‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 4)Chapitre 21 sur 82 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Pam «ont Gharkf V, dit le Sage (1364-1880 ).

Charles V était formé à la dure école de Tadversité; il en mita profit les leçons. Ce fut un prince prudent^ habile, ami de la paix, et sachant diriger la guerre du fond de son cabinet.

L'intérieur du royaume était pillé, ravagé, désolé par des bandes de militaires licenciés et d'aventuriers audacieux, qui se donnaient le nom de grandes compagnies; les coffres de TÉtat étaient épuisés par la rançon de Jean; Tautorité royale affaiblie par des révoltes., celle des états généraux mal définieet contestée. L'anarchie et le désordre étaient partout.

Par les soins d'Edouard III, roi d'Angleterre, le corps du roi Jean fut ramené à Paris, déposé d'abord à l'abbaye Saint-Antoine des Champs , puis conduit en cérémonie à la cathédrale, et de là à Saint-Denis, oîi il fut inhumé le 7 mai. Le cercueil royal était porté , suivant la coutume, par les gens du parlement de Paris, « pour ce qu'ils représentent, disent les chroniques, la personne du roi au faict de la justice, qui est le principal membre de sa couronne, et par lequel il règne et a seigneurie (t). » Ce pieux devoir n'aurait pu être rendu au prince par les officiers du parlement si le nouveau roi ne les eût , dès le 2S avril

(i) Chron^ de Saint-Denis, U VI, p. a3i.

(laiMIID LIYRE V11I« CHAPITRE III. iSp

précédent, confirmés dans leurs fonctions; car à cette époque les charges de justice étaient censées vacantes par la mort du roi (i). Aussitôt après la mesàe des funérailles Charles < alla au préau du cloistre de Téglise de Saint- Denis, et là, appuyé à un figuier estant audit préau, reçut l'hommage des Pairs et des grands barons (a) ; » puis il partit pour Reims, jOU il fiit sacré, le 19 mai , avec la reine sa fenime, Jeanne de Bourbon^ par l'archevêque Jean de Craon.

Au retour de leur sacre le roi et la reine firent leur entrée solennelle à Paris le ^4 mai* « Us allèrent d'abord faire leurs prières à Notre-Dame, et se rendirent ensuite au palais, où il y eut festin et joutes l'après-dinée. Le recteur de l'Université, à la tête des quatre facultés, harangua le roi le même jour sur son avènement à la couronne, loc lendemain il y eut encore au palais un festin où tous les évêques présejats à Paris furent invités. Le repas fut suivie comme la veille , d^une grande joute où le roi de Chypre se distingua (3). »

Charles, justement surnommé le Sage , travaillait à rétablir à Paris la sécurité et l'ordre, à, fair^ rentrer ses vas- . saux daiis l'obéissance et h délivrer la France des Anglais. U ne nous appartient pas d'aborder le récit de ceux de ces grands événements qui nç se rattachent pas directement aux annales de Paris; it nous suffira de les indiquer.

La guerre avait éclaté de nouveau entre les. Anglais et la France. L'Angleterre se mit en devoir de conserver ses conquêtes. Pendant que le prince 4^ Galles marchait vers

(i) Félibieo, t. , p. 65a.

(a) Chron, de Saint-Venis, t. Vï, p a3^.

(3)Féllbîeii,t.I,p.65a.

l6o HISTOIRE DE PARIS. ^ (IMMUf)

le Poitou avec une armée et ternissait sa gloire en livrant la malheureuse ville de lâmoges à la fureur de ses troupes^ un chef d'aventuriers, nommé Robert Knolles, envaliissait le nord, à l'instigation d'Edouard III, et poussait ses ravages jusqu'aux portes de Paris. Dans ce double danger du Guesciin, malgré ses refus, se vit contraint d'accepter l'épée et le rang de connétable. Ainsi un pauvre chevallier breton occupait la seconde place du royaume, et le roi plaçait sous ses ordres même les princes du sang. Cette haute confiance ne fut point trompée ; la victoire suivit partout le connétable. Pendant qu'il triomphait sur terre , les flottes française et castillane , sous les ordres d'Yvain de Galles, détruisaient les vaisseaux du roi d'Angleterre en vue de la Rochelle. La campagne suivante produisit des avantages plus considérables (1371); le Poitou, l'Aunis^ la Saintonge rentrèrent sous la domination de la France. Edouard voyait toutes ses conquêtes lui échapper pièce à pièce, et dans son dépit disait, en parlant de Charles Y : « Jamais roi ne s'est moins armé et ne m'a donné tant à faire. »

Vers le même temps (1372) une puissante armée anglaise débarqua à Calais et traversa du nord au midi toute la France. On ne risqua contre elle aucune bataille rangée ; on se contenta de fermer les places et d'aifamer les campagnes. Ce système réussit; l'armée anglaise brûla beaucoup de villages et de moissons, mais elle périt presque tout entière par la famine ou les maladies.

Ijcs premières années du règne de Charles V n'avaient pas entièrement été absorbées par la guerre ; les chroniques mentionnent des cérémonies et desfétes, des améliorations et des travaux qui réjouirent le peuple de Paris ou

(13W1880) LIVRE VIII. CHA.PITRE III. j6i

attestèrent le soin que prenait le roi d'assurer le bien-elre et la splendeur de cette ville.

En i366 le duc de Bretagne, Jean IV, était venu à Paris rendre Thommage féodal à Charles V, son suzerain, et la solennité avait eu lieu en grande pompe, a Et le nouveau vassal, disent les naïfs historiens de l'époque, se partit du roy en bonne grâce et amour, comme il sembloit; et si lui fist le roy de beaux dons de joyaux et de chevaux (i). » Félibien ajoute que dès l'année i364 le roi Charles avait donné au duc de Bretagne V hôtel de Bourbon ou de Forests, situé rue de la Harpe, près de la rue Pierre-Sarrazîn (2).

Tandis que les Français et les Anglais guerroyaient en Espagne pour ou contre don Pèdre, la courtoisie chevaleresque du roi de France accueillait avec magnificence à Paris l'un des fils d'Edouard. « L'an de grâce i368 , le dimanche 16 avril, jour de Quasimodo , messire Lyonnel, duc de Clarence, second fils du roi d'Angleterre, vint à Paris, allant en Italie. Monseigneur Jehan, duc de Berry , et messire Philippe 5 duc de Bourgogne, frères germains du roi de France , allèrent jusqu'à Saint-Denis à sa rencontre et le menèrent descendre droit au Louvre, où étoit ledit roi, qui le reçut fort honorableriient. Il eut sa chambre bien parée et ornée , et dîna et soupa au Louvre avec le roi. Le lendemain ledit Lyonnel dîna avec la reine en rhôtel du roi, près de Saint-Pol , et l'on y fist une très-grande feste. Et après dîner, quand on eut dansé et joué , ledit Lyonnel et les deux frères du roi , qui l'accompagnoient partout, s'en 'retournèrent au Louvre

(1) Chron, de Saint^Denis, t. VI, p. a43. (a) FélibîeD, 1. 1. p. 657.—

HI8T. DE PARIS. — T. II. 11

ï62 HISTOIRE DE PARIS. (IBCMMO)

vers le roi et soupèrent avec lui. Et le mardi ensuivant, dix-huitième jour du mois d'avril , lesdits ducs de Berry et de Bourgogne donnèrent à dîner et à souper audit Lyonnel et à ses chevaliers et à d'autres personnes/ en l'hôtel d'Artois, puis ils allèrent coucher au IjOûvre. Et le mercredi ensuivant ledit Lyonnel dîna et soupa avec le roi, qui lui fit, ainsi qu'à ses gens , de grands dons qu'on estimoit à vingt mille florins et plus (i). »

Bientôt après, le 3 décembre i36d, l'enfant royal, qui fut depuis le malheureux. Charles VI , naquit en Vos^ tel près Saint^Pol. Le roi, disent les chroniques, alla à Notre-Dame , et fit chanter une belle messe devant l'image de la sainte Vierge, à rentrée du chœur; après quoi il fit donner aux ordres de Paris grand* /bison de florins ^jusques au nombre de trois mille et plus*

« Le mercredi ensuivant ledit fils du roi fut baptisé en l'église de Saint-Pôl par la manière ^i s'ensuit. Dès le jour de devant avoîent été faites des enceintes de bois devant l'église, et dansTéglise devant les fonts baptismaux, par craintequ'il n'y eust trop presse de gens. Premièrement il y avoit devant ledit enfant deux cents valets portant des torches , qui tous demeurèrent dans la rue , à l'exception de vingt-six qui entrèrent dans l'église. Après étoient messire Hue de Châtillon^ seigneur de Dampierre, maître des arbalétriers , qui portoit un cierge en sa main , et le comte de Tancarville , qui portoit une coupe en laquelle étoit le sel , et il avoit au cou une toile dont ledit sel étoit couvert. Et après venoit la reine, Jeanne d'Evreux, qui presque portoit ledit enfant sur ses bras. Monseigneur Ghar-

(i) Chron, de Saint^Denis,, t. VI, p. a5i.

(«8W1SW) LIVRE VIII. CHAPITRE III. r63

les, seigneur de Montmorency, et monseigneur Charles, comte de Dammartin , étoient à coté d'elle. Ils sortirent ainsi dudit hôtel du roi par la porte qui est au plus près de Téglise. Et tantôt après ledit enfant étoient le duc d'Orléans, oncle du roi , le duc de Berry , le duc de Bourbon, frère de la reine, et plusieurs autres grands seigneurs et dames ; la reine Jeanne, la duchesse d'Orléans, sa fille, la comtesse d'Harcourt et la dame d'Albret, sœur de la reine 9 lesquelles étoient bien parées en couronnes et en joyaux ; et après plusieurs autres dames et demoiselles bien parées et bien ornées (i). El ainsi fut apporté l'enfant jusqu'à la porte de l'église de Saint*Pol , à laquelle porte étoient, attendant ledit enfant, le cardinal de Beauvais, qui baptisa l'enfant , et le cardinal de Paris , en sa chape de drap, sans autres ornements, et les archevêques de Ijyon , de Sens, et les évêques d'Évreux, de Coutances, de Troye , d'Arras , de Meaux , dé Beauvais , de Noyon et de Paris , et les abbés de Saint-Denis , de Saint-Germain des Prés , de Sainte-Geneviève , de Saint- Victor, de Saint-Magloire , tous en mitres et en crosses. Et le tint sur les fonts ledit seigneur de Montmorency, et fut appelé Charles , du nom desdits seigneur de Montmorency et comte de Dammartin. Et après fut reporté ledit enfant à l'hôtel de Saint-Pol , par le cimetière de l'église et par une porte par laquelle on entroit audit hôtel , pour la presse qui estoit devant ladite église. Et celui jour le

(i) « Le tableau de cette proceBsioo, fort exact,] du moins pour les premiers personnages jusqu'au comte de Dammartin , inclusivement, se reconnaît dans une miniature en manuscrit de Charles V, f> 446, v^. » Bibl. impér., ancien fonds, w» 8396, in-folio. (Càrûn. de Saiat^Denis, t. VI, note de M. Paris.)

l64 HISTOIRE JDE PARIS. (ISIK-ISSO)

roi fit distribuer, en la couture Sainte-Catherine (du Valdes-Écoliers), huit parisis à tous ceux qui se présentèrent; et il y eut si grant presse que plusieurs femmes y furent mortes (i).»

Vers la même époque on eut à réprimer à Paris une nouvelle secte. « Le dimanche 4' jour de juillet 1372 furent ars en Grève , à Paris, la secte, les abits et les livres des Turlupinsy autrement nommés la compaignie de povretéj condamnés de hérésie par messire Mile de Dormans, lors évêque d'Angers et vicaire de Tévêque de Paris , et par l'inquisiteur des hérétiques. Et ce jour en furent deux condamnés : un homme qui étoit mort en la prison de l'ëvêque de Paris durant son procès , par l'esgace de quinze jours ou environ avant ladite condamnation ^ et une femme appelée Péronne d'Aubenton, autrement de Paris. Et ce dimanche furent ars (brûlés) audit lieu de Grève l'abit et les livres ; et le lendemain j jour de lundi , furent ars , en la place aux Pourceaux, à Paris, ladite Péronne et ledit mort, qui toujours, depuis sa mort , avoit esté gardé en un tonneau plein de chaux (2).»

Charles V, rebuté par le souvenir des troubles qui avaient agité le dernier règne et mis sa vie en péril, se défiait des états généraux et s'abstenait autant que possible de les convoquer. Pour se passer de leur contrôle il établit^ sous la dénomination d'aides ordinaires, la permanence de l'impôt, violant du même coup les franchises féodales et les franchises municipales.

Sous le règne de Charles V, et par les soins de ses ha-

(i) Chron. de Saint-Denis^ t. VI, p. 297. (a) Ibid,

(13641580) LIVKE VIII. CHàPiTRË 111. l65

biles miaistres^ les contributions, bien que fort augmentées, se percevaient avec régularité et étaient employées avec économie, si bien que la charge du peuple semblait moins lourde. L'ordonnance du a4 janvier l'iyS, sur la vente du sel, avait déjà indiqué un progrès marqué dans le con* troleet la simplicité des perceptions. Lesaides, portant sur les objets de consommation, frappaient tout le monde, le noble et le clerc comme le roturier, et c'était un grand soulagement pour le peuple pauvre. Charles V fut le premier à contraindre chaque famille à acheter aux greniers royaux la quantité de sel qu'on supposait lui être nécessaire, sans qu'elle pût se dispenser de faire cette onéreuse acquisition. Il y avait là oppression et violence, mais les besoins de l'État étaient si impérieux qu'on se trouvait forcé de récourir à ce dangereux expédient. Au lieu de payer lui-même le gage des gens de justice Charles V eut l'étrange idée de leur donner pour salaire les amendes qu'ils prononceraient. Cette innovation n'était point heureuse; elle devait tourner contre les contribuables et faire suspecter l'impartialité des juges. Les états convoqués sous le dernier règne avaient institué des commissaires généraux, et au-dessous d'eux des élus pour la répartition et la perception de l'impôt. Charles Y conserva ces officiers, qui devinrent des fonctionnaires choisis par la couronne et ne relevèrent plus de l'élection, sinon dans quelques ressorts. Ces officiers , multipliés dans la suite , firent donner aux pays où ils furent établis le nom A' élections et celui de généralités. Les élus veillaient à la perception et à la répartition des impôts, et jugeaient en première instance les questions contentieuses en matière de finances ; les « généraux pour le fait de finances m centralisaient les

l66 HISTOIRE D£ PARIS. (1SM*13M)

recettes^ et les << gënëraux. pour le fait de justice » jugeaient en dernier ressort les procès concernant les impots. Telle fiit l'origine de ce qu'on appela ^ au quinzième siècle, la cour des Aides. Au commencement de son règne Charles V avait essayé d'établir la liberté de l'industrie, permettant « à tous ceux qui pouvoient faire œuvre bonne d'ouvrer (travailler) en la ville de Paris; » mais les mœurs et les préjugés, plus puissants que la loi , ne permirent pas à cette réforme d'avoir quelque durée, et il fallut attendre quatre siècles pour la réaliser.

Le commerce de Paris, déjà fortement organisé, trouva dans le roi Charles V un protecteur intelligent et éclairé. Grâce aux efforts de ce prince et de son gouvernement, la juridiction du prévôt des marchands et des échevins forma un corps municipal qui embrassait presque toute la ville dans son ressort. La nécessité où se trouva le gou* vernement d'imposer différentes aides sur les Parisiens accrut encore ^autorité de ce corps municipal. Les rois lui attribuèrent la connaissance des contestations entre les collecteurs et les habitants, et jusqu'à la révolution de 1 789 l'imposition de la capitation se fit par le prévôt des marchands et les échevins. Us furent chargés d'une partie de la police, de présider les assemblées des jurés , etc. , etc. Les affaires concernant le commerce se traitaient en commun. Les marchands se rendaient, pour tenir leurs conférences, dans un lieu appelé de toute ancienneté le Parlouer aux bourgeois. Ces assemblées se tenaient, sous la première race, au lieu occupé dans la suite par les Jacobins de la rue Saint- Jacques. Sous les derniers descendants de Charlemagne, cette partie de la ville ayant été détraite par les ravages des Normands, le Parlouer aux bourgeois fut

(tt6».|IM) LIVRE VIII. CHAPITRE IIJ. 167

transféré dans uoe ndaiaoa.près du grand Chàtelet , où l'on continua de s'assembler jusqu'aux dernières années du règne du roi Jean. Ce fut pendant, la prison de ce prince que Marcel et les échevins firent l'acquisition d'une maison située sur la place de Grève et appelée la Maison OÂAX Piliers. Ce bâtiment avait anciennement appartenu aux Dauphins de Viennois. Le prix de cet achat fut de deux mille quatre cents florins d'or (environ trente-deux mille cinq cents francs) .

Charles V avait renoncé à résider en sa demeure royale du Louvre et avait fait construire l'hôtel Saint-Pol ou Saint-Paul, dans un emplacement qui , de nos jours , se trouve près de l'église Saint-PauUSaint-Louis; il avait donné à cette résidence le nom solennel d'hôtel des grands esbattements. Dans les lettres patentes par lesquelles il réunissait ce palais irréi^cablement au domaine de la couronne, il déclara qu'il le faisait ce pour la singulière affection qu'il portoit audit hôtel, auquel, en plusieurs plaiârs, il avoit acquis et recouvré, à l'aide de Dieu^ santé de plusieurs grandes maladies. » Quoique ce palais fût somptueux pour le temps, c'était moins la magnificence des bâtiments que l'aspect riant de ses jardins, étendus le long des bords de la Seine, qui faisait, de ce séjour Ufi lieu de délices pour le roi.

Jusques à Charles V, et depuis l'avènement des Valois, nos souverains avaient eu pour ré^ydence 'tantôt le palais de la Cité, qu'ils allaient abandonner au Parlement, tantôt la forteresse appelée la grosse Tour du Louvre. C'est dans cette tour, comme on l'a vu plus haut, qu'à dater de Philippe* Auguste les hauts barons , les grands feudataires étaient venus , l'un api*ès l'autre , prêter aux rois ser-

lG8 HISTOIRE D£ PARIS. (iSM-iSM)

ment et hommage. Alors on ne disait pas que telles terres, telles seigneuries étaient soumises à l'autorité du prince , mais, suivant la formule féodale, ondisaitqu^ elles relepaient delà grosse Tour du Louçre. Charles V répara et accrut ce palais. <c Le chastel du Louvre, dit Christine de Pisan, (ist édifiera neuf moult notable et bel édifice, a La grosse Tour, nommée Tour Neuue, Tour Ferrand^ Tour Philip-^ fine, était ronde et entourée d'un fossé large et profond ; ses murs avaient treize pieds d'épaisseur près du sol et douze pieds aux étages supérieurs ; elle communiquait au reste du château par un pont et une galerie de pierre ; une porte de fer en interdisait l'entrée. Par quatre autres portes fortifiées, appelées pàrteauXj on pénétrait dans les bâtiments du Louvre ; mais la principale entrée ( voir la gravure ci-contre) donnait sur le bord de la Seine. L'intérieur du château renfermait une chapelle, un arsenal , des jardins et un grand nombre de cours.

Toujours dominé par le souvenir des épreuves qu'il avait endurées sous sa régence et durant la captivité du roi Jean, Charles V crut devoir élever, en avant de la porte Saint- Antoine et à l'extrémité de la rue de ce nom, une sorte de forteresse destinée à tenir le peuple en respect et à servir de prbon aux criminels d'Etat; nous voulons parler de la trop fameuse Bastille dont la première pierre avait été posée en iSôg, et qui fut construite sous la direction de Hugues Aubriot , prévôt des marchands. Charles Y fut un grand bâtisseur; il éleva les châteaux de Beauté, de Plaisance et deMelun ; il songea à unir par un canal la Ivoire à la Seine ; il ne négligea rien pour réparer les désastres de nos Hottes. Christine de Pisan, qui a écrit la vie de Charles V, donne sur le caractère et les habitudes

13»i^U80) LI\AE Vlll. CHAPITllE 111.

Page 1