‹ Histoire de Normandie: depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquêteChapitre 52 sur 82 · TRAITÉ DE SAINT-CLAIR-SUR-EPTE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE SAINT-CLAIR-SUR-EPTE

Hrolf devant Chartres , et qui devait bientôt lui servir de parrain à Rouen. Sur l'autre bord, se tenait Hrolf ^ avec ses chefs normands. Ils consentirent à recemir la foi chrétienne y à condition qu'on leur céderait quelques contrées maritimes y oi^ec la vUle de Rouen et toutes ses dépendances ' . Voilà le seul renseignement digne de foi que Ton puisse fournir sur les conditions de ce traité fameux y probablement perdu pour toujours, en supposant même qu'il ait été stipulé par écrit.

Flodoard, dont je cite les paroles, était contemporain de révénement. Ses ouvrages sont comptés au nombre des productions les plus estimées du dixième siècle , et 1 auteur passe encore aujourd'hui pour l'écrivain le plus^vant et le mieux informé de son temps. Non-seulement , comme on voit , il ne dit point que la Bretagne ait été cédée alors à Hrolf ; mais il ne pouvait le dire sans se mettre en contradiction manifeste avec lui-même. En 919.^ selon

" « Fidem Christi suscipere recepenint , concessls sibi maritimis quibusdam pagis , cum Rothomagensi quam penè deleTerant urbe , et aliis eidem subjectis. » Frodoardi presbyt. Remen. bistoria» lib. 4. DomBonquet» t. Tiil» p. 163.

sa chronique , les Normands ravagent le pays de Cornouailles ^ emmenant, chassant ou vendant les Bretons'. En 921, le comte Robert se bat pendant cinq mois avec les Normands , maitres de la Loire , reçoit d'eux des otages , et leur abandonne la portion de la Bretagne qu'ils avaient ravagée, ainsi que le pays nantais *.

Si Charles-le- Simple eut donné la Bretagne, en 911, aux Normands de Hrolf , le comte Robert n'aurait point eu de concession à faire à d'autres Normands , dix ans plus tard.

En 9^3 , lès pays de la Loire étaient occupés, non point par Hrolf, mais par un autre chef normand nommé Ragnold ; c'est ce Ragnold que Charles-le-Simple appelait alors à son secours contre Raoul ; il se fût adressé à Hrolf, si ce dernier eût été en possession de la Bretagne^.

En 937 , les Normands de la Loire sont attaqués par Hugues et le comte Héribert , qui les maintiennent dans la possession du pays de Nantes*.

* Frod. Chron., apud Duchesne, t. n, p. 690.

> Ibid., ibid., p. 591.

^ Ibid, , ibid , p. 593.

4 Ibid., ibid., p. 697.

Flodoard ne confond jamais les Normands de la Loire avec les Normands de la Seine : c'étaient deux troupes bien distinctes ; celle de Hrolf avait adopté la religion chrétienne en 912^ et même plutôt; l'autre ne s'y soumit qu'en 921 *.

En gio y le roi Raoul remporte une victoire ^ signalée sur les Normands de la Loire * . L'année suivante , trouvant sans doute l'occasion favorable y les Bretons de Cornouailles se soulèvent contre les Normands leurs oppresseurs , et en font un grand massacre^ en commençant par leur chef Felecan ' .

En 93 1 ^ le normand Incon , qui s'était cantonné sur les rives de la Loire y envahit la Bretagne , chasse ou tue les habitans > et s'établit mettre du pays^.

n n'est question^ dans tout cela^ ni de Hrolf, ni des Normands de la Seine.

Ceux qui argumentent d'après le récit du doyen de Saint-Quentin , font violence au texte de cet écrivain lui-même. Dudon , pn effet,

' Frod. Chron. , ap. Duchesne, t. u , p. 591. ^ Ibid. , ibid. , p. 598.

^ Ibid. , ibîd. , p. 599.

^ Ibid., ibid., p. 600.

72 TERRITOIRE GONGÉDÉ A ROLLON.

ne dit pas que Charles céda la Bretagne dans le sens où ils l'entendent; il s'agit simplement d'une faculté donnée à Hrolf 3 de tirer des vivres et des vêtemens de ce pays , faculté qui devait cesser avec les besoins du nouveau duc *. Je ne crois pas plus à cette demi-cession qu'à la donation tout entière; mais toujours est-îl que Fauteur fait une distinction très claire à ce sujet^quand il ajoute expressément que Charles donna la Normandie à titre de patrimoine héréditaire , et la Bretagne , pour qu'il en tirât des subsistances \ Guillaume de Jumiéges n'a pas voulu dire autre chose , dans le passage correspondant à celui de Dudon ^ ; et ce renseignement esjc compris dans la partie de son ouvrage qu'il déclare devoir au doyen de Saint- Quentin. Mais comment soutiendra-t-on que la Bretagne a

' « Da illi (Rolloni) aliquod regnum unde conducat sibi cibam et vestituni ; donec impleatur terra quam ilU das opulentiarum congcrie , reddatque temporiTos fructus victuam , hominuni et aninialluiiL. » Dudonis S.-Quint. , p. 83.

* « Dédit itaque terram determiuatam in alodo et iiv

FUNDO , à flumine Eptae usque ad mare , totamque Britaïuiiam db QUA possET viVERE. » Ibid.; ibid.

^ n Superaddita etiam , ad sumptuum supplementa , tota Britannia. » Willelm. Gemm. , lib. 2 , cap. 17.

été abandonnée à Hrolf en 9 1 1 ^ même temporairement et uniquement pour les nécessités présentes de la Normandie^ quand il est certain qu'en 924 seulement > Hrolf fut mis en possession du Maine et du territoire de Bayeux * ? Par quelle ]»izarrene lui eût-on donné y pour en tirer des vivres , un pays séparé du sien par un si vaste territoire ? Et en supposant que la proposition lui en ait été faite , tombe-t-il sous le sens que le vieux Bùrolf Tait acceptée ?

Un autre motif me confirme dans cette opinion ; c'est qu'un siècle et demi après le traité de Saint-Clair^ la Bretagne^ aux yeux des Normands, passait encore pour une contrée inculte, sauvage et stérile , où l'on ne pouvait conduire une armée , sans Texposer à manquer de subsistances'.

H me parait ainsi démontré que la Bretagne, possédée plus tard par les ducs de Nor-

' « Ejus (Rodulfl) tamen consensu terra illis (Normannis) aucta , Cinomannis et Baioc» pacto pacis , eis concess%. » Frod. Chron. , ann. 924, Dom Bouquet, t, vni, p. 181.

> « Loca yasta et fermé nesçia segetum Regiones Tastas ,

famelicas , ignotas. » Guill. Pictayensis , ap. Duchesne , p. 192. — Voyez aussi Raoul Glaber , p. 208.

74 TBRRITOÏRB GONGÉDÉ A llOLLON.

mandie , ne fut point donnée à Hrolf par Charles-le-Simple. Je ne veux pas renouveler ici la question tant débattue de la mouvance de cette province ; il ne s'agit pas, pour nous , de savoir si les rois de France avaient ou non le droit de la céder : c'est au fait que je m'attache , et je demeure persuadé que Dudon l'a supposé sans fondement.

Des historiens ont blâmé , d'autres ont loué Gharles-le-Simple , à l'occasion du traité de Saint-Clair-sur-Epte. C'est ici, je crois, une question de nécessité : Hrolf possédait depuis long-temps le pays qu'on lui abandonnait, et Charles donna ce qu'il ne pouvait plus refuser. Le roi, néanmoins, apportait pour motif de sa conduite l'intérêt et la défense du royaumes A tout prendre , c'était , peut-être , le parti le plus prudent , et la cession d'un territoire aux Normands n'était plus une chose nouvelle en France. Charles ne fit, en cela, que suivre l'exemple, de ses prédécesseurs, Louis-le-Débon-

' « — Quam annuimus Nortmannis sequanensibus , Tidelicet Rolloni saisque coraitibus, pro tutelà regni. » Dom Boaquet, t. ix, p. 536.

naire , Lothaire , Charles-le-Chauve et Charlesle-Gros ' .

Quelles furent les limites du pays cédé aux Normands de la Seine? Voilà ce qu'aucun historien n'a établi^ q^^j® sache, d'une manière satisfaisante , et ce qu'il serait très important de iSxer. Je vais l'essayer ; non que j'espère poser partout des Kgnes rigoureusement exactes « que le traité perdu aurait pu seul nous faire connaître ; mais enfin je croirai avoir rendu service aux amis de notre histoire , en approchant de la vérité le plus près possible.

Rappelons , avant tout , les paroles du contemporain Flodoard : « Ils consentirent à recevoir la foi chrétienne , à condition qu'on leur céderait quelques contrées maritimes^, avec la ville de Rouen et ses dépendances. »

Tout le monde est d'accord sur le lieu du traité : ce fut Saint-Clair-sur-Epte. Tout le monde aussi convient que cette rivière formait la limite orientale du territoire concédé. Deux

' De gestis Lud. pii , ap. Duchesne , t. 11, p. 281. — Annales Faldenses, Dom Bouquet, t. vu , p. 163. — Annales Metteuses , ibid. ,t. vni, p. 67.

OU trois écrivains y seulement y disent que c'était r Andelle ; ils se sont trompés , et je vais tout à l'heure le prouver.

Le roi Raoul s'était rendu de Bourgogne à Compiègne, puis à Beauvais, pour s'opposer à Bagnold^ chef de Normands de la Loire > <iui^ sur l'invitation de Gharles-le-Simple , était venu faire le dégât au-delà de l'Oise. Reioul passe la ïïwière (TEpte, et entre sur le terrUoire des Normands ^ Voici bien la rivière d'Epte formant la limite du pays normand et du Beauvoisis.

Nous pouvons ainsi tirer une première ligne ^ depuis l'embouchure de l'Epte, près Giverny, juscpi'à sa source , dans les environs de Forges.

En l'année 925 y les Français attaquèrent un fort des Normands^ où BoUon^ leur prince > avait envoyé mille hommes. Ce fort , situé près de la mer, était appelé Eu ' . La ville d'Eu faisait donc partie de la donation de Charles4e-Simple.

Prolongeons maintenant notre ligne depuis

' «. Itta (Epta) flu?io transite, ingressus est terram, qu» dodum Nordmannis faerat data. » Frod. Ghron. , an. 923.

3 « Idem verô castrum , secus mare situm , vocabatur Auga. » Ibid., an. 935.

la source de l'Epte jusqu'à la ville d'Eu , en suivant le cours de la Bresle , qui nous sépare encore aujourd'hui de la Picardie , nous aurons la limite^ à l'est et au nord-est, du territoire cédé à Hrolf. Quant aux contrées maritimes , elles se trouvent nécessairement , du moins pour la plus grande partie, entre l'embouchure de la Seine et le Tréport , voisin de la ville d'Eu. De cette manière, nos limites sont encore tracées au nord et à l'ouest; ce sont, comme on peut le voir , les bornes actuelles du département de la Seine-Inférieure, plus, la portion du département de l'Eure comprise entre la Seine et ITSpte , vers leur confluent.

La limite du territoire cédé sur la rive gauche de la Seine est beaucoup plus difficile à établir.

Que Hrolf ait obtenu des terres de l'autre côté du fleuve , on n'en peut douter. « Ceux de Beauvais, dit Flodoard, ravagent la terre des Normands aur-delà de la Seine ' . »

En 918, Charles-le-Simple donne au monas-

■ « Baiocenses {évidemment pour Belyacenses) intérim terrain Nordmannorum ultra Sequanam depraedantur. » Frod. Chron. , an. 925.

tère de Saint-Germain-des-Prés Fabbaye de

la Croix-Saint-Ouen , connue depuis sous le

nom de la Croix-Saint-Leufifroy ; et il ajoute :

« excepté la part de cette abbaye que nous avons

accordée aux Normands de la Seine ^ n Or

l'abbaye de Saint-Leufiroi était dans, le pays

d'Évreux', a trois lieues environ de cette ville ,

et à neuf de Rouen : voilà donc une possession

déterminée sur la rive gauche de la Seine. Ëvreux ne faisait point partie du territoire concédé,

puisque nous le voyons , plus tard , au pouvoir

de Hugues et de Louis d'Outremer^.

En 923 f les Normands de Hrolf , unis

à ceux de Ragnold , pillaient le Beauvoisis. Ils

offrent la paix , si Ton veut leur céder la vaste

étendue de pays qu'Us demandent au-delà de la

* « Prœter partem ipsius abbatiœ , quam annuimus Nortmannis sequanensibus. » Garoli-Simp. dipl., Hist. de France , t. ix, p. 536.

* Hadriani Valesii notitia Galliarum , p. 323.

^ Frod. Chron.y ad ann. 943, 944. — £n lisant attentiyement Flodoard, on voit que Hugues s'en était emparé sur les Normands. Aussi, malgré l'assertion de l'auteur , parait-il certain qu'Évreux faisait partie de la donation. ( Voir ma Dissertation sur l'étendue du territoire concédé à RoUon, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, année 1831. )

{Note de M. Deville)

Seine ' . L'année suivante , ceci est fort remarquable^ leurs propositions sont acceptées; ils obtiennent le Maine et le Bessin*. Avant ce premier accroissement de territoire , ils possédaittit donc y sur la rive gauche de la Seine y tout le pays jusqu'au Bessin et au Maine. La donation de Gharles-le«» Simple s'étendait donc jusque-là.

Nous venons de voir qu'Évreux n'appartenait point à Hrolf ^ mais qu'il possédait une partie des biens de l'abbaye de Saint-Leuflroy^ peu éloignée de cette ville. L'emplacement de cette abbaye peut donc nous servir de jalon y d'autant plus qu'elle se trouvait à peu de distance de l'Eure^ à son embouchure. Il faut donc tirer notre ligne à partir de ce dernier point y et la conduire à travers l'abbaye de Saint- Leufïroy y laissant Evreux au midi y jusqu'aux limites du Bessin^ cédé à Hrolf en 9123. Cette ligne séparerait le département de l'Eure en deux portions presque égales y et y dans celui

' Frod. Ghron. , ad an. 923.

^ « Cinomannis et Baiocy pacto pacis eis concessae. w Frod. Ghron. , ann. 924.

8o SOI-DISANT MARIAGE DE GISÈLE.

du Calvados , comprendrait l'ancien Lieuvin, qui appartenait de fait aux Normands , à cette épocjue , et depuis long-temps ' . ^

Je crois avoir tracé ainsi les limites du pays primitivement cédé à Hrolf. J'indiquerai d# la même manière les accroissemens successifs du territoire normand; mais il faut revenir au traité de Saint-Clair.

Telle était la confiance qu'inspirait encore chez nous^ îl y a quelques années^ le doyen de Saint-Quentin^ que son texte a été considéré comme étant celui du traité même. On l'a divisé en trois articles , dont le troisième , a-t-on dit sur la foi du vieil historien normand^ stipulait Iç mariage de Hrolf avec une fille de Charles-le- Simple^ nommée Gisèle. « Dédit itaque Jiliam sucan Gislam nomine uxorem ïlîi Duci ^ . » Ce mariage est peut-être la plus grossière de toutes les erreurs oùDudon soit tombé , et tant d'écrivains après lui. Il importe de rétablir la vérité. '

■ a 876. En altéra centum et ampliùs annorum intercapedo , qnibus aut nulli fuere, aut ignorantur Lexovienses episcopi, propter Normam^oruin incarsus , qui tune in illis partibus grassabantur. » Galiia Ghristiana , t. xi , col. 765.

« Velly, t. u, p. 213. — Art de Térifier les dates , t. ii, p. 167, Paris, 1818, in-4^

Quelques auteurs' ont dit que Charles-le- Simple avait eu trois femmes , dont la première aurait été mère de Gisèle. A quelle époque le mariage a-t-il été célébré? ils ne le disent pas. En quellieu? ils se taisent encore. Qu^ls étaient les parens de cette femme , et comment s'appelait-elle? ils n'en savent rien.

Tous les autres historiens ne donnent que deux femme» à Charles-le^imple : Frédérune et Ogive; cette dernière fille d'Edouard-F Ancien , roi d'Angleterre. Ces historiens montrent , en cela, plus de critique que les autres ; mais ils adoptent aussi la princesse Gisèle , qu'ils font descendre , les uns de Frédérune % les autresd'Ogive ^ i en quoi je me persuade qu'ils se sont trompés également : Gisèle ne pouvait appartenir ni à l'une ni à l'autre ; la preuve est facile à donner.

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte est de la fin de 9 1 1 ; il reçut son exécution au commencement de l'année suivante : or, Charles épousa Frédérune, sa première femme, en 907*, c'est-à-dire

» Dud. S.-Quint. , ap. Ducbesne , p. 83.

* Mézeray, t, i, p. 646, edit. 1686.

' Recueil des Hist. de France , t. ix , p. 43 , 49.

4 Mabillon; De Re diplomaticft , p. 558.

cinq ai|6 seulement avant le traité ; et Ton n'a point de fille nubile au bout de cinq ans de mariage. Si le temps a manqué à Frédérune , qui vint la première , l'argument est plus pressant encore contre Ogive, qui vint la seconde.

Un historien moderne ^ frappé sans doute de tant de contradictions, dit que Charles offrit à RoUon la main de Gisèle, sa fiOe naturelle.

Voyons si le roi de France pouvait avoir une fille nubile, légitime ou naturelle, au moment du traité de Saint-Clair-sur-Epte , c'est-à-dire en 911.

Charles était né en 879, au mois de septembre, comme il le dit lui-même dans un de ses actea'; il avait donc, en 91 1, trente-deux ans à peu près. Gisèle, nubile en 91 1, devait avoir au modns' quinze ans ; ajoutons l'année qui dut précéder sa naissance , nous aurons seize ans qu'il font déduire de l'âge de Charles , de sorte que

' M. Depping ; Expéditions maritimes des Normands , t. ii , p. 105.

* « Ita duntaxat ut in die natiTiUlia atslras , quae est missa aancti Lamberti, etc. » Recueil des Historiens de France, t. ix» p. 531. •— La fête de saint Lambert tombait le 1 ô des oaleades d'octobre , c'està-dire le 17 septembre.

GISÈLB, 83

Ce prince aurait été père de Gisèle à quinze ou seize ans. Veut*-on que cela soit possible ^ à tout prendre? Mais aucun des historiens que j'essaie de réfuter n'est entré dans ces calculs ^ et cette possibilité que je trouve en faveur de Gisèle^ est d'ailleurs tellement hasardée ^ il faut tellement presser les dates ^ tellement mettre les jours et, pour ainsi dire^ les heures à profit^ que mes propres supputations perdent tout caractère de probabilité.

Désire-t-on voir cette Gisèle sous les traits que lui prête le père de nos historiens normands? Ce sera d'abord une fille issue des deux cAtés du sang royal; puis, elle réunira les avantages de la taille à l'élégance des formes, la prudence à la chasteté , la fiicilité d'élocution à l'affabilité du langage ; elle sera fort habile dans les travaux d'aiguille ; elle l'emportera sur toutes les vierges du monde ; enfin , et j'ai réservé cette qualité pour la dernière , elle sera initiée aux mystères de la politique*. Quel âge pouvait

m'mmmmt^mmm»<mm»»^^^t^0mmm'mfi^^^f^^^^

' « Utriuaqae progeûei aaMine regaliter eiorta» statur»

proceritate con^ua , forma , ut aadiTimus» elegantissima , irirgo

84 CilSÈLE.

avoir ce modèle de vertus , de grâces et de profonde habileté? Quatorze ou quinze ans, en faisant , comme je l'ai dit, une sorte de violence À la nature.

Il faut donc reconnaître, avec le plus grand nombre des historiens , que Charles-le-Simple n'eut que deux femmes, et que, s'il fut père d une fille avant le traité de Saint-Glair-sur- Epte , la jeune princesse ne pouvait avoir que quatre ou cinq ans, à l'époque de ce traité.

Peut-être dira-ton que le mariage a été prononcé entre des enfans au berceau ? Oui , sans doute , il en est des exemples ; mais les futurs y étaient alors tous les deux, ou, du moins , les choses étaient calculées de manière à ce que le plus âgé pût accomplir le vœu de la nature au moment où le plus jeune atteindrait l'âge nubile. Telle n'eût pas été la position réciproque de Rollon et de Gisèle , puisque le chef normand serait entré dans la couche nuptiale avec

integerrima , oonsilio provida , forensiam rerum negotio caata , oonversatioue fadllima , colloquio affabilissima , manuum labore peiitissima , quin etiam virginibiis cunctis prœceUentissima.... • Dodo , ap. Dachesne , p. S2.

GrSÈLE. 8S

le peu d'espérances que peuvent donner soixantequinze ans aecompiis.

Jusqu'ici> quant à ce premier mariage de BoUon , je n'ai fait que détruire : c'est ordinairement la tâche la plus facile ; et si je disais qu'iL va m'être plus aisé de réédifier , j'avancerais, en apparence , un paradoxe^i C'est pourtant ce quï arrive , et l'on va en juger»

Tout le monde a écrit, jusqu'à ce moment, ^'un roi nommé Charles avait donné une princesse nommée Gisèle , plus une province , à un chef normand, à la condition que celui-ci se ferait baptiser. Eh bien ! tout cela est vrai ; mais tout cela ne s'applique point au traité de Sainte Clair-sur-Epte , et la confiision parait ici^ tellement évidente, que, s'il faut s'étonner de quelque chose, c'est que des écrivains modernes, d'aiUeurs judicieux, n'en, aient pas été frappés sur-le-champ; Les chroniques allemandes vont lever tous les. doutes.

Je lis dans Beginon ' , abbé de Prum , le passage suivant: nNoi^issimè rex Godfridus Nora mannorum, eâ conditione christianum sefieri^

««Ni

< Apud Pistorium , p. 60.

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