‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 17 sur 82 · I20 HISTOIRE DE PARIS. (1S28>I3M · texte numérisé non relu

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signalèrent ces guerres et qui couvrirent de ruines les provinces septentrionales du royaume ; les désastreuses ba-. tailles de FÉcluse et de Crécy, la prise de Calais par l'armée anglaise firent peser de longues misères sur les peuples soumis à Philippe de Valois , et Paris en eut sa large parf. Ces événements sont suffisamment décrits dans les histoires générales d'Angleterre et de France ; il ne nous appartient en ce moment que de mentionner les incidents qui se rattachèrent plus particulièrement aux annales parisiennes.

Le jeune duc de Normandie, fils aîné de Philippe de Valois, étant tombé dangereusement malade, les médecins désespéraient de son salut. Le roi et la reine mirent leur espérance en Dieu et firent faire un grand nombre de processions et de prières par les gens d'Eglise. Pendant trois jours le couvent de Saint-Denis fut en procession, pieds nus. Le malade était à Taverny, village voisin de la capitale; après leurs trois jours de procession les religieux de Saint-Denis transportèrent à Taverny le clou et la couronne du Seigneur et le doigt du bienheureux saint Denis, et laissèrent ces saintes reliques auprès du lit du prince royal. Pendant ce temps, dit-on, le roi répétait chrétiennement : tf J'ai si grand'fiance en la miséricorde de Dieu, aux mérites des saints et aux prières du peuple, que, si mon fils mouroit, il seroît ressuscité par toutes les prières qui en sont faites à Dieu ; c'est pourquoi, s'il meurt, ne l'ensevelissez pas trop tôt. » Eu effet, bientôt après les processions des reliques, le duc de Normandie revint à la santé. Il fut, au bout de peu de temps, en état de marcher, et aussitôt il se rendit à pied, avec son père, de Taverny jusqu'à l'église de Saînt^Dents, où ils passèrent deux nuits

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à veiller, rendant grâces à Dieu et à monseigneur saint Uenis leur patron.

Philippe de Valois avait marié son fils aine, Jean j duc de Normandie, à Bonne de Luxembourg, fille du roi de Bohême. Le jour de Saint-Michel i33a il convoqua une grande assemblée solennelle à Paris pour une double cérémonie : pour armer son fils chevalier, et pour célébrer le mariage de sa fille Marie avec le fils du duc de Brabant. ÎJà fête fut splendide ; on y vit figurer les rois de Bohême, de Navarre et de Majorque, les ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Brabant, de Bourbon , et l'élite de la noblesse de France. Des tournois eurent lieu dans une plaine voisine du Louvre. Les chevaliers bretons se distinguèrent surtout parmi tant de paladins ; ils recueillirent presque toutes les récompenses que, selon Tusage, dispensèrent les mains de la beauté . Une grande partie de cette noblesse bretonne s'était déclarée pendant la guerre pour la comtesse de Montfort, surnommée Jeanne la Flamande^ contre le comte de BloiSy son compétiteur au duché de Bretagne, ou plutôt contre Jeanne la Boiteuse, femme de celui-ci, qui s'était montrée plus souvent que lui à la tête des armées. Philippe, oncle et allié de cette dernière, n'avait pas pardonné aux Bretons l'appuidonné à sa rivale; on a prétendu, et par malheurbeaucoup de témoignages ont rendu ce fait presque authentique, qu'une fête militaire n'avait été célébréeà Paris que pour y attirer ces gentilshommes. Quoiqu'il en soit , ils se virent brusquement arrêtés , au nombre de douze; sans procès, sans même avoir été interrogés, ils furent conduits aux halles, exposés au pilori et décapités , à une petite distance de la lice dans laquelle ils avaient triomphé la veille. Le [Jus illustre de ces seigneurs par

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8& puissance et son cooragé était OlÎTier, sive de GGsso0« Non content de cette cruauté le roi de France a fit prendre en Bretagne maîstre Henry de Malestroict, frère dudit Geoffiroi de Malestroict (l'un des suppliciés), lequel Henry estoît clerc et diacre; et, pour ce qiie l'évesque de Paris lé demanda comme clerc ^ il le fit mener, en sa cité, sanschapperon, liédechaisnesde fer, en un tombc^reaû, sur un gros bois mis détravers^afin de leyilipendere,t que tous le pussent mieux voir à leur aiae« Pms aprèa, par commission que ledict roi PhiËppe irapéti^a du pape de le dé* groider de diacre et de tout autre oirdre, le fit mettre en uneécheUe.et montrer à tout le peuple de Paris, 'lequel, à la faveur de leur roi, le lapidèrent ; et. mourut trois jours après (i)* a> On donna pour prétexté .à ces exécur tions qfiie les seigneurs mis à mort avaient tràitreusemeirf: fait alliance avec le roi d'Angleterre.; mais ce crime ne fiit^paâ prouvé, et aucune forme judiciaire né pensait à- la vérité de se faire jour •

Épuisé par les acquisitions territoriales,. p£^r les guarres et même par les traités de paix,.Pbilippede Valoissongea à remplir ses coffres demeurés vides. U rendit à;Pai*is une ordonnance établissant , au profit du trésoi? royal, le monopole du sel dans tout le royaume.. Six commissaires lurent préposés à la créatioi^ de gabelles ou greniers, à sel, à la direction de ces établissements, au choix des agents inférieurs, enfin au jugement des questicms rdatives au nouvel impôt, circonstance qu'il convient de remarquer, parce que les commissaires des gabelles se trouvaient ainsi soustraits à toute autre juridiction, et en particulier à celle de

(i) Pierre Le Baud, ffist, de BMagne^

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la chambre des comptes et du Parlement, ea même temps qu'ils tiraieBt de leur institution un pouvoir san$ limite pour tout ce qui concernait la levée, l'importance, la régie de l'impôt^ le prix et la vente du 3eK Philippe VI ne se contentant pas. de cette combinaison fiscale, qui fut toujours impopulaire^ eut la pensée d'introduire en France une contribution déjà établie dans c[uelques royaumes, c'est-à*dire l'impôt du vingtième de la valeur de chaque marchandise^ perçu âii moment de chaque vente. Appréhendant toutefois des rédan^ionset de& résistances, il convoqua au mois d'août 1 343 une assemblée des états généraux du royaume, à laquelle devaient également assister les députés du Languedoc. Cette dernière province obtint de rester exempte du nouvel impôt, moyennant de fortes sommes qu'elle donna pour se racheter* Le reste du royaume subit la taxe très-lourde et très-difficile à percevoir que Philippe voulait introduire. Peu de jours après, ce roi publia une nouvelle ordonnance sur les monnaies, qui durent être réduites , mais peu à peu et graduellement, au cinquième de Jeur valepr. D'autres édits^ en vue de remédier à la disette factice que la dépréciation des qionnaies venait de causer, obligèrent les marchands de.grainsdeveiuireles blés et les farines à un prix déterminé^ sous peine de confiscation et d'amende. Ces mesures tyranniques ne pouvaient avoir pour résultat de faire naître la confiance; il est évident qu'elles soulevèrent des réclamations et des plaintes; mais les chroniques se bornent à dire : « Delà vint que les J>lés,les vins et autres vivres renchérirent énôrinément| et le peuple commença à crier et à murmurer (i). »

(i) Chroniq. de Snint^Denis, t^ Y, Ç. 43,2^

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Une ordonnance royale adressée au prévôt de Paris, le 22 février 1 348, rétablit les peines sévères portées du temps de saint Louis contre les blasphémateurs ; elle les condamnait à un mois de prison, pendant lequel elle leur imposait en outre un jeûne rigoureux. Pour la récidive il était ordonné qu'on couperait la lèvre supérieure au coupable avec un ferchaud, de manière à laisservoir ses dents. A celui qui blasphémait une troisième fois on coupait de même la lèvre inférieure; enfin à celui qui persévérait encore on coupait la langue, a pour lui ôter tout moyen d'en abuser contre Thonneur de Dieu. » Op déjà , et sous le règne de saint Louis , le souverain Pon* tife, au lieu d'approuver de pareilles rigueurs^ les avait formellement blâmées, et le pieux roi s'était vu contraint d'adoucir la sévérité excessive de ses édits.

Vers la fin de l'année i345 les états généraux delà langue d'Oil fiirent convoqués à Paris par Philippe de Valois , tandis que son fils Jean convoquait à Toulouse ceux de la langue d'Oc. La double session des états eut lieu dans les premiers jours de février i346. On y régla des questions de finances, et l'assemblée de Paris fit entendre des réclamations contre la gabelle. Le roi , pour donner satisfaction à ces plaintes , consentit à modifier son ordonnance et à introduire quelques réformes fiscales. C'est ce qui résulte d'une ordonnance rendue par le roi , le 1 5 février, après la session des états de langue d'Oil, et par laquelle Philippe VI nous apprend que « cette assemblée de prélats , barons , chapitres et bonnes villes de son royaume lui avoit témoigné que la gabelle du sel et les impositions des quatre deniers par livre estoient moult déplaisantes au peuple, et que, tant par îcelles

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comme pour les prévosts, fermiers y et les excessifs nombres des sergens , et les commissaires envoyés dans le royaume sur plusieurs cas , ledit peuple se trouvoit moult aggravé. » En conséquence , pour y porter remède f le roi interdisait les emprunts forcés opérés en son nom y ainsi que les réquisitions de chevaux, de vivres et de fourrages faites sans payement préalable; il supprimait beaucoup de places inutiles, beaucoup d'usages vexatoires, et, s'il maintenait la gabelle, ce n'était, disait-il, qu'à regret et comme taxe temporaire.

En i346 les Anglais ravagaient une partie de nos provinces et avaient remonté la rive gauche de la Seine. Rien ne put émouvoir le calme de Philippe de Valois; il laissa piller Mantes^ Poissy, insulter les faubourgs de Paris, brûler Saint-Germain, Saint-Cloud et Bourg-laiReine ; il laissa murmurer les Parisiens, se contenta de sauver sa capitale, mais ne put empêcher l'ennemi de trouver enfin un pont et d'occuper Pontoise. Alors il proposa une bataille dans la plaine de Yaugirard, ou bien entre Pontoise et Franconville. ce Je suis dans mes domaioes, répondit l'Anglais; il n'appartient à personne de me fixer l'heure ni le lieu d'une bataille. » Cependant il était obligé de quiter Pontoise; il se vengeait en ravageant Beauvais et la ville de Poix; mais il remontait vers le nord , et la bataille de Crécy, si désastreuse pour la France, et l'héroïque résistance des habitants de Calais dirent les événements de cette campagne.

Bientôt après l'Europe fut désolée par la peste noire (i348-i349)> et la France ne fut pas épargnée, non plus (fxe Paris. Un tiers de la population succomba au fléau. «En cette année 1 348, disent les chroniques, et danslasui-

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vante, il y eut à Paris et dans le royaume de France une telle mortalité parmi les hommes et les femmes, et plus parmi les jeunes gens que parmi les vidllards, qu'on pouvait à peine les ensevelir. Leur maladie durait rarement plus de deux ou trois jours; le plus souvent ils mouraient subitement, tandis qu'on les croyait encore sains et saufs... On n'avait jamais entendu, jamais vu, jamais lu que^ dans les temps anciens, une telle multitude de gens fiit morte. Jje mal semblait provenir et de l'imagination et de la contagion... Dans plusieurs villes et villages les prêtres s'éloignaient pour ne pas administrer les mourants; dans beaucoup de lieux sur vingt hommes il n'en restait pas deux en vie. Dans l'Hôtel-Dieu de Paris la mortalité fut si grande que, pendant longtemps, on emporta chaque jour cinq cents morts dans des chars, au cimetière des Innocents. «Bientôt, le terrain manquant pour inhumer ces cadavres, et l'infection qu'ils causaient commençant à se répandre^ on ferma ce cimetière et l'on en fît bénir utf autre hors de la ville, pour servir aux mêmes usages. La charité des religiaises qui desservaient le grand hôpital a été honorablement mentionnée dans les chroniques, et Ces saintes filles, y est-il dit, ne craignaient pas de s'exposer à une mort certaine en soulageant les pauvres; elles les assistaient avec unepatience et une humilité admirables. Il fallut renouveler leur communauté à plusieurs reprises, à cause des ravages qu'y fit la contagion (i). »

A Paris, en i349, la peste enleva Jeanne de Bourgogne,

(i) Le continuateur de Nangis. Tout le monde sait qu'à Avignon la célèbre Laure de Noves, chantée par' Pétrarque, mourut de la pesté noire.

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reioe de France, et sa bru, la duchesse de Normandie. On cita en outre parmi les morts Ëiudes IV, duc de Bourgogne, et Jeanne de. France, reine de Navarre. Boccace, témoin du fléau en Italie, nous en a laissé un effrayant tableau. « Tous les liens:, dit-il^ étaient rompus... Ce n'étaient plus les amis qui portaient les morts à Téglise indiquée par le ineunant , c'étaient de pauvres compagnons, des misérables salariés pour cet office;.. Beaucoup mouraieiit dans la riie; d'autres, abandonnés, périssaient dans leurs demeures; mais l'odeur infecté qui s'exlialait de leurs corps avertissait le peuple.;. Souvent on pla^it sur la même civière la femme et le mari^ le fils et le père. .. On creusait de grandes fosses où l'on entassait les morts par centaines, comme les marchandises dans un vaisseau... Chacun portait à la main des herbes dont l'odeur forte pouvait, disftit*on, préserver de la contagion; mais partout on respirait un air infecté de miasmes , de remèdes, et surtout de la puanteur des malades et des morts.... Oh! que- de belles maisons restèrent vides! Que de for* tunes sans héritiers ! Que de belks dames, d'aimable jeunes gens dînèrent le. matin avec leurs amis, qui, le soir venant (i), s'en allèrent souper avec leurs aïeux! Les plus prudents, disaient que la fuite était le seul re^ laède possible , et alors, ne s' inquiétant plus que d'euxmêmes, ils laissaient là leur pays , leur demeure, leur famille, et- s'en allaient à la campagne, où la colère de Dieu savait bien les précéder. .. De leur coté les paysans attendaient la mort*.. Ijes^boèufe, les ânes, les chèvres, les chiens même, abandonna de leurs maîtres, s'en allaient

(0 ■ Che poi, la sera vegnente, appresso neir altro mondo cenarono oolli oro pas^ti. » G. Boccneio, Giorn. orim.

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aux champs, dévoraient les fruits de la terre , et le soir, quand ils étaient repus, rentraient au gîte sans berger, et comme des créatures douées de raison... Â la ville répouvante était si forte parmi les hommes que les pa- ' rents eux-mêmes ne se visitaient plus. »

Cette grande calamité, qui, en quelques années, enleva le tiers du genre humain, ne passa point sur VAàe et l'Europe sans exalter les fureurs ignorantes des multitudes. Les vieilles liaines que Ton portait aux juifs se ravivèrent ; on attribua aux malheureux descendants d'Israël tous les malheurs qu'entraînait la contagion ; on les accusa d'avoir empesté Tair et les eaux; on les poursuivit dans presque toutes les contrées occidaitales et on en fît périr un grand nombre. Le pape Clément VI essaya d'arrêter cette coupable persécution; par une bulle datée du 8 juillet i344 îl défendit expressément à tout chrétien de forcer les juifs à se faire baptiser, de leur imputer des crimes imaginaires, d'attenter à leur vie ou à leurs biens, d'exercer contre eux des actes de rigueur sans l'ordre ou la sentence des juges légitimes. Ce premier décret n'ayant point suffisamment épouvanté les persécuteurs des juifs, le pape revint à la charge, et, par une bulle du 26 septembre , il enjoignit aux évêques de veiller à ce que les juifs fussent mis à l'abri de tous sévices et de toute violence.

Le 19 janvier i35o Philippe de Valois épousa Blanche de Navarre ; le 9 février, son fils aîné, Jean, duc de Normandie , épousa' la princesse Jeanne, héritière des comtés de Boulogne et d'Auvergne, et qui, déjà veuve de Philippe de Bourgogne, administrait, au nom de son fils encore en bas âge, les comtés de Bourgogne et d'Artois.

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Ce prince survécut peu de temps aux guerres, aux calamités , aux alliances dont nous avons esquissé le souvenir. Parvenu à Tâge de cinquante-huit ans Philippe VI mourut à Nogent-le-Roi, le 22 août i35o^ laissant la France humiliée par l'Angleterre, décimée par la peste et ruinée à la fois par le fisc, par l'usure et par la guerre,^ Ce prince n'avait d'ailleurs manqué ni de volonté ni de courage, mais les circonstances dépassèrent de beaucoup ses forces. Au milieu des désastres qui l'accablaient il essaya de protéger les études; il fonda des collèges et fît prospérer l'université de Paris.

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