‹ Histoire de Notre-Dame de France (volume 2)Chapitre 4 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine de^ l'Œuvre,

11 est au sein des monts, sous une roehe inculte, O Vierge, une cité célèbre par ton culte, Depuis les jours sans nombre où ses volcans éteints Pour la première fois virent l'image sainte, Que d'obscurs pèlerins dans son heureuse enceinte. Portèrent des climats lointains. .

Là, parmi tous ces pics, qui sur la ville antique Dessinent dans les airs leur forme fantastique. Il en est un surtout qu'on renomme en tous lieux. La terre en a reçu les puissantes racines Et son altier sommet couronné de ruines Semble se perdre dans les cieux.

Voilà le-piédestal qu'on t'a choisi pour trône. Ah! celui-là du moins, ô céleste Patronne!

Des volages mortels peut délier raQjront :

Son pied large et profond, qui trempe dans la lave, Rirait de leurs efforts ; et la foudre qu'il brave Tonne sans entamer son front.

Et quel bras contre toi se tournerait sans crainte? L'on verrait, ranimant leur cendre mal éteinte. Les volcans entr'ouvrir leur gouffre menaçant; Et le grand Duguesciin, le vaillant connétable. Dont oe sol ^arde encor la tombe redoutable.

Se lèverait en frémissant (1).

-La statue de Notre-Dame de France est si bien faite pour le rocher qui lui sert de base, la basilique

(1) Notre-Dame de France, Ode, par Léon Valéry, couronnée par l'Académie des Jeux Floraux, en 1858.

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et la ville qu'elle protège, le magnifique panorama qu'elle embellit encore et qu'elle couronne, qu'on se demande, en la contemplant, comment LePuy- Noire-Dame a pu exister sans elle. Et ce|)endant, jusqu'au 8 décembre 1854^ date de la proclamation du dogme de l'immaoujée-^nception et de l'arrirée à la cime du rocher de la première pierre du piédestal, il n'y avait, &ur le sommet de Corneille, qu'une enceinte circulaire délabrée, formée par un mur d'environ deux mètres d'élévation, débris informe d'une sorte de vedette, d*où il était facile de signaler un incendie. Au milieu de ces ruines battues par tous les vents, s'agitait une girouette placée là, il y a une tren^ine d'années, par les soins de la Société d'agriculture.

< Ce rocher, dit M. Bertrand, d'après Arnaud, est formé de brèches volcaniques. Il recouvre lé gypse et le calcaire d'eau douce; il repose immédiatement sur des sables jaunâtres. ■ Faujas de Saint- Fond dit qu'il est entièrement composé de laves poreuses, de fragments de basalte, de gros noyaux de quartz, de granit, de nœuds de pierre calcaire ordinairement altérée, avec quelques portions de spath calcaire sain et intact.

Il affecte la forme d'un mur de cent trente-deux mètres d'élévation et d'une épaisseur variable, qui CQurt du nord au midi, puis du midi s'incline vers l'est, et protège la ville échelonnée à ses pieds contre les vents du nord «t du nord-ouest.

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Vae diarte d^ Louisrle-Gros, datée 'de 1134, dcmneà Tévèque Humberl la cité d^Anis ou du Puy^ avec le chàHau de Corneille; Louis-le -Jeune la conQrme en 1146. Au XVI« siècle, le château fut fortifié, muni d*un pont-leyis et armé* de plu*sieurs pièees d*ariillerie. En 1582, on posa une ciocbe d'alarme sur le sommet du rocher, où fut bâtie une enceinte de murs crénelés. Le 10 déoen^ bre 1589 et les jours suivants, un feu conliinuel à'ariillerie bien nourri était échangé entre le chàtea/u de Gorneille d'une part, el, de Tautre, les forts d'Ëapaly, de Polignae et de Saint-Mapcel. Et pourquoi cette lutte meurtrière? C'est que Tévêque Antoine de Senecterre avait reconnu Henri IV pour Foi die France, avant d'avoir obtenu le bon plaL^ir des ligueurs, maîtres de la ville.

Il était temps de remplacer la cloehe d'alarme et mèooe la girouette inoffeusive par un symbole de concorde et de paix. Il était temps de substituer aux canons braqués contre le château épiscopal des canons transformés par le feu en objet d'art, en statue religieuse. Il était temps d'élever près de Noire^Dame, »iir le piédestal que le Créateur luimême nous avait fourni, un monument qui iAi ee ranM)rt avec la beauté dé noibresite, kconsiaoûe de notre foi et les exigences de no\m basloire.

Aussi était-rce pour les habiftants de la viUede Nirtiie<Aame comone an désir îmié de voir toutes les beautés imhirdles' el artistiques qtà fid)ondent

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sur le mont Ânis et dans ses environs, rehaussées par un monument que les progrès de l'art avaient rendu de plus facile exécution. Ce monument devait servir de pendant à la chapelle aérienne qui surmonte la roche d'Âiguilhe, compléter la reconstruction de notre cathédrale, réparer l'outrage sacrilège, qui, le 8 juin 1794, avait livré aux flammes Timage de Notre^-Dame vénérée depuis tant de siècles, et ramener à notre antique sanctuaire le concours empressé des pèlerins. M. Mandet a dit avec raison : « Après avoir vu le prestigieux effet produit par les roches monumentales de Polignac,, de Ceyssac, de Saint-Michel, d'Espaly, de Bouzols, il n'est personne à qui l'idée d'une statue gigantesque sur la cime de Corneille ne soit venue parfois sourire. »

Mais pouvait-on espérer que ce monument serait le perpétuel mémorial de la définition si longtemps attendue du dogme de l'Immaculée-Conception?... Qu'il serait en même temps le trophée national d'une glorieuse victoire ?... Qu'Userait érigé parla France entière.. . et dénommé à jamais la Statue de Notre-Dame de France?... Qu'il serait un vrai chefd'œuvre de sculpture religieuse?... Qu'il paraîtrait, accompagné et de l'histoire monumentale intitulée Notre-Dame de France et de l'immense collection des documents relatifs à la définition de l'Immaculée-Gonception , offerte par un ancien directeiur de notre séminaire à^ Notre-Dame du Puy et à

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Pie IX et appelée par le Pontife-Roi un monument splendide?.., — Non, le succès a dépassé de beaucoup toutes nos espérances, et c'est pourquoi nous disons aVec l'abbé Sire : La Sainte Vierge ellemême a inspiré, béni et conduit à bon terme tout ce grand dessein.

L'(Euvre a coûté plus de sept ans de travail ; et ce travail s'est fait à travers des circonstances tantôt contraires et tantôt favorables; maisla divine Providence, qui sait tirer Je bien du mal, a fait contribuer au succès les incidents qui semblaient devoir l'entraver. Ainsi la retraite de M. Crozatier a amené l'avènement et le triomphe de M. Bonnassieux ; le refus d'autorisation d'une loterie comme moyen de faire face à la dépense a rendu nécessaire la souscription nationale; et la souscription nationale a fait de notre monument celui de la nation très-chrétienne et partout lui a fait donner le nom de Notre-Dame de France^ que le moyen-âge attribuait à Notre-Dame duPuy^; les prétentions élevées à Givors par l'habile conlre-maitre de notre fondeur ont rendu notre sculpteur de plus en plus exigeant et difficile, et ses exigences n'ont cessé de tourner au profit de notre œuvre et de la rendre de tout point accomplie; les mesures un peu vives prises par l'administration, au moment de la pose de la statue, ont amené une expertise dont le jugement a été favorable et quelques modifications dont nul ne se plaint aujourd'hui*

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Parmi les CMrcMstMMes propices, il faut pUcer le mouvement universel imprimé par Rome en faveur de Tlmmaculée- Conception, mouvement inespéré, qui a disposé tous les cœurs à concourir à notre entreprise. Ajoutons l'influence heureuse produite par le Jubilé semi-séculaire de 1851, par le grand Jubilé que Notre-Dame du Puy a célébré en 1853 et le couronnement de Notre-Dame en 1856. N'oublions pas de rappeler aussi la reconstruction de notre cathédrale, commencée sous Mgr Oarcimoles ; mais mentionnons surtout comme circonstance des plus favorables la présence sur le siège épiscopal du Puy de Mgr Joseph-Auguste-Victorin de Morlhou, qui a pris l'initiative et la responsabilité de cette grande enti éprise et, par sa prudence et sa persévérance, l'a ccmduite au plus heureux terme.

Les pieuses dispositions de notre population ont puissamment secondé le digne Evèque. Elles expliquent la parfaite unanimité qui s'est déclarée dans la ville et le diocèse, toutes les fois que les sympathies pour notre monument ont dû se traduire en offrandes et en sacriiices. Nulle opposition, hfttons-nous de le dire, n'a été remarquée dans la cité deTVo^- Dame. Hors du diocèse, sauf quelques attaques huguenotes de M. Puaux, une critique en style tudesque qu'un économiste allemand a fait paraître dans la Revtie européenne et quelques insinuations jalouses qui ont trouvé place dans certains joumatii lyon*

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nate, rOBuvre n'a rencontré partout qu'encouragement, félicitation, sympathie génér^us».

Dès 1846, i)en(lanl que le P. de Ravignan préparait à Vais ses belles conférences pour Notre- Dame de Paris, ce vénéré Père, émerveillé de notre site, essaya de persuader à Mgr Darcimoles, d'élever sur la crête de Corneille une statue à la Mère de Dieu. Une dame anglaise, qui s'occupait à Paris de Tinstruction religieuse des anglicanes en voie de conversion au catholicisme, lady Murray, interrogea par écrit le P. de Ravignan sur la part qu'il avait prise à cette belle œuvre. Le Père lui répondit sur un petit billet qu'on garde dans nos archives : Il est vrai : une première idée fut suggérée, il y a déjà bien des années ^ par votre pauvre ierviteur..^; mais Mgr Darcimoles en avait assez de la reconstruction de la cathédrale. Le diocèse du Puy devait le céder bientôt à l'église métropolitaine d'Aix. Il ne crut pas pouvoir donner suite à cette proposition, qu'un autre orateur devait reprendre dans des conditions plus favorables.

Ce succès était réservé à M. l'abbé Gombalot, orateur et écrivain, qui excelle à revêtir de grandioses images les pensées religieuses. En 1850, il fut invité à prêcher la retraite à notre clergé. A cette époque, le Puy avait pour évêque Mgr de Morlhon, appelé à succéder à Mgr Darcimoles par sa nomination du 5 décembre 1846 et sa prise de possession en 1847. Neveu de Mgr de Morlhon, mort

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archevêque d'Aucb^ issu d'une des plus anciennes et des plus nobles familles du Rouergue, ce pieux Prélat, né le 18 décembre 1799, était prédestiné à devenir, selon le mot de Pie IX, YEvêque de la Grande-Madone. MM. les vicaires capitulaires ont interprété la pensée de tous ceux qui l'ont connu, quand ils ont loué, dans leur mandement, .sa tendre piéiéj son zèle ardent^ sa généreuse charité, sa libéralité inépuisable, l'ineffable bonté de .son c(Bur. Bon sans faste, généreux jusqu'à l'entier épuisement de ses ressources, on a dit de lui quil semontraitja- . loux d'un seul droit : celui de tout donner avant de demander la plus légère obo'e. Longtemps indécis sur le meilleur parti à prendre, acceptant volontiers un conseil, il marchait dès qu'il se sentait appuyé par l'opinion, et se montrait constant, prudent et. suivi dans ses entreprises. Plein de saints désirs pour le bien de son diocèse, il ne savait pas résister à une noble et généreuse inspiration , et son concours était acquis d'avance à toute bonne œuvre ; s'il se montrait timide ou irrésolu, c'était surtout quand il fallait demander aux autres ou punir. L'abbé Combalot n'eut pas de peine à l'engager à entreprendre une œuvre si bien faite pour Tépoque et le pays, et qui devait devenir une des gloires de son épiscopat. Avec son autorisation, le puissant orateur profila du concours du clergé et des fidèles rassemblés, le vendredi 27 juillet, k Notre-Dame, ^àr la rénovation des promesses cléricales, pour lancer

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du hûut de la chaire l'idée du monument à élever et de la souscription nécessaire pouf en couvrir les frais.

M. Mandet rapporte en ces termes la péroraison de son discours : « Après avoir décrit la génératrice influence de l'Eglise A'Anis sur les destinées de la province : «Enfants du Velay, » s'écria l'orateur, « le pas- » se est pour vous le gage d'un prospère avenir. Je le » prédis, vous verrez accourir de tous les points de » l'horizon une foule avide d'admirer vos pittoresques » vallées, le jour où la reconnaissance et la foi uni- » ront leurs efforts pour élever une statue colossale » sur le front superbe du rocher qui commence » où s'achève te dôme de cette basilique. »

Cet appel à la piété des enfants de Notre-Dame ne resta pas sans édio. Il avait retenti jusqu'au fond de l'âme du généreux Prélat. A l'issue du sermon, il fut convenu que le dimanche 4 août, MM. les curés de la ville monteraient en chaire pour recommander l'œuvre à leurs paroissiens et que des zélateurs nommés par eux feraient la quête dans la ville. Cette quête fut faite, en effet, dans les quatre paroisses. Elle fit verser de mille à onze cents francs. Des sommes plus considérables furent souscrites ; mais ces souscriptions ne dépassèrent pas quelques milliers de francs et ne reçurent aucune publicité. L'Evêque avait souscrit pour 1,500 fj*. MM. les grands-vicaires et les chanoines, les uns

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pour 100 fr., les autres pour 50 fr. (1)« Tout cek voulait dire qu'on était en présence de l'iDConnu et que l'opinion publique , très-sympalhiquo d'ailleurs, n'était pas encore convaincue que l'œuvre fût née viable. M. Coupe a dit avec juste rai* son, dans l'oraison funèbre de Mgr de Morlhon : c Oui, il y a loin de cette première idée échappée à l'improvisation dun célèbre. prédicateur, de ce que nous appelions s^otf^ un rêve poétique, traversant un moment une pieuse imagination pour aller bientôt se perdre dans l'oubli, à cett« msgmâque réalisation du chef d'œuvre, qui^ soss le nom de Notre-Dame de France^ a fait de la ville du Puy comme la capitale du culte de Marie, et qui perpétuera avec son nom celui de l'iininartel ouvrier à qui il a été donné de l'entreprendre et de l'acdie* ver! »

(1) Sur cf» premières listes, eomBrréH t l'évèché» k s4i»inaite «rtio* scrit pour 1,000 francs; V Instruction pour la même somme; M. le curé de Notr^-Dane pour 600 fr4 i'ahM MielMl, iraBd-sIlautr^ ponrfOO) MM. M vicaires de Notre-Dame pour 50 fr. , etc.

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