‹ Histoire de Notre-Dame du DésertChapitre 21 sur 33 · Avl•:^’ELLE. Sa vie. Son manuscrit · texte numérisé non relu

Avl•:^’ELLE. Sa vie. Son manuscrit

.leaii Avenel ou Avenelle, doiil le manuscrit nous a l'ourni de si précieux renseignements sur le prieuré de Aotre-hame du Désert, naquit à Orbec dans le diocèse de Idsieux. Le P. Eudes le i-eçut dans sa congrégation en l()()d. Après un court séjour à Caen il fut envoyé à Lisieux pour régenter la classe de cinquième et être souspréfet des pensionnaires dont messire Doucet était préfet.

« Ajirès avoir régenté la cinquiimie et la (juatrième, il fut envoyé étudier à Caen en philosophie sous messire \’érel et, comme il n'avoit point fait de noviciat, il fut, envoyé à Coutances le faire : cette occasion luy donna lieu de pratiquer roliéissancc et la mortitication de sa propre volonté à cause de la grande répugnance qu’il sentoit à rcxécution de cet ordre, mais qu’il surmonta courageusement : Y ayant passé ({uclquc temps on l'envoya à Kouen [lour être économe de la maison sous les messires de Bonnefont et de Sainte- .Marie, d'oii enfin il fut à Paris pour étudier eu théologie eu Sorbonne quel(|ues années demeurant à Saint-Josse ; après quoy il vint au séminaire d’Evreux dont l’économie lui fut donnée l’an I()7I>, qu’il a gérée jusqu’en D'SI, pendant le quel temps il a pris à tâche de conuo les atfaircs du Prieuré du Désert réuni

au dit séminaire, dont il a laissé un mémoire instructif, a retiré un acre de prey aliéné depuis longtemps et a aimé et servi la congrégation en général et cette maison en particulier autant qu’il a pu. Il étoit exact et ponctuel et pour son office qu’il ne manquait jamais de réciter à l’heure : sévère à ceux qui manquoient à leurs devoirs, sincère qui hayssoit le mensonge et la détraction »

Après huit mois d’une cruelle maladie pendant laquelle il eut à supporter d’atroces soutfrances qu’il endura avec patience et résignation, Jean Avenelle mourut le Id janvier 1684 à 3 heures après midi. Le manuscrit qu’il nous a laissé porte pour titre : « Mémoires 'mstnicüfs du noble fief du prieuré de Notre-Dame du Désert^ sis dans lu paroisse des Baux de Bretheuil^ uny au séminaire épiscopal d’E creux ^ divisez en trois parties KiSd. » Au-dessus le P. Eudiste avait écrit : « Vice Jésus^ cive Marie ^ je les aimerafi toute met vie. Amen. Fiat. >>

Ce travail débute par une dédicace à M. Blouet de Camille, supérieur de la congrégation de Jésus et Marie, qui <( en le deschargeant d’employ l’a mis en mesme de pouvoir terminer son travail nonobstant toutes les contradictions qu’on y apportait d’autre part ».

Puis le bon Avenelle s’adresse au lecteur. « Monsieur, (( mon très cher frère, la divine Providence m’avant a chargé de l’économie de cette maison du séminaire (( d’Evreux le 1®^' may 1674 et m’ayant en même temps (( donné le soin de tout le temporel du noble lief du prieuré c( du Désert, je me suis appliqué à en connoistre le domaine (( en lisant exactement tous les papiers qui m’avoient été (( mis entre les mains, en cherchant soigneusement ceux « qui n’étaient qu’indiqués par des mémoires des anciens

' Archives de VEure, G. loi. Pvegistre contenant les biographies des supérieurs et autres frères Endistes.

Les Médailles.

BIENS ET CHARGES DU PRIEURÉ loi

« Prieurs et en me faisant instruire des anciens vassaux « qui même m’ont aidé de plnsienrs pièces que je n’avais « pas et cependant très advantageuses. De sorte que préci- « sèment en ayant une particulière connoissance et la (( mesme Providence qui m’avoit engagé à reste charge m’en (( ayant aussi dégagé, j’ay cru que je ne vous faisais pas (( un petit plaisir si pour vous épargner autant de peines (( que j’en ay eues pendant un long temps, je vous offrais « ce recueil qui contient en abrégé et le plus clairement (( que j’ai pu toute la connoissance que j’en ay et, afin que (( d’abord vous en ayez une grossière idée, je le divise en (( trois parties, la première vous fera connoistre le domaine « non fietTé, la seconde ses aumosnes et la troisième le « domaine lietfé ou ses rentes seigneuriales et, afin que le

tout soit plus en ordre, je subdiviserai chaque partie en (( chapitres et chaque chapitre en articles. Recevez le tout « de la mesme main que je vous le présente et excusant « toutes les fautes que vous y pourrez voir n’envisagés que « le désir que j’ay de vous marquer que je suis, etc.,

« S. A. A venelle. »

Suivant sa promesse, Avenelle traite d’abord de l’enclos du Désert : « c’est la principale chose, le manoir seigneurial du fief noble, la source et l’origine de tout le reste renfermant la chapelle et le prieuré. » 11 laisse dans l’ombre l’histoire de l’ermitage ; cependant il raconte que Mélaine, devenu plus tard évêque de Rennes, fit longtemps son séjour « dans cette sainte solitude ».

Après avoir reproduit les chartes des fondateurs, il établit une liste informe et très défectueuse des prieurs du Désert, et là, comme partout, il ne paraît nullement tenté de résoudre les problèmes qui naissent sous sa plume, se renfermant sans digression aucune dans son rôle d’écrivain utilitaire. S’il rencontre des points très obscurs il les signale

pour écrire aussilôt : « Je m’en rapporte. Je laisse cela à plus sçavants que moi. » ou quelque phrase analogue.

Aveuelle n’avait à s’inquiéter que du temporel du prieuré et là il fut tout à fait à la liauleur de sa tache. 11 eut l’œil partout et ne négligea rien. Il est probable qu’il était inflexible dans la défense de ses droits. Il étudie cojiieusement les droictures, franchises et libertés du [irieuré spéciîilement dans la forêt de Breteuil et il nous initie en bon normand à l’bistoire de plusieurs grands jirocès notamment à celui qui fut intenté à ce messire Martin Olivier, curé de Saint-Cbristopbe des Baux, qui eut l’audace eu 1580 d’attaquer le fermier du Désert « pour dire et déclarer les causes pour lesquelles Jean Obéron avait été refusant de luy payer ou à ses préposés les grosses et menues dixmes vertes et sèches ])Our l’année 1570 ».

ISotre économe aborde ensuite la longue histoire des

démêlés du jirieuré avec MM. les otticiers des eaux et forêts. A cette occasion, s'apercevant que quelques ])ièces lui man- (| lient pour la défense de ses droits, il dit « combien il est fascbeux que l’oii ii’ait pas conservé les actes de délivrance du bois et c’est ce qui fait la difbculté grande, carne justitiant point ces actes on ne veut point nous escouter. De là on apprendra en passant combien il est important de retirei* les pièces d’écriture et de les bien conserver ensuite ».

Dans la deuxième partie il traite des aumosnes, c’est-àdire des l’entes données à prendre sur des domaines, coutumes ou héritages ; enlin dans la troisième partie il passe en revue tout le domaine lletîe, savoir : D dans le quartier du Désert, le clos Johanne, la lande Morel, la petite lande et le chêne Bégnier ; dans le ijuartier du Boisernault, la Moinerie, la Aoé courant, la Miesse potenaire, le ténemenl Fossard ou du Hie, le ténemenl Gallopin, les Montreux, la jiclile Graille; 5'' dans le quartier de Biigles et Ambenay, la

BIENS ET CHARGES DU PRIEURE

maison de la rue des forges, Lainesse de Laimel, le haut prey, la prévôté de la Gastine ; 4° les trièges de Lyre, Glos, Xeaiiphle et tout ce qui est rattaché à ces trois chefs. On peut concevoir Lutilité du travail d’Avenelle pour les anciens propriétaires du prieuré. Pour nous, il constitue simplement un inventaire curieux, dressé en 18(34, dans lequel nous prenons les renseignements qui présentent un certain intérêt tout en laissant volontairement dans l’ombre la longue nomenclature des biens du tlef devenue aujourd’hui sans intérêt.

On se souvient que « le bon Hugues, zellé pour l’honneur de son maître, tist bas tir la chapelle une fois aussi grande (pi’elle est présentement, ayant été depuis ruinée je ne sais par quel accident. Cela eut lieu sous le pontificat d’innocent H, régnant alors en France le roy Louis, dit le Jeune, septième du nom ».

(( Il y a apparence qu’il y avait en ce temps bon nombre de religieux et ermittes, car, outre que trois sortirent en une mesme fois pour aller commencer le monastère de Sainte-Barbe en Auge, c’est que le grand bastiment qui reste encore du prieuré et qui paroît avoir été basti du temps de la chapelle, le témoigne par sa grandeur et par le grand nombre qu’il y a de petites lunestres qui distinguaient les cellules des bons religieux L »

« (Juaiit à l’enclos il n’a pas été toujours aussi négligé (‘omme il est présentement. Autrefois il étoit environné d’un bon mur de bauge dont les fondements se voyent encore aujourd’hui en plus d’un endroit à la place duquel on a fait faire un fossé dans la forest qui a été coupée les

’ Il est probable rpie dans l'année Idl i il n’y avait an Désert que les religieux dont nous avons donné les noms. Mais lenr nombre parait avoir été supérieur, à l’origine et nltérieureinent . Nous pensons qu'il adù varier entre douze et vingt en nous basant sur le nombre probable des cellules.

années passées, pour ce que les officiers de Son Altesse nous y ont obligé et puis aussi pour empescher les Lestes d’aller à la fores t dans les temps défendus et anssy éviter les amendes. »

« Comme la plus part des arbres esbrancbés qui sont venus dans la baie qui clôt ledit enclos du désert sont sur les ruines de Tancien mur, il est constant que toute ladite baye nous appartient et quoique les ofliciers de Son Altesse jirétendent que les plantes des fossés vers et le long de la forest appartiennent à Son Altesse, ce qui n’est pas encore jugé avec jdusieurs autres ])articuliers qui en plaident et spécialement M. de Bellegarde, cependant nous avons droit de nous en défendre j)lus que les autres s’ils perdaient leurs procèz. »

(( Le contenu de l’enclos suivant la mesure que j’en ay fait faire l’an KiTl) est d’environ (H acres y compris les liaies et fossés qui renvironnent de toute part, il est borné, du costé de l’orient, de la rue de la Deslogerie qui va à la carrière ; de l’occident, de la rue des Vaurabourg ; du côté du septentrion, de la forest deBretbeuil et du côté du midy, de la Blesse et de ladite rue aux Vaurabourg tendant au chesne Béi>nier. »

(( Cet enclos est quasi comme en rond et n’est sujet de souffrir aucun chemin que ceux dont on a besoin et qu’on veut bien ouvrir ou fermer selon qu’on le juge à propos pour la commodité des fermiers et, n’estoit qu’à cause de la chapelle il est impossible d’en bouscher toutes les avenues, on pourroit n’y en soutfrir aucunes. »

(( Il y a eu autrefois quatre portes ou entrées principales, la première étoit la porte des Baux où est présentement cette belle rangée d’en tes que je fis planter en IGTIK La seconde estoit celle qui estoit au bout de l’ancienne rangée et qui est présentement encore plus usitée ; la troisième est

Pair (le de P>onald.

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celle qui est derrière la sablonnière et la quatriesme estoit vers M. du Saptel, laquelle on a bouschée avec celle de la porte des Baux que Tou rouvre néanmoins de temps en temps, et je croy qu’il seroit bien à propos de bouscber entièrement la troisiesme si on ne juge plus à propos de la conserver pour faire sortir les bestes avec moins de dommages pour aller à la forest ou ailleurs. »

(( Outre ladite porte il y avoit encore une grande sortie pour du prieuré aller à la Plesse avec une double haie, Ton en a déjà fait déserter une, l’autre qui reste devroit aussy l’estre, tant elle est inutile parce qu’elle ne sépare pas les saisons de la terre pour laquelle seule raison on pourroit la conserver. »

« Il y en avoit aussi une pareille qui passoit par la mare aux chevaux qu’on a désertée il y a huit ou neuf ans et on a mis au mesme passage une rangée d’entes en l’année 1679 laquelle descendant vers le routoir se termine à la forest. » « Le prieuré était autrefois bien planté et l’on m’a dit que de tout temps ça été un des meilleurs creus pour le sidre de tout le canton, avec le temps et moyennant la pépinière faicte dans le jardin en l’an 1675 et dont on enlève cette année 1681 en décembre, il y a lieu d’espérer qu’on le remestra en son premier estât. »

(( La court du fermier se trouvant trop petite et les escuries et es tables ayant été bruslées en 1677, cela nous donna lieu de les éloigner de la maison en les rebastissant oii elles sont et en mesme temps d’agrandir la court de ce costé là par le fossé que nous y fismes faire avec sa plante l’année suivante.

a Vers la fin de l’année 1679 et le commencement de la suivante je lis faire ce grand fossé qui est derrière la grange pour agrandir aussy la court de ce costé là et fis planter la mesme année 1680 les poiriers qui remplissent cet le place

dans le dessein un jour de rompre l’ancienne haie qui est entre le dit fossé et la dite grange pour rendre la court plus régulière et commode... »

(( Comme la cave voûtée de dessous le pressoir est très bonne il faut faire travailler à la voûte de la descente qui pourroit périr, faute d’un peu de réparation qui, à la suite, deviendrait sy grande qu’on ne voudroit plus l’entreprendre. »

La crypte que notre prosaïque économe désigne sous le nom de cave n’a jamais été réparée (janvier 1900) et est encore fort solide.

« L’ancien clocher menace ruine et ne vaut rien ; il v a péril a le laisser en l’estât oû il est, à cause de la cloche qui est très grosse et pesante pour le lieu oû elle est pendue. »

En 1771 on fit quelques réparations au clocher et on fondit sur place une nouvelle cloche ayant 50 centimètres de diamètre et qui porte en relief iSotre-Dame du Désert avec un enfant Jésus tout nu et un Christ sur la croix. Les fondeurs Quentin et Aubert utilisèrent l’ancien bronze comme cela se faisait de temps immémorial. La cloche du Désert porte f inscription suivante :

l’an 1771 j’ai été N03IMÉE MARIE-SUZANNE

n U E N T I N ET AUBERT FONDEURS

C’est la cloche actuelle, c’est ce même bronze sacré qui guida au milieu de la tempête le bon Fulbert, ermite de la plaine, c’est lui qui remplissait de ses notes joyeuses l’air embaumé de la Forêt au moment solennel oû le comte de Leycester-Breteuil posant un missel sur l’autel remettait le

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noble fief du prieuré au bon serviteur de Dieu, Hugues du Désert, le "'Il avril 11^5, en présence des religieux, des seigneurs des environs et de Guillaume, curé doyen de Breteuil ^ !

Bevenons au manuscrit d’Avenelle. « J^étang du Désert, scis au val de Lesme, est aussy ancien que le désert. H est distant du prieuré d’environ un quart de lieue au soleil de dix ou onze heures et contient en son total la quantité d’environ huict acres et demv, bornés des deux côtés et bouts par la forest. Le cbemin Perré qui va de Breteuil à Bugles anciennement le costoioit en partie du costé du village des Landes et alloit tout le long du fossé qui sépare les ventes et le chemin. Mais depuis que Peau n’a plus esté conservée dans l’estang, la pelouse étant devenue plus douce que l’ancien cbemin, cela a obligé les passants à quitter l’ancien chemin perré (Coudé à Xudionum) et de faire un nouveau chemin dans ledit étang, ensuite de quoy le bois est venu dans l’ancien cbemin. »

« t^et estang étoit autrefois en eau et remply de poisson et très abondant, mais par la suite des temps et le changement des prieurs il a esté négligé et laissé en l’estât qu’il est présentement, je veux dire en berije et en pasture. »

(( Il y a trente ans, dom Moreau le list encore pescber. Il est de prudence de ceux qui nous succéderont de voir

' M. le J)’ Mal lobraiiche, de neriiay, ((ui a fait nue étude spéciale des cloches a bien voulu nous donner les renseignenieuts suivants : « Les fondeurs, travaillant sur ])lace, employaient les anciennes cloches jiour la constriu'tioii des jiouvelles. « de la sorte, dit M. Berthelé dans un article sur la fonte des cloches, on « était sûr de conserver l’ancienne cloche fini faisait partie du bien de la coniniu- « nauté. (|ui avait de la vertu contre le tonnerre, à laquelle (»n tenait. » Si on désirait une cloche' plus grande ou égale, et c'était l'inverse ((u’on recheiadiait dans notre prieuré, le fondeur ajoutait du métal jMuir siqqiléer an déchet de la fusion ou augmenter le volume de l'ancienne cloche. « Dans un alleu passé le lu mai 1(12() entre les marguilliers de Sainte-Croix de Bernay et un maître fondeur de Bouen. Pierre Bui'et, pour la refonte d'une cloche de cette église, on lit que le fondeur devait la prendre, /a refondre, la remettre en place et fournir tout ce rpii serait nécessaire, même le supplément du métal... »

lequel seroit le plus ayantageux ou de le laisser eu herbe ou de le remettre en eau. 11 produit beaucoup d’berbes et bien bonnes et qui font un beurre excellent selon l’expérience que l’on en a. »

« Tout bien considéré, \eu l’éloignement et le lieu où il est, yen le peu de soin que les fermiers en auroient et le péril d’estre souyent pescbé de nuit par un nombre de frippons, yen aussi la dépense à le peupler et repeupler et la difficulté de le garder et d’en consen er la possession, je croy qu’il sera plus advantageux en herbe que en poisson... (Cependant, c’esloit un des meilleurs eslangs du pays et la pescbe en estoit yendue de trois en trois ans et 300 francs et j’ai ajipris depuis que pour peu de cliose on pourroit le remettre en eau et cela romproit tous les cliemius qu’on y fait présentemenl. »

Les charges du prietrë

a Je ne sais si on peut troiner un bénéfice simple qui aye moins de charges que celuy-cy. Ce qui nous donne lieu d’admirer la li])éralité de nos ancêtres qui est bien différente de celle des hommes de nos temps qui soinent imposent des charges très onéreuses et à perpétuité pour un peu de bien qu’ils font aux églises. »

(( Le ])on fondateur ny ses successeurs de la maison de Leycester n’ont jamais rien exigé des ermites du Désert pour le grand bien qu’ils leur ont faict comme il paroist par les Chartres, ils sçayoient qu’ils donnoient à Dieu et à la bienheureuse yierge Marie du Désert et reconnaissoient assez leur libéralité pour ne pas youloir exiger d’autres reconnaissances de leurs serviteurs. »

Ceiuy qui donna trois sols à prendre sur le champ Dernier de Xeaupble et yingt-deux deniers à prendre sur un

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prey d’Ambenay ne fut pas si libéral puisqu’il exigea qu’on fist l’anniversaire de ses parents et qu’on entretint une lampe à saint Nicolas comme il paroit par la cbarte : Ommhus Chrisiï fidelïhus... etc. »

(( L’an 1^77 dans une cbarte escripte au petit livre de basane folio verso 4^, Jean de Boisrenault et Robert son fils demandèrent cbacun un anniversaire pour environ onze sols de rente qu’ils donnèrent au prieuré. »

(( L’an 1271, Roger Léguée demanda aussi un anniversaire pour cinq sols de rente qu’il donna à prendre sur un nommé Foinard de l’Oraille, comme il se voit folio 4(3 du mesme livre. Voilà ce que je connois par la lecture des papiers et des Chartres du Désert de charges et de messes adiré par cbacun an d’obligations marquées et exprimées dans lesdits escripts. (7ela n’empêche pas que de tout temps les prieurs n’avent été très reconnaissants vers leurs bienfaiteurs ne

s’en tenant pas à cinq ou six messes par chacun an. »

Oiiti ^e ces messes des fondateurs l’on en dit encore chaque semaine une messe pour la Confrérie de Sainte- Suzanne que le chapelain est chargé de célébrer à raison de quoy il a toutes les oblations des confrères et sœurs. »

Nous savons qu’une confrérie religieuse est une association de laïques se rassemblant volontairement d’après des statuts pour se livrer à des pratiques pieuses.

Les confréries ont leur origine dans le paganisme [soda- Utates) : leur nombre devint considérable au moyen âge. Munies de l’autorisation épiscopale qui leur était indispensable, ces associations furent placées sous la surveillance des parlements. La loi du 18 août 1792 les abolit, mais elles ne tardèrent pas à reparaître comme d’ailleurs les corporations avec lesquelles il ne faut pas les confondre. Chaque corporation de métier était unie à une confrérie ; Lune analoiîue à nos svndicats, veillait aux intérêls matériels des

ouvriers et des marchands, l’autre à leurs intérêts spirituels.

Le chef élu d’une confrérie possède le bâton insigne du

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Balle du pape Célestin.

commandement. Chez les Hébreux, chez les Grecs et chez les liomains le bâton eut toujours la même signiheatiou. A Home le bâton des consuls était en ivoire, celui des questeurs était en or : le cep des centurions était aussi une variété de bâton. Le bâton d’abbé en potence le Tau était la forme primitive du bâton pastoral. Après le xC siècle les évêques d’occident adoptèrent la crosse actuelle. Les confréries de charité, analogues dans leur objet aux collefiia tenuionnn de Home sont aussi des confréries répandues dans les diocèses de Séez, Evreux, Houen et Lisieux qui ont conservé les pit-

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toresques costumes du xin® et du xiv® siècle ; elles ont leur bâton. 11 existe des paroisses comme par exemple Aubevoye (Mure) où il y a trois bâtons, un pour les frères de cbarité, un pour Tassociation des dames, un pour les enfants de Marie.

La confrérie de Sainte-Suzanne, très ancienne, possède un bâton de forme étrange ; elle avait sans aucun doute jadis une importance considérable, car « l’an 11)77 ])our entretenir la dévotion à sainte Suzanne l’on obtint de notre saint-père le pape Innocent onzième une bulle d’indulgence à perpétuité pour les confrères et sœurs de la confrairie ({ui estoit déjà établie : et elle fut approuvée le 14 juillet de la mesme année ».

Malgré d’actives recherches, il nous a été impossible de retrouver la bulle d’innocent XI, nous aurions été heureux de la mettre sous les yeux du lecteur. A titre de dédommagement nous reproduisons ici un bref beaucoup plus ancien, [)uisqu’il est daté de 119^, par lequel le pape Célestin lll coniirme les donations faites aux pauvres de rilôtel-Dieu de Breteuil.

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