CHAPITRE II
Boite éa règne de Philippe- Auguste. — Incidents qui te rattanhèrcnt plot partîouUèrement * l'Histoive de Parita
Nous avons déjà parlé des prot^rès remarquables de l'enseignement public et des sciences sous la direction delà célèbre université de Paris. Au temps oîi régnait Phili | > pe-AugllSte ce nioiivenient prit un développement exliéine par l'entraînement du génie du roi, qui entourait de pompe la monarchie et donnait une admirable excitation à l'activité des esprits. Ce fut Hohei't de Courron, cardinal et b'gat du pape, que le roi chargea de dresser les statuts de l'université de Paris, et par l'étude ou la clergie se formèrent alors, comme au temps de Cbarlemagne, des existences nouvelles dans l'État, contre-poids imposant aux vieilles existences de la conquête d'abord, de la féodahté ensuite. Ainsi l'enseignement des sciences était un titre aux dignités, et c'était là ime glorieuse noblesse (i).
(i) Dès le douzième siècle Otbonde Frebiogue, les fils du comte Adolphe de Schanmbourg» le fils du duc Henri le Pieux vinrent y étudier. Le droit et la dbimrgie n'y fiirent enseignés qu*an commencement du tniaènie siède, bien qu'on apprit depuis Ibngtemps b rhétorique, la grammaire et la philosophie. Voici en résumé quelques-uns des règlements que les papes établirent pour cette université, qui servit de module i tontes les autres, et sur laquelle nous avons, plus que sur tonte autre, de longs et curieux détaib. Un membre de l'Université ne peut être expulsé qu'après certains délais' et des avertissements réitérés , et PUnlversité en corps oe peutPètre que par un acte de Tautorité papale. Les étudiants ne doivent pas fiiire hausser le prix des loyers en haine
La longue querelle qui s'éleva entre les clercs ou ëtu-
diaats de l' Université et les religieux de Saint-Germain^ au
ran de Tantre, ni pour fa^ déguerpii; ub m^tsdple. L*héle qui eiige OD loyer excédant l'estimation fiiite par deux bourgeois on maîtres est interdit pour cinq ans. Les discussions ne doivent pas être accompa»
gnéâ Wfiistiil». CMttf cfflÎF'-vèat-profesBei' lB'*âléologie doit iVtAt' étUdiê ciiKi ans au moins et avoir trente-cinq ans d'âge ; un maître ès libres sciences doit également étudier six ans et subir un examen. Chaque étudiant devra s'en tenir à un maitre déterminé.
La partie la plus curieuse de ce règlement est celle où il est parlé des règles de conduite données aux écoliers. On leur interdit les repas de cérémonie 101*5 de leurs thèses ou de Tinstallatiou des nouveaux maîtres. L'usage du manteau leur est accordé; mais les souliei-s à la poulaine, avec leurs pointes recourbées en bec, sont sévèrement prohibés, comme laffinémeirt indigne de la gravité cléricale» car tous les étudiants étaient dèrcb. Le règlement v» plus loin enoorSw « Que nul mattre 4issiit ès «' arts, est-il dit, n'ait ipqe c^ppequi ne soit rondS^ noire et tombaat «• ^ les talons, du moins lorsqa'dle est neuve, a Robert de Gonrçoo interdit an chancelier de TÉgiise de P^s de rien exiger des éoolwrs, ni somnie d*àingent, ni serment, qiUînd ils vtébnentlnidëmander la licence; •il edwfii'ftm anac mahres et awL écolieis bhpesttssicB ds pié flaiot-G6rmaitti 1^ fiuneux Pré-au^»Clerc8 que les moines de&4nt-Germain Ipur disputèrent constamment jusqu'à ce que les rois de France se le fussent adjugé ; enfin il reconnaît à PtThiversifé le droit dë prendre telle diâibériition qà'â'iul' conviendra en cas dé vinlaiiott'idé HfA' privilèges. La France comptait encore d'autres universités : celle de Mbotpdlier, coosacrée particulièrement à l'enseignement de la médecine, mais où, dans le courant du treizième siècle, on trouve aussi réunis en une seule faculté des professeurs de droit, de théologie et de belles- lettres ; celle d'Orléans, où Ton enseignait le droit, et où la jalouse université de Paris empêcha, attendu le voisinage, l'établissement d'une faculté de théologie et d^t philosophie; enfin celle de Toulouse, fondée en 1233 par - Grégoire IX, pour faciliter la conversion des Albigeois. Cette dernière obtint les. mêmes privilèges que l'université de Paris et fui affranchie de toute juridiction temporelle. Le chancelier de la cathédrale était susai celui de l'Université. Les étudiants qui ne suivaient aucun cours étaient privés de kntrs droil^. Ils ne pouvident sortir armés ni être emprisonnés poui; ^ett^t .J! é^it défendu aux« théolof^ens de chercher à briller
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sujet (le la promenade appelée le Prë-aux-CleiTS, ne fut pas Tua des moios curieux incidents de l'iiiâtoire de Paris au moyen âge.
Le Pré aux Clercs était situé sur, le territoire de l'abbaye Saint-Germain des Prés, et s'étendait le long de la Seine depuis l/endroil oiidébouche aujourd'hui la rue Mazarine, ou à peu près, jusqu'au delà des Invalides; il fut successivement diminué par les constructions que l'on y fit, surtout du coté de Torient, C'est probablement ce pré que veut désigner Abbon lorsqu'il dit, dims le premier livre de son poème, que les Normands tentèrent de s'em-. parer de la plaine située auprès de la belle église de Saint- Germain.
Turbulents et querelleurs, les clercs avaient choisi ce pré pour le théâtre de leurs amusements, mais leur voisinage inquiétait les religieux de l'abbaye. L'Université soutint les clercs,, et, nesachant comment imposer silence aux .religieux, porta ses plaintes devant le pape Alexaadre Ul, lorsque oe pontife vint à Paris^ sous le règne de IjOuU le Jeune ^ L'affaire fut évoquée au concile de Tours, qui donna .tokrt aux éçolierii. Cette décision, au lieu de leraûner une querelle qui ne &isait que de naître, servit à dévelo|>pcr entre l'abbaye et l'Université un germe de discorde qui ne tarda pas à pprter ses fnûts : l'état d'hostilité entre les deux rivales devint permanent, et eut souvent, comme on l'a vu, les plus fàchi^ux résultats. Presque toujours r^bbaye fiit Maintenue en poasession de la justice du Pvé- .aux-C|ercs ; mais* les .fises sanglantes qui furent occasioÉ-
comme philosophes, mais ils devaient se contenter d'acquérir b science de9*èbeses divines. Il leur était aussi interdit de se servir de Tidiome du peuple.
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nées par les voies do fait auxquelles se livraient les écoliers contre les gens de i'abbaye imposaient quelquefois à celleci de grands dommages.
En 1192, malgré le jugement solennel d'un concile qui s*ëtait tenu en France et avait été présidé par le pa{)e, les écoliers^ règardant comme un droit de propriété la faculté d'aller se récréer dans le pré de l'abbaye, y commirent quelques, désordres. Les liabitants du bourg de Saint-Germain voulurent les chasser du pré; les écoliers se mirent en défense, et l'un d*eux fut tué. • Quoiqu'on n'eût aucune preuve que labbé et les religieux eussent eu part à ce démêlé, ce fut cependant contre eux seuls que l'Université porta plainte. L*abbé Robert voulut défendre la comnuuiauté devant le légat du pape; mais rUniversité avait déjà envoyé des députés se plaindre à Rome. L'abbé Robert pria le fameux Etienne, évcqun de ïournay, d'écrire au cardinal Octavien, évcque d'Ostie, pour démontrer au pape le bon droit de Tabbaye. Étienne écrivit et Taffoire n'eut pas de suite. A la longue y l'usage dans lequel étaient les écoliers d'aller se promener dans ce pré devint pour eux un droit dont on n'aurait pu les priver, car un règlement de 121 5 porte cette décision : « Quant au pré Saint-Germain , «t autrement dit le Pré<>aux*Glercs, il est dit qu'il restera « aux écoliers dans l'état qu'il leur a été adjugé. »
Redoutables pour les religieux de l'abbaye, les clercs l'étaient encore davantage à l'égard des paisibles citadins de Paris. « A la même époque, dit Félibien , il s'éleva dans Paris une grande division entre les écoliers et les bourgeois. En voici l'origine. Un gentilhomme allemand, nommé Henri de Jac, l'un des trois compétiteurs qui ve-
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naient d'être élus à révêché de Liège, après la mort du dernier é véque^ Albert de Cuick, mort au mois de février 1 300, étudiait alors à Paris. Un de ses serviteurs alla au cabaret pour acheter du vin et y fut maltraité. I^s écoliers allemands, accourus sur l'heure, frappèrent Thote de la maison si rudement qu'ils le laissèrent à demi mort. Cet excès causa purnu la populace une grande clameur et la ville fut émue. A ce bruit Thomas, prévôt de Paris, armé, et avec lui une foule de peuple aussi en armes, coururent attaquer le logis des écoliers allemands, et daus ce combat le gentilhomme allemand et quelques-uns de ses gens furent tués. Les maîtres des écoles de Paris en allèrent aussitôt porter leurs plaintes au roi Pliili|qpe-Auguste, qui fit nieltre en prison le prévôt et tous les complices que Ton put arrêter. Le roi, irrité, fitd*abord abattre leurs maisons et arracher leurs vignes et leurs arbres fruitiers, il n'eu demeura pas là; craignant que les maîtres et les écoliers ne désertassent Paris, il fit une ordonnance qui porte que, pour le crime énorme commis contre des clercs et des laïques tués à Paris au nombre de cinq, il en sera ùàt telle justice, savoir : que le prévôt Thomas, dont les écoliers se sont plaints, demeurera, parce qu'il nie le fait, toUle sa vie eu prison, s'il n'aime mieux se justifier par l'épreuve de l'eau , en sorte que, s'il succombe dans l'épreuve, il sera condamné à mort, et s'il s'ensauvc, banni seulement de Paris sans pouvoir être jamais bailli dans aucune des terres du roi{ qu'il en sera de même des complices, mais que les fugitifs étaient déjà tenus pour condanmés; déplus que, pour la sûreté des écoliers, le roi ferait désormais jurer tous les bourgeois de Paris que, s'ils voient à l'avenir un laïque faire injure à un écolier, ils en rendront témoi-
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gnage et ne se détourneront point pour ne pas le "voir; que, si un écolier est frappé, soitout à coups de
pierre, d'épée ou de bâton, ceux qui en seront témoins se saisiront du^ coupable et le livreront entre les mains des officiers du roi 'pour en informer et fidre justice. L'ordonnance porte encore que ni prévôt ni autre officier de la justice du roi n'arrêteront aucun écolier pour crime, ou qu'ils le rendront à la justice ecclésiastique, en prenant toutefois connaissance, si le cas est grave, de ce que deviendra l'écolier; qua Tégard du chef dès écoles de Paris, qu'on a depuis appelé moteur, il ne pourra pour aucun crime être arrêté que par le juge ecclésiastique. L'ordonnance poursuit ainsi : « Quant aux «• serviteurs laïques dies écoliers qui ne ncnis doivent ni « bourgeoisie, ni résidence, qui ne vivent point du trafic <f de marchandise, et dont les écoliers ne se servent point « pour faire injure à personne; notre justice ne* mettra (f point la main sur eux si le crime n'est évident. » Le roi ajoute : a Nous voulons que les chanoines de l'Église. « de Paris et feurs domesticpies soient compris dans œ « même privilège , sans déroger en rien à la liberté qui c leur a été accordée par les rois nos prédécesseurs. £t, a. afin que rordonnance soit mieux gardée^ le prévôt et a le peuple de Paris jureront de l'observer littéralement, <4^ en présence des écoliers, et à l'avenir tout prévôt en- « trant en charge le jurera de même pubKcpiement dans « une des églises de Paris, le premier ou second dimanche a après son installation. » Telle est Pordonnance de Philipp^Auguste en &veur de l'université de Paris, donnée îi Restisy, Fan i 9,00. C'est la plus ancienne qui se trouve pour exempter les écoliers, comme clercs, de la justice
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séculière. Saint Loàis la ccmfirina depuis et commit à
l'official de Paris toutes les causes, même criminelles, des écoliers de l'Université. Un auteur anglais , cûntem(>orain de Philippe-Auguste , dit que les écoliers supplièrent le wri de modérer la sentence contre le prévôt de Paris, et demandèrent seulement tpe Itii ' et ses compagnons fossènt diâtiés pubRquement dans leiirs écolé^, à la manière des écoliers, et puis renvoyés en paix et rétablis dans leurs biens, mais que lè rûi rejeta- leur reqnéte;' enfin, que le prévôt voulut se sauver quelque temps après tde la prison, et que la corde dont il se servit pour s'évader se rompit, et qu'il tomba de si iiaut qu'il expira sn^r-lëNcliamp (i). »
Durant une trêve conclue entre le roi de F'rance et le roi d'Angleterre, Philippe- Auguste invita son rival à venir de bonne amitié lui rendré^viaîtcf.' lean*^n»jTer#e arriva le 3l mai I20I à Paris, ou il fut reçu avec magnificence. Phi lippe- Auguste lui fit donner une place d-honneur dans Téglise de Saint-Denifs et lui céda son propre palais; il le combla ensuite de présents et se montra également généreux à i'égard des seigneurs angbis qui avaient .aceom* pa|^ leur maître. r*
■ Peu de temps après, un concile assemblé à Paris, sous l'autorité du légat du pape , Oc^vien , évèque d'Ûstie ^ condamna à périr par le supplice du ieu un dievalier qui avait professé publiquement Tliérésie manichéenne. Cette rigueur n'intimida qu'à detni les flectaireS,-doatle8.erreurs. menaçaient à la fois l'ordre religieux etlîordre social ; ik continuèrent de propager leursdétestablesdo(;t ri nés . Alors ,
par ordre desratorités'^léMasticpioai Raouk de Memoura
(i) mbieù, Miséùire de Paris, txm. l, |Nig: tng. » " » ; u .
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et un prêtre qu on lui adjoignit parcoururent les diocèses de Paris, de Langres, de Troyes et de Sens, et y passèrent trois mois à recliercher les geus de la nouvelle secte. Baoul feignait de partager leurs opnions et se faisait initier à tous les mystères de leur doctrine. Un grand nombre d'hëré&iarques furent ainsi découverts. On eu saisit quatorze qu'on amena à Paris dans les prisons de Tevêchë. C'étaient Guillaume de Poitiers , sous-diacre, qui avait étudié trois ans la tliéologie et avait enseigné les arts •à Paris; un orfèvre, nommé Guillaume , qui passait pour leur chef; Etienne , curé du Vieux-Corbeil ; Étienne, curé de la Celle; Dudoa, clerc du docteur Amaury, livré à Tétude de la théologie depuis dix ans; Guérin, prêtre, professeur ès arts à Paris, et autres gens d'étude. Ils parurent devant un concile composé de docteurs en théologie et de quelques évéques voisins , furent convaincus d'hérésie, coudanuiés, dégradés publiquement, et livrés aux exécuteurs de la justice royale. Le roi était alors absent; mais dès qu*il fut de retour les coupables furent menés hors la porte de Paris, aux Champeaux, sui* l'emplacement actuel des halles. Là dix d'entre eux .fiirent livrés ftui flammes, le 20 décembre 12 10, en présence d'une foule de peuple; les quatre autres furent condamnés à un emprisonnement perpétuel. Le concile ne s'arrêta pas là ; il condamna la mémoire d'Amaury, dont le corps fut , par sonordre, enlevédu cimetière de Saint-Martin des Cluunps, et ses os jetés au fumier.
Au mois de décembre 1206 il y eut à Paris une immense inondation causée par le débordement de la Seine. La plupart des maisons furent ébranlées par les eaux. Dans ce grand désastre ou eut recours aux piières
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publiques; toutes les paroisses , avec leurs eMsses , se rendirent à Sainte-Geneviève et portèrent processionnellemeot à la cathédrale les reliques de la patronne de Paris. Le Petit-Pont s'écroula et il y eut de nombreuses victimes. Enfin le fléau cessa ses ravages lorsque T évoque de Paris , prononçantlaformulede bénédiction, eut dit à haute Yoix : a Que Notre-Seigneur, par les signes de sa sainte Passion , daigne ramener ces eaux dans leur lit ordinaire. » Peud'années après, en l'an i ai 3, un concile se rassembla à Paris, sur l'ordre d'Innocent 111, pour la prédication de la croisade contre les Albigeois. Cette assemblée publia également divers canons en vue de fiiire disparaître certains abus qui s'étaient introduits dans la discipline et qui affligeaient vivement les Églises de France. Le même concile de Paris prohiba pour l'avenir une démonstration annuelle qui n'était point exempte de désordres, et qu'on appelait la /été des Fous.
A une époque où les églises, indépendamment de leurs privilèges religieux , exerçaient également la juridiction féodale sur les domaineset sur les individus placés sous leur suzeraineté, il devait y avoir entre elles et le pouvoir royal de nombreux conflits de pouvoir. Philippe-Auguste travaillait sans cesse à attirer k la couronne une partie des droits alors dévolus à l'évêché et aux abbayes de Paris. De là des règlements minutieux destinés à fixer la limite des attributions respectives. L'une de ces ordonnances est datée de 122a; entre autres dispositions die porte :
« roi consent à supprimer les Mereaux (prestation en monnaie due pour les voitures chargées de denrées et k ordonnerque lesbiens des églises soient voiturés sans au»
mST. oc FARIi. — T. t, 32