CHAPITRE V
Premiers travaux de la Commission. —
Concours.
Convoquée le 18 mars 1853 et présidée par'l'Evèque, la Commission a entendu le rapport présenté par M. d*Âmécourt, iDgénieur» au nom de la Commission cTarcldteciure, sur la solidité de la base destinée à porter la statue sur le rocher. Sa conclusion fut que, malgré de nombreuses fissures, dues vraisemblablement à Texplosion de la mine, ou à Textraclion des matières calcaires sur iesquel- ' les le rocher repose, Corneille offre une platé-forme supérieure assez solide pour ne laisser place à aucune crainte sérieuse, grAce à la nature compacte de là roche, à la direction générale des fissures qui plongent vers l'intérieur, à leur peu de profondeur, et surtout grAce k un contre-fort naturel qui contre-butte tnerveilleusement la place réservée à porter la statue. Cette place disponible serait une ellipse dont le grand axe aurait iî^^ et le petit 6b>,50, ce qui laisse entre le piédestal et les bords du rocher les moins saillants, un espace de lo'^dû.
Dans sa Description gëogriostique des environs du Puy, M. Bertrand avait dit (p. 4 12 et 113) : f C'est à la direction yerticale de leurs fissures et à la solidité de leurs brèches que Corneille et les rochers de Gheyrac doivent leur conservation... Chaque masse de brèche actuellement existante porte en elle-même ou dans la nature du sol sur lequel elle repose le principe de sa conservation •
Quand on considère le rocher des côtés du nord et du nord-ouest, il apparaît comme une masse aussi compacte que solid^nent plantée, sans altéralion, sans fissure, s'élevant verticalement de la base au sommet , et susceptible de porter un poids quelconque. Du côté du midi, l'action des vents, rinfiltration des eaux, les coups de mine imprudemment employés à d'autres époques pour l'extraction de la pierre ont amené des dégradations qui peuvent trouver leur remède dans le monument lui-même et les travaux d'art qu'il rend nécessaires. Nous verrons plus tardla solidité du rocher remise en question, soumise à une expertise nouvelle et la question résolue par la plus haute autorité administrative, comme elle l'avait été six ans auparavant par la Sous-Commision d'architecture.
La Som-Commissio7^ des arts formula sa pensée sur le type à choisir, par l'organe du P. Duds. Il établit que le type le plus constamment employé dès les premiers âges de T Eglise, était celui qui représentait la Vierge-Mère avec rBmmanael, son
Fils. La ComiDiâsion jugea que la pensée tradîtiannelle pouvait s'anir, dans le monument projeté, à Texpression du glorieux privilège de l'Immaculée- GoDception. La Vierge, debout, portant les emblèmes de la dignité royale, présenterait à son divin Enfant la ville à bénir, et l'un et lautre seraient portés sur an nuage, d*oa,s(Hrtir(ûtie serpent infernal fouiéaux pieds par Marie. Sur toutes ces questions d*artet d'archéologie, les PP. Arthur Martin et Charles Cahier furent ccmsultés. L'un et Fautre avaient habité Vais; Tunet l'autre devaient rendre à l'œuvre des services plus imporlants.
La question d'un concours à établir afin d'obtenir le type le meilleur fut proposée et résolue affirmativement; un programme, énonçant les conditions auxquelles les artistes devaient conformer leur œuvre, devait être tracé ; le type ù réaliser devait exprimer tout à la fols cette triple prérogative de Marie ; sa qualité de Mère de Dieu, son titre de Reine et son privilège de Vierge immaculée dans sa conception, Marie devait présenter k ville du Puy à son divin fils empressé de labénir. Les projets devaient s'haimoniser avec les formes du rocher et présenter des faces ou des profils nobles et gracieux. Un prix de la valeur de 3,000 f r. serait accordé à l'auteur du projet qui obtiendrait la préférence. Toutefois, ce prix ne serait remis qu'après rexécution par ce même artiste du modèle définitif devant servir immédiatement de type pour le grand modèle
Diyilizea by CjOOglc
destiné à la fonderie. Un second prixdeSûO fr. devait être donné àPantear du projet qui approcherait
le plus du premier. Des indemnités de 100 fr. chacune devaient être accordées aux cinq meilleures esquisses qui'viendraientà la suite.
Les projets destinés au concours devront consister en une statuette, de 30 centimètres au moins de hauteur, adressée franc de port h Mgr TEvêque avant Texpiration d'une date, qui fut fixée plus tard au 1^ octobre 1853. Sur le rapport de la Sous-Commission des arts, la Commission jugera le concours. Les dimensions du monument furent arrêtées, après quelques épreuves faites à l'aide de charpentes et de toiles peintes assujéties à un grand mât. Le chiffre de 15 mètres, proposé parle P. Ducis, fut accepté.
Dans la réunion qui suivit (25 mai 1853), une épreuve du programme du concours fut soumise à la Commission et adoptée. Elle était accompagnée d'une vue de la ville, due au talent de If. Vibert et du plan coté du rocher de' Goî'neille, dressé par MM. les ingénieurs. Le point de vue était placé au milieu du Breuil.
Monseigneur se déclara prêt à annoncer , par une lettre pastorale à son clergé et aux fidèles de son diocèse, la souscription ouverte dans chaque paroisse par les soins de MM. les curés, et proposa d'adjoindre à la Commission le receveur général du département (M. de Marpon).
La nomination d'une Commission mettait M. Cro-
zatier en demeure de s'entendre arec elle , ce
qui était plus difticile assurément que de s*eiitendre avec lËvêque seul. Quant au concours ouYert par cette même Commission, il soumettait au droit commun notre célèbre artiste, et l'obligeait à renoncer à ses idées, à ses plans, pour se conformer aux exigences du programme. Portera-t-il jusque-là l'abnégation personnelle? Nous le verrons bientôt.