‹ Histoire de Normandie (volume 3)Chapitre 1 sur 6 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Dès les siècles antiques , nos ancêtres considérèrent avec prudence le cours des siècles fugitifs , et remarquèrent les biens ou les maux que, suivant la conduite des hommes , les divers temps leur amenaient. Ce fut pour être utile à la postérité qu'on les vit accumuler volumes sur volumes : nous en sommes convaincus en voyant ce qui a été fait non seulement par Moïse, par Daniel, et par divers écrivains sacrés, mais aussi par Darès le Phrygien , par Trogue-Pompée et les autres historiens des Gentils ; nous ferons la même observation par rapport à Eusèbe de Césarée , àPaulOrose, à l'Anglais Bède, àPaulduMont-Cassin1, et aux autres auteurs ecclésiastiques. Leurs récits font mes délices : je loue , j'admire même l'élégance et l'utilité de leur méthode de composition 5 je ne peux donc qu'exhorter les sages de notre temps à profiter du résultat de leurs travaux importans. Toutefois > comme il ne m'appartient pas de commander à qui que ce soit, je me borne à fuir une oisiveté stérile * et, m'exerçant à quelque entreprise autant que le comporte ma faiblesse , je ferai tous mes efforts pour être agréable à mes seuls supérieurs. Autant qu'il peut dépendre de moi, j'ai essayé d'écrire > d'après les ordres de Roger, abbé de Saint-Evroul % le récit

1 Paul , diacre.

• Nous donnons à cette abbaye le nom de Saint-Érroul, qui a pré-

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de la restauration de ce monastère , et de m'exprimer avec franchise sur le compte des grands , bons |ou méchans, de ce siècle pervers, tout dépourvu que je suis de savoir et d'éloquence, mais soutenu par l'intention de ma bonne volonté. Je parlerai des choses que nous voyons ou que nous souffrons. Assuré-' ment il est tout-à-fait convenable que les événemens qui arrivent journellement soient écrits à la louange de Dieu , et qu'ainsi que nos ancêtres nous ont transmis les faits anciens , les contemporains fassent aussi parvenir à la postérité les choses mémorables dont ils sont témoins.

Simple fils de l'Eglise, je me dispose à parler avec sincérité des affaires ecclésiastiques, et, suivant avec soin nos anciens Pères, autant que mes faibles efforts peuvent me le permettre , je tâcherai de découvrir et de mettre au jour tous les événemens modernes qui concernent le christianisme. C'est pourquoi je me détermine à donner à cet ouvrage sans conséquence le titre d'Histoire ecclésiastique. Quoique je ne doive pas m'occuper de rechercher ce qui s'est passé à Alexandrie , à Rome , ou dans la Grèce , puisque , moine confiné dans un cloître d'après mes propres vœux , je suis forcé de suivre sans infraction la règle monachale , cependant , avec l'aide de Dieu , je travaille à présenter à l'examen de nos descendans les événemens que j'ai vus de mon temps , et ceux qui , arrivés dans les contrées voisines , sont parvenus à ma connaissance. C'est avec fermeté que je

valu, (ruoique Ordcric Vital dise toujours le monastère ou l'abbaye d'Ouclie ( Uticum, ou Uticense cœnobium). Le Roger dont il s'agit îei est.Roger du Sap, sixième abbé connu de cette maison.

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