SOUVENIRS DE COLLÈGE
Vous souvient-il , amis , du respectable asile Qui sauva de nos mœurs l’innocence fragile t De ces sages Mentor , dont les soins assidus , Le zélé dévoûment , l’active vigilance Inspiraient à nos cœurs le goût de la science Et l’amour des vertus t
Vous souvient-il aussi de l’enceinte sacrée [1]
De décombres partout, de vieux murs entourée?.. Champ de Mars animé de nos bruyants ébats ,
Théâtre où si souvent notre joyeuse enfance Trouva dans les plaisirs qu'approuve l’innocence Tant de riants appas?...
Heureux âge, heureux temps 1 époque de la vie La plus belle , et pourtant alors si peu sentie ?
Qui pouvait altérer notre félicité ?...
Effleurant tour-à-tour et les jeux et l'étude ,
Amis, que manquait-il à notre quiétude ?...
Rien... que la liberté ?...
[1] L'emplacement de l'ancienne cathédrale a long temps servi de lieu de récréation aux élèves de M. Haflreingue.
POÉSIES
Pourtant nous grandissions au milieu des ruines ; ♦ Nous foulions les débris et les cendres divines D’un temple où s’inclinait le front sacré des rois ; Où tant de fiers guerriers, l’honneur de leur patrie, Venaient en pèlerins , aux autels de Marie , Consacrer leurs exploits !
Et nous... ces murs noircis, ces colonnes gothiques Des autels du Seigneur véritables reliques ,
Hélas .' loin d’arracher une larme à nos yeux , Avec leurs chapiteaux aux reliefs fantastiques , Quelquefois provoquaient et nos traits satiriques Et nos propos joyeux.
* Cependant au récit de l’excès sacrilège Que retraçait si bien l’entrepel du collège ,
Tout en faisant tomber l’or blond de nos cheveux, [IJ Nous frémissions d’horreur jusqu'au fond de nos âmes, Maudissant mille fois les marteaux et les flammes D’un vandalisme affreux.
Souvent ce bon vieillard, digne des premiers âges , De ses vieux souvenirs nous exhumait les pages ; Fidèle historien , calendrier vivant ,
H pouvait nous citer le jour , l’heure précise Où de ses propres yeux il vit tomber l’église Et sa poussière au vent.
[1] Le vieux Duflos , perruquier du collège, excellent homme aimant à raconter tout ce qui se rattachait à la destruction de la cathédrale et à son ancienne splendeur.
POÉSIES
Et puis, avec les traits d'une vive éloquence , Il dépeignait l’éclat, les trésors, l’opulence , Qu’elle étalait jadis aux yeux des pèlerins ; Les miracles surtout et la vertu suprême Du simulacre saint qu’un apôtre lui-même , Avait fait de ses mains, [1]
Notre ame, à ses récits profondément émue , Déplorait, comme lui, tant de grandeur perdue , Et disait : anathème aux monstres destructeurs !.. Et bientôt cependant ces lugubres pensées , Fruits d’un pieux élan , comme l'éclair passées,
S’ effaçaient de nos cœurs.
Mais déjà s’élevait, inspiré par Marie ,
L'homme qui nous devait une œuvre de génie ; L’antique majesté des murs de Salomon Par la splendeur d'Esdras allait être éclipsée ,
Et nos yeux devaient voir un jour de sa pensée Éclore un Parthénon.
Le voyez-vous déjà comme son front s’élance ? Son dôme éblouissant à peine à sa naissance , Semble au loin se mêler aux nuages du ciel ;
Il brille sur les flots comme un phare propice ,
Et le vaisseau , voguant sous son heureux auspice , Rend grâce à l’Étemel.
[1] On sait que la statue de Notre-Dame de Boulogne passait ponr avoir été faite par Saint Luc, comme celle de Notre-Dame de Lorette, avec laquelle elle avait, dit- on , beaucoup de ressemblance.
POKSIKSi.
Lève-toi , temple auguste et sors de la poussière ! Élève dans les cieux ta tête plus altière ,
Comme un astre éclipsé reluit enfin plus beau ; Comme de l’Homme-Dieu la dépouille sanglante Sortit , après trois jours, superbe et triomphante , D'un impuissant tombeau I
Et toi , l’élu du ciel pour un insigne ouvrage ,
Qui n'admirerait point ton sublime courage ,
Quand domine partout l’affreux démon de l’or , Qu’à ses pieds nous voyons tomber toutes les âmes, Et ne plus encenser sur des autels infâmes D’autre Dieu qu’un trésor !
Quand au lieu des vertus que cidtivaient nos pères, Le plus vil intérêt , les calculs mercenaires , Étouffent dans les cœurs tout élan généreux ,
Qu'il est grand le chrétien ferme dans sa croyance Qui , dans ce siècle avare et plein d'indifférence , Travaille pour les cieux I
Poursuis , poursuis une œuvre et si sainte et si belle ! Ta grande ame n’a point pour seconder son zèle , Les trésors d’un Ophir ou l’appui d’un grand roi , Et ne voit aborder au nouveau sanctuaire Ni cèdres du Liban , ni flotte tributaire :
Mais elle a plus... sa foi
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