‹ Histoire de Notre-Dame de BoulogneChapitre 80 sur 89 · PRONONCÉ PAR U. J-ABBÉ SERGEANT A CETTE CÉRÉMONIE · texte numérisé non relu

PRONONCÉ PAR U. J-ABBÉ SERGEANT A CETTE CÉRÉMONIE

Quid itti volunt Utl lapides ?

Que veulent dire ces pierres ?

Au livre dt Jotui , oh. h, v. 6.

^oila, mes frères, ce que vous demandent depuis un demi* siècle et vos enfants et les étrangers , à la vue de ces murs renversés et de ces monceaux de décombres : Quid tib\ 10lunt iiti lapides ? — Que signifient ces ruines ? Et depuis un , demi -siècle, l’amo navrée de la plus amère douleur, vous leur répondez : a Vous voyez les restes d’un temple saint ,

» célèbre par son antiquité, plus célèbre encore par ses # merveilles. »

Oui, tels sont, peuple fidèle, les tristes débris dé ce temple si fameux , érigé par vos pieux ancêtres en l’bonneur de la reine des cieux, lorsque son image sainte vint s'offrir mira* culeusement à leur vénération ; et c'est sans doute du cette époque si reculée, et à jamais mémorable, que date votre existence, modeste chapelle que j’aperçois sous mes pieds I Colonnes sacrées, qui avez vu passer devant vous douze siècles , vous avez échappé aux malheurs des temps , pour attester que ce temple souterrain fut le premier sanctuaire de la sainte Patronne du Boulonnais.

Précieux monument, que de pieux et consolants souvenirs vous nous rappelez àla fois! C'est ici queleCiel s'est plusi longtemps à combler de faveurs signalées tant de fervents pèlerins accourus pour implorer le secours de Notre - Dame de

PREUVES

Boulogne, dontlc nom retentissait dans tout le monde chrétien. C’est ici que tant d’illustres personnages, que tant de braves guerriers, tant de princes et de rois, sont venus se prosterner aux pieds de la plus humble des vierges; que dis -je? c’est ici que presque tous nos religieux monarques , depuis Louis XI jusqu’à Louis XV, vinrent tour-à-tour, à leur avènement au trône, faire hommage de leur couronne à la Patronne du Boulonnais et de toute la France, dont ils se regardaient comme les vassaux et les feudataires.

Je laisse à l'histoire, mes frères , le soin de vous raconter comment la sainte image de Notre-Dame de Boulogne, après avoir été long-temps l’objet de la vénération de toute la chrétienté , fut ensuite, à diverses reprises , arrachée de son sanctuaire , indignement outragée et profanée par les aveugles ennemis du culte de Marie ; et comment elle ftit euQn rendueaux vœux et à la foi de vos pères, qui relevèrent ses autels avec une nouvelle magnificence.

Alors s’éleva cette dernière basilique de Notre-Dame de Boulogne , que plusieurs d’entre vous ont encore vue dans toute sa splendeur ; et vous ne pouvez sans doute vous la rappeler sans attendrissement, en pensant que là vos pieuses mères vous ont consacrés à Marie ; que là , à leur exemple, vous vous êtes tant de fois agenouillés devant son image vénérée ; que là surtout vous avez été marqués du caractère auguste et indélébile de chrétiens , ou confirmés dans la foi, par ce saint et savant évêque qui fut si long-temps l’ornement de l'église du Boulonnais , et sera à jamais l’une des plus belles gloires de l’épiscopat I

Mais qu'est devenue cette antique cathédrale , théâtre si glorieux do la puissance et des vertus do Marie ? Hélas ! comme tant d'autres, elle est tombée sous les coups du vandalisme et de l’impiété, qui n’ont pas épargné non plus la sainte imago que Boulogne regardait comme son plus riche trésor !

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Mais le crime de quelques hommes égarés ne saurait vous être imputé , enfants de la religieuse et catholique Morhiie t Aussi Marie n’a point cessé de vous regarder, depuis ces affreux désastres , d’un oeil de bienveillance ; toujours vous avez été chers à son cœur ; et c’est elle , n’en doutez pas , qui, dans des jours d'aveuglement et de douloureuse mémoire, vous a préservés des calamités et des fureurs sanguinaires dont a été trop long-temps victime notre malheureuse patrie.

C’est à elle aussi que vous devez attribuer cette prospérité vraiment prodigieuse, qui , en peu d'années, a donné à cette cité une incontestable supériorité sur toutes les villes circonvoisines , auxquelles elle était jadis si inférieure par sa population et son commerce.

Eh I qui ne reconnaît pas encore une protection toute particulière de Marie sur le lieu même où elle fut si honorée durant l'espace de douze cents ans ? Il n’a pas éprouvé en effet le même sort que tant d'autres occupés aussi jadis dans cette ville par des monuments religieux , dont des usages profanes ont effacé jusqu’aux moindres vestiges. Le terrain consacré à Marie est resté intact jusqu’à nos jours.

Et soyez à jamais bénie , ô providence de mon Dieu , qui n’avez permis , ce semble , l’entière destruction de la basilique de Notre-Dame que pour la faire sortir aujourd’hui plus magnifique encore de ses ruines!...

Rues de Sion, vous pleurez depuis long-temps, vous pleurez parce qu'il n'est personne qui vienne aux solennités de son temple qui n’est plus f Viat Sion lugent eo quôd non tint qui reniant ad solemnitatem (Jérémie. Lamenta chap. 1".). Prêtres saints, depuis long-temps vous gémissez amèrement devant le Seigneur, parce que vous avez à peine un lieu pour y prier avec les pieux fidèles ! Quittez ! ah ! quittez les ac- Cènts de la douleur pour vous livrer aujourd'hui aux transports d’une vive et sainte allégresse ! Voyez cette pierre que l’église vient de bénir avec tant de solennité, que vous dil-

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elle T Quid tibi volunt isti lapides ? Oh I sur elle va être érigé, eu l'honneur de noire illustre Patronne, un temple plus digne que tous ceux qui l'auront précédé de celle qui est la reine des anges et des hommes. Ce dôme, qui déjà s'élève avec tant de majesté , vous parle assez de sa future magnificence.

Réjouissez -vous à cet aspect, réjouissez-vous tous, religieux habitants de Boulogne I Cette nouvelle basilique de votre protectrice et de votre mère est votre église à tous. Aussi, dignes héritiers de la piété de vos pères , et animés d’une sainte émulation , tous vous contribuerez à l’envi à l’achèvement de cette œuvre commune , et les généreux sacrifices que déjà vous vous êtes imposés la plupart, attestent assez que vous ne la laisserez pas imparfaite.... Car tout est possible à la foi, et surtout à l'amour.

C’est une grande chose en effet que l'amour qui naît de Dieu , m’écrierai-je ici avec un pieux auteur :

« C’est le bien parfait qui seul rend léger tout ce qui est » pesant 1 Aussi celui qui aime donne tout pour tout ; il ne » regarde point aux dons, mais élève ses regards au-dessus s de tous les biens jusqu’à celui qui les donne ; il ne connaît v point de bornes , et son ardeur l’emporte au-delà de toutes b les bornes... L’amour enfin ne croit point à l’impossible. » C’est ce que comprend bien sans doute l'homme vraiment courageux , qui seul d’abord, et en dépit de tous les obstacles , a osé tenter cetto entreprise gigantesque, qu’on accuserait presque de témérité , s’il n’était prouvé, par tout ce qui se passe sous nos yeux, qu’il n’a fait que suivre l'inspiration du ciel. Hommage à ses intentions si pures et si désintéressées I Hommage à sa foi si héroïque ! Hommage aussi à ces magistrats sages et éclairés qui , non contents d' honorer de leur présence cette imposante cérémonie , secondent et encouragent l’œuvre sainte par leur coopération et leur crédit. Ils comprennent , ces administrateurs à vues larges

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et élevées, qu’ils ne sauraient trop s’empresser de répondre aux justes et louables désirs d’une population religieuse qui demande un temple où elle puisse rendre à Dieu le tribut d’adorations que tout homme lui doit 1 Ils savent que la religion est la seule base solide de la paix et de la prospérité des familles , des cités et des empires.

Amis et protecteurs des arts , ils savent encore que c’est dans nos monuments religieux surtout que le génie de l’homme déploie toutes ses richesses et toutes ses ressources. Boulogne donc , depuis long-temps si pauvre en monuments remarquables, aura bientôt aussi sa merveille dans ce temple magnifique, qu’elle montrera avec orgueil à tous ceux qui viendront de loin le contempler et l’admirer.

Et vous, auguste Marie, par votre crédit si puissant auprès de celui qui seul est l’auteur et le dispensateur de tous les biens , vous dédommagerez au centuple vos enfants chéris des sacrifices qu'ils auront faits pour la réédification de votre sanctuaire ! Vous appellerez sur leurs entreprises et leur commerce les bénédictions du ciel. Inondée des richesses de la terre et de la mer , cette cité occupera un jour le premier rang parmi les cités les plus florissantes de notre belle France.

Parles grâces signalées dont vous serez surtout pour eux une source intarissable, ses habitants formeront une population modèle , dont la salutaire influence se fera sentir à toutes les contrées voisines. Oui, sous vos auspices, A reine des vertus , Boulogne recouvrera le glorieux titre de ville Sainte que la piété et la célébrité de votre culte lui méritèrent dans les siècles passés. Placée au haut de ce dôme majestueux , votre image sacrée sera pour nos marins l’étoile de la mer et le refuge le plus assuré dans la tempête. A son aspect nos haines s’appaiserout , nos discordes cesseront , tous les murs de séparation qui nous divisent seront renversés , parce que la justice et la paix se donneront un saint

PREUVES

baiser. Nous ne ferons tous qu'un cœur et qu’une ame , nous no ferons plus qu’un peuple d’amis , qu’un peuple de frères comme il n’y a qu’un Dieu qui nous aime; partout la charité , la paix, la douce paix et la félicité, qui nous feront éprouver dès ici bas un avant-goût des célestes et éternelles délices.

Ainsi soit-il !

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