MES8EI0NEUR
Tel est le chant de triomphe qui seul peut rendre les sentiments dont est pénétrée la pieuse assistance qui nous entoure. En plaçant la statue de la Reine des cieux sur un piédestal que la main des hommes eût été împuissanlc à lui préparer, pouvons-nous ne pas nous écrier dans les transports de la surprise et de l'admiration : Quelle est c*'lle qui do. ce commet semble prendre sou essor vers les cit ux et se moulrer à no^is comme le symbole do l'es^rrauce ?
Cette grande manifestation couronne, en les surpassant, tous les hommages rendus juscju'à ce jour à Notre- Dame du Pay. Ede est comme un prolon^rement dos démonstrations catholiques qui viennent d'avoir lieu à Gap, Chartres, Autun. Verdelais, Mauriac, Guinuamp, Marseille, Avignon, Agen, Saint-Rémi, Blois, Laval et Arras. Elle est une trêve à la préoccupation dt?s esprits et pour les h loles une source de hautes pensées.
Vous comprendrez dos lors, nos très-chors Frères, l'empressement de tant do Pontifes à se romh'e à l'invitation 'lo votre vénérable Evêque. Ils viennent, en leur nom et au nom de la patrie tout entière, payer leur tribut de vénération et d'amour à celle que nous saluons aujourd'hui du titre de Notre-Dame de France,
lUcontenu-je idlee innombrables bienfaiU'obtenos par la médiation de la Màre de Dieu dans l'on des sanctuai* res les plas Ténérés et les plus fréquentés de Tuniyers ? En les énumérant je ne ferais que répéter ce qui est connu de tous. Les Papes, les Empereurs et les Rois franchirent périodiquement à l'envi les obstacles presque insurmontables que formait autour du Yelay une double encrâte de montagnes non frayées ; on s'étonnerait aujourd'hui à la vue des présents dont ils ayaient enrichi la sainte Basilique. Nous débirons simplement, à l'exemple <le l'un des plus iiiiellif^ents et des plus zélés lueiiibres du Comiié de l'ieuvreil i, vuus recommander et juslilier le litre irrévocaulement attaché à la statue que nous inaugurons aujourd'hui: Notre-Dame de Frange. Les bouches qui racclament avec transport et qui viennent d'inierromj-re ma parole ne font que répéff un nom connu des nombreuses caravanes de pèlerins qui, pendant sept ou huit siècles, venaient des royaumes voi^^ins solliciter la protection de la Mère de Dieu. Ils étaient déjà habitués à regarder la France comme lui étant spécialement chère, et ils espéraient réussir mieux dans leurs demandes en priant M. trie sous ce vocable dont l'honneur revient à notre pat[ ie.
11 y a, en elTet, N. T.-C. F., entre la sainte Vierge et la France, un rapport que nous pourrions appeler national; car la France est excellemment la nation de Marie. Nos pères étaient encore plongés dans les ténèbres du paganisme, et déjà ils adressaient des hommages à la Vierge qui devait enfanter, Notre-Dame de dessous terre, objet de la vénération des druides, ne fut-elle pas, à Chartres, comme la Dame dont on ignorait la divine vocation, mais qu'on appelait, qu'on prophétisait par un de ces pressentiments mystérieux qui sont les préludes des grands événements, et qui ne manquèrent pas d'ailleurs à la venue de Jésu's-Ghrist? Après l'arrivée du Messie et la conversion des Gaules, le culte de Marie tint nne place immense dans notre vie publique.
(1) M. Ch. Ctlenitrd de la Fayette.
On pent affirmer que nous ayons été ûtçoanét à vaincre et à civiliser, TEvangile dans une maîn, l'imago de Marie dans Tanire. En consacrant, dans leur premier concile, et par nn article distinct de lenr symbole, le dogme de la divine Maternité et toutes les prérogatives qui en dérivent, les Apôtres s*eagagèrent à faire connaître la Vierge Immaculée parleurs discours et par ceux de leurs envoyés ou de leurs successeurs. La piété filiale de saint Jean envers la Mère des douleurs qui, par une donation de Jésus mourant, était devenue sa mère, devint ce feu sacré dont la flamme embrasait tout nouveau ministre de TEvangile, • et la mission comme le vœu de celui-ci était de Tallumer chez les peuples vers lesquels il était envoyé. N'est-ce pas à un arrière-disciple del'apfttre bien-aimé, à ^aint Irénée, que l'Eglise de Lyon doit sa dévotion séculaire et si tendre envers Marie ?
Le culte de la Yierge fut la forme qu'affecta plus particulièrement l'introduction du Christianisme dans nos contrées. Le caractère français en reçut une impression ([ui dure encore; il fut, dirons-nous avec un auteur (t), que nous citons avec une complaisance lout aflVclueuse, un (les éléments les plus fécon is de cet apostolat chevaleresque et religieux qui n'a jamais cessé d'illustrer notro nation. Nos entreprises et nos conquêtes portaient toutes l'empreinte du sceau de Mailame sainte Marie, comme do la Suzeraine à la oirtî de laquelle on les consacrait.
Notre D.ime de France! quel sens profond est attaché à ce titre ! Quels touchants souvenirs il perpétue! Qaelle gloire patrioiiijue il nous rappelle! Quel résamé honorable dns sentiments que l'auguste Mère df^ Dieu inspire à la naiion de Clovis, (l»»puis qu'en lui conférant le l)a})ièiiie, ' ses premiers évangélisateurs l'arrachèrent aux hontes et aux malh»^urs de l idolâtrie !
Notre-Dame de Fraiice ! c'est bien, en effet, la qualification consacrée par les siècles; car, en remontant à l'origine du Christianisme dans nos belles contrées, c*est-
(1) M. Auguste Nicolas.
à-dire à la naissance du grand royaume dont la foi a rassemblé les pariies hétérogènes dans celte unité que ses ennemis ont tant de fuis menacée iruns jamais la dissoudre, on reirouve le nom elle culte de Marie popularisés comme ils le hont aujourd'hui. Tous les litres auxquels celui d'enfant de l'E^'lise a donné tant de splendeur dans la iamille comme dans la société, elle les réunit sur sa téte poar en composer un diadème incomparable.
Nous avons eu des monarques, des reines, dont les exploits et les vertus vivront à jamais dans nos annales : les Ctiarlemagne, les Philipp e-Auguste, les saint Louis d*ua côté ; de l'autre les Clotîlde, les Radegonde, les Blanche de Gastille forment une lignée de tètes couronnées, telles que tous les autres pays du monde doivent nous les envier. Mais Marie était leur Souveraine, ils ravalent choisie pour modèle; leur sceptre et leur peuple ils les avaient confiés à sa garde; et, si grande que fût leur puissance, si admirables que fussent leurs qualités, ils lui disaient comme aujourd'hui : la première Reine de France, celle (jui dépasse toutes les autres, c'est vous, ô Marie : Tu suj crgrcssa es universas.
La bénédiction nuptiale a donné à tous les rangs de la société des éjiouses exemplaires, d'un héroïsme dans l'infortune que Jésus-Christ seul peut communiquer : les Bithilde, les Jeanne de Valois, les Françoise de Chantai, la bienheureuse dame Accarie et tant d'autres ; mais elles avaient contracté leur union en implorant la chnsle épouse de saint Joseph ; elles l'avaient établie mnîiresse et directrice de la maison. L'imiter éiait leur habiiuelie résolution. Elles renvoyaient à Marie la gloire de leurs vertus et des bénédictions que le Seigneur faisait tomber sur elles et sur leurs époux. Il est bien reconnu que si la femme, parmi nous, a conquis une noble et douce principauté de sagesse, de grâce, de modestie, de dévouement, Marie a été le type parfait qu'elle a eu sous les yeux, et n'importe la valeur des autres épouses, nous ne les louons qu'en exaltant au-dessus d'elles l'incomparable Vierge de Kazareth : Tu supergrena et univenas,
La maternité apparaît dans nos fiimiUes avec une au-
réole de vertu (pie l'impiété est contrainte d'admirer. Abnégation dans le devoir, patience dans la «ouleur, tendresse qui constitue ie trésor distinct de son cœur, éditication persévérante dans l'exemple: qui de vous ne désignerait, t-ans quitter sa demeure, la reniine chréiienne par('(Mle ces surnalurelies beautés? Mais c'est lanière de Dieu (ju'elle s'elVurce de co[»ier; c'est sur sa ressemhlance plus uu munis firaii Ur^ sa valeur s'apprécie; mais si personne n'est père autant que Dieu dans le {gouvernement de la famille, personne n'y est mère autant que la Mèie de Jésus-Christ. Tu supergressa es uni' vej'sas.
Plus qu'en aucun autre pays, la lille, la sœur, parmi nous, ont cultivé le lis de la pureté évant^élique. La Vier^^e sous mille costumes, en mille étals divers, dans le cloître, l'hôpital et l'école, est la merveille dont la f^ràce divine a doté nos plus modestes villa^^es; elle fourmille dans nos cités; mais l'idée de virginité, sa vocation, les sacrilices de plaisirs et de fortune qu'elle impose, qui les aurait étudiés, goûtés et convoités, si leurs charmes ne s'étaient rélléchis dans le miroir sans tache que Marie nous présente? £n prisant si haut la virginité, en publiant ses bienfaits, nous ne nous arrêtons devant ies copies qu'en vertu de notre admiration potir le modèle accompli. Il y a des légions de vierges parmi nous, mais il n'y a qu'une Reine des vierges : Supergressa' es uni' versas.
Marie, Dame de France ! Trouverait-on en effet beaucoup d'autres montagnes, plaines ou vallées couvertes comme les nôtres de ses sanctuaires? Gomlâen d'églises ou chapelles constituent dans nos provinces des centres de pèlerinages dont la réputation a franchi nos frontières? Combien ont une célébrité séculaire? Combien ont une origine qui semble se confondre avec celle du christianisme dans les lieux où ils sont érigés?
Marie, Notre-Dame de France! Tout ce qui est inscrit dans les registres de la postérité catholique a été élevé sous sa tutelle et s'est employé à dilater son empire. Nos plus célèbres monarques, fiers d'être les fils ainés de
l'Eglise, Yoalaient aussi être les fils privilégiés deThumble servante du Beiguear ; nos plus grands évéques, nos premières illustrations du cluiire, saint Bernard, saint Bonaventure ; nos princes de la chaire, les hommes dont
le génie a ])rojeié le reflet le plus brillant sur leur pays, ont fait à Marie un piédestal sur lequel ils ne placent aucune autre sainte; ils l'ont louée, chantée, imitée, selon la mesure de leurs talents et la nature de leurs lunctions.
"Nos antiques universités marchaient sous la bannière de Marie, plaçant en tête de leurs engagenienls celui de défendre ses priviléi^es. Que d'associations formées sous son nom..., inspirées par quelque mystère de sa vie!
T^otre-Dame de France! Sans amoindrir la part de l'Italie et de rEspa*îne, ce* terres classiques de la dévotion ne donnaient-el es pas à Notre-Dame du Pay le titre glorieux que cette statue fait renaitre ?
Ddpuid la célébrité qui 8*est attachée au sanctuaire inspirateur de tant de merveilles, pas une basilique, pas une église de village en France qui ne lui ait réservé au moins un autel, où ses iétes ne soient encore solennisées, dont les murs ne soient tapissés de ses images, dont les voûtes ne retentissent fréquemment de ses cantiques et les chaires de ses louanges ; pas une localité qui n'ait ses institutions spéciales, ses mois d'hommages et de fleurs, ses exercices de prières.
Notre-Dame de France ! N'entre-t-elle pas dans toutes les phases de notre vie ? Dans les calamités, on implore son intercession. De nobles armées portèrent son éiendard au combat. Là où les fléaux sévissent, où les fleuves débordent, les familles déposent à ses pieds leurs requêtes. Le culte de cette Mère est entré si avant dans notre éducation, que les passions elles-mêmes, avec tous leurs entraînements, ne peuvent le déraciner.
T4otre-Dame de France ! Sur combien <'e toiles et de statues n'a-t-elle par promené le pmceau et le burin de nos artistes I Et quelle supériorité de spiritualisme, de foTwes et d'attitudes angéliques ne nous a-t-elle pas valu sur les pro»luits licencieux de l'antiquité païenne?
r^otre-Dame de France 1 Oui, elle l'a été depuis qu'il
y a eu des mères s^efforçant de marcber sur ses traces ; elle l'est encore dans une généralité que l'attiédissement des âmes n'a point anéantie.
L'homme des champs, comme Vouvrier des cités; l'enfant des écoles, comme le vidllanl ; le riche et le pauvre; en un mot, tout adorateur du Dieu cruciûé fait entendre ce cri que les échos du mont Âiiis ne cessent ' de faire revenir juiiqu*à moi, varié à mille accords, de confiance, de tendresse et de respect : Salut, ô pleine de grâces \ Ave MaHa^ graixa pUnal
Ah! quand l'E^prit-Saiut prédisait que l'amour de Bfarie grandirait dans les Ames comme le cyprès aux versants des montagnes, sieut eypressus in monte Sion, que de sa protection surgirait une ombr * salutaire comme celle du platane sur le bord des fleuves, sieut plalanw juxta aquas^ que la douceur de son empire surpasserait celle du fruit de Tolivier, sieut oUva speeiosa in eampis, n'indiquait-îl pas nos diverses provinces qui, du nord au midi, ont adopté et préconisé son culte ainsi qu'elles ont orné, enrichi leur territoire, avec • l'olivier, le platane et le rosier ?
Pour moi, je ne sais ce ijui m'attendrit le plus, ou des grâces sans nombre que Marie ohiient pour le monde, ou de la confiance sans borne que nos populations ne cessent de lui témoij^ner. A la vue de cet échan^^e de secours et de reconnaissance, qui oserait se déroura,i?cr? 11 est vrai que l'horizon est charixé de teujpèles ; mais Celle qui ce malin même a su écarter les nuages amoncelés sur nos têtes et faire briller le soleil aux yeux de ses enfants attristés, saura bien aus^i, au jour vuuUi, rendre à l'Eglise sa sérénité et la joie dont cetie solennité est l'augure. On a pu dans d'autres lieux déplumer une grande magnificence, mais le caraciérc jtropre de votre fête, bons hal)itant^ du Velay, celui qu'aucune autre démonsiraiion n'a eu et n'auia au même desré, c'est l'unanimité. Y a-t-il place à Jeux penséeii, à deux cris, à deux amours au nvlieu de vous?
Ah ! s'il est vrai que le fils, tant qu'il n'a pas abdiqué les affections de sa mère, ne s'égare pas, ou possède la
force morale qai, t6t on tard, le ramène de ses égare*
ments, Eglise de Jésu^-Ghristf Evangile dont le sang des
martyrs a cimenté les vérités, traditions perpétuées jusqu'à nos jours de tant df saintes doctrines, de tant d'apôtres infati^i^ahles , non, vous ne p('rirez pas! Ni l'iiérésie, ni le schisme ne i^auraient nous atteindre, parce que rien ne détruira parmi nous l'empire de notre Reine et de notre Mère. Il serait même permis, ce me semble, de prédire (jae celle unanimiié si persévérante de croyance et de seiiu'nienLs-, (jai sont le lot de notre patrie, recevra de r événement de ce jour une nouvelle et éclatante consécration.
Qa*il est donc glorieux pour Marie, le monument qne lai élève la France I Le rocher Corneille est évidemment la sainte montagne qui sert d'escabeau aux pieds de la Reine des cieux : fundammla ejus in montibus sanctis. Mais, quoique placée sur un point particulier de Tempire, cette eiBgte appartient à la France entière. Le courage de nos sol lats en a conquis le métal sur les remparts ennemis; ce métal, le souverain d'un grand peuple en a (ait hommage à la Reine du. monde; la main de nos ouvriers l'a noblement travaillé; les petits enfants ont payé les pierres de ses assises ; du trône impérial, centre d'une charité qui déborde du côté où la gloire et l'infortune l'attirent, sont venues des lar^^essesqui ont stimulé lagé- 'nérobité nationale. Les évèques ont aidé cette entreprise; les orateurs ont provo juéd'abondantes aumônes, et parmi eux, qui pourrait oublier l'apôire infatitrable qui, il y a dix ans, prit, à la suite il'une retraite pastorale, l'iniLiative de cet appel aux sentiments du [iays, ainsi que l'enfant de Noire-Dame de France, ce diprne fils de saint Ignace, dont le zèle, durant plusieurs années, de diocèse en diocèse, a soutenu une propagande patiente, laborieuse et féconde. Les aumônes, tour-à-iour, comme des neuves, ontatûuéde tous les départements . Nutre-Dame de France a eu des tributaires dans toutes les parties de l'empire. Sa statue est donc un présent national, un acte de foi populaire, une réponse de gratitude patriotique à toutes les ikTeun de iy(arie, un mémorial sublime
et durable des senUmenU et des croyances qui, au dixneuvième siècle, animent le peuple frauçais euTera la Mère de Dieu.
Que de cités, N. T. -G. F., enyieraient les pompes que la ville du Puy déploie en ce grand jour! GUniosa dicta sunt dete^ civitas Dei. C'est Marie qui a rempli les glorieuses pages de son histoire. Mais ce que nos yeux voient, ce que nos oreilles entendent j^urpasse ce que d'autres ont vu et entenilu avant nous. Ce matin, quels Ilots de tètes vivantes sur le versant de nos collines, dans le creux des vallées et sur tous les chemins! Ni la ville n'est assez vaste, ni les maisons assez nombreuses pour suftire à l'envahissement des multitudes! Quelles guirlandes se déroulent autour de votre image, o Marie ! quel cœur j)Ourrait ne }>as tressaillir devant cette ex|.dosion de piété ! Cortège de Pontifes, de prêtres accourus comme ambassadeurs et témoins, de hles noml)reu^es de vierges revêtues des livrées de leur Reine, mosaïque ravissante, oii j'aperçois toutes les nuaeces d'ài^e, de condition s'harmonisant : où les onilammes, les bannières, les croi>:, les statues, les emblèmes se montrent comme des trophées disséminés sur un champ de victoire, os^ mille voix remplissent l'air d'hymnes et d'invocations. De pareils spectacles ne se | ruduisent pas fréquemment dans la vie; ce dernier verse dans mon âme des transports que ma parole est impuissante & traduire.
Goûtez maintenant, Prélat vf^néré » digne Pasteur de ces lieux, la satisfaction d'avoir amené à terme cette grande oelivre ; Dieu seul a connu les sollicitudes qu'elle vous a causées : c'est une belle récompense que vous recevez aujourd'hui ; vos vœux sont pleinement accomplis.
Le magnifique effet de la Statue réalise tout ce qu'avait droit d'espérer la Commission qui a répondu avec un si vif enthousiasme et une si touchante longanimité à votre appel. L'œuvre de Bonnassieux, notre bien-aimé compatriote, l'artiste chrétien par excellence, conserve, dans sa transfiguration colossale, le charme, la majesté.
la perfection qui ont valu au jeune maître d'être choisi parmi ses cinquante- trois concnrrents.
Que M. Prenat, de Givor?^, reçoive ici la part qui lui revient, et que sa mo lesiie nous permette de dire que son travail est d'un mérite inconiesit^.
El maintenant qae nous reste- t-il à faire, nos troschnrs frèies, sinon d'élever nos majns et nos cœurs vers Notre-Dame de France? Pourrais-je oublier que mon berceau, comme celui du plus granl nombre d*entre vous, a été placé sous la garde de Notre-Dame du Puy? C'est donc avec bonheur que je suis venu, de l'une des extrémités de la France, unir ma voix et mon cœur à la voix et au cœur des Pontifes et des fidèles qui nous entourent. O Marie! iaissez^moi^ dans ce lieu oil éclatent les prodiges de votre puissante médiation, vous payer le premier mon tribut de reconnaissance et d'amour.
Notre-Dame de France! Protégez cet empire qui se plut à vous nommer sa Mère. Vous l'avez mis à la tôte des nations ; vous )uî avez donné tous les triomphes de la guerre : de gîàce, conservez-lui les splendeurs et les biens de la paix! La cause du Vicaire de Jésus-Christ remise en vos mains ne peut pas être perdue; la cause du Pape, . c'est la cause de la France, c'est la ciuse de la société, c'est la cause de Dieu. Tout cela semble en danger aujourd'hui ; demain tout va renaître. La cause de l'Eglise n'e^it jamais moins abandonnée, ]iOurrfons-nuus dire avec notre saint Hllaire, que lorsqu'elle le parait davantage : Hoe enim Ecclesiw proprium est^ ut tune vineat, eumUBditur, cumarguitur^ ciim deseritur.
Répandez, Vierge sainte, vos bénédictions sur les diocèses des vénérés Pontifes qui sont venus vous consacrer leur personne et celle de leurs enfants. Bénissez le Prince aut^uste(|ui n'a pas n^cusé l'honneur de souscrire le premier à l'Œuvre de Noire-Dame de France. C'est une pensée toute chrétienne d'avoir converti l'airain tonnant des batailles en un symbol^^ de miséricorde et d'amour. Nous vous invoijuons aussi pour les dignes représentants de son autorité, et dans ce département, et
dans cette bienheureuse cité ; pour ces deux sénateurs,
ces députés, ces mac^istrats, et tous ces nobles guerriers qui nous eniourent. Vous avez, Monsieur le Prélet, Moasieur le Général, Monsieur le Maire, et vous tous. Messieurs, non-bculenient rehaussé par votre présence l'éclat de cette solennité, vous êtes encore venus chercher, au pied de cette image bénie, le recueillement et la }»iété, ces deux choses bi rares au milieu des agitations du monde.
Voilà donc, pouvons-nous tlire en terminant, la frrande entreprise arrivée à son terme. L'idée vit entin dans le métal : la statue est debout ! Perçant d'un front majestueux le nuage ég;^ré de l'azur,* elle surgit comme une indescriptible surprise; ede plane désormais sur les lieux, sur les temps, sur les hommes ; le divin Enfant bénit la ville et la France; et l'antique cité d'Anis, lille des grands souveni», s'enorguedlil une fuis encore, se sentant tout-à-coup rajeunir.
Oui, nos très-chers Drères, l'heure est yenue. Au signal donné par l'airain sacré de vos temples, au bruit du canon des batailles, j'aperçois, de la place même où je TOUS parle, tomber le voile qui dérobe aux regards le mé- . tal transfiguré, et, sous un rayon de soleil inespéré, on livre à votre admiration, à votre vénération, à votre amour la statue de Notre-Dame de France.