PIÉTÉ DES PRINCES NORMANDS. I
Je viens de présenter l'esquisse morale du pays pendant le premier siècle de la domination normande; il ne faut pas croire, cependant, que l'état de la Normandie fût en tout conforme à celui des contrées voisines. Sous le rapport religieux, peu de différence; il y eut, comme en d'autres endroits, des apparitions, des miracles, des avertisseiiiens du ciel par l'intervention des animaux', de mauvais évèques*, un clergé dissolu. Hrolf , Guillaume et Richard réparèrent, ccinstruisirent, dotèrent des églises et des monastères. Richard, en particulier, agrandit de beaucoup la cathédrale de Rouen , les abbayes de Saint-Ouen, du Mont-Saint-Michel, de Fontenelle et de Fécamp. Un scrupule religieux le détermina même à faire réédifier complètement cette dernière , ne voulant pas que la maison des moines fût plus basse que celle d'un duc ^ Il fut mal récompensé de son zèle ; le dérèglement des mœurs avait gagné le clergé de Normandie ; et l'ignorance habitait
' Ghron. Fontanellense , Spicilegium , 1. 11 , p. 385. • Gallia Ghristiana , t. xi» passim.
^ Dud. S. Quintiniy p. 153.
ijf8 état religieux et politique.
le palais même de Richard'. Quant a Tétat politique ^ il était beaucoup plus satisfaisant que partout ailleurs : l'esprit guerrier de la population nouvelle ; la prudence > la finesse , si l'on ne veut pasg dire 1 astuce de ses chefs ' ; les alliances déjà contractées ; la sévérité des régiemens établis ; leur exécution non moins sévère ; le concours de toutes les volontés vers un but commun; l'indépendance du prince relativement au service militaire que les autres vassaux devaient au roi de France ; la facilité^ par conséquent ^ d'employer les troupes dans l'intérêt seul du pays ; la situation géographique de la province , que l'Océan garantissait sur une longue étendue de côtes; la connaissance de la mer ^ ; l'habitude de ses dangers ^ les secours qui pouvaient être reçus de ce côté : tout se réunie sait pour assurer à la Normandie une grande supériorité politique sur ses voisins.
Ainsi ^ pendant le dixième siècle ^ la condition religieuse de la Normandie fut à peu près celle
' Dud. s. Quint, p. 155»
• Ibid. , p. 123.
' Ibid. , p. t5t .'.