‹ Histoire de Normandie (volume 4)Chapitre 1 sur 30 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Nous devons nous attacher sans relâche à louer dans toutes ses œuvres le Créateur dont la puissance et la grandeur ineffables sont au dessus de notre examen , impuissans que nous sommes à raconter, comme il conviendrait, sa sublimité et sa bonté infatigable. A la vérité, les pages de l'Ancien et du Nouveau Testament fournissent au sage une ample matière de recherches et de méditations ; mais le sage lui-même ne peut pénétrer l'immensité et les profondeurs de Dieu : la connaissance de la charité du Christ l'emporte de beaucoup sur toute prudence humaine : la rechercher, l'embrasser et la suivre de tous nos efforts , est une chose juste et tout-à-fait propre à nous assurer le salut éternel. C'est ce qui combla de béatitude ces hommes dont la louange est écrite dans les livres authentiques, et qui, réunis aux anges, sont en possession des biens célestes. Méprisant les choses passagères, ils s'attachaient aux choses durables, et, pleins d'horreur pour les objets charnels , ils jouissaient saintement des voluptés spirituelles. Par le chemin pénible des vertus, ils suivirent les traces du Sauveur, et nous laissèrent de salutaires exemples, afin que, suivant leurs pas dans le sentier de la justice, nous nous hâii. i

1 PHOLOGUE'.

tions de parvenir à l'héritage de l'éternité , entreprise que la tentation continuelle des péchés rend si difficile à notre faiblesse et à notre lâcheté. Toutefois nous devons , autant qu'il est possible , faire de sincères efforts pour marcher sur leurs traces, jusqu'à ce que , associés à leurs mérites , nous ayons été trouvés dignes de faire partie de l'association des bienheureux.

Je me suis plu à parler dans la précédente partie de quelques amis de Dieu , de quelques maîtres et de quelques chefs de son peuple. Il est agréable pour l'ame, et c'est un remède salutaire pour les maladies morales, de s'entretenir de ces choses avec foi. Désormais une autre entreprise m'est prescrite par mes maîtres, et devant moi s'étend une ample matière sur les événemens qui concernent les Normands. Sortis de la Dacie ils s'appliquèrent, non pas aux lettres, mais aux armes , et s'occupèrent bien moins de lire ou d'écrire que de combattre , jusqu'à l'époque de Guillaume-le-Bâtard.

Dudon, doyen de Saint-Quentin, a écrit éloquemment les exploits belliqueux de nos trois premiers ducs ; son ouvrage fécond et poétique est leur panégyrique. Il l'offrit à Richard, fils de Gonnor, dont il desirait captiver les bonnes grâces. Guillaume, surnommé Calcul, moine de Jumiège, venu plus tard,, fit de cet ouvrage un élégant abrégé , et publia en peu

1 L'auteur veut dire le Danemarck. A l'époque où il écrivait, et même long-temps après, on confondait les Daces avec les Danois, la Dacie avec le Danemarck. Joutes les fois qu'Orderic Vital parle de Dacie et de Daces, il entend le Danemarck et les Danois.

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