‹ Histoire de Normandie (volume 5)Chapitre 16 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

S'M OBUERIC VITAL.

roi Clovis et de la reine Bathilde , un couvent à Jumiëge , pour recevoir huit cents moines : quelques années après, il mit à la tête de cette maison saint Aicbadre, qu'il avait tiré du couvent de Noirmoutier'. Alors Wandrille "^ bâtit un monastère à Fontenelles , et y réunit , pour la milice de Dieu , près de quatre cents moines , parmi lesquels FEglise prit avec satisfaction , pour la gouverner, plusieurs évêques et plusieurs abbés très-capables. On voyait fleurir alors dans le diocèse de Rouen Sidoine, Ribert, Gérémar, Leufroi et plusieurs autres moines, tous favorisés , pour toutes sortes de biens , par le zèle et Tassistance du vénérable archevêque Ouen , ainsi que tout lecteur avide d'instruction peut le voir clairement dans leur histoire. En Italie, le roi Aripert étant mort au bout de neuf ans àPayie , ses deux fils, encore fort jeunes , lui succédèrent : Godebert s'établit à Pavie , Bertârith fixa le siège de son gouvernement dans la ville de Milan. Peu après, Grimoald , vaillant duc de Bénévent, tua d'un coup d'épée Godebert , mit Bertarith en fuite , s'empara de leur trône et de leur sœur , et gouverna neuf ans avec force et succès. A sa mort , Bertarith régna dix. -huit ans, et s'associa son fils Cunipert, qu'il avait eu delà reine Rodelinde : ils aimèrent tous deux la justice, et n'hésitèrent pas à se montrer fortement serviteurs bienveillans de Dieu et de son église , ainsi que protecteurs des pauvres. Alacheris , duc de Brescia , se révolta contre eux. Il troubla beaucoup et long-temps tout le pays , jusqu'à ce que , tué dans un combat par Cunipert, il trouvât le terme de sa méchanceté. A la

' Hevium monasterlum»

' Gunndregesilus , cl aiUcnrs H^andegesilusJ

HISTOIRE DE NORMANDIE-, LIV. V. 'iig

prière de Constantin, d'Héraclius et de Tibère, princes très-pieux , le pape Âgalhon envoya à Constantin nople Jean , évéqne de Porto , sur le Tibre , le diacre Jean et plusieurs autres lëgats de la sainte Eglise romaine^ par leur intermédiaire , il assembla un concile de cent cinquante évéques contre George patriarche de la cité royale, Macaire, évêqtie d'Antioche, et plusieurs autres hérétiques. A la fin des débats ^ George se rétracta^ mais Macaire, qui. se montra opiniâtre^ meut attaché à ses opinions , fut , ainsi que ses com-^ plices, frappé d'anathétne.

Jncljrtus Ansbertus , probitatis culmine comptas , Eeclesiam rexit quam sancte nobilitaviL

( L'illustre Ansbert, comblé de tout mérite, gouyema son église et Fennoblit saintement ).

il brilla pendant dix-huit ans , du temps des papes Léoii, Benoît, Jean, Conon et Serge, sous l'empire de Constantin et de Justinien-le-Jeuue. Alors régnaient en France Lothaire', Thierri et Childéric. Les maires du palais étaient Léger ^ Ebroin et le prince

Pépin.

Insignis Grippo successii in ordine scmcta , Actibus egregius , mentis pasior venerandus.

( Grippon , prélat distingué , succéda à: son tour dans cette sainte catégorie, noble pasteur dans ses actions et vénérable par ses mérites).

Il fleurit vingt-quatre ans , du temps des papes Jean Sisinnius, Constantin et Grégoire. Alors Léon,

" Clotaire m.

34o ORDBItlC yiTkh.

Tibère , Jastinien , Philippk[ue , Anastase y Théodose et Léon gouvernaient la république. Clovis , Childebert et Dagobert -le -Jeune régnaient en France. £& Angleterre , le très-révérend Cutbbert , devenu d'anachorète évéque de TégUse de Lindisfarn , illustra toute sa vie , depuis Tenfance jusqu'à la vieillesse, par d'ëclatans miracles. Sous le règne de Henri , roi des Anglais , Raduif , évéque de Kochester , trouva son corps intact : il changea ses vétemens, assisté par des moines et des clercs, en présence et sous les regards respectueux d'Alexandre , roi des Ecossais.

Justus et insignis JUuiiUutdus in ordine/itisU, Compatiens cunctis , merilisque referùiS opbms.

( Le juste et grand Radiland brilla dans Tépt^sopat , compatissant pour tout le monde , et rempli de mérites éroinens ).

Ce prélat fleurit pendant trois années , du temps du pape Grégoire n. Alors Léon gouvernait Teffipire. Les Français élevèrent au trône des roîs>, à Ift mort de Dagobert , le clerc Daniel. Les Sarrasin», avec une nombreuse armée , assiégèrent Constanti* nople pendant trois ans ^ mais ils furent vaineiis par les citoyens , qui combattirent contre eux beaucoup plus par les prières que par ks armes ; ils prirent la fuite au milieu de» périls , de la &mine , du froid et de la peste. Liutprand, roi des. Lombards, confirma , de lavis du pape Grégoire , la donation du patrimoine des Alpes Gottiennes , qu'Aripert avait envoyée à Rome écrite en lettres d'or , et qu'il avait ensuite annulée. Il acheta pour une somme d'argent les os du docteur saint Augustin \ il les trans-

HISTOIRE DE VORMAlifDIE ; LIV. T. 34l

fera à Pavie , «t les y plaça honorablement , après les

avoir retirés de la Sardaigne , que les Sarrasins avaient

ravagée.

Profuit in popuh Domùti venerabilis £iugo , Et tribuit satictœ mb/ectis dogmata vitt^

( L« Tënérable Hugues servît beaucoup le peuple du SeigneiH^ , et prodigua à ses siqets les dogmes de la sainte vie ).

Il était cousin de Pépin, prince des Français \ il fa\ archevêque pendant huit ans, du temps du pape Grégoire. 11 gouverna les églises de Paris et de Bayeux, ainsi que les abbayes de Jumiège et de Fontenelles. Son corps fut transporté en Lorraine avec le corps de saint Âichadre par les moines de Jumiège \ placé dans une châsse d'argent, il a été conservé jusqu'à ce jour dans un lieu que Ton appelle Aspes ' , dans le territoire de Cambrai. C'était sous Je règne de Constantin. L'anglais Bède , serviteur du Christ, et prêtre du couvent des saints apôtres Pierre et Paul , jeta un grand éclat à Weremuth. Il naquit sur le territoire de ce monastère •, dès T&ge de sept ans , il fut iosttuit par le révérend abbé Benoit, et ensuite par Céolfride. Il habita toute sa vie dans ce même monastère ; il y donna tous ses soins à la méditation des Ecritures -, il trouva de grandes douceurs , comme il le dit lui-même , à apprendre , à enseigner ou à écrire , partageant son temps entre Fobservance de la discipline régulière et Tôccupation journalière de chanter à l'église. Dans la dix-neuvième année de sa vie , il fut promu au diaconat , et à trente ans à la prêtrise : ce fut d'après les ordres de Céolfride , son abbé , que le très-révérend

* Haspis.

3J^% ORDERIG VITAL.

évêque Jean lui conféra Tun et l'autre ministère. Ensuite , ayant reçu le sacerdoce /il n'interrompit pas ses salutaires études jusqu'à l'âge de cinquante -neuf ans ; il tira des ouvrages des vénérables Pères beaucoup de notes concises sur la sainte Ecriture , et prit soin de les ajouter aux textes pour en faire saisir le sens et l'interpréter. Le fruit de ses travaux et de ses études fut très-utile et agréable à l'Eglise de Dieu. Il publis^ soixante-douze livres sur la loi de Dieu et sur les recherches nécessaires pour l'entendre : il les dénombre tous et les décrit avec soin à la fin de son Histoire des anglais. Alors brilla en Lombardie le moine Paul du Mont-Cassin , et en France Je poète Fortunat , pieux évêque de Poitiers.

Sedem JRadb§rius digne pastoris adeptus yiribus enituii sancUs , sancte quoque noîxii.

( Radbere , qui acquit dignement le siège de pasteur , se distingua par les forces de la sainteté, et yécut aussi saintement).

Il fleurit quatre ans , du temps du pape Grégoire u , et sous l'empire de Constantin. Alors en France commandait Charles-le-Marteau ' , c'est-à-dire , Martel , qui, réuni au duc Eudes, livra aux Sarrasins une bataille en Aquitaine , et leur tua trois cent soixantequinze mille hommes \ dans la province de Narhonne , il les battit encore vaillamment, et \çi^ repoussa après en avoir fait un grand carnage.

' Tudites.

HISTOIRE DE NORMANDIE; LIV. V. i/\'i

Grimo , dévolus pastar^ pius , incfytus actu, Suscipit Ecclesiam dwinojure regendam.

( Grimon, dévot pasteur, homme pieux et célèbre par st% bonnes actions , se chargea du soin de gouverner TEgUse suivant les lois de Dieu).

Il occupa le pouvoir pendant quatre ans , du temps de Grégoire m. En Angleterre , Berchtwald, archevêque de Cantorbëry , étant venu à mourir , Tatwin lui succéda. Cest alors que les deux rois anglais, Coenred , roi de Mercie , et Offa , fils de Siher , roi des Saxons orientaux, quittèrent leur sceptre terrestre pour le Christ, se rendirent à Rome , reçurent la bénédiction du pape Constantin , se firent moines , et, fixés aux portes des Apôtres , vécurent jusqu'à leurs derniers jours dans les prières , les jeûnes et les aumônes. Wilfrid, vénérable archevêque d'Yorck, mourut Fan quarante-cinq de son épiscopat, le 4 des ides d'octobre ( la octobre), dans la province d'Undalum ' , sous le règne dç Coenred et d'Osred , fils d'Alfred , roi de Northumbrie. Peu après mourut le trèssage abbé Adrien, qui eut pour successeur Albin, son disciple , homme très-instruit en tout genre.

Culmine pastoris nituit Rainfridus , in omni Actu magnificus , constructor ponUficatus ,

( Sur le siège du pasteur, Rainfroi se montra magnifique dans toutes ses actions, et travailla à reconstruire TédiGcc du pontificat).

II gouverna pendant dix-sept ans , du temps des

' Undalum. Mot di'figiiit' sans doiilr par les ropislrs.

papes Zacharie et Etienne. Carloman et Pépin étaient alors maires du palais.

JRemigius prœsul, regali stirpe creatus , Dévote vixit^ commisses dogmatisavit,

( Le prélat Rémi , issu du sang des rois , vécut dévotement et fit connaitre les dogmes saiats à son troupeau ).

Il était fils de Charles-Martel et frère du roi Pépin : après l'expulsion de Rainfroi, il gouverna pendant dix-sept ans Téglise de Rouen, du temps des papes Paul, Constantin et Etienne. L'empereur Constance, fils de Léon , convoqua à Constantinople un concile de trois cent trente évêques. Le pape Etienne , tour* mente par les persécutions d'Astolphe, roi des Lombards, passa en France, et y consacra le roi Pepiu et ses f|ls Charles et Charlemagne. Alors Boniface, archevêque de Mayence, et Gui, abbé de Fontenelles, vivaient avec distinction 5 Constantin et Témir Abdalla, roi des Sarrasins, rivalisèrent de cruauté contre les orthodoxes. Léon , fils de Constantin , le soixanteonzième empereur depuis Auguste , régna cinq ans. L'an de Flncarnation du Seigneur 678, le 8 des calendes d'octobre (a4 septembre), le roi Pépin mourut, et eut pour successeur son fils Charlemagne.

Prœsul J^ainardus , bonit^Us odore refertus , Subjectos doci4U^ vitiorum sorde piayit,

( Le prélat Mainard , tout parfumé de bonté, enseigna les fidèles, et les purifia de Tordure des vices).

Il brilla huit ans, du temps du pape Adrien. Lan

HISTOIBE DE lilOBHAIiBIE ; LIV. Y. 345

six de son règne, le roi Charlemagne s'empara de Rome. A son retour il prit Pavie, conduisit prisonnier en France Didier, roi des Lombards, qui avait fait éprouver de grandes persécutions au pape Adrien, et chassa d'Italie son fils Adalgis^. Ce Didier fut le trenteunième roi des Lombards : en lui cessa la dignité royale k cause de ses forfaits , et depuis ils p'eurent plus de roi de leur nation -^ ils furent toujours soumis désormais aux rois des Français ou aux empereurs dea Allemands. Les premiers chefjs lombards furent Ibor et Aïon, qui avec leur mère Gambara les amenèrent d^ Tile de Scandinavie ' ; ensuite ils eurent pour roi» Ag^lmond, Lamission , Lethu , Hildehoc et Godehoc, ClafTon etCaton, Waçbon, Waltarith, Audouin et Al- I^in. Agelmond conduisit les Lombards en Bulgarie, Audouin enPannonie,et Alboinen Italie. Secondé pa? le patrice Narsès , le roi Alboin, ayant, d'après TinsjHration de sa femme Rosemonde, été tué par Helmé^ cbis, son écuyer, Clépon, élu par le peuple, monta sur le trône. Après lui Flavius AuUrith, ^on fils, régna et prit pour femme Tbéodelinde, fille de Gari-» bald, roi des Boïens. Autarith périt empoisonné au bout de six ans de règne , et Agilulfe Agon , duc de Turin , s'empara de la reine et du royaume, et, mou* rant vingt-cinq ans après , laissa son royaume à son fils Adoloald. Celui-ci ayant régné dix ans avec sa mère Tbéodelinde, Arioald posséda le royaume des Lombards pendant douze ans , et eut pour successeur Rotharitb, prince puissant, mais souillé de la perfidie

* La Scandinavie n'^Uiit pas une île : on avait de'signé sûus ce nom la Snède , la Norwège , et q[aelquefois d'une manière vague les pays dn nord iosqu^à la mer Glaciale.

dé l'hérésie d'Arius : après un règne de seize années, il laissa son royaume à son fils Rodoald qui , cinq ans après, surpris en adultère, fut tué par le Lombard Rival. Aripert, fils de Gondoald, neveu de la reine Théodelinde, régna ensuite, et, mourant neuf ans après , laissa son royaume à ses fils Bertarith et Godibert. Cependant Grimoald, duc des Bénéventins, épousa Rodelinde, fille du roi Aripert, fit périr par le glaive son frère Godibert , et chassa du trône son autre frère Bertarith. Grimoald étant mort neuf ans après, Bertarith monta sur le trône et chassa Garibald, fils de Grimoald , qui avait régné durant trois mois après la mort de son père. Bertarith régna dix-huit ans, et Cunipert douze. A la mort de ce dernier, les Lombards eurent pendant deux ans quatre rois à la fois, savoir, Liutpert, fils de Cunipert, Ragimpert, duc de Turin, fils de Godibert, Aripert son fils, et Rotarith , due de Bergame. Enfin Aripert l'ayant emporté sur ses rivaux, tua Liutpert et Rotarith 5 il chassa de l'île Comacine* Ansprand, qui avait pris soin de l'enfance de Liutpert, fit crever les yeux à son fils Sigisbrand , régna ensuite pendant neuf ans , et rendit à saint Pierre plusieurs domaines qui avaient été ravis par ses prédécesseurs. Ensuite , comme il nageait dans le Pô, chargé d'or, il s'y enfonça, et, suffoqué par les eaux , y périt. Ansprand , homme sage, ne régna que trois mois , et son fils Liutprand, prince entreprenant, occupa le trône pendant près de trentedeux ans. Son neveu Hildebrand fut élevé à la royauté, mais il mourut avant deux ans. Ensuite Rathchise et Astolphe , fils de Penmon , duc de Frioul , prirent la

• lie ïjui a donne son nom au lac de Côme , anciennement lac Lariiis.

couronne que le premier déposa volontairement pour se faire moine à Rome.

• Astolphe persécuta beaucoup TEglise du Seigneur de toutes les manières, du temps du pape Etienne-, mais enfin, par un juste jugement de Dieu j iï fut tué à la chasse d'un cdup de flèche. Enfin le dlic Didier, secondé par le pape Etienne, devint roi' dés Lombards, et, lorsqu'il fut parvenu au trône , il persécuta le pape , le clergé et le peuple de Rome. C^est ce qui détermina le pape Adrien à implorer l'assistance des Français, qui détruisirent et ont renversé jusqu'à ce jour la puissance cruelle du royaume des Lombards. C'est du temps de Mainard , archevêque de Rouen , que cet événement arriva l'an de l'Incarnation du Seigneur 774.

Prœsul successit cui Gillebertus^ in omni Constans, et lenis populi pastorgue Jidelis.

(Alors succéda Gillebert, prélat coosUnt et doux en toute chose, et pasteur fidèle de son peuple).

Il brilla quarante - huit ans du temps des papes Adrien, Léon, Etienne et Pascal. Alors fleurissaient à Constantinople les Augustes Constantin , Léon ' , Nicéphore , Staurace son fils , Michel ^ , Léon ^ et Michel*. Charles ^ roi des Français, signala sa vaste puissance , et par son grand mérite si di^'ne d'éloge accrut son empire sur tous ses voisins. Il détruisit Pampelune, assiégea et prit Sarragosse, subjugua la Gascogne , l'Espagne , la Saxe et la Bavière ^ il dévasta

' Léon Chasare. — * Michel Curopalatc.

' Léon rArmcnit-n. — ^ Michrl-Ic Bègno. — "^ Charlemagno.

348 OUDERIC VITAL.

le pays des Slaves que Ton appelle Voultes % et celui des Huns. Du temps de Constantin' et de sa mère Irène, on trouva à Constantinople une cassette de pierre qui contenait un homm^ étendu avec cette inscription : « Le Christ naîtra de la Vierge Marie , et je crois en « lui. soleil, vous me reverrez sous Tempire de a Constantin et d'Irène. » Sous le pontificat deLëon, un grand tremblement de terre ébranla presque toute ritalie , et renversa en grande partie le toit de Téglise de Saint -Paul avec ses poutres. LVn 800 de rincarnation du Seigneur, le roi Charles fut consacré empereur par le pape Léon et proclamé Auguste par les Romains. Après avoir accompli un règne de quarante-sept ans, ce monarque mourut. Louis son fils régna vingt-sept ans , et eut pour secrétaire l'archevêque Gislebert.

Rainowardus huic successii in ordinefolix , Hic aluit mites , compescuit alque rebelles.

( Rainard succéda heureusement dans cet ordre sacré. H nourrit les ^eos de bien et comprima les rebelles ).

Pendant dix ans il fleurit, du temps des papes Eugène , Valentin et Grégoire iv, sous l'Auguste Théophile. A cette époque , la discorde régna en France pendant que Lothaire se révolta contre son père Louisle-Pieux '. Alors les Normands commencèrent à ravager la Bretagne et quelques autres contrées. Le

• ^ulti ou frutzi.

' Constantin v.

^ Ludouicus Plus , Louis-le-Debonnairc.

corps de saint Philibert fol transporté de l'ile de Noirmoutier.

Gumbaldus juslas tenait moderamina vitœ , Prospidens populo venerabilis utpote pastor.

( Gombaud tint avec fermeté les rênes d'une vie équitable, pasteur vénérable qui s^occupa sans cess« de son peuple ).

Ce prélat vécut onze ans du temps des papes Grégoire et Sergius , sous Tempire de TAuguste Michel , fils de Théophile.

L'an de Tlncarnalion du Seigneur 84o , l'empereur Louis mourut le la des calendes de juillet (20 juin). L'archevêque Drogon son frère fit transférer son corps dan» la ville de Metz pour y recevoir sa sépulture. Le royaume fut divisé , et la guerre s étant élevée entre les trois fils de ce prince , Louis , Lothaire et Charles- le-Chauve , on se battit près d'Auxerre, le 7 des calendes de juillet ( aS juin ) : il y périt de part et d'autre, dans un carnage mutuel, beaucoup de chrétiens. Le corps de saint Oue& fut transporté, lorsque le& Normands ravagèrent Rouen et brûlèrent son monastère, le jour des ides de mai(i5 mai)^ lan du Seigneur 841 •

Insignis Paulus , pastoris culmine dignus , Ferbo doctrinœ fulsit probitaieque vitœ,

( L'illustre Paul , digne d'être élevé au siège de pasteur, brilk» pv les paroles de sa doctrine et par la pureté de sa^ne )l

Son pontificat dura six années , du temps du pape Serge , sous F Auguste Michel. Lothaire occupa une

35o ORDERIC VITAL.

partie du royaume de France que son père lui avait donnée de son propre mouvement , et il régna sur ce territoire qui a gardé jusqu'à ce jour le nom de Lorraine , c'est-à-dire royaume de Lothaire. Charlesle-Chauve fut établi roi des Français et empereur des Romains. C'était un homme bon et courageux.

fFanilo , vir prudens , divino dogmate pollens , Eternœ docuit commissos jura salutis.

( Waniion, prélat prudent, savant dans les dogmes divins, dicla aux fidèles les lois de Téternel salut ).

11 fleurit, onze ans du temps des papes Léon, Benoît et JNicolas. La cinquième année de son gouvernement, il gela depuis la veille des calendes de décembre jusqu'aux nones d'avril ( du 3o novembre au 5 avril).

Indolefrœcipuus , bonitate nitens , Adalardus Jura sacerdotU tenuit pie pastor heriiis,

( Remarquable par la beauté de son caractère, brillant de bonté, le pasteur Âdalard défendit pieusement les droits du sacerdoce suprême).

11 occupa le siège pendant quarante ans, du temps du pape Nicolas. Basilie tua son maître Michel, et régna en sa place à Gonstantinôple durant vingt années. L'univers éprouva pendant trois ans les fureurs d'une grande famine , de la mortalité des hommes et de la peste des animaux.

HISTOIRE DE NOBHANDIE ^ UV.. V. 35 1

Félix atque probus prœclara stirpe Riculjus Contulit ecclesice quant plurîma prœdia ierrœ.

( Hiculfe , heureux et bon , issu d^une noble origine , donna de grands biens à son église ).

11 fleurit trois ans du temps des papes Nicolas et Adrien.

Nobilis aniistes divino jure Joannes Ordine pontificis virtutum UxmpcLde fulsii.

( Jean , prélat distingué par la puissance divine , brilla dans l'ordre des pontifes par le flambeau de ses vertus ).

II gouverna les Rouennais pendant deux ans.

Vilio , commissum conscèndens pontificatum , Claniii in populo vir prudens dognmte sancto.

( Vilton , montant au trône pontifical qui lui avait été confié, fit éclater en faveur du peuple sa prudence et les saintes doctrines).

Il gouverna l'Eglise pendant un an , du temps c^u pape Adrien et de FAugnste Basile.

Successit Franco , plebis bonus auxUiator^ .

Qui lauacri sancti Rollonemjbnie sacravit.

( n eut pour successeur Francon , ce bon prolecteur du peuple , qui consacra Rollon dans la fontaine «du saint baptême).

Pendant quarante-quatre ans, il fut florissant du temps des papes Jean, Marin, Adrien et Etienne. Alors Léon et Alexandre , tous deux fils de Basile , régnèrent vingt-deux ans. L'an du Seigneur 876, Rollon

35d ORDERIG YITAL.

pént'tra avec les siens en Nettstrie, et, pendant trente ans, dësola effroyablement la France par la guerre, le brigandage et Tincendie. Il combattit contre Richard , duc des Bourguignons , Ebble , comte des Poitevins, et plusieurs autres princes de la France. £nflé d'orgueil par la fréquence de ses victoires , il occasionna les plus grands maux aux adorateurs du Christ. Enfin Charles-le-Simple , fils de Louis-le-Faintfaot ', ne pouvant continuer la guerre contre RoUon , fil la paix avec lui, lui donna pour femme sa fille Gisèle, et lui céda la Neustrie. Alors régnèrent à Constantinople les Augustes Alexandre, Constantin, avec sa ttère Zoë, et Romain rArmënien.

Sedem pontijicis Gimhardus in ordine sumpsii , VUlis in populo , prudens quoque conciliator.

( GuDhard occupa à M>tà tour kf liége pontificul ; il rendit au peuple de grands services , toujours prudent et conciliateur).

11 se distingua pendant tihgt-qu^tre ans , drf temps des Augustes Romain TArménien et Constantin. Alors en France , le duc Robert prit la couronne -, le roi Charles lui fit la guerre pendant un an et mit à mort ce prince parjure. Cependant Hugues, fils de ce duc, remporta la victoire. Peu de t^mps après, Hëribert, comte de Përonne, beau-frère de Hugues-le-Grand, s^empara di\ roi par surprise, et le retint en prison pendant trois ans, c'est-à-dire jusqu'à la mortdu monarque. Cependant Louis, fils du roi Charles, passa en Angleterre avec sa mère Edgive , et alla trouver le roi des Anglais Edelstan , son oncle , fils d'£douard-Ie-

* Ludoui^us nihilfecU* C'est Loaîs-l«-fiègGt*.

Vieux ; et Raoul , noble fils de Richard , duc des Bourguignons, neveu de Charles , régna pendant sept ans. A sa mort, Guillaume Longue-Épde , duc des Normands , à la prière des Français , ramena d'Angleterre Louis, auquel il restitua légitimement le trône paternel. Dans ces temps-là Agapit , Basile, Etienne , Formose, Jean et un autre Etienne fleurirent sur le siège apostolique. Guillaume , fils de RoUon , restaura le monastère de Jumiège ; il eut le désir de s'y faire moine sous les lois de Martin qui en était abbé ; mais ce prélat refusa de le recevoir , jusqu'il ce que son fils fût en état de gouverner le duché de Nor-: mandie. Cependant le duc régnait depuisq]LÛnze ans 3ur ses Etats , et , tant par l'adresse que par la force , il <:ontenait ses ennemis et ses voisins ^ lorsque , s'étant rendu avec confiance à une entrevue qu'il devait avoir avec Arnoul , comte de Flandre , il fut tué par surprise dans une île de la rivière de Somme le 1 5 des calendes de janvier (i8 décembre)^

Richard Sprotaïde ' son fils , qui était alors âgé de dix ans, gouverna après son père, pendant ciuquante- (piatre ans, le duché de Normandie. Ce fut Tan de l'Incarnation du Seigneur 941», sous le règne de Louis d'Outre-mer, que ce duc Guillaume et Gunfaard, archevêque de Rouen, vinrent à mourir.

' Richard i^'', fils de Sprote ou Sporte.

If. 2i

Successit Hugo , legis Domini violator, Clara stirpe satus , sed Christi lumine cassas.

( Hugues , violateur de la loi du Seigneur, succéda à Gunhard : sorti d'une illustre lignée , il n'en fut pas moins privé des lumières du Christ ).

Il remplit les fonctions épiscopales pendant quarante-sept ans : mais il n'a reçu d'éloges d'aucun des écrivains qui ont parlé de lui ou de ses prédécesseurs, lis font voir clairement que s'il fut moine , ce ne fut que par l'habit et non par les œuvres. Alors Marin , Agapit, Octavien, Léon, Benoît et Jean occupèrent le siège apostolique ; et les royaumes de la terre furent agités par des troubles affreux. En efiet, le roi Louis s'empara de Rouen , conduisit par surprise le duc Richard à Laon, et l'y mit en prison; mais, par la permission de Dieu et la prudence d'Osmond son gouverneur , il en fut tiré. Ensuite Haigrod , roi des Danois, vint en Normandie avec une armée, d'après les conseils de Bernard-le-Danois , pour venger Guillaume Longue-Épée. 11 livra au roi Louis une bataille, dans laquelle périrent, sur les bords de la Dive, Hèrluin comte de Montreuil, avec Lambert son frère, et seize autres comtes français ; Louis, fait prisonnier, fut envoyé dans la citadelle de Rouen pour y être gardé. Mais Gerberge , reine des Français , fille de Henri , empereur d'outre-Rhin , conclut, de l'avis de Hugues -le -Grand, la paix avec les Normands, et donna en otage pour gage de sa foi sou fJs Lothairc , Hilderic , évêque de Beauvais , et Gui , évêque de Soissons. Par ce moyen, le roi fut mis en liberté, et

HISTOIRE DE lïORMAUDIE *, LIV. V. 355

le comte Richard , père de la patrie , fortifia sa puissauce. L'empereur Othon subjugua Tltalie -, Etienne et Constantin, tous deux fils de Romain , déposèrent leur père du trône de Constantinople -, mais Constantin déposa également Etienne , et régna avec son fils Romain pendant seize ans. Ils eurent pour successeur l'empereur Nicéphore. Ludolphe, fils du roi Othon, mourut après avoir soumis l'Italie , et Othon , jeune enfant, fut élevé au trône dans le palais d'Aixla-Chapelle. Nicéphore ayant été tué par sa fçmme, Jean monta sur le trône : sa nièce Théophanie épousa l'empereur Othon. En Angleterre , le roi Edmond fut tué par trahison dans la sixième année de son règne, et son frère Edred eut la jouissance du royaume. A sa mort , Edgar fils d'Edmond lui succéda , et régna long-temps avec un grand succès pour lui-même autant que pour le peuple et pour l'église de Dieu. Alors Dunstan à Cantorbéry , Oswald à Yorck , et Adelwood à Winchester se distinguèrent beaucoup par la manière dont ils gouvernèrent l'Eglise : leur zèle et leurs travaux firent élever en Angleterre vingt-six couvens, grâce à la faveur et à Tobéissance que le roi Edgar témoigna à ces prélats. A la mort de Louis , son fils Lothaire régna six ans : en lui fut entièrement éloignée du trône la race de Charlemagne. En effet, Charles et les autres fils de Lothaire furent renfermés , et Hugues-Capet , fils de Hugues-le- Grand , fut élevé au trône.

Insignis prœsul, claris naUUibus orlus , Robertus folix devotojine quievit.

( lUulre prélat sorti, d'une célèbre origine , Theureux Robert trouva le repos après une fin dévote ).

Il était fils du duc Rîchard-le-Vieux par Gunnor : pendant quarante-huit ans il gouverna Tarchevêclié de Rouen et le comté d'Evreux, du temps des rois de France Robert et de Henri son fils. Alors Jean , Grégoire, Serge % Silvestre, Jean-Benoît et un autre Jean-Benoît présidèrent l'Eglise romaine. Les empereurs Othon , Henri et Conon ' gouvernèrent l'Etat par une légitime succession. L'archevêque Robert fut amplement pourvu des biens de ce monde ; il prit soin des intérêts de sa ville dans les affaires séculières et ne sut pas , comme il convient à un prélat , s'abstenir des plaisirs de la chair. Effectivement, comme comte il eut une femme nommée Herlève, qui lui donna trois fils, Richard, Raoul et Guillaume, auxquels, selon les lois du siècle, il partagea le comté d'Evreux et ses autres biens qui étaient considérables. Dans sa vieillesse , il se rappela enfin ses erreurs et s'en repentit ; et comme ses crimes étaient nombreux et grands, il fut très-effrayé. En conséquence , il donna aux pauvres d'abondantes et nombreuses aumônes; il jeta les fondemens de l'église métropolitaine de la sainte Mère de Dieu, dans la ville de Rouen, çt la termina en grande partie.

' Au lieu de CCS trois noms, on lit dans le texte de Dachesne les snivans : Agapitui et Gerbertus.

* Conrad-le-Salicpie.

HISTOIRE DE IfORMÂNDIE ; LIV. V. 357

Le duc Richard ii gouverna d'une manière digne d'éloges le duché de Normandie pendant trente ans *, comme un tendre père , il secourut les moines et les pauvres clercs dti Christ -, il augmenta et protégea trois couvens que son père avait fondés , savoir Fécamp , Saint-Ouen y dans le faubourg de Rouen , et Saint-Michel en Péril-de-Mer '. Ce duc restaura aussi Fontenelles, et confirma par sa sanctioti tout ce qui avait été donné à cette abbaye par Turstin ou Gérard Pleitel, et par d'àùtrès seigneurs. En mourant , il. céda ses Etats à ses fils , Richard-le-Jeune et Robert , qui ne profitèrent que nieuf ans des avan-^ tages qu'ils reçurent : Richard m , empoisonné, périt avant deux ans accomplis , et Robert son frère , au bout de sept ans et demi , se rendit comme pèlerin à Jérusalem. En partant , pour ne pas revenit* , il laissason duché à Guillaume , jeune enfant de- huit ans ,' qu'il confia à son cousin Alain , comte des Bretons. Alors les princes Alfred et Edouard étaient exilés en Normandie. Us avaient choisi cette retraite , parce que Richard ii avait donné en mariage à Edelred , roi des Anglais , sa sœur Emma, qui avait mis au monde Alfred et le roi Edouard. Après la mort de son mari, cette princesse envoya ses enfans en Neustrie , épousa Chanut, roi des Danois, lui donna Hardechanut, roi des Danois et des Anglais , et Gunnilde, qui épousa Henri , empereur des Romains.

' Le Mont-Saint-Michel.

Malgerius juvenis sedem suscepit honoris , Natali clarus sed nullo nobilis aciu.

( Mauger , jeune encore , obtint le siège d'honneur : illustre par sa naissance , il ne fut noble par aucune action ).

Il était fils de Richard ii , par sa seconde femme nommée Papie 5 il domina les Rouennais pendant dix-huit ans , sans la bénédiction apostolique et sans pallium , du temps des papes Damase et Léon. Il s'at* tacha indécemment aux voluptés de la chair et aux soins mondains *, il eut un fils nommé Michel , brave et légitime chevalier, qui, parvenu à la vieillesse, est honoré et chéri en Angleterre par le roi Henri. Alors s'élevèrent dans le monde de grandes tribulations , qui affligèrent gravement par toutes sortes de vexations les habitans de ce globe. Les Sarrasins envahirent la Sicile , ritalie et d'autres contrées chrétiennes; ils répandirent partout le carnage, le brigandage et l'incendie. L'empereur Manichet' fit lever les habitans de Constantinople, et après avoir réuni toutes les forces de l'Empire, repoussa les idolâtres qui avaient commis de grands ravages , et délivra les contrées chrétiennes. Il transporta avec respect à Constantiijople les os de sainte Agathe , vierge et martyre , et les corps de plusieurs autres saints , de peur que les païens ne les profanassent s'ils revenaient. Diogène fut son successeur : sous son règne Osmond Drengot et Drogon , et quelques autres Normands, commen-

' n s^agit cyidemlnent ici du gênera] Maniacès c[ui battit en effet Us Sarrasins, mais ne fut pas empereur, quoiqu'il eût aspire' à Pempirc.

flîSTOÎRE DE SOAMAÎîDH:^ tV^^^. SSg

cèrent à s'établir dans la Fouille, et à combattre raiblamment les Arabes ou faux chrétiens. Enfin Roberl , surnommé Guiscard , après beaucoup de vicissitudes de guerre, obtint la Fouille, d'abord de Hadouin le Lombard et de Melon son neveu , puis du pape Léon, avec l'obligation de la défendre à perpétuité contre les ennemis de saint Pierre. Avec l'aide de Dieu, Guiscard gouverna courageusement la. Fouille , étendit sa domination jusque sur la : Sicile, là Calabre et la Bulgarie , et les transmit à ses enfans par droit héréditaire. A cette époque, la Normandie, fut le théâtre de beaucoup d'iniquités. Les Normands firent périr paf le poison Alain , comte des Bretons , tuteur de leur duc 5 dans une guerre cruelle ils battirent complètement soii successeur Gislebert , ftls de Geoffroi , et ils se tuaient mutuellement d'une manière incroyable, dans des combats à peu près continuels. Alors Turchetil de Neuf-Marché, Roger de Tôeni, Osbern sénéchal de Normandie, Guillaume et Hugues, tous deux fils de Roger de Mont-Gomeri, Robert de Beaumont , Vauquelin de Ferrières , Hugues de Montfort , et plusieurs autres vaillans seigneurs , se firent une guerre à mort. Us causèrent de grands troubles et de longues douleurs au pays privé de ses maîtres légitimes. En Angleterre , le roi Hïirdechanut étant mort , Edouard son frère utérin lui succéda et régna trente-trois ans avec un grand succès et en méritant beaucoup d'éloges. En Bretagne , Eudes succéda à son frère Alain , et pendant quinze ans exerça le pouvoir aussi librement que s'il n'eût été soumis à personne. Dieu lui donna sept fils , que divers événemens rendirent fameux , parce que la fortune se

36o ORDERIC VïTAli.

montra pour eux infiniment variable. Les hommes studieux .pourraient recueillir sur ces princes, en disant vrai , une histoire étendue et d'un agrément très-varié.

Prœsul Maurilius , doctrinœ hice refertus , Moribus exinùis prœ/ulsit et aetibus ohms.

( Maurille , prélat éclairé des lumières de la doctrine , se distin> gua par d'exc^entes mœurs et par d'utiles actioii3)*

Or iginM^^ 4ei Mayence , il avait exercé les fonctions d'abbé f dans un coiivent de moines à Florence ; s'étant rc^ndu odieux aux transgresseurs des divines lois à cauâe de la Figu€)ur de la discipline, oh lai fit pr^dre du .poison 4ans -un breuvage qui lui fat pré^ sente. Imitçint alors le très -lairit père ^ docteur Benoit , il abandonna ses Compagnons incorrigibles , passa en Neustrie^.seriendit à Fécamp avec <jrerbert, moine sage et. religieux, du .temps de Tabbé Jean, son compatriote , et choisit une habitation propre au culte de la souveraine et indivisible Trinité. Quelque temps après, Mander ayant été déposé, il fut choisi par les ecclésiastiques pour monter au siège métropo* litain : il fleurit pendant douze ans , du temps des papes Victor, Etienne, Nicolas ;et Alexandre 5 la neuvième année de son épi^cops^t , il fit la dédicace de l'église métropolitaine. Ce fut Jui qui y transféra avec respect les corps des ducs Roilon et Guillaume : il inhuma Rollou auprès de la porte du Midi et Guillaume derrière la porte du Nord. U fit graver leua s épitaphes en lettres d'or sur leur tombeau. Voici l'inscription de Rollou :

HISTOIRE DE mORMÀNDIE', LIV. V. i6x

Èpitaphe de Rollon.

d(jx normannorum, timor h05tis , et arma suorum ,

rollo sub hoc titulo clauditur vu tdmulo.

Majores cujus probitas provexit , lt ejus

SeRVIERIT NEC AVUS, NEC PATER, NEC PROAVUS.

•DuCENTEM FORTES REGEM MDLTASQUE COHORTES Devicit Daciîe CONGREÔIENS ACIE.

Frronas , Walcros , Halbacenses , Haïnaucos , hos'simdl adjunctos rollo dedit profugos.

EgIT ad HOC FRESIOS PER PLURIHA VULNERA VICTOS ,

Ut SIPI JURARENT , ATQUE TRIRUTA DARENT.

BAÏOCeS C^PIT , BIS PaBISIOS 'SUPERAVIT ;

Nemo FUIT Francis asperior cuneis.

AnNIS TRIGINTA GaLLORUM X£DIBDS arya

ImPLEVIT , PIGRO BELLA gerens carolo.

post multas strages, prjedas, incendia, c-edes,

Utile ccm Gallis foedus init cupidis.

SUPPLEX FrANCONI MERUif BAPTISMATE TINfei;

Sic perht vcteris omne nefa^ hominis.

Ut fuit ante lupus, sic post fit mitibus agnus. Fax ita mtotatum mulceat ante Deum.

(Duc des Normands^ terreur des enaeinis, et bouclier des siens , c'est à ce titre que Roilon est enfermé dans ce tombeau. Le mérite de ses ancêtres les éJeva si haut qu aucun d'eux, aïeul , père ou bisaïeul, ne daigna s'abaisser à servir. Au milieu des liatailles , il vainquit le roi qui commandait les braves et nombreuses cohortes du Danemarck. Il mit en fuite les Frisons , les giens de Walcheren , de l'Elbe ' et du Hainaut qui s'étaient réunis contre lui. 11 força les premiers 5 vaincus dans plusieurs batailles, à lui jurer

* Conjecture sur le mot HalbacenseSy qu'on trouve dani tontes le» copies de cette ëpitaphe.

36a ORDfiRIC VITAL.

fidélité et à lui payer tribut. Bayeux fut pris par lui, et les Parisiens furent deux fois vaincus. Nul ne fut plus que lui redoutable aux bataillons français. Durant trente années il baigna leurs plaines de leur sang, toujours en guerre avec l'indolent Charles-le-Simple. Enfin , après un long carnage , de grandes dévastations et d'affreux incendies , il conclut avec la France empressée un utile traité de paix. Suppliant , il mérita que Francon le baignât dans les eaux du baptême : ainsi disparurent tous les crimes du vieil homme. Gomme il avait été loup dévorant, il se montra comme un doux agneau pour ceux qui étaient remplis de douceur. Puisse cette tranquillité le présenter devant Dieu comme s'étant adouci dans son changement! )

Des vers funèbres furent gravés en lettres d'or sur le mausolée de Guillaume Longue-Épée , lequel est situé dans la région du nord.

Épitaphe de Guillaume Longue-Épée.

QUOS DEFENDEBAT GuiLLELMUS NEMO PREMEBAT ,

AUXILIO CARUIT LJEDERE QUEM VOLUIT.

Page 1