‹ Histoire de Paris, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 5)Chapitre 7 sur 39 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Agrandissement de Paris sous les premiers Valois. — Nouvelle

enceinte.

Nous avons à plusieurs reprises parlé des agrandissements de l'ancien Paris, de César à Philippe -Auguste. Lorsque cette ville se trouvait renfermée dans l'île de la Cité elle avait pour défense une épaisse muraille et pour fossé le lit même de la Seine ; deux places d'armes, le Grand et le Petit-Ghâtelet, couvraient les points qui rattachaient l'île aux deux rives opposées du fleuve. On a vu que, dès la période capétienne, une seconde enceinte avait été construite pour protéger les quartiers, les faubourgs et les bourgs qui s'étaient successivement établis au nord et au midi de la ville. Cette enceinte, que beaucoup d'historiens attribuent à Louis le Gros, n'avait pas tardé à devenir trop étroite, et nous savons que, vers l'an 1 1 88, avant de partir pour la croisade, Philippe-Auguste avait prescrit aux bourgeois de Paris de faire travailler immédiatement à l'édification d'une enceinte nouvelle , garnie de tours et de portes. On sait que la portion septentrionale était terminée, vers 1208, lorsqu'on entreprit de bâtir l'enceinte méridionale , qui fut presque entièrement construite avant la fin du règne de ce même souverain. On sait également quel était au nord et au midi le parcours de la troisième enceinte de Paris. Le mur septentrional partait de la rive droite de la Seine , un peu au-dessous du lieu ou aboutit le pont des Arts, point où

s'élevait alors une tour ronde longtemps nommée Tour qui fait le coin. De cette tour il décrivait une vaste ligne circulaire dont nous avons mentionné ailleurs le tracé, et venait aboutir au fleuve, entre les rues de l'Étoile et de Saint-Paul, vers le milieu du massif de bâtiments qui, de nos jours, sépare le quai des Ormes de celui des Célestins. Là était construite une autre tqur sous l'abri de laquelle fut ouverte la porte Barbelle ou Barbéel-sur-l neau. Nous rappelons également que, sur la rive gauche, l'enceinte commençait à la fameuse Tournelle ou Tour de Nesle, sur l'emplacement de laquelle s'élève aujourd'hui le pavillon oriental de l'Institut. L'enceinte, de ce même coté, enveloppait l'Université et plusieurs faubourgs, et, vers l'extrémité de la rue des Fossés-Saint-Bernard, aboutissait au fleuve et s'y rattachait à une autre petite forteresse également nommée la Tournelle. Des inscriptions posées rue Daupbine, n° 5o, rue Saint- Jacques, à l'angle de la rue Saint-Hyacinthe, dans la cour de la maison Oudot, et rue Mouftard, n0iO9, indiquent la place qu'occupaient alors les portes de Buci, Saint-Jacques et Saint- Marcel. Les travaux de continuation de la rueSoufflot ont amené la destruction d'une cour et d'une courtine à laquelle les Jacobins avaient adossé leur couvent vers la fin du treizième siècle. Un fragment du mur de Philippe-Au-^ guste existe dans la rue Clovis, près la rue des Fossés- Saint-Victor ; on peut aussi voir un autre reste de tour dans une autre maison de la rue Mazarine, derrière l'Institut.

De très-vastes espaces, couverts de bois, de jardins ou de vignes , se trouvaient enveloppés dans l'enceinte de Philippe- Auguste. En moins d'un siècle ils avaient été successivement livrés aux constructeurs de quartiers et de

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rues, et des milliers d'habitations, pour la plupart petites, sombres et mal aérées, avaient été élevées sur ees cultures. Une fois l'enceinte bien garnie d'édifices , d'hôtels , de maisons et de ruelles, il avait fallu de nouveau bâtir des bourgs aux abords des portes de Paris et peupler la banlieue. Les quartiers de la rive droite , qu'on appelait la Ville ou rOutre-Grand-Pont, étaient habités par une bourgeoisie riche et commerçante, et, alors comme aujourd'hui, constituaient à eux seuls la plus grande partie de Paris. Les quartiers d'Outre-Petit-Pont ou de l'Université, sur la rive gauche, étaient beaucoup moins étendus, quoique fort considérables ; leur population , qui excédait à peine celle de la Cité , était généralement adonnée aux lettres, aux arts et aux sciences. Le berceau de Paris, l'île de Lutèce, était couvert d'édifices publics et d'églises , et dans les intervalles qui séparaient les palais, les monuments, les marchés, d'ailleurs fort peu grandioses, de la Cité, on avait ouvert comme au hasard un labyrinthe de rues étroites, de ruelles tortueuses et sombres , que peuplaient alors des marchands , des bourgeois, des magistrats, des officiers publics , et qui , après avoir servi depuis trois siècles d'asile à une population moins distinguée, tombent aujourd'hui sous le marteau des démolisseurs et font place à de vastes et utiles monuments.

Les divisions administratives de la ville étaient alors les mêmes que les divisions ecclésiastiques. Le quartier de la Fille (la rive droite) renfermait quatorze paroisses, la Cité douze et V Université huit, sans compter Saint Marcel et Saint-Germain des Prés, dont la circonscription, en trèsgrande partie, était demeurée en dehors du mur d'enceinte. Paris tout entier se trouvait donc réparti en trente -quatre

paroisses, nombre que l'on peut porter à trente-cinq en y comprenant l'église Notre-Dame des Champs, à laquelle le titre de paroisse n'était point encore donné, mais qui en avait l'importance. D'après de savantes explorations, qui font honneur à M. Géraud, Paris comptait, à la fin du treizième siècle, outre ses trente-quatre paroisses, trois cent cinquante-deux rues, dix places, onze carrefours, vingt-cinq portes, trois ponts, cinquante couvents, hôpitaux et chapelles, soixante- quatre monuments affectés au service de l'État ou de la ville, et vingt-six bains publics. Sa superficie (intra muros) était d'environ sept cent quarante arpents (mesure de Paris ), et sa population, s'il est permis d'asseoir cette évaluation sur des bases contestables et incertaines , atteignait un chiffre d'environ deux cent quinze mille âmes.

Vers le milieu du quatorzième siècle Etienne Marcel, durant les orages de sa magistrature populaire , entreprit d'agrandir l'enceinte de Paris, et les travaux qu'il ordonna dans ce but furent à la fois poussés vigoureusement sur tous les points extrêmes des quartiers de la rive droite. En même temps, et par ses ordres , de nombreux ouvriers furent employés en permanence à réparer et à remanier les anciennes murailles qui , depuis Philippe-Auguste, ceignaient les quartiers de la rive gauche. Sur les deux rives on fortifia les portes par des tours et d'autres ouvrages ; on creusa au pied des remparts des fossés largeset profonds, avec des contre-fossés, et l'on put en remplir quelques-uns à l'aide des eaux de la Seine. Par suite de ces travaux, et avec moins de formalités qu'on n'en met aujourd'hui à évincer les propriétaires dont il faut abattre les maisons, on déposséda diverses communautés religieuses, notamment les

Cordeliers, les Jacobins, les moines de Saint-Germain des Prés, de Sainte-Geneviève et de Saint-Victor, des terres et des bâtiments qui leur appartenaient dans une zone assez étendue autour de l'enceinte. Plus tard on lesdédommagea par la concession de divers domaines ou par l'attribution de certains droits et privilèges.

Les faubourgs de la rive gauche ne furent pas autrement défendus, l'autorité se réservant de les détruire si l'intérêt public en faisait une obligation et en cas de siège. Il n'en fut pas de même sur la rive droite du fleuve, dans la Ville proprement dite. De ce côté les faubourgs constituaient déjà des quartiers populeux et étendus ; le Temple Saint-Paul, Sainte-Catherine, Saint-Martin , les Filles- Dieu, Saint-Sauveur, Saint-Honoré, les Quinze-Vingts, le Louvre lui-même se trouvaient situés au delà des murs ; Etienne Marcel résolut de les comprendre dans Paris. La nouvelle enceinte entreprise , par ses soins, durant la captivité du roi Jean et la régence du Dauphin, n'était pas entièrement terminée lorsque Charles V monta sur le trône. Ce prince, comme on l'a vu plus haut, était un grand bâtisseur; il acheva la construction des remparts de Paris.

La quatrième enceinte se composait en principal d'un mur crénelé, reliant entre elles des tours carrées que, dans le langage du temps, on appelait bastilles. Nous avons déjà mentionné celle de ces bastilles ( voir ci-contre ) qui existait à la porte Saint- Antoine et qui servit si longtemps de château fort et de prison; nous ne tarderons à la décrire plus complètement. Quant à la muraille, flanquée de ces nombreuses tours et protégée, de distance en distance, par des pièces de canon déjà en usage, elle était environnée au

dehors de fossés larges et profonds, garnis d'arrièrefossés. Cet ensemble reposait sur un terrassement en élévation formé par les terres qu'on avait extraites des fossés et disposées en talus d'escarpe. Le mur lui-même était couronné de créneaux ; les parapets crénelés des tours et des portes reposaient sur des consoles dentelées, dont les intervalles formaient des vides nombreux, nommés mâchicoulis. Un nombre considérable d'appendices et d'ouvrages en saillie sur les fossés s'y trouvaient placés de distance en distance, qui permettaient de faire tomber des projectiles sur les assaillants devenus maîtres des fossés. Le grand fossé s'ouvrait, du coté de la campagne, à quelques mètres du pied de la muraille d'enceinte. Il avait trente mètres au moins de largeur et était creusé en entonnoir jusqu'à la profondeur de sept à huit mètres, non compris la cunette, étroit canal pratiqué au fond. Un intervalle de plusieurs mètres séparait le grand fossé. L'espace compris entre les deux fossés formait une chaussée que l'on nommait butte en dos crâne, et sur laquelle se trouvaient construits les avant-portes fortifiées qui précédaient les portes principales. Du côté

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de la ville le rempart offrait une terrasse gazonnée formant une espèce de colline à laquelle le mur d'enceinte servait de revêtement du coté du fossé. Entre le rempart et la ville régnait un chemin de ronde d'où partaient, de distance en distance, des montées ou rampes en pente douce destinées à faciliter le transport des machines de guerre sur la plate-forme (i).

La nouvelle enceinte , partant de l'ancienne porte Barbette , située à l'extrémité orientale du quai des Ormes, remontait sur le bord de la Seine jusqu'au point ou débouche le fossé actuel de l'Arsenal. A l'angle formé par ce fossé et par le cours de la Seine on éleva une tour ronde, trèshaute, nommée tour de Y Ecluse ou de Bill y , et qui a subsisté jusqu'en 1 538, époque où elle fut détruite par l'explosion des poudres qu'elle renfermait. De ce point la muraille suivait la direction du fossé jusqu'à la rue et jusqu'à la bastille Saint-Antoine. De cette petite forteresse , qui reçut plus tard des agrandissements considérables , la muraille, laissant le boulevard actuel en dehors, suivait la direction de la rue Jean-de-Beauvais jusqu'à la rue du Temple, où était une autre porte fortifiée, appelée bastille du Temple; puis celle de la rue du Rempart (rue Meslay) jusqu'à la rue Saint-Martin , où se trouvait une porte du même nom. De là , suivant la ligne de la rue Sainte-Apolline, l'enceinte aboutissait à la bastille Saint-Denis ; puis, se dirigeant le long de la rue Saint-Cdme du milieu des Fossés (rue Bourbon-Villeneuve et rue Neuve-Saint-Eustache), elle arrivait à Importe Montmartre, située dans cette rue. L'enceinte se continuait par la rue des Fossés-

(i)M. A.-J. Meindre , Hisl . de Paris.

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Montmartre, traversait la place actuelle clés Victoires, coupait l'emplacement de l'hôtel de Toulouse, aujourd'hui Banque de France , celui de la rue des Bons-Enfants et de la rue de Valois, et enfin le terrain occupé de nos jours par le jardin du Palais-Royal. Le mur, traversant ensuite ce jardin et la rue moderne qui porte le nom de Richelieu, suivait la rue du Rempart et arrivait à la porte Saint- Honoré. De là, suivait la direction de la petite rue Saint-Nicaise , aujourd'hui démolie, il se prolongeait jusqu'à la Seine et aboutissait à la Tour de Bois.

Par la construction de cette enceinte l'église Saint- Paul, le monastère du Petit-Saint-Antoine, celui de Sainte- Catherine du Val-des-Écoliers, les bourgs de Saint-Paul, du Temple, de Saint-Martin, une grande partie du village appelé Villeneuve, l'église Saint-Sauveur, celle de Saint- Honoré, le bâtiment des Quinze-Vingts, les églises de Saint-Thomas du Louvre, de Saint-Nicolas, etc., enfin le château du Louvre, auparavant situés hors de la ville, se trouvèrent, pour la première fois, compris dans son intérieur et protégés par des remparts.

L'île Saint-Louis, alors nommée Isle de Notre-Dame, fut aussi fortifiée par un fossé qui la divisait en deux parties et par une tour qu'on appelait tour Loriaux. Le cours de la Seine, du côté d'amont comme du côté d'aval, était fermé par des chaînes tendues à travers la rivière.

La réparation de la muraille de l'enceinte méridionale , l'extension considérable donnée à l'enceinte de la partie septentrionale, les constructions et le creusement des fossés coûtèrent, en monnaie du temps, 162,520 livres tournois, somme qui aujourd'hui équivaudrait à près de 800,000 francs.

Dans le livre des antiquités de Paris Sauvai nous a transmis quelques détails, trop minutieux peut-être, au sujet de cette enceinte.

« Tous les historiens disent que cette clôture fut résolue depuis la prison du roi Jean, pour mettre à couvert les faubourgs des courses de l'Anglois, qui se préparait à venir assiéger Paris. Quant à ceux qui ont parlé de cette clôture, tous conviennent qu'en 1 358 Etienne Marcel, prévôt des marchands, fit des murailles et des fossés depuis le bord de la rivière, où est maintenant l'Arsenal, jusqu'à cette fausse porte que nous nommons la Porte-Neuve, où furent employés quatre mille ouvriers qui, en un an, achevèrent l'ouvrage. Le continuateur de Nangis cependant, qui y vit travailler, assure, au contraire, que Marcel fut tué en i358, que de son temps on ne fit que des fossés et des arrière- fossés avec de petits murs entre deux, qui furent garnis de quelques portes, tours et bastilles, munis d'hommes, d'arbalètes, de traits et de toutes les autres machines de guerre de ce temps-là, et que le tout fut commencé en i356, deux ans auparavant, et de plus que les fortifications n'étoient pas encore faites en 1367... En 1 3 56 on commença à creuser des fossés tout autour du quartier de la Ville et de l'Université, et, pour fournir aux frais, il fut mis un impôt sur le vin, la bière et sur les autres breuvages, tant de la ville que des faubourgs; et quoiqu'alors on n'y travaillât que par l'ordre du prévôt des marchands, à la vérité en apparence avec le consentement du Daupbin, les bourgeois avec tout cela, qui furent chargés du soin et de la conduite de l'ouvrage, voulurent être déchargés de la recepte de l'argent qui se levoit et du payement , ce qui fut fait quant à la recepte et à la mise ;

mais quant à l'ouvrage ils en furent toujours les conducteurs et les ordonnateurs. A l'égard donc de l'impôt et de la levée des deniers, Pierre d'Esparnon, changeur, fut choisi, avec plusieurs comptables, afin de recevoir des mains de ce nouveau receveur l'argent, le distribuer aux pionniers et en rendre compte au prévôt des marchands. La même année, le 1 5 octobre, un mois ou environ après la prison du roi, Marcel, prévôt, avec les échevins., qui étoient Charles ïoussac , Pierre Bourdon , Jean Belot et Philippe Giffart, se rapportèrent à dix-huit bourgeois de la conduite de tous les fossés. Jacques et Nicolas le Flamand , Jean de l'Isle le jeune et Jacques du Ghâtel eurent le soin de ceux qui furent creusés depuis les Tuileries jusqu'à la chaussée de la rue Saint-Denis, près les Filles-Dieu. Jean de Pacy, Jean du Cellier, Jacques de Boullay, Jean Arrode, Simon Le Pauhnier et Jean Malaise conduisirent ceux qu'on fit depuis les Filles-Dieu jusqu'à la rivière, entre les Célestins et les Béguines, autrement Y J ce- Maria. La même année, le 1 5 novembre , Jean Pizdoë, ou son fils, Jean de Saint- Benoist, Begnauld et Nicolas Dacy, Jean de Fourcy, Jean Giffard, Ymbert de layons et Simon Bourdon se chargèrent de la conduite de ceux de l'Université. Pour payer les pionniers qui travailloient du côté de la Ville on donna aux premiers (et le tout de leur consentement) Bobert Le Violeur, aux seconds Jean Montoir et aux derniers Philippe Dacy. Dans plusieurs autres comptes , rendus à la chambre par Pierre d'Esparnon , il paraît qu'en i356, le 4 décembre, le prévôt des marchands supplanta Jean de Montoir, l'un des comptables, pour donner sa commission à Jean Parisi , et qu'en i3$7, le o.[\ juillet, Jean de Senlis et Pierre de la Court-Neuve furent nommés à la place de

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Jacques le Flamand et de Jean de l'Isle le jeune. Je n'aurais jamais fait si je voulois particulariser les noms de tous les bourgeois et des comptables qui y furent employés. Il suffira de dire que, de tous les comptes que j'ai vu là-dessus à la chambre, soit pour continuer et achever les fossés, on s'en rapporta toujours à dix-huit bourgeois et à trois comptables , et, de plus, que chaque bourgeois, pour ses vacations, n'avoit par jour que 5 sols parisis. »

Sauvai ajoute encore :

« Outre ceci nous apprenons de quelques autres régistrès de la chambre des comptes qu'encore bien que l'isle Notre-Dame fût presque couverte de fossés, et si bien deffendue de ces enceintes, tant de la Ville que de l'Université, que j'ai décrites, néanmoins, ne la croyant pas tout à fait en sûreté, on l'environna encore de fossés revêtus de gazons. Une chose ici à remarquer en passant est que , quoiqu'on commençât à y travailler en i358dès le 8e d'avril, et que sans discontinuer les ouvriers fussent toujours après, ils ne l'achevèrent qu'en i36o, et encore sur la fin. Cependant la dépense ne monta qu'à i3o,oi6 livres 2. sols 9 deniers parisis , ce qui est bien peu de chose pour une si grande et si longue entreprise. Aussi les maçons ne gagnoient-ils alors que 4 et 5 sols par jour, les porteurs 2 sols, les manœuvres 3 sols, les pionniers 5 sols. La toise de maçonnerie ne coûtoit que 8 sols de façon, et celle du pavé fait sur les murs et les terrasses des portes que 9 sols. Le cent de clous à lattes ne valoit que 1 o sols parisis , le cent de fer ouvré que 7 écus et un quart, le muid de plâtre 3, et l'écu que 28 sols. Dans l'Université on ne recula pas les fossés si loin que du coté de la Ville; ils furent creusés au pied des anciennes murailles bâties par Philippe- Auguste, et ce sont

ceux-là mêmes que nous voyons encore aujourd'hui, dont tout le monde regarde avec étonnement la largeur et la profondeur. Pour lors il n'y avoit que quatre faubourgs en ce quartier-là : celui de Saint-Germain, ceux de Notre- Dame des Champs, de Saint-Marceau et de Saint-Victor; de plus, si éloignés de la ville, si petits et de si peu d'importance qu'on les y laissa sans y faire de fossés. De crainte pourtant que les ennemis s'en saisissent et ne s'y fortifiassent, le lendemain de Pâques, en i36o, on commença à jeter tout par terre, et après le feu y fut mis ; mais, afin que ceci s'exécutât plus promptement, chacun eut permission d'y travailler, et les démolitions étoient pour lui. Le continuateur de Nangis rapporte qu'il y alla tant de monde, et la foule y fut si grande, que ce jour-là quantité de belles maisons, à la vérité, furent ruinées et brûlées, mais non pas toutes (i). »

(i) Sauvai, t. Ier, p. 38 etsuiv.

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