TESTAMENT
Avril, le 16. — 1821. I^ongwood.
Ceci est un Codicille de mon Testament, |o Je désire qae mes cendres reposent sur les bords de la Seine, aa milieu de ce peuple Français que j'ai tant aimé.
2° Je lègue au comte Bertrand, Montholonet à Marchand, l'argent, bijoux, argenterie y porcelaine, meubles, livres, armes, et généralement tout ce qui m'appartient dans l'Ile Sainte-Hélène (1). Ce GodicUle , tout entier écrit de ma main , est signé et scellé de mes
armes» ,
Signé NAPOLEON.
Au dos se lisait : « Ceci est un [Codicille de mon Testament, écrit
tout de ma propre main. » j
Ce a4 avril x8ai , Longwood.
Ceci est mon Codicille , ou acte de ma dernière volonté. Sur ma liquidation de la liste civile d'Italie, tels que argent, bijoux, argenterie , linge , meubles, écuries , dont le vice-roi est dépositaire , et qui m'appartenaient , je dispose de deux millions que je lègue à mes plus fidèles serviteurs. J'espère que, sans s'autoriser d'aucune raison, mon fils Eugène Napoléon les acquittera fidèlement. Il ne peut oublier les 40,000,000 que je lui ai donnés soit en Italie , soit par le partage de la succession de sa mère.
(i) Le Testament et les Codicilles de FEmpereiir ont été imprimés plosieiirs fois , et se trouvent dans divers ouvrages ; mais le plus souvent ils sont incomplets et dans un ordre interverti. La plupart des éditeurs ont négligé eelai-c». Frappés de trouver à Tarticle V la répétition littérale d*un paragraphe du Testament , et de voir le second en contradiction manifeste avec le contena de de ce même Testament , et ne pouvant s'expliquer cette singularité , ils ont pensé quHls n^avaient rien de mieux à faire, que d*éluder la difficulté qu'ils ne pouvaient résoudre, et Tout laissée de côté. Toutefois, en voici Texplication bien simple. Le Testament était la pièce réelle et secrète , confiée aux soins des exécuteurs testamentaires ; le présent Codicille , la pièce fictive et ostensible , qui, présentée à sir Hudson-Lowe, laissait les exécuteurs testamentaires en pleine liberté d*agir d'après leurs instructions. Sans cette précaution nécessaire, le gouverneur n'eut pas manqué de faire mettre le scellé sur tout ce qui appertenait à Napoléon, et Vent fait transmettre en Sorope à son gouvernement.
4 ® Sur ces deux millions , je lègue au comte Bertrand 300,000 francs, dont il versera 100,000 dans la caisse du trésorier , pour être employés selon mes dispositions à l'acquit de legs de conscience.
2° Au comte Montholon, 200,000, dont llversera 400,000 dans la caisse pour le même usage que ci-dessus.
5® Au comte Las-Cases , 200,000 , dont il versera 100,000 dans la caisse pour le même usage que ci-dessus.
4^ A Marchand, 400,000, dont il versera 30,000 à la caisse pour le même usage que ci-dessus.
30 Au comte Lavallette , 100,000.
6® Au général Hogendorp , Hollandais, mon aide-de-camp, réfugié au Brésil, 30,000, (cinquante mille francs.)
7® A mon aide-de-camp Corbineau , 9)9000.
8<> A mon aide-de-camp Gaffarelli, 30,000.
9^ A mon aide-de-camp Dejean, 30,000.
40® A Percy , chirurgien en chef à Waterloo, 30,000.
I^^" 30,000 , savoir : 40,000 à Peyron, mon maître d'hôtel; 40,000 à Saint-Denis, mon premier chasseur; 40,000 à Novarre; 40,000 à Gursor , mon maître d'office ; 4 0,000 à Archambaud , mon piqueur .
4 2» Au baron Menneval , 30,000.
450 Au duc d'Istrie, fils de Bessière, 30,000.
44» A la fille de Duroc, 30,000.
45*» Aux enfans de Labédoyère, 301)00.
46® Aux enfans de Mouton-Duverney, 30,000.
47® Aux enfans du brave et vertueux général Travot , 30,000.
4 8® Aux enfans de Ghartran , 30,000.
49® Au général Cambronne , 30,000.
20® Au général Lefèvre-Desnouettes, 30,000.
24® Pour être répartis entre les proscrits qui errent en pays étrangers» Français, ou Italiens, ou Belges, ou Hollandais, ou Espagnols, ou des départemensdu Rhin , sur ordonnance de mes exécuteurs testamentaires, 400,000.
22® Pour être répartis entre les amputés ou blessés grièvement de Ligny , Waterloo , encore vivans , sur des états dressés par mes exécuteurs testamentaires , auxquels seront joints Cambronne, Larrey , IV. 24
3^0 TESTAMËïnr
Percy et Eitunery ; i) sera donné double â la garde , qaadntple â ceax
de nie d^Ëtbe , 200,000 francs.
Ce Codicille est écrit entièrement de ma propre main , signé et &idlé de mes armes.
NAPOLÉOW-
Au dos était écrit : « Ceci est mon Codicille, ou acte de ma dernière volonté , dont je recommande l'exacte exécution à mon Gk Ëogône Napoléon. Il est tout écrit de ma propre main.
Gesiatril i8ai, àlongwood.
Ceci est un troisième Codicille à mon Testament du 15 aifrU.
i^ Parmi les diamans de la couronne cpii furent remis en 4844, il s'en trouvait pour 50,000,000 livres qui n'en étaient pas, etfedsaient partie de mon avoir particulier. On les fera rentrer pour accjuitter mes legs.
^ J'avais chez le banquier Torlonia , de Rome , 2 à 500,000 livres en lettres de change de mes revenus de l'Ile d'Elbe; depuis 4 SI 5, le sieur de Peyrusse, quoiqu'il ne fàt plus mon trésorier , et n'eût pas de caractère , a tiré à lui cette somme : on la lui fera restituer (4).
5° Je lègue au duc d'Istrie trois cent mille francs , dont seulement cent mille réversibles à la veuve ^ si le duc était mort lors de l'exécution des legs. Je désire, si cela n'a aucun inconvénient, que le duc épouse lafilledeDuroc.
4^ Je lègue à la duchesse de Frioul , fille de Duroc, deux cent mille francs. Si elle était morte avant l'exécution du legs, il ne sera rien donné à la mère.
(i) M. G. Peyrusse a |ustifié par un mémoire imprimé et par les déclarations authentiques de messieurs les exécuteurs testamentaires , iosérées dans le Moniteur du ii mai x83i, qu'il n'avait disposé d'aucune des sommes réalisées à la caisse du banquier Torlonia , et que Farficle du Testament de rEmpereor Napoléon le concernant avait été rédigé dans une supposition qm s'est ainsi trouvée sans fondement.
DE WAPOLÉO». 3jî
5" Je lègue AD général Rigand , celnl qui a été ptt>9Crit , eeift mille francs.
6^ Je lègue à Boisnod , eommissaire-ordonnatetir , cent mille francs.
T* Je lègue aux enfans du général Letort, tué dans la campagne de 4 81 5 , cent mille francs.
8*» Ces 800,000 livres de legs seront comme s'ils étalent portés à la suite de l'art. 56 de mon Testament, ce qui porterait à 6,400,000 livres la somme des legs dont je dispose par mon Testament, sans comprendre les donations faites par mon second Codicille.
Ceci est écrit de ma propre main , et scellé de mes armes.
Au dos se lisait ; a Ceci est mon troisième Codicille à mon Testament ,
tout entier écrit de ma main , signé et scellé de mes armes.
c( Sera ouvert le môme jour , et immédiatement après l'ouverture de
mon Testament. »
Ce 24 avril iB^t. Lon^ood.
Ceci est un quatrième Codicille à mon Testament, Par les dispositions que nous avons faites précédemment ^ nous n avons pas rempli toutes nos obligations , ce qui nous a décidé à faire ce quatrième Codicille.
V Nous léguons au fils ou au petits-fils du baron Dutheil , lieutenantgénéral d'artillerie, ancien seigneur de Saint-André, qui a commandé l'école d'Auxonne avant la révolution , la somme de 100,000, cent mille francs, comme souvenir de reconnaissance pour les soins que ce brave général prit de nous , lorsque nous étions Gomme lieutenant et capitaine sous sesordres.
2° Idem au fils ou petit-fils du général Dugommier , qui a commandé en chef l'armée de Toulon, la somme de cent mille francs (400,000). Nous avons sous ses ordres dirigé ce siège , commandé l'artillerie. CTest en témoignage de souvenir pour les marques d'estime, d'affection et d'amitié que nous a données ce brave et intrépide général.
3® Idem nous léguons cent mille francs (400,000) aux fils ou petitafils du député de la Convention, Gasparin, représentant du peuple à l'armée de Toulon, pour avoir protégé , sanctionné de son autorité le
37 a TESTAMENT
plan que nous avons donné , qui a valu la prise de cette ville, etqm était contraire à celai envoyé par le Comité de saint public. Gaspaiin nous a mis y par sa protection , à l'abri des persécutions de Fignonoee des états-majors qui commandaient Tannée avant l'arrivée de monami Dugommier.
A^ Idetn nous léguons cent mille francs (400,000) à la veuve , fils <n petit-fils de notre aide-de-camp Muiron , tué à nos côtés à Aroole, nous couvrant de son corps (4).
5^ Idem (40,000) dix mille francs au sous-officier Gantiilon , qui a essuyé un procès comme prévenu d'avoir voulu assassiner lord WeUington, cedontil a été déclaré innocent. Gantiilon avait autant de droit d'assassiner cet oligarque, que celui-ci de m'envoyer, pour y périr, sorte rocher de Sainte-Hélène. Wellington , qui a proposé cet attentat , cherchait à le justifier (2) sur l'intérêt de la Grande-Bretagne. Gantiilon, si
(i) Beaaooap ont écrit sor le caractère et les <{iialités de Napoléon , soit en attaque , soit en défense. Que ceux c|iii sont avides de données propres à les guider dans la vérité s'arrêtent sur ses derniers actes! Il n'est pas on paragraphe, une ligne de son Testament et de ses nombreux Codicilles, qui, dans leurs préambules et leurs détails , ne jettent de vives lumières, et ne se trouvent caractéristiques. Après les avoir lus soigneusement, on ne se demande plus s'il fut bon citoyen , bon époux , bon père , parent , ami affectionné ; s'il fut sensible aux bienfaits , aux services qu'il reçut ; s'il en perdit jamais le souvenir.
Le présent Codidlie surtout est des plus touchans à cet égard; et combien de si précieux témoignages ne se trouvent-ils point rehaussés encore par tontes les circonstances dont ils furent entourés! Napoléon touchait à sa fin, des doulem's aiguës le torturaient sans relâche, et c'est dans cette situation désespérée , dans un même instant, le même jour, qu'il trace avec cette dignité, cette précision , ce même esprit d'ordre et de calcul qui présidaient à ses décrets, ses quatre derniers Codicilles ! ! et il les écrit entièrement de sa main , lui , pour qui ce devait être une si grande affaire , en ayant depuis long-temps tout-à-fait perdu l'habitude !
(a) Quelques-uns ont blâmé , dans ce quatrième Codicille , l'article du subalteiTie Cantillon , comme pouvant , suivant eux , être pris pour un sentiment de haine et avoisiner la justification du meurtre; mais nullement; et ce serait bien mal lire. Napoléon n'a voulu au contraire , par une similitude frappante , que mieux constater un grand principe de morale , et faire ressortir plus énergiquement tout l'odieux du raisonnement , de la violence , de l'assassinat même, selon lui, employés contre sa personne.
vraiment il eût assassiné le lord , se serait couvert et aurait été justifié par les mêmes motifs, l'intérêt delà France de se défaire d'un général qui d'ailleurs avait violé la capitulation de Paris, et par là s'était rendu responsable du sang des martyrs Ney, Labédoyère, etc., et du crime d'avoir dépouillé les musées contre le texte des traités.
O"" 440,000, quatre cent dix mille francs seront ajoutés aux 6,400,000 dont nous avons disposé, et porteront mes legs à 6,840,000. Ces 44 0,000 doivent être considérés comme faisant partie de notre Testament , article 55 , et suivre en tout le même sort que les autres legs.
7^ Les 9,000' livres sterling que nous avons données au comte et à la comtesse de Monthoton doivent, si elles ont été soldées, être déduites et portées en compte sur les legs que nous lai faisons par nos Testamens : si elles n'ont pas été acquittées, nos bUlets seront annulés.
8^^ Moyennant le» legs faits par notre Testament au comte Montholon , une pension de 20,000 fr. accordée à sa femme est annulée : le comte Montholon est chargé de la lui payer.
9^ L'administration d'une pareille succession , jusqu'à son entière liquidation, exigeant des frais de bureau , de courses , de missions , de consultations, de plaidoiries, nous entendons que nos exécuteurs testamentaires retiendront 5 p. 400, trois pour cent, sur tous les legs , soit sur les 6,800,000 fr., soit sur les sommes portées dans les Codicilles, soit sur les 200,000,000 du domaine privé.
40® Les sommes provenant de ces retenues seront déposées dans les mains d'un trésorier , et dépensées sur mandat de nos exécuteurs testamentaires.
44® Si les sommes provenant des susdites retenues n'étaient pas suffisantes pour pourvoir aux frais, il y sera pourvu aux dépens des trois exécuteurs testamentaires et du trésorier , chacun dans la proportion du legs que nous leur avons fait par notre Testament et Codicille.
42® Si les sommes provenant des susdites retenues sont au-dessus des besoins, le restant sera partagé entre nos trois exécuteurs testamentaires et le trésorier , dans le rapport de leurs legs respectif.
45® Nous nommons le comte de Las-Cases, et, à son défaut, son fils , et , à son (défaut , le général Drouot , trésorier.
374 TfiSTAHSWT
Ce présentCodicille est entièrement écrit de notre naain^ signé et aceliédemesarmei»
Signé NAPOLÉON.
a 4 avril z8ax. Longwood.
Ceci est mon Codicille , on acte de nia dernière volonté.
Sur les fonds remis en or à Timpératrice 1\Iarie-Lonise , ma très chère et bienaimée épouse, à Orléans, en 4814, elle reste me devoir deux millions, dont je dispose par le présent Codicille, afin de récompenser mes plus fidèles serviteurs , que je recommande du reste à la protection de ma clière Marie-Louise.
4** Je recommande À rimpératrice de faire restituer au comte Bertrand les 5(1,000 livres de rentes qu'il possède dans le duché de Parme et sur le mont Napoléon de Milan , ainsi que les arrérages échus.
^ Je lai fais la môme reoommandiation ponr ie doc d'btrie , la fille de Dnroc , et antres de mes serviteurs qui me sont restés fidèles , et qoi me sont toujours chers; elle les connaît.
y» Je lègue sur 1682,000,000 ci-dessus mentionnés 500,000 francs an comte Bertrand , sur lesquels il versera 100,000 dans la caisse du trésorier pour être employés, selon mes dispositions, à' des legs de conscience.
4^ Je lègue 200,000 au comte Montholon, snr lesquels il versera •100,000 dans la caisse du trésorier pour le même usage que ci-dessus.
5^ Idem 200,000 au comte Las-Cases , sur lesquels il versera 400,000 dans la caisse pour le même usage que ci-dessus.
6® Idem à Marchand 400,000, sur lesquels il versera 50,000 dans la caisse pour le même usage que ci-dessus.
7® Au maire d'Ajaccio, au commencement de la révolution, Jean Jérôme Lewie , ou à sa veuve , enfans ou petits-enfans, 400,000 livres.
8<» A la fille de Dnroc, 400,000.
Qo Au fils de fiessières , duc d'Istrle , 4 00,000.
40^" Au général Drouot, 400,000.
44'' Ail comte Lavalette , 400,000.
42» Idem 400,000, «avoir : 25,000 à Peyron, mon maître d'hôtel,-
25,000 à Novarre, mon chasseur^ 25,000 à Saint-Denis, le garde de mes livres ; 25,000 à Santini, mon ancien huissier.
^S"» Idem 400,000, savoir: 40,000 à Planât, mon officier d'ordonnance ; 20,000 à Hébert , dernièrement concierge à Rambouillet , et qui était de ma chambre en Egypte ; à Lavigne qui était dernièrement concierge d'une de mes écuries, et qui était mon piqueuren Egypte; à Jeannet Dervieux, qui était piqueur des écuries, et me servait en Egypte.
44° Deux cent mille francs seront distribués en aumônes aux habitans de Brienne-le Château , qui ont le plus souffert.
45® Les 500,000 francs restant seront distribués aux officiers et soldats du bataillon de ma garde de Tile l'Elbe actuellement vivans, ou à leurs veuves et enfans, au prorata des appointemens, et selon l'état qui sera arrêté par mes exécuteurs testamentaires. Les amputés ou blessés grièvement auront le double. L'état en sera arrêté par Larrey et Emmery.
Ce Codicille est écrit tout de ma propre main , signé et scellé de mes armes.
Au dos était écrit : a Ceci est mon Codicille , ou acte |de ma dernière volonté , dont je recommande Texécution à ma très chère épouse l'impératrice Marie-Louise.
Signé NAPOLÉON.