur le moindre tumulte populaire. Pour arriver à son but, il existait une route constitutionnelle , indiquée par Sieyes et. par l'article 3 de la Constitution,, qui donnait aux Anciens le pouvoir de transférer les deux Conseils hors de la . capitale. Grâce à cette mesure légale, le Directoire se trouvait isolé. Bonaparte jugea qu« le moment de s'en-* tendre avec Sieyes était venu en raison de. l'immense influence que ce directeur exerçait dans le Conseil des Anciens. Bonaparte le connaissait depuis long-temps, et penchait à se rapprocher de ce personnage : cependant les amis du général l'engageaient à voir Barras : il dîna avec ce directeur le 3o. Après le repas. Barras lui confia le besoin qu'il éprouvait de se retirer des affaires , et la nécessité d'adopter pour la France une autre forme de gouvetnement. Il ne voyait, disait-il, que le général Hédouville qui convînt pour être le président de la nouvelle république. La confidence manquait d'adresse. I^ nom d'Hédouville cachait celui de Barras, à qui un regard de Bcmaparte découvrit qu'il était deviné. Il quitta Barras, assez irrité de ce que ce

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directeur ayait voulu le jouer, et visita Sieyes, avec lequel il s'accorda bientôt. On convint que celui-ci disposerait le Conseil des Anciens à prendre la résolution qu'autorisait la Ck>nstitution, et que Bonaparte se chargerait d'appuyer au besoin, par les troupes, la décision de ce Conseil. Les deux conspirateurs arrêtèrent que l'entreprise serait exécutée du i5 au ao brumaire, c'est-à-dire du 6 au 1 1 novembre 1799. Le lendemain matin, Bonaparte vit arriver Barras, qui, averti par ses amis de l'inconvenance de ses paroles de la veille , et de la maturité des évènemens, s'excusa en témoignant le désir de n'être pas oublié dans les nouveaux projets^ et finit par se mettre à la disposition du seul homme , disait-il, ^wpiî^ sauver la France. U était difficile d'abdiquer avec plus de franchise. Bonaparte se montra moins confiant que Barras : il allégua les soins qu'exigeait sa santé , et le besoin d'un long repos. On remarqua depuis ce moment que Sieyes prenait des leçons d'équita* tion. Cette nouvelle amusa la capitale, et surtout Barras, qui s'égayait chaque jour aux dépens de son collègue.

La garnison de Paris, dont une partie avait servi en Italie, et dont l'autre avait marché sous les ordres de Bonaparte au t3 vendémiaire, ainsi que les quarante-huit adjudans et les chefs de la garde nationale noinmés par lui après cette journée, en sa qualité de général en chef de l'armée de l'intérieur, enfin une bonne partie l'état-major de la place, avaient voulu être présentés au vainqueur de l'Egypte dès son arrivée à Paris; trois régimens de drai^ gons, surtout , désiraient avec ardeur qu'il les passât

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en revue. Le généra) les remettait de jour en jour , dans la crainte d'affecter la popularité militaire , et d'éveiller les soupçons du ministre de la guerre Du* boisdeCrancé, son ennemi personnel et la créature du Manège : mais, le i5 , dans une dernière conférence entre Bonaparte et Sieyes, l'exécution de la révolution méditée ayant été définitivement fixée au i8 brumaire (9 novembre), les officiers de la garnison fiirent convoqués à sept heures du matin , pour le 18, au domicile du général. Quant aux troupes, les généraux Murât, Lannes, Leclerc, beaufrère de Bonaparte, et les colonels, tels que Sébastiani, qui commandait le 3^ de dragons , se chargèrent de disposer leurs officiers à marcher sous le nouveau drapeau. Chaque régiment connut, dans la nuit du 17 au 18, son ordre de mouvement; les che& seuls étaient dans la confidence de l'objet de ce mouvement. Bonaparte avait fait appeler Sébastiani, son ami et son compatriote, et, après lui avoir confié les projets du lendemain , lui dit de s'assurer de son régiment, et de le diviser en deux parties, dont six cents hommes à pied prendraient position , le 18, à six heures du matin, dans la rue Royale, sur la place Louis XV, sans pouvoir communiquer avec ce qui ce fut. Sébastiani devait ensuite se rendre chez Bo/uq)arte av^ quatre cents chevaux , occuper les. avenues do sa maison jusqu'à la rue du Mont-Blanc, et donner pour consigne à ses vedettes de laisser entrer tous les militaires qui se présenteraient, mais de ne permettre à personne de sortir. Ces ordres furent exécutés. Le chef d'escadron Letort eut le commandement des dragons à pied; le chef d'es-

cadron M aupetit , celui des dragons à cheval. A six heures du matin , le i8, ces deux troupes étaient à leur destination.

Le ministre de la guerre, Dubois de Crancé, n'avait pu ignorer le mouvement militaire qui s'opérait depuis quelques jours dans les casernes et parmi les officiers , en faveur du général Bonaparte; il eut des preuves certaines du complot formé d'enlever la garnison de Paris et de l'employer à une révolution contre le gouvernement. Il alla au Luxembourg , le 17, en donna avis à Gohier, président du Directoire, et lui proposa de Éaire arrêter le général Bonaparte, le lendemain, au milieu de l'exécution de son projet. Mais les directeurs, qui se reposaient sur les rapports de Fouché et sur les sentimens que Bonaparte leur avait témoignés constamment depuis sou retour, Gohier surtout que Bonaparte ménageait le plus, parce qu'il craignait davantage son influence républicaine, se récrièrent contre le dessein du ministre, et restèrent dans l'ignorance complète de ce qui se passait sur la rive droite de la Seiue. Cependant Dubois de Crancé^ ne voulant pas être pris tout-à-fait au dépourvu, dans le cas où le Directoire se réveillerait, avait consigné toutes les troupes dans leurs casernes. Le colonel Sébastiani reçut, le 1 8, à cinq heures du matin, l'ordre ^e se rendre au ministère , comme il montait à cheval , avec ses dragons. Sébastiani mit l'ordre dans sa poche et arriva avec ses quatre cents chevaux à l'hôtel Bonaparte. Le général l'envoya inviter ses officiers à déjeuner. En chemin, Sébastiani rencontra, dans la longue et étroite avenue qui conduit à la. maison de

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Bonaparte, le général Lefebvrfe en voiture; ce général était commandant de Paris; il demanda avec sévérité au colonel en vertu de quelle autorité il était à la tête de son régiment. « Le général Bonaparte a VOUS le dira», répondit Sébastiani* Lefebvre ordonna à son cocher de sortir et de le ramener chez lui. Alors Sébastiani fit connaître sa consigne et engagea Lefebvre à entrer chez Bonaparte pour s'entendre avec lui. Ijefebvre, voyant l'impossibilité , de faire tourner sa voiture dans l'avenue, et de sç soustraire à la consigne donnée , se décida à suivre le conseil de Sébastiani. En arrivant chez le général Bonaparte, il l'interrogea sur le mouvement de troupes .qui avait lieu d'après ses ordres, et lui fit de violens reproches. Quant il eut fini, Bonaparte lui dit froidement : « Général Lefebvre^ vous êtes une a des colonnes de la république ; je veux la sauver « aujourd'hui avec vous, et la délivrer des avocats « qui perdent notre belle France. Voilà pourquoi je « vous ai engagé à venir chez moi ce matin. — Les « avocats! répondit le général Lefebvre , oui, vous « avez radson , il faut les chasser. Vous pouvez comp- « ter sur moi. » Ainsi se termina cette aventure qui pouvait amener des suites sérieuses. On sent combien il importait . à Bonaparte d'avoir pour lui et avec lui le commandant de Paris. Bientôt après se présentèrent en foule tous les généraux et officiers qui, depuis quelques jours, s'étaient déclarés les partisans de l'adversaire du Directoire. Dans ce nombre on remai*quait Moreau , qui se livra tout entier à Bonaparte. Celui-ci craignait Bernadotte, le chef le plus dangereux du parti du Manège , et depuis

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quelque temps plus que suspect au Directoire , qui deux mois auparavant lui avait retiré le portefeuille de la guerre. Ce général, à l'époque du i8 fructidor, où il commandait une division de Tarmée dltalie, avait publiquement désapprouvé la protecticA que ^ Bonaparte et sob armée donnèrent à cette révolution. Le matin, sur l'invitation de ce général, Bemadotte s'était rendu chez lui ; une conversation tr^-viye eut lieu entre eux : Bemadotte refusa de coopérer au changement politique dont il recevait la confidence. Il sortit de cet entretins , après avoir prorais de rester neutre : cet engagement ne l'obligeait proba* blement que pour la journée , comme on le verra. Satisfait d'avoir paralysé, pour le moment, un homme qui pouvait au moins contrarier ses projets , Bonaparte, incapable de rien négliger, voulut aussi s'assurer du président du Directoire, et l'engagea à diner pour le jour même de l'événement. Miîs cette précaution ne lui parut pas encore suffisante, et afin de n'éprouver de la part de Gohier aucune résts** tance aussitôt que la décision du Conseil des Anciens serait connue, il avait aussi fait adresser par madame Bonaparte , et porter par son fils Eugène au directeur et à son épouse , une invitation pressante à déjeuner pour huit heures du matin. Gohier, en homme qui s'avise un peu tard, se contenta d'envoyer sa femme. Cependant, à l'insu du Directoire , «dont l'incrédulité et la confiance sommeillaient au Luxemboui^, dés cinq heures une convocation extraordinaire avait été faite aux membres du Conseil des Anciens qui trempaient dans la conjuration. Déjà le général Bonaparte se trouvait entouré de b près-

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qne totalité des militaires de Paris, lorsque le député Cornet vint lui apporter te décret qui mettait l'armée à sa disposition, et ordonnait la translation des deux Conseils à Saint-Ckmd. 11 £iut rendre à chacun ce qui lui appartient: il n'est douteux pour aucun homme témoin de ce grand drame, que, sans le décret du Conseil des Anciens, le général Bonaparte ne pouvait exécuter ses projets, ni changer la forme du gouvernement en vingt«quatre heures, sans Rejeter dans les hasards tumultueux d'une révolution , au milieu de la capitale. Ce décret ne légitimait pas , mais il auto* risait ce qui allait avoir lieu militairement. Le centre, le foyer, l'indispensable appui delà conspiration, était dans le Conseil des Anciens.

Fouché, qu'on n'avait point adlhis à diriger les fils de la trame, s'en dédommageait en faisant espionner les deux partis : ii sut le premier que Gohier avait refeté les avis de Dubois de Grancé, et se targua de cette révélation auprès de Bonaparte; il sut le premier aussn que le décret des Anciens était rendu, et se hâta d'en informer le général avant l'arrivée de Cornet, leur président. Alors, ne pouvant retenir son zèle, ou plutôt saisissant, pour en recueillir les fruits, l'occasion de le faire éclater, il avoua au général qu'il avait ordonné de fermer les barrières de Paris, et d'arrêter le départ des courriers et diligences. Fouché n'était pas encore corrigé des moyens révolutionnaires, et sentait toujours son école. Bonaparte se contenta de lui répondre: « Vous « voyez, par l'afBuence des citoyens et des braves «c qui m'entourent, que je n'agis qu'avec la nation et « pour la nation. Je saurai faire re^ecter le décret

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<€ du Ck)n6eil et assurer la tranquillité publique. » Fou* ché sortit de chez le général pour publier une proclamation qu il tenait toute prête en faveur de la nouvelle révolution , et se rendit ensuite au Luxembourg, afin d'avertir le Directoire de la résolution du Conseil des Anciens. Le président Gohier le reçut comme il le méritait. Quel besoin Fouché» engagé comme il l'était , avait-il de se présenter aux directeurs, quant il n'avait pas cessé, depuis le retour du général Bonaparte, d'employer sa police à les trahir? Voici la raison de cette conduite: l'afiFaire n'était pas encore terminée; il osa dire au président que les rapports ne lui avaient pas manqué; mais ces rapports étaient évidemment êlux j puisque ce ministre infidèle travaillait contre le Directoire. Il ajouta : «c JN^ est-ce pas du sein même du Directoire que le coup est parti ? Siejes et Roger-Dueos sont à la commission des Anciens. — La majorité est icij lui répondit froidement Grohier , et si le Directoire a des ordres à donner , il en chargera des hommes plus dignes de sa confiance. »

Gohier avait raison de parler ainsi à Fouché ; mais il avait le tort, dans ces circonstances, de s'être montré, comme ses collègues, un si médiocre conspirateur après avoir été un si faible gouvernant. U ne pouvait ignorer que Bonaparte était venu pour prendre part aux affaires ; en effet, comme le dit Fouché, le général avait demandé à Gohier de le faire admettre au Directoire, et Gohier ne refusa de coopérer à cette innovation qu'en alléguant l'âge prescrit par la Ckmstitution. Le fait est qu'il ne se trouvait d'hommes capables dans cette révolution que ceux qui l'exécu-

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taientf et qu'un gouvernement déclaré vacant dans sa propre capitale, par la majorité des habitans et par ses troupes, et qui comptait parmi ses ennemis Bons^arte, Moreau, Talleyrand, Fouché, Gambacérès et les hommes les plus puissans et les plus distingués du temips, n'avait aucun moyen de salut, et devenait ridicule dans sa chute, qui était le secret de toute la population depuis quinze jours.

Cependant le président Cornet venait de donner lecture au général Bonaparte, en présence de tous les militaires qui remplissaient son hôtel, du décret suivant: a Le Conseil des Anciens, en vertu des «articles loa, io3 et io4 de la Constitution, dé- « crête ce qui suit: i* lie Corps-Législatif est trans- « féré dans la commune de Saint-Gloud. I..es deux <r Conseils y siégeront «dans les deux^ ailes du palais, «a* Ils y seront rendus demain, 19 brumaire, à c midi. Toute continucUion de fonctions de délibé- « ration est interdite ailleurs avant ce terme. 3* Le « général Bonaparte est chargé de l'exécution du pré- « s&al décret; il prendra toutes les mesures nécessaires « pour la sûreté de la représentation nationale. Le « général commandant la t 7^ division , la garde du « Corps-Législatif, les gardes nationales sédentaires , c les troupes de ligne qui se trouvent dans la com- « mime de Paris et dans l'arrondissement constitu- « tionnel et dans toute l'étendue de la 1 7* division , « sont mis immédiatement sous ses ordres et tenus « de le reconnaître en cette qualité. Tous les citoyens « lui prêteront main-forte à la première réquisition. « 4* Le général Bonaparte est appelé dans le sein du « Conseil , pour y recevoir une expédition du présent

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a décret et prêter serment: il se concertera avec les « commissions des inspecteurs des deux Conseils, fc S"" Le présent décret sera de suite tranamis par un « message au Consdl des Cinq«Cents et au Directe toire exécutif; il sera imprimé, affiché, promulgué « et envoyé dans toutes les communes de la républi* oc que par des courriers extraordinaires. »

Tel fut le premier manifeste de la révolution convenue entre Bonaparte et Sieyes, dams la conférence du 1 5 , et dont le Conseil des Anciens se rendait l'or* gane et l'instrument.

Après cette lecture, Bonaparte ordonna aux quarante-huit adjodans de faire battre la générale , et de proclamer le décret dans tous les quartiers de Pans ; ensuite il monta, à cheval , suivi des généraux , des officiers et des dragons de Sébastiani, entra par le Pont-Tournant aux Tuileries , où il vil venir audevant de kii la garde du Conseil des AAciens , qui Tattendait en bataille sur la terrasse de l'eau: ce £it avec ce cortège qu'il arriva au palsus, au milieu des acclamations des soldats et de la population que la nouveauté de ce spectacle avait attirée* Introduit dans la salle des séances avec son étaJ:-tiiiajor: m Ci*- « toyens, dit^l, la république périssait; vous l'avez <c su, et votre décret vient de la sauver. Malheur à « ceiux qui voudraient le trouble et le désordre! Je a les arrêterai , aidé des gteéraux Bertfaier, Lefebn*e « et de tous mes compagnons d'armes« Qu'on ne « cherche pas dans le passé des exemples qui pour* c( raient retarder votre marche* Rien dans l'histoire a ne ressemble à la fin du dix-huitième siècle: rien « dans la fin du dix-huitième siècle ne ressemble au

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« moment actuel. Votre sagesse a reiicfu ce décret, « nos bras sauront rexécuter. Nous voulons une ré* « publique fondée sur la vraie liberté, sur la liberté «civile, sur la r^résentation nationale, nous Tau- «I rons. Je le jure. Je le jure en mon nom et en celui c de mes compagnons d'armes.

Bonaparte reçut le$ féUcitations et les encourage* mens des membres présens du Conseil des Anciens.

Le président Cornet avait habilement composé une majorité pendant la nuit précédente.

Cette manière d'octroyer la liberté fut bientôt légalisée par les forces militaires que le Conseil venait de mettre à la disposition du dictateur. Il alla passer dans le Carrousel la revue des troupes, et il les harangua par cette prodamation envoyée ensuite aux armées: « Soldats! le décret eKtraordfaaaire du Conseil a des Anciens est con^rme auK articles loa et io3 « de Tacte constitutionnel. Il m'a remis le commande- « ment de la ville et de Tarmée. Je l'ai accepté pour « seconder les mesures qu'il va prendre et qui sont « toutes en faveur du peuple. La répubKque est mal « gouvernée depuis deux ans. Vous avee espéré que « mon retour mettrait un terme à tant de maux: « vous Tavec oélébré avec une union qui m'impose « des obKgations que je remplis. Vous remplirez les « vôtres et vous seconderez votre général avec Té* < nergie, la fermeté et la confiance que j'ai toujours « yum en vous. La liberté, la victoire et la paix, rec placeront la république française au rang qu'elle « occupait en Europe, et que l'ineptie ou la trahison a a pu seule lui faire perdre. JK/Vtf la république ! » Les troupes répondirent avec des cris unanimes

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de vii^e Bofiapartel vive la République! Alors Augereau se- présenta à Bonaparte et lui dit: a Comment , a général 9 vous avez voulu Éaire quelque chose pour tf la patrie et vous n'avez pas appelé Aug^*eau?ff Un mot de Bonaparte dut prouver à ce général qu'on ne craignait ni ne désirait rien de lui. Le héros du Directoire au 1 8 fructidor ne pouvait être l'homme de Bonaparte au 1 8 brumaire; et d'ailleurs celui-ci n'avait pas oublié qu'Augereau était l'un des chefs les plus ardens de la société du Manège. L'impulsion des conversions ayaitété imprimée aux militaires par le général Moreau y qui ne partageait pas cependant les principes révolutionnaires d' Augereau:

Dix mille hommes stationnèrent aux Tuileries, sous les ordres du général Jiéfebvre. I^e commaiïdement du Luxembourg passa à Moreau , qui s'était offert au général Bonaparte en qualité d'aidé-de-camp. Bonaparte accepta ses services , et saisit peut-être l'occasion de. le compromettre. Lannes eut le commandement de la garde du Corps*Législatif ; celui de l'artillerie et de l'École-Militaire fut donnèàManhont; celui des Invalides, au général Berruyer; celui de Paris, au général Morand; celui de Versailles, au général Macdonald; celui de Saint-Goud, au général Murât ^ chargé d'occuper militairement cette commune. Le général Serrurier tenait la réserve du hameau du Point-du-jour. Le général Andréossy fut nommé chef d'état^major; il avait sous lui les adjudans-généraux Caffarelli et Doucet. Le général Lefebvre conserva la 1 7® division militaire.

Le Directoire n'apprit ces évènemens qu'entre dix et onze heures du matin , tandis que tout Paris en

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était instruit dejkitô plus de deux heures. Il se vit totit à coup 9 par une métamorphose étrange , sans pouvoir, sans gardes, sans relations avec les Conseils, avec ie général en chef et avec l'armée. Une heure auparavant,. Siey es, bien au courant de toute cette afiEaûre, était tranquillement, et comme à l'ordinaire, monté à cheval sous les yeux de Barras, qui se moquait de l'inhabileté du •nouvel écuyer, tandis que celui-ci partait au pas pour se rendre , par la rue. du Bac, au Ck>nseil des Anciens; Roger-Ducos y vint à pied un peu plus tard. Cependant Barras , Gohier et Moulins , croyant toujours représenter la république, firent appeler le général Lefebvre: il leur répondit par le décret qui le mettait, lui et la force armée, à la disposition du général Bonaparte. Les directeurs protestèrent d'abord avec violence contre le décret du Conseil des Anciens; mais Barras, endoctriné par Bruix et par Talleyrand, comprit bien que le règne du Directoire était fini, et ôta la majorité à ses collègues en donnant secrètement sa démission. Aussitôt qu'il reconnut la résolution des Anciens, il envoya aux Tuileries son secrétaire Bottot k Bonaparte.. Bottot trouva le général dans la salle des inspecteurs du Conseil ; et au moment où il se mettait en devoir de remplir la mission dont il était chargé , Bonaparte lui dit: « Annoncez à votre Barras que je « ne veux plus entendre parler de lui. » Puis , élevant la voix, il prononça ainsi l'arrêt des directeurs , comme s'ils eussent été présens : « « Qu'avez- vous fait « de cette France cpie jevous ai laissée si florissante? « Je vous ai laissé la paix, j'ai retrouvé la guerre. Je « vous ai laissé des victoires ^^t j'ai retrouvé des re-

« vers. Je vous ai laissé les millions de lltaiie, et j'ai fc retrouvé partout des lois spoliatrices et la misère. « Qu'avez- vous fait de cent mille Français que jecon- « paissais ^ tous mes compagnons de gloire ? ils sont « morts ! Cet état de choses ne peut durer: avant trois ce ans ii nous mènerait au despotisme. Mais nous vouff Ions la république, la république assise sur les bases « de Tégalité^ de la morale, de la liberté civile et de la « tolérance politique. Avec une bonne administration, «( tous les individus oublieront les factions dont on les ^i fit membres pour leur permettre d'être Français. Il « est temps enfin que l'on rende aux défenseurs de la (c patiie la confiatice à laquelle ils ont tant de droits, a k entendre quelques factieux , bientôt nous serions « tous les ennemis de la république, nous qui l'avons a affermie par nos travaux et notre courage! Nous ne « voulons pas de gens plus patriotes que les braves « qui ont été mutilés au service de la patrie. » Cette dernière pbra&e annonçait suffisamment sous quel drapMU la liberté devait marcher.

Dubois de Grancé proposa encore aux directeurs Grobier et Moulins d'arrêter Bonaparte sur le chemin même de Saint-Cloud ; mais le président Gohier lui répondit: a Comment t)oulez'vous quHl fasse une réi^olution à Saint-Cl<md, puisque je tiens ici les sceaux de la république ? » Alors Gohier et son collègue Moulins se firent conduire aux Tuileries , à la saUe de la commission des inspecteurs des deux Conseils; la ils refusèrent leur adhésion. Gohier entama coiu*ageusement une explication très-vive avec Bonaparte , qui termina brusquement l'entretien par ces mots: «Za république est en périls il faut

la sauver , je le veux. » Dans le même moment j on annonça que Santerre^parent de Moulins , remuait le faubourg Saint^Antoine. « S'il bouges dit Bonaparte à Moulins y je le ferai tuer. » Les deux directeurs , ne sadian,t plus que devenir , et n'étant plus rien dans TÉtat, par suite de la démission de Barras, retournèrent au Luxembourg, on ne sait pourquoi. Us y furent bientôt* investis par le général Moreau , qui exécuta les ordres dont il était chargé^ avec un zélé que l'on n'aurait pas dû attendre d'un républicain aussi sincère en apparence. Il pouvait rester témoin comme tant d'autres généraux; mais il voulut être acteur 9 et dè&4or$ l'opinion se déclara contre lui. Quoique consignés et tenus en chartre privée par ce général y Gohier et Moulins trouvèrent aisément le moyen de quitter l'ex-palais directorial dans la soirée: c'était ce que l'on désirait. Quant à Barras , il conçut de telles alarmes de sa position-, qu il demanda un passeport pour Gros-Bois, avec une escorte. Il obtint l'un et l'antre, et partit comme un prisonnier. Ainsi finit le Directoire, et l'on n'y pensa plus. Les évènemens du lendemain offraient bien plus d'importance que la chute de ce faible gouver^ nement, car ils intéressaient au premier degré la cause de la liberté, que personne dans Paris n'eut l'intention de confondre avec celle du Directoire. Cette première journée ne fut que la journée des dupes.

Dans le nuit, il se tint à Paris des conciliabules; une partie même des membres des Anciens, qui avaient voté le décret du matin, s'effrayèrent de ses conséquences probables, par les effets qu'il avait

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déjà produits. Ils commencèrent un peu tard à s^à* percevoir qu'ils venaient de créer un dictateur : on essaya même chez le député corse Salicetti, autour duquel s'étaient rassemblés de dangereux ennemis , d'oi^aniser un plan de résistance , et d'opposer au général Bonaparte le général Bemadotte, à qui le commandement de la garde du Conseil des Cinq- Cents serait donné le lendemain , en représailles de la conduite du Conseil des Anciens y qui avait confié le commandement de sa garde au général Bonaparte : Bemadotte accepta un si dangereux emploi» Il ne savait pas que Bonaparte , toujours prévoyant, avait déjà placé dans ce poste important un homme dévoué à sa cause. Bemadotte attendait chez lui, le 19, l'avis de sa nomination par lé Conseil des Cinq-Cents. Il avait revêtu son uniforme; ses aidesde-camp se trouvaient auprès de lui; ses chevaux étaient sellés et dans sa cour. Après quelques heures d'impatience , Chiappe , autre député corse , arriva et lui dit que 9 tout étant fini, il n'avait rien de mieux à faire que de se rendre auprès du vainqueur. En effet, tout servit la fortune de Bonaparte, car Salicetti avait été tellement effrayé du projet des mécontens, qu'il s'était hâté d'aller le dénoncer luimême; Bonaparte, par une réponse sévère, avait reçu, comme il convenait, cette lâche confidence.

Dans la même nuit aussi , les fauteurs de la nouvelle révolution s'étaient concertés pour maîtriser le lendemain les deux Conseils.

Parmi les Anciens figuraient Régnier, Comudet, Fargues et Lemercier; dans les Cinq-Cents paraissaient Lucien Bonaparte, sàors président, Boulay de

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la Meurthe, Emile Gaudin, Chazal et. Cabanis. Cette journée pouvait être plus qu'orageuse; et si .Bonaparte ne triomphait pas d une manière quelconque des adversaires qui le menaçaient , son parti et. sa personne se trouvaient tout à coup entre la fatalité d'une guerre civile et la responsabilité d'un complot contre l'État. Sieyes, trop certain de la violence de l'opposition qui devait particulièrement s'élever dans le Conseil des Cinq-Cents, avait proposé au général Bonaparte une cjuarant^qe d'arrestations dont il donna la liste. Mais Bonaparte répliqua qu'il n'y auradt point de lutte. A^ous verrons demain à Saint'Cloudj lui dit le poKtique Sieyes. Fouché en savait assez par sa police pour n'être point rassuré. I^es débats lui parurent devoir être d'autant plus acharnés, que la majorité des Cinq-Cents était persuadée que Bonaparte voulait substituer le gouvernement militaire à la Constitution. Dans les Conseils, le gouvernement directorial avait dés adversaires très-nombreux; mais ils ne tendaient qu'à un changement partiel dans les directeurs. Paris était dans l'attente d'un grand événement; dès la matinée du 19, la route de Saint-Goud fut inondée d'une foule de curieux. Le passage des membres des deux Conseils, des militaires, du général Bonaparte et des troupes qu'il venait de haranguer au Champde-Mars , couvrit bientôt les avenues de cette commune; Murât les occupait déjà depuis la veille. On vit passer aussi l'ex-directeur Sieyes , dont la présence était nécessaire à Saint -Cloud pour maintenir les dispositions de la majorité des Anciens. Une prudence particulière l'engagea à se faire mettre en

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surveillance par le général Bonaparte , dès son arrivée 6ur le nouveau champ de bataille que sa poli* tique avait fait choisir. En cas de défaite^ il lui restait l'attitude d'un otage de sa propre conspiration. Une voiture à quatre chevaux devait le soustraire aux premiers coups de la vengeance des vainqueurs. Le Conseil des Anciens ne songeait pas sans crainte à sa résolution de la veille. Les principes, il faut le dire, étaient du côté de l'opposition. Sa majorité se serait ralliée sanç â^ucun doute au décret qui venait de mettre la fortune publique entre les mains de Bonaparte, s'il n'eût été question que d'un nouveau i8 fructidor contre le Directoire. La journée s'annonçait sous les auspices de la peur; mais il y avait ici d'autres desseins qu'on ne voulait pas ap* puyer.

Les deux Conseils se réunirent, les Cinq-Cents dans l'Orangerie, les Anciens dans la galerie du palais : ceux-là sous la présidence de Lucien , ceux-ci ' sous celle de Cornet. Aux Cinq-Cents , Emile Gaudin ouvrit la séance par un discours très-habile : il demanda la formation d'une commission chargée de présenter sans délai un rapport sur la situation de la république^ et qu'aucune décision ne fût prise avant de l'avoir entendu. Bculay de la Meurthe , qui devait faire partie de la commission, avait préparé ce rapport pendant la nuit. A peine Gaudin eut-it cessé de parler, que la salle retentit des cris de vii'e la Constitution! à bas le dictateur! Delbrel, appuyé par Grandmaison, proposa de jurer la Constitution ou la mort. L'assemblée se leva d'enthousiasme, aux cris de v/w la tt'publique! et le serment fut prêté

individuellement. Biais ce sermant ne ressembla point à celui du Jeu de Paume; toutefois aucun des partisans de Bonaparte n'osa se soustraire à la puissante impulsion du serment.

Aux Anciens, la séance offrit moins d'agitation, soit en raison de l'âge des membres de l'assemblée, soit à cause de l'influence bien connue de Bonaparte et de Sieyes, qui partageait ce Conseil. Cependant, malgré la £ausse déclaration £aite par Lagarde, secrétaire du Directoire, que tous les directeurs avaient donné leur démission , il y eut majorité pour le remplacement des démissionnaires dans les formes voulues par la Constitution. A cet instant, le général Bonaparte , averti du p^ril, jugea que le moment de paraître était arrivé. Il traversa le salon de Mars, suivi de ses aides-de-camp , et se montra tout à coup dans le Conseil des Anciens. On aura sans doute remarqué que la veille, quand il alla recevoir, dans la séance de ce Conseil , le décret qui le plaçait à la tête des forces de la république, il avait évité de prêter, en sa nouvelle qualité, le serment prescrit.

Aussitôt qu'il fut entré, il improvisa un discours sur les dangers actuels et sur ses propres intentions : « On parle d'un César, dit-il, d'un nouveau Crom- « well ; on répand que je veux établir un gouverne- « ment militaire.. •• Si j'avais voulu usurper l'autorité « suprême , je n'aurais pas eu besoin de recevoir cette « autorité du Sénat. Plus d'une fois, et dans des cir- « constances extrêmement favorables , j'ai été appelé « par le vœu de la nation , par le vœu de mes cama- « rades , par le vœu de ces soldats qu'on a tant mal- « traités depuis qu'ils ne sont plus sous mes ordres....

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« Ije Conseil des Anciens est investi d*un grahd pouce voir, mais il est encore animé d'une plus grande « sagesse:. ne consultez qu'elle, prévenez les déchi- « remens ; évitons de perdre ces deux choses pour « lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la //a berté et Y égalité. » Et la Constitution? s'écria le député Linglet. « La Constitution ! reprit' Bonaparte « avec violence. La constitution! osez-vous l'invo- « quer! vous Tavez violée au 18 fructidor, au ai flo- « réal, au 3o prairkd; vous avez en son nom violé « tous les droits du peuple.... Nous fonderons mal- «c gré vous la liberté et la république : aussitôt que « les dangers qui m'ont fait conférer des pouvoirs « extraordinaires seront passés, j'abdiquerai ces « pouvoirs. » — ic Et quels sont ces dangers? lui « cria-t-on; que Bonaparte s'explique! » — « S'il «faut s'expliquer tout-à-fait, répondit-il, s'il faut « nommer les hommes, je les nommerai. Je dirai que « les directeurs Barras et Moulins m'ont proposé « eux-mêmes de renverser le gouvernement. Je n'ai « compté que sur le Conseil des Anciens ; je n'ai point « compté sur le Conseil des Cinq-Cents, où se trôu- « vent des hommes qui voudraient nous rendre la « Convention, les échafauds, les cotaités révolutionce naires.... Je vais m'y rendre, et si quelque orateur « payé par l'étranger parlait de me mettre hors la ce loi, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre ce lui-même. S'il parlait de me mettre hors la loi, j'en «( appelle à vous, mes braves compagnons d'armes! ce à vous, mes braves soldats que j'ai menés tant de a fois à là victoire! à vous, braves défenseurs de la « république avec lesquels j'ai partagé tant de périls

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« pour affeimir la liberté et l'égalité ; je m'en remet- <c trai y mes vrais amis , à votre courage et à ma forte tune. » Après cette harangue , dont l'impression ne pouvait être douteuse sur les militaires , le cri de vi^e Bonaparte ! retentit dans toute la salle. Le triomphe de la nouvelle révolution était assuré au Conseil des Anciens : Bonaparte en sortit pour aller essayer la conquête difficile (}u Conseil des Cinq- Cents.

La plus grande effervescence régnait toujours dans ce Conseil, d'ailleurs si éloigné d'être instruit des projets de Bonaparte, qu!on venait d'y décréter un message au. Directoire qui n'existait plus. La démission du directeur Barras j^t adressée aux Cinq* Cents, par les Anciens, au mometit même où un membre Êdsait la motion de leur demander les mo^ ti& de la translation à Saint-Cloud; et comme l'on discutait la légalité de la démission , Bonaparte entra dans le Conseil avec un peloton de grenadiers. A la vue de Bonaparte et de. ses soldats, des imprécations remplirent la salle. « Ici des sabres J s'écrièrent les. députés. Ici des. hommes armés l A bas le dicta^ teurl A b€Ls le tyran! Hors.la loi le r^iweau Cromivelll — C'est donc pour cela que tu oj vaincu! » s'écrie Destrein. Bigonnet s'avance et dit à Bonaparte : « Que faites-ofous , téméraire ? Retire^vous ! f^ous violez le sanctuaire des lois! » Cependant Bonaparte parvient à la tribune malgré Jla plus ardente oppo^tion; il veut parler, mais sa voix est étouffée par. les cris mille fois répétés: Vive la Constitution! Vive la République! Hors la loi le dictateur! Plusieurs députés, transportés djB fureur, vont à lui;

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parmi eux on distingue son compatriote Aréna, qui lui dit : « Tu feras donc la guerre à ta pa^ trie ! »

Bonaparte crut alors qu'on en voulait à sa vie, et ne put proférer une parole. Aussitôt les grenadiers s'avancent précipitamment jusqu'à la tribune, en s'écriant : Sau^ns notre général ! et ils Tentrainent hors de la salle. On a parlé -depuis de poignards, de soldats blessés, mais l'opinion a fait justice de cette accusation infâme.

Au milieu de cette scène tumultueuse, Lucien, qui préside, s'efforce en vain de défendre son frère en citant ses nombreux services : il demande qu'il soit rappelé et entendu; mais il n'obtient d'autre réponse que le vœu de la proscription. Tous les députés se lèvent et s'écrient à la fois : Hors la loi ! jiux voix la mise hors la loi contre le général Bonaparte I

Lucien même est sommé d'obéir à l'Assemblée, et de mettre aux voix la mise hors la loi contre son frère. Indigné , il refuse , abdique la présidence el quitte son fauteuil. Gomme il descendait de la tri* bune, un piquet de grenadiers, envoyés par Bona-» parte, paraît et l'enlève. Cependant le général était monté à cheval. Il avait harangué les soldats , et il attendait Lucien pour dissoudre la l^slature. Celui-ci arrive, monte à cheval à côté de Bonaparte, requiert le concours de la force pour rompre l'as» semblée, et s'adresse ainsi aux troupes: « Vous ne <c reconnaîtrez , leur dit-il , pour législateurs de la « France , que ceux qui vont se rttûdre auprès de « moi. Quant à ceux qui resteraient dans l'Orangerie, « que la force les expulse! Ces brigands ne sont plus

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« les représentans du peuple; ce sont les représen- « tans du poignard. » Lucien calomniait le Conseil. U avait protégé. les jours de son frère: il avait rempli un devoir de la nature; il ne pouvait aller plus loim sans crime.

Cependant 9 d'après l'ordre de Bonaparte , Murât envahit la salle des Cinq-Cents ^ à la tête des grenadiers, et la fait évacua* de force; les députés se sau* vent en désordre par les fenêtres de FOrangerie, laissant partout, dans leur fuite précipitée, des parties de leur costume. Jamais violation des lois d'un pays ne fut plus manifeste. Mais il s'agissait de la proscription pour Bonaparte et ses partisans ; malheureusement la cause que la représentation natio* nale avait le droit de soutenir, était gâtée par la dé* considération du Directoire, auquel personne ne s'intéressait. Tout^is il résulta , de la nécessité de vaincre où le dictateur légalement nommé par les Anciens se vît placé , un événement bien plus grave que toutes les prévisions, la défaite matérielle du parti républicain, dans le sanctuaire de la législa* ture, transformé en champ de bataille, et l'établissement public et forcé de la dictature militaire. Le 19 brumaire fut le complément du 9 thermidor; il détruisit ce qui restait de la Montagne , la société du JUanégê. Ses membres ne formaient , depuis la mort de Robe^ierre, qu'une exception redoutée, une secte sains popularité, que les bons citoyens ne con* fondaient pas plus avec les vrais républicains, qu'ils ne confondirent au 18 brumaire le Directoire avec la liberté. Mais du moins , jusqu'au dernier moment , les représentans du peuple ne cédèrent qu'à la con-

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train te, et ils ne donnèrent point à la France le honteux exemple d'abjurer leur mandat devant les baïonnettes. Cependant , comme leur retour à Paris pouvait exciter quelque fermentation, le, secrétairegénéral de la police et le commissaire du gouvernement près du bureau central, qui se trouvait à Saint- Cloud , reçurent Tordre d'aller défendre aux postes des barrières de laisser rentrer un seul député dans la capitale ; le ministre Fouché avait eu la prévoyance de devancer cette mesure.

Après la dispersion des députés, le président Lucien se rend au Conseil dés Anciens , où il expose les moyens de composer un nouveau conseil des Cinq- Cents, en éliminant les membres les plus ardens. La veille, Sieyes avait émis cet avis, et sa prédiction sur l'opposition des Cinq-Cents s'était accomplie. On adopte la proposition de Lucien ; on se hâte de rassembler les membres du parti de Bonaparte, qui sont restés dans le palais; et cette minorité ose décréter que le général Bonaparte, les généraux et les soldats^, qui viennent de dissoudre par la violence les mandataires fidèles du peuple , ont bien mérité de la patrie.

De ce jour date le premier contrat entre le pouvoir civil et l'armée pour la destruction de la république. Toute pudeur, toute religion du serment , toute vertu publique, étaient foulées aux pieds par les résolutions qui rendirent solennel le parj^ire d'ime partie de la représentation nationale.

Dans la même journée, on promulgue l'acte qui devait servir de base légale à la nouvelle révolution. Par cet acte , le Directoire est aboli : les citoyens

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Sieyes, Roger-Ducos et Bonaparte forment une commission consulaire executive : les! deux Conseils sont ajournée y et soixante-deux membres du parti républicain, parmi lesquels on remarque le général Jourdan, sont exclus. Une commission législative de cinquante membres, pris dans les deux Conseils, doit préparer un travail sur la Constitution.

Les Consuls prêtent au Conseil des Anciens le serment accoutumé , à lasoweraineié du peuple ^ à la république une et indwisibley à la liberté^ à F égalité et au système représentatif, dernier hommage rendu à la nation française, qui accepta toutes les garanties du serment , et qui eUe-méme alors les donnait encore.

A cinq heures du matin, le nouveau gouvernement, ainsi établi, quitta Saint-Cloud et alla recueillir au Luxembourg l'héritage du Directoire. Dans la matinée, les trois Consuls s'assemblèrent. « Qui de c nous présidera? dit Sieyes à ses deux collègues. ^ Vous voyez bien, répondit Roger-Ducos, que c^est le général qui préside.

Sieyes avait compté sur un partage du pouvoir entre le général et lui. Il croyait que le pouvoir exécutif lui resterait, et que Bonaparte se contenterait de diriger l'armée. Mais à cette première conférence, il fut tellement frappé de la sagacité singulière avec laquelle son collègue traita les plus hautes questions de la politique et de l'administration, il sentit si profondément l'ascendant inévitable de cet homme extraordinaire, qu'en sortant il dit à MM. de'Salleyrand, Cabanis, Rœderer , Chazal et Boulay de la Meurthe, conseillers privés du général pour les desseins qu'il II. 3

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venait d'exécuter ; a A présent j messieurs^ nous avons un maitre. lisait tout ^ il fait fout et il peut tout.^ » -•

Ainsi se termina la fameuse révolution du i8 bni^ maire ^ sans effusion de sang et sans tumulte public, au milieu du peuple alors le plus ardent de l'Europe y et par l'homme le plus impétueux peulnêtre dont l'histoire fasse mention.

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