‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 62 sur 89 · SOUVENIRS DE COLLÈGE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE COLLÈGE

Vous souvient-il , amis , du respectable asile Qui sauva de nos mœurs l’innocence fragile t De ces sages Mentor , dont les soins assidus , Le zélé dévoûment , l’active vigilance Inspiraient à nos cœurs le goût de la science Et l’amour des vertus t

Vous souvient-il aussi de l’enceinte sacrée [1]

De décombres partout, de vieux murs entourée?.. Champ de Mars animé de nos bruyants ébats ,

Théâtre où si souvent notre joyeuse enfance Trouva dans les plaisirs qu'approuve l’innocence Tant de riants appas?...

Heureux âge, heureux temps 1 époque de la vie La plus belle , et pourtant alors si peu sentie ?

Qui pouvait altérer notre félicité ?...

Effleurant tour-à-tour et les jeux et l'étude ,

Amis, que manquait-il à notre quiétude ?...

Rien... que la liberté ?...

[1] L'emplacement de l'ancienne cathédrale a long temps servi de lieu de récréation aux élèves de M. Haflreingue.

POÉSIES

Pourtant nous grandissions au milieu des ruines ; ♦ Nous foulions les débris et les cendres divines D’un temple où s’inclinait le front sacré des rois ; Où tant de fiers guerriers, l’honneur de leur patrie, Venaient en pèlerins , aux autels de Marie , Consacrer leurs exploits !

Et nous... ces murs noircis, ces colonnes gothiques Des autels du Seigneur véritables reliques ,

Hélas .' loin d’arracher une larme à nos yeux , Avec leurs chapiteaux aux reliefs fantastiques , Quelquefois provoquaient et nos traits satiriques Et nos propos joyeux.

* Cependant au récit de l’excès sacrilège Que retraçait si bien l’entrepel du collège ,

Tout en faisant tomber l’or blond de nos cheveux, [IJ Nous frémissions d’horreur jusqu'au fond de nos âmes, Maudissant mille fois les marteaux et les flammes D’un vandalisme affreux.

Souvent ce bon vieillard, digne des premiers âges , De ses vieux souvenirs nous exhumait les pages ; Fidèle historien , calendrier vivant ,

H pouvait nous citer le jour , l’heure précise Où de ses propres yeux il vit tomber l’église Et sa poussière au vent.

[1] Le vieux Duflos , perruquier du collège, excellent homme aimant à raconter tout ce qui se rattachait à la destruction de la cathédrale et à son ancienne splendeur.

POÉSIES

Et puis, avec les traits d'une vive éloquence , Il dépeignait l’éclat, les trésors, l’opulence , Qu’elle étalait jadis aux yeux des pèlerins ; Les miracles surtout et la vertu suprême Du simulacre saint qu’un apôtre lui-même , Avait fait de ses mains, [1]

Notre ame, à ses récits profondément émue , Déplorait, comme lui, tant de grandeur perdue , Et disait : anathème aux monstres destructeurs !.. Et bientôt cependant ces lugubres pensées , Fruits d’un pieux élan , comme l'éclair passées,

S’ effaçaient de nos cœurs.

Mais déjà s’élevait, inspiré par Marie ,

L'homme qui nous devait une œuvre de génie ; L’antique majesté des murs de Salomon Par la splendeur d'Esdras allait être éclipsée ,

Et nos yeux devaient voir un jour de sa pensée Éclore un Parthénon.

Le voyez-vous déjà comme son front s’élance ? Son dôme éblouissant à peine à sa naissance , Semble au loin se mêler aux nuages du ciel ;

Il brille sur les flots comme un phare propice ,

Et le vaisseau , voguant sous son heureux auspice , Rend grâce à l’Étemel.

[1] On sait que la statue de Notre-Dame de Boulogne passait ponr avoir été faite par Saint Luc, comme celle de Notre-Dame de Lorette, avec laquelle elle avait, dit- on , beaucoup de ressemblance.

POKSIKSi.

Lève-toi , temple auguste et sors de la poussière ! Élève dans les cieux ta tête plus altière ,

Comme un astre éclipsé reluit enfin plus beau ; Comme de l’Homme-Dieu la dépouille sanglante Sortit , après trois jours, superbe et triomphante , D'un impuissant tombeau I

Et toi , l’élu du ciel pour un insigne ouvrage ,

Qui n'admirerait point ton sublime courage ,

Quand domine partout l’affreux démon de l’or , Qu’à ses pieds nous voyons tomber toutes les âmes, Et ne plus encenser sur des autels infâmes D’autre Dieu qu’un trésor !

Quand au lieu des vertus que cidtivaient nos pères, Le plus vil intérêt , les calculs mercenaires , Étouffent dans les cœurs tout élan généreux ,

Qu'il est grand le chrétien ferme dans sa croyance Qui , dans ce siècle avare et plein d'indifférence , Travaille pour les cieux I

Poursuis , poursuis une œuvre et si sainte et si belle ! Ta grande ame n’a point pour seconder son zèle , Les trésors d’un Ophir ou l’appui d’un grand roi , Et ne voit aborder au nouveau sanctuaire Ni cèdres du Liban , ni flotte tributaire :

Mais elle a plus... sa foi

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