CHAPITRE VI
Monument! et constructions durent la même période* $ Itr— Édifices religieux. — Églises. — Monastères. — Hospices.
Vers le commencement du quatorzième siècle quelques fidèles qui avaient fait vœu d'aller à Jérusalem, ou qui déjà avaient visité la Terre-Sainte, formèrent entre eux une confrérie. Ayant obtenu de Louis de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche, un don de deux cents livres parisis, ils achetèrent rue Saint-Denh un emplacement sur lequel ils entreprirent d'élever une église. La première pierre fut posée en grande solennité , en présence de plusieurs princes et princesses des cours de France , de Bretagne et d'Angleterre, et, en i32Çj, par lettres patentes de Philippe de Valois , la confrérie fut définitivement autorisée. Dès son origine elle eut à lutter contre le chapitre de diverses paroisses, entre autres de Saint-Merry et de Notre-Dame, qui voyaient avec inquiétude surgir la nouvelle institution (i). En dépit de ces obstacles les pro-
(i) Ces différends furent terminés, dès t3ag, par un arrangement dont voici plusieurs dispositions : « Les confrères bâtiront' une église ■ sur deux places qu'ils ont achetées du chapitre de Saint-Merri , et un « hôpital avec cloches et clocher ; ils doteront chanoineries , prébendes « et chapelles, et autres bénéfices, si bon leur semble, dont la collation « appartiendra au chapitre de Notre-Dame ; et, pour le regard des trois m prébendes qu'ils ont déjà fondées, de/jo livres chacune, moitié en gros, « moitié en distribution, les gouverneurs présenteront la première et la « troisième fois, et la deuxième demeura à la pleine disposition du cba-
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grès de cette œuvre furent très-rapides. C'est ce qu'atteste FéJibien. « On voit, dit-il, par les registres de cette église, que, dès l'an i333, la confrérie du Saint-Sépulcre estoit déjà de plus de mille confrères , entre lesquels il se trouvoit des roys, des reines , des princes et des gens de toute condition et de tout pays. Le jour de la feste, qui est le troisième dimanche après la Pentecoste, ils faisoient un grand festin, dont la dépense se trouva monter, en i36o, à cent cinquante-une livres, qui estoit une somme considérable pour le temps. Pendant le repas il y avoit sermon prononcé par un religieux qui estoit payé par les con* frères. Louis de Bourbon, qu'ils regardoient comme le principal bienfaiteur et protecteur de leur confrairie, escri vit en 1 336 une lettre circulaire aux archevesques de Reims, de Sens, Bourges, Rouen et Tours, pour avoir la permission défaire des questes dans Pesténdue de leurs métropoles, afin d'accélérer le basliment de l'église du Saint-Sépulcre des deniers qui en proviendroient (i). »
Les confrères du Saint-Sépulcre ne parvinrent sans doute que très-lentemeht à se procurer les ressources dont ils avaient besoin pour la construction du nouvel édifice; aussi sommes-nous dans l'obligation, pour en parler d'une
« pitre de Notre-Dame, et en cette sorte sera procédé tant à ces pré- « bendes qu'aux autres qui seront fondées. Seront ces chanoines du « chœur de l'Église de Paris et à sa correction , et lui prêteront serment m en présence des gouverneurs de la confrairie. Les chanoines de Saiot- « Médéric se contenteront de dix livres parisis pour tout le droit qu'ils « peuvent prétendre sur le bien du Sépulcre, comme étant situé en leur « terre foncière. Les gouverneurs payeront aussi annuellement la somme « de dix livres au chapitre de Notre-Dame, à cause de la procession qu'il « y fera, et de la grand' messe qu'il y chantera une fois l'an, le jour de la « fête de P hôpital. »
(i) Félibien, tome I*', page 568.
manière complète, d'anticiper sur les dates, et de dire dès à présent quelles en furent les destinées. Au témoignage desannalistes de Paris> la dédicace de Y église du Saint-Sépulcre ne put être faite qu'en i5a6, et le monument luimême ne fut achevé qu'en i655. Le portail, historié avec assez de goût , était une œuvre estimée. Près de la porte était une fort belle statue de Jésus-Christ, par Jean Champagne, l'un des meilleurs élèves de Bernin. On admirait aussi les vitraux peints en grisaille et la menuiserie du grand autel, ouvrage d'un nommé Langlacé, qui, suivant l'expression de Brice, excelloit dans ces sortes de choses. Au-dessus de l'autel était une Résurrection peinte par Lebrun, et qui avait été donnée, disent plusieurs écrivains, par le grand Colbert . Hurtaut et Magny ont relevé cette erreur. « Dans le temps que Louis XIV porta la guerre en Franche- Comté , le corps de la mercerie prêta à Sa Majesté une somme considérable , qui fut rendue peu après avec une autre somme en présent. Le ministre, chargé de notifier au corps de la mercerie les volontés du prince , marqua dans sa lettre que l'intention du roi étoit que ce présent fût employé à la décoration de leur chapelle et à des prières'pour Sa Majesté. On résolut en conséquence de consacrer une partie de cet argent à un tableau que l'on placerait sur le maître-autel de l'église du Saint-Sépulcre, où le corps de la mercerie fait faire son office. Le fameux Lebrun remplit parfaitement les désirs de cette compagnie , et, en peignant Jésus-Christ sortant du tombeau, il représenta Colbçrt , le protecteur du commerce et des arts 9 tenant un des coins du linceul (1). »
( i) Hurtaut et Magny.
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Les deux compilateurs que nous venons de citer ajous tent :
« La nouvelle de la rapide conquête de la Franche- Comté, faite par Louis XIV en personne, étant arrivée sur ces entrefaites, l'autre partie du présent de S. M. fut employée à faire des actions de grâces les plus solennelles. L'illustre Santeuil composa sur ce sujet une pièce latine, dans laquelle ce grand poëte , en célébrant la gloire du conquérant, fit une mention honorable de la générosité du monarque envers le corps de la mercerie et de la reconnoissance de cette compagnie. Cette pièce, qui a été traduite par l'un des Corneille, est conservée précieusement, avec la traduction, dans les registres du bureau de la mercerie. L'éditeur des Œuvres de Santeuil n'en a fait nulle mention dans son recueil ; on ne la trouve imprimée que parmi les Œuvres diverses de Pierre Corneille. »
La confrérie et hôpital du Saint-Sépulcre («c'est le nom qu'elle portait) se maintint longtemps sous la protection de nos rois. Cependant en 1692 le gouvernement de Louis XIV la réunit à la confrérie de Saint- Lazare. L'année suivante on les sépara de nouveau ; mais deux arrêts du conseil , en date du j 1 juin i6g3 et du 26 mars 1694, accordèrent aux chanoines du Saint-Sépulcre l'administration et la régie des biens, à l'exclusion de leurs confrères. Le clergé desservant de cette église jouissait de tous les droits paroissiaux; mais, par l'un de ces singuliers usages si communs au moyen âge, il ne pouvait faire pour lui ce qu'il faisait pour les autres; les chanoines et bénéficiers du Saint-Sépulcre ne pouvaient recevoir les derniers sacrements et la sépulture que d'un bénéficier de Notre- Dame, député par le chapitre. Enfin, au siècle suivant,
Ul4 HISTOIRE DE PARIS. (13061380)
set te confrérie fut réunie pour la seconde fois à celle de Saint-I^azare. Alors une confrérie semblable se forma en 1775; les membres, qui célébraient chaque assemblée par un grand repas, reçurent de quelques plaisants le surnom de confrères de l'Aloyau. Ils s'étaient créé des grades et des décorations ; un édit du 2 juin 1776 leur défendit de porter le titre et la décoration de cette prétendue chevalerie.
Au moyen âge la foi et les pratiques de la religion sanctifiaient et relevaient toutes les professions, toutes les conditions sociales ; l'église Saint-Julien des Ménétriers l'atteste, ne fût-ce que par son titre. Deux joueurs d'instruments, alors appelés jongleurs ou ménétriers, Jacques Grure et Hugues ou Huet le Lorrain , fondèrent cette église, ainsi qu'un hôpital attenant; mais ils n'y parvinrent qu'après avoir éprouvé beaucoup d'obstacles. Ils achetèrent d'abord de l'abbesse de Montmartre un emplacement , puis par le moyen de quêtes ils formèrent une somme suffisante pour faire face aux frais de la construction d'un hôpital et d'une chapelle, laquelle fut dédiée à saint Julien et à saint Genest. Ces constructions étaient terminées en [335. Les confrères contribuèrent par des dons annuels à l'entretien d'un chapelain. Les ménétriers ou jongleurs étrangers, passant par la ville de Paris, étaient hébergés dans cet hôpital.
Les ménétriers, jongleurs , jongleresses formaient alors à Paris une corporation ; ils habitaient la même rue, appelée autrefois rue des Jongleurs et aujourd'hui des Ménétriers. Dès l'an i3ai , au mois de septembre, ils. avaient consolidé leur association par un. règlement scellé à la prévôté de Paris.
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Les seuls jongleurs et ménétriers de la corporation de Paris avaient le droit de faire entendre le bruit de leur musique aux fêtes et aux noces qui se célébraient dans cette ville et d'y rester pendant toute leur durée. Les ménétriers étrangers ne devaient point s'y présenter ; s'ils s/en avisaient ils étaient condamnés à une amende. Ces ménétriers étaient gouvernés par un roi et par le prévôt de Saint'Julien ; l'un et l'autre étaient autorisés à bannir de Paris, pendant un an et un jour, les ménétriers parisiens qui, ne faisant point partie delà corporation, et qui, n'ayant point juré d'observer ses règlements , tenteraient d'exercer leur métier dans cette ville.
Les anciens annalistes qui parlent de l'église de Saint- Julien des Ménétriers la considèrent comme un monument peu remarquable; de nos jours ce jugement assez sévère a été rectifié par l'étude des dessins et des vieilles gravures qui représentaient cet édifice. Aux deux côtés du portail on remarquait la statue de saint Julien et celle de saint Genest ou Génois; ce dernier, qui était comédien à Rome, souffrit le martyre sous le règne de Dioclétien. Avant la révolution française on lisait, au-dessus de cette même porte, l'inscription suivante :
« L'an 1 33 1 , sous le règne de Philippe de Valois, roi de France, cette chapelle et église a été bastie et fondée par un des vingt -quatre violons du roi et par un des maîtres de la ville de Paris , dont les vingt-quatre violons et les maîtres joueurs d'instruments et à danser de la ville de Paris ont été et sont de temps immémorial fondateurs, patrons laycs , seuls possesseurs , dotateurs , gouverneurs el administrateurs d'icel.le. Cette inscription a été posée, du consentement de la communauté, en Tannée MDCCXIX,
2lG HISTOIRE DE PARIS. (1564-1380)
par les soins de messieurs François Bourdin , Charles
La confrérie de Saint-Julien avait « un scel pour sceller les quittances des dons et lais qu'on leur faisoit et autres lettres, lequel estoit de letton rond , et au milieu estoit Nostre-Seigneur dans une nef en guise de ladre. SainctJulian en l'un des bouts, tenant deux avirons, et à l'autre bout sa femme, tenant un aviron d'une main, de l'autre une lanterne. Au-dessus de l'espaule dextrede Nostre-Seigneur
y avoit une fleur de lys. Auprez sainct Julian estoit sainct Génois, tout droit, tenant une vielle comme s'il vielloit, et estoit entre deux hommes agenouillez. Autour du scel estoit eserit : Cest le sceau de Vhospiial de Sainct -Julian et Sainct-Genois, lequel a esté vérifié en Chasteletet à la cour de l'official; et scelloient en cire rouge. » Voici l'explication du sujet représenté sur le sceau ; il fait allusion à un fait rapporté dans la légende du patron des musiciens. « Sainct Julian, après avoir longuement voyagé, s'en revint en sa maison, et, trouvant deux personnes couchez en son lict, pensa que ce fust un adultère avec sa femme, et les tua tous deux ; et c'estoient ses père et mère que sa femme avoit charitablement receus pendant qu'il estoit absent. Après avoir cogneu sa faute il prend congé de sa femme pour s'en aller en pays incogneu faire pénitence le reste de sa vie. Mais elle ne voulut l'abandonner, et s'en allèrent tous deux auprez une rivière fort dangereuse à passer, où ils bastirent un petit hospital pour recevoir les pauvres, et firent un basteau pour passer leau à ceux qui seprésenteroient. Faisant cet office, il mérita recevoir Nostre-Seigneur en forme de ladre, lequel luy annonça son péché luy estre pardonné, et incontinent ce diparut. C'est pourquoy il est figuré au milieu du basteau, pendant que sainct Julian et sa femme avironnent (i). »
En 1 348, quelques habitants de la Bretagne et de la Touraine, s'étant formés en confrérie, obtinrent de l'évêque de Paris l'autorisation de construire une chapelle rue Saint- Jacques, au coin de la rue des Noyers , sous l'invocation
(1) Dubreuil, cité par M. de Gaulle.
de saint Yves, prêtre breton, qu'on appelait de son vivant l'avocat des pauvres et qui venait d'être canonise. Les écoliers originaires de la Bretagne voulurent contribuer aux frais de cette construction (i). La confrérie qui administrait cette chappelle se composait presque entièrement d'avocats et de procureurs.
(i) Dans le cours de la rue Saint-Jacques l'on trouve l'église de Saint- Yves, à un des coins de celle des Noyers. Elle fut bâtie en i348, aux dépens des écoliers bretons, étudiants à Paris. Cest, Ton croit, la prcmière qui ait été dédiée sous l'invocation de saint Yves, qui n'avoit été canonisé que le 19 de mai de l'an i347 Par Ie Clément VI. Saint Yves étoit d'une famille ancienne et qualifiée. Son père, nommé Helor, étoit seigneur de Kermartin, auprès de Tréguier. Sa mère s'appeloit Àzon. Son grand-père paternel étoit un chevalier qui s'étoit acquis beaucoup de réputation dans les armes. Saint Yves, quelquefois surnommé Hélori, c'est-à-dire fils d'Hëlor, vint à Paris à l'âge de quatorze ans pour y faire ses études de philosophie, de théologie et de droit canon. Il en sortit âgé de vingt-quatre ans, pour aller étudier le droit civil à Orléans, sous Pierre de la Chapelle, qui fut depuis cardinal. Il fut ensuite officiai de Pévêquede Rennes, puis de celui de Tréguier, et enfin curé de Lohance. Il fut souvent l'avocat des pauvres, et vécut dans une austérité surprenante jusqu'à sa mort, arrivée à l'âge de cinquante ans, 19 mai i3o3. L'église ou chapelle qui donne lieu à cet article appartenoit à une confrérie composée d'avocats, de procureurs et de marchands, qui prennent tous le titre de gouverneurs et administrateurs de cette chapelle. On en choisit un tous les deux ans, dans ce nombre, pour être administrateur en charge, et avoir inspection tant sur le vicaire que sur les autres desservants. Outre ce gouverneur, il y a deux autres gouverneurs honoraires, l'un ecclésiastiques, qui l'est à vie, et l'autre laïque, pour trois ans.
Il y a dans cette église plusieurs chapellenies qui sont à la présentation des confrères ; elles sont d'un très-modique revenu. Il y a une très-ancienne transaction entre les adminisstrateurs de Saint-Yves et les chanoines de Saint-Benoit, comme curés primitifs, laquelle a été renouvelée en 1740, au sujet des inhumations à Saint-Yves des personnes décédées sur la paroisse de Saint-Benoit, qui ont désiré d'être enterrées en ladite église de Saint- Yves, laquelle est dans la censive dudit chapitre. ( Hurtaut et Magny. )
Un intervalle assez long s'écoula entre la fondation de la chapelle Saint-Yves et celle de l'église et de V hôpital du Saint-Esprit. Cet hôpital fut fondé, en 1 36a, sur la place de Grève, par une confrérie cliaritable qui, à cet effet, acheta une maison et une grange attenant à l'ancien hôtel aux Dauplans. « A cause des guerres qui estoient en France le peuple se trouva reduict en grande nécessité , de sorte que grand nombre d'enfans, orphelins de père et de mère, demeuroient à Paris, gisans ès rues sans aucune retraite. Dequoy esmeues plusieurs bonnes personnes retirèrent* en divers lieux quantité d'iceux, l'Hostel-Dieu n'ayant aucun moyen de les recevoir. Et considérans que les particuliers ne pourr oient longement porter cestecharge, plusieurs notables personnes, le 7 février i3Ô2, allèrent vers révérend Père en Dieu messire Jean de Meulant, cvesque quatre-vingt-huitième de Paris , auquel firent entendre la nécessité et misère de ces pauvres enfans, qui périssoient de famine et de froidure, plusieurs d'eux gastez de mal de galle et de teigue, dont ils mouroient misérablement, et les pauvres filles violées de nuict ; ce qui causèrent de grands malheurs à la ville, s'il n'y estoit pourveu. Pour à quoy obvier ledit sieur évesque leur donna permission d'instituer et ériger une confrairie du Saint-Esprit, aux fins de bastir un hospital , qu'ils nommèrent l'hospital des pauvres du Saint-Esprit , et donna par ses lettres à chacun des confrères quarante jours d'indulgences. Et pour s'acheminer à ce pieux dessein -41s achetèrent une maison et une grange en la place de Grève, contre l'hostel du Dauphin, à présent hostel-de-ville de Paris, où ils retirèrent ceste multitude de pauvres enfans, et y construisirent un hospital, » (Pubreuil, ) Le pape Urbain V con-
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firma cette fondation , et donna un an et quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteraient ce nouvel hôpital. Ces indulgences furent renouvelées depuis par Grégoire IX et Clément VII. Les confrères du Saint-Esprit reçurent en même temps la permission d'élire quatre d'entre eux, notables bourgeois, pour estre mestres gouverneurs desdites confiai irie et hospitaL En 1406 ils firent construire la chapelle, qui fut bénite le 4 août i4i f> par Gérard de Montaigu, évêque de Paris, et dédiée solennellement le 17 juillet 1 5o3. Plus tard, lorsqu'on entreprit la construction de l'hôtel-de-ville, on eut besoin, pour régulariser le plan de cet édifice, d'un terrain en saillie qui appartenait à l'église du Saint-Esprit ; la municipalité fut autorisée à disposer de ce terrain en indemnisant l'hôpital.
Le couvent et l'église des Célestins étaient situés, sous le règne de Charles V, vers l'emplacement où de nos jours existent le quai Morland et l'entrée des cours de l'Arsenal. Les Carmes, amenés en France par saint Louis, avaient habité durant quelques années ces humbles édifices avant d'aller occuper leur couvent de la place Maubert; l'emplacement qu'ils délaissaient fut vendu, et Garnier Marcel, échevin, le possédant à titre d'héritage, le céda en i353 à six religieux célestins qui, d'une maison de la forêt de Cuisse, près de Compiègne, vinrent à Paris pour s'y établir. Sur cet emplacement étaient deux chapelles. Charles V aimait les bâtiments ; il ordonna la construction d'une nouvelle église destinée aux Célestins. Le 2<j mars 1367 il en posa la première pierre, et fit à cette occasion de riches présents à ces religieux. Guillaume de Melun, archevêque de Sens, qui fit la dédicace de l'église, leur donna une image de saint Pierre tout en argent. Le
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jour de cette consécration le roi présenta à l'offrande une grande croix d'argent doré, et la reiue une image de la Vierge, aussi d'argent doré. Les bienfaits de ce roi et de cette reine leur valurent le titre de fondateurs, et leurs statues en pierre furent placées sur le portail de l'église .
Voisins de l'hôtel Saint-Paul, où résidait le plus ordinairement Charles V, les Célestins eurent une ample part aux pieuses libéralités de ce prince. Les personnes de sa cour suivirent son exemple, et les secrétaires du roi fondèrent dans leur église une confrérie dont ils étaient tous membres. Charles V exempta les Célestins de toutes contributions publiques, même de celles que payait ordinairement le clergé. Ses successeurs l'imitèrent.
L'église des Célestins, construite selon les règles de l'art du quatorzième siècle, mais d'une façon lourde et par de vulgaires ouvriers, devint peu à peu très-remarquable par les monuments dont elle fut décorée , non-seulement au moyen âge, mais sous la Renaissance et en des temps plus modernes. Louis d'Orléans, second fils de Charles V, dont nous ne tarderons pas à raconter la mort , y fit bâtir une magnifique chapelle qui porta son nom , et sous l'autel de laquelle il fut inhumé en habit de célestin (i).
(i) Un accident, dont le duc d'Orléans t ut la cause innocente, occasionna la construction de cette chapelle. Charles IV s'élant déguisé en satyre, avec quelques seigneurs de sa cour, se rendit à un bal qui se donnait à l'occasion du mariage d'une des dames de la reine. Leduc d'Orléans, qui «toit à ce bal , s'élant approché avec un ilambeau pour reconnaître ces masques, le feu prit à l'habit d'un d'entre eux et se communiqua aux autres d'autant plus facilement que ces habits étaient enduits de poix, afin d'y faire tenir du coton et du lin pour figurer le poil des satyres ; d ailleurs, ces masques étant enchaînés ensemble, ils ne purent se débarrasser assez promptement pour éviter l'embrasement ; plusieurs en pé' '»•
La confrérie des Secrétaires du roi tenait ses séances aux Célestins. Cette association avait des statuts dont une
rent; le roi lui-même courut risque de la vie ; il n'échappa que par l'attention qu'eut la duchesse de Berry de jeter son manteau sur le roi et a"étouffer les flammes en le serrant étroitement. On rendit au Ciel les actifs de grâces les plus solennelles , et le duc d'Orléans, pour expier son imprudence, fit bâtir aux Célestins la chapelle qui porte son nom.
« Il n'y a point d'église de France, dit Hurtaut, après celle de l'abbaye de Saint-Denis , qui renferme un plus grand nombre de tombeaux de personnes augustes ou illustres que celle-ci.
« Devant le maitre-autel a été inhumé le cœur du roi Jean , mort à Londres le 8 avril i364 ; celui de Jeanne, comtesse de Boulogne, seconde femme du roi Jean, morte en i36i. Le portrait du roi Jean se voit dans une vitre qui est au fond du chœur, vers la sacristie, et dans une autre , qui est à Popposito, est celui de Charles V.
« Philippe de France, premier duc d'Orléans, fils puiné du roi Philippe VI, dit de Valois, et de la reine Jeanne de Bourgogne , sa première femme , mourut l'an 1 391 et fut inhumé en cette église devant le sanctuaire. •
Hurtaut mentionne ensuite les monuments de Henri de Bar et de Jean Budé ; puis il ajoute :
« Dans le mur, proche du sanctuaire, du côté de l'évangile, est le mausolée de JÀon de Lusignan, roi d'Arménie , avec cette épitaphe 9 qui est du P. É tienne Carneau :
« Léo Lusignaneus, Armenorum rex novissimus ab Othomannis soliodeturbatut, a Carolo V /, Francorum rege, benignissimè exceptus, ipsius sumptibus hoc in loco regaliter sepultus fuit , anno Domini i3g3.
«Léon de Lusignan ayant été chassé de son royaume par les Turcs, qui avoient massacré sa femme et ses enfants, se retira à Paris, l'an i385, où le roi Charles VI le reçut avec de grandes démonstrations d'amitié, et lui donna la maison de Saint-Ouen , pour lors la plus belle qu'il y eût eo France, 6,000 livres, de rente pour soutenir sa dignité, et 5,ooo livres d'argent comptant pour s'équiper et pour se meubler. Si Ton croit Froissant, auteur contemporain, ce prince avoit besoin de ces secours ; cet historien assure que le roi Léon de Lusignan n'avoit apporté avec lui pour tout bien qu'un grand cœur, beaucoup de mérite et une haute réputation. Juvénat des Ursins, autre historien contemporain, parle bien différemment ; car, selon lui , les débris de la fortune de ce roi n'avoient pas élé
disposition mérite d'être citée. Lorsqu'un des membres tombait dans l'indigence, chacun de ses confrères était
si malheureux qull n'eût sauvé quantité de bijoux précieux et même quelques trésors, U mourut, le 29 de novembre de Fan i3g3, à l'hôtel des Tournelles, qui appartenoit peur lors au chancelier d'Orgemont. Il fut iohumé dans l'église des Célestins, et on observa à ses funérailles les cérémonies que les Arméniens pratiquent aux funérailles de leurs rois, Immédiatement après sa mort son corps fut exposé sur un Ht de parade blanc. Il étoit vêtu d'habits royaux de la même couleur, et la téte étoit ceinte d'une couronne d'or. Les amis et les domestiques de ce prince étoient aussi habillés de blanc et portoient chacun un flambeau de cire Manche. Un grand nombre de princes , de seigneurs , et une populace infinie, assistèrent à cette pompe funèbre. »
Parmi les autres monuments funèbres on remarquait ceux de Jeanne de Bourbon, reine de France, et de Jeanne de Bourgogne, femme du duc de Bedford, qui fut régent de France durant l'invasion anglaise.
• Auprès de la reine, dit encore Hurtaut, furent inhumés les corps de deux fils de Louis, duc d'Orléans, et de Valentine de Milan, lesquels moururent en bas âge.
« Du même côté est le tombeau d' André d'Espinay, cardinal, archevêque de Bordeaux et de Lyon, et petit-neveu de Louis, duc d'Orléans. Ce prélat est très-recommandable dans l'histoire de Charles VIII. Il se trouva à la bataille de Fornoue et y tint toujours compagnie au roi, avec sa mitre, son surplis et un morceau de la vraie Croix. Il mourut dans l'hôtel des Tournelles et fut inhumé dans cette Église, ou l'on lit cette épitaphe :
« Cy gist Père en Dieu messire André d'Ëspinay, cardinal, archevêque de Lyon et de Bordeaux, primat de France et tf Aquitaine, zélateur et bienfaiteur de l'ordre des Célestins, qui trépassa à Paris, aux Tournelles, le 10e jour de novembre, Pan de grâce i5oo. Priez Dieu pour lui.
• La -chapelle d'Orléans, comme on l'a dit ci-dessus, a été bâtie des libéralités de Louis de France, duc d'Orléans, fils du roi Charles V, et un des principaux bienfaiteurs des (Célestins, auxquels il donna, entre autres choses, laterredePorcM/to/i/ai/ie, auprès de Versailles, 2,000 livres pour la fondation d'une messe qui se dit tous les jours à l'autel privilégié de cette chapelle , et pour un obit solennel que ces religieux célèbrent tous les ans le 23 de novembre, jour du décès de ce prince. Il n'y a pas de lieu dans le royaume plus digne de la curiosité des amateurs des beaux-arts ; car les chefs-d'œuvre de sculpture y sonl, pour ainsi dire, entassés.
obligé de lui prêter 20 sous pai isis tous les ans, qu'il n'était obligé de rendre que si ses affaires se rétablissaient. Les confrères ne pouvaient s'habiller de robes rayées ou mi-parties de deux couleurs, ou tuniques à moufflesy c'est-à-dire
« Le tableau qui est sur l'autel de cette chapelle représente une descente de croix ; il est de François Salviati, peintre florentin, dont les ouvrages sont assez estimés.
• Au milieu de cette chapelle s'élève un tombeau de marbre blanc, orné dans son pourtour des statues des douze Apôtres ; quatre figures, qui sont celles de Louis de France, duc d'Orléans, de Falentine de Mi/an, sa femme, de Charles, duc d'Orléans, leur fils aîné, et de Philippe d'Orléans, comte de Vertus, leur fils puîné. »
La chapelle dite d'Orléans était bordée et remplie d'obélisques , de colonnes, de sarcophages, de tombeaux, de statues, de vases funéraires, d'épitaphes , etc., etc. ; et, quoique cette chapelle fut vaste, l'observateur avait à peine l'espace nécessaire pour admirer toutes ces productions des beaux-arts.
A l'entrée s'élevait une colonne torse, isolée, d'ordre composite, en marbre blanc, ornée de feuillages, dont le chapiteau supportait une statue de la Justice en bronze , et une urne de même métal contenant le cœur d'Anne de Montmorency, connétable de France.
« Assez près de ce tombeau, dit le compilateur Hurtaut, et du côté de l'autel , l'on voit un piédestal sur lequel sont les trois Grâces , sculptées en albâtre et hautes comme nature. Elles sont debout, le dos tourné l'une à l'autre ; elles se tiennent par les mains , ainsi que les anciens nous les ont représentées, et soutiennent sur leurs têtes une urne de bronze doré, dans laquelle est le cœur du roi Henri K, celui de la reine Catherine de Médicis, sa femme , celui de Charles IX, roi de France , et celui de François de France, duc d'Anjou, son frère, mort à Château-Thierry le 18 de mars de l'an 1 554* Ce monument est un des chefs-d'œuvre de Germain Pilon, et fut fait par ordre et aux dépens de la reine Catherine de Médicis.
* Il est difficile, dit Hurtaut, de voir ailleurs un morceau de sculpture plus parfait que celui-ci, soit qu'on considère la noble simplicité de la composition, ou la correction du dessin , ou l'élégance des contours, ou la disposition , la vérité et la légèreté des draperies j mais on peut trouver à redire que l'on ait placé un monument aussi profane, et digne d'orner le temple des faux dieux, dans un Jieu aussi respectable que celui-ci. »
à longues manches, ni porter des souliers à la poulaine.
La bibliothèque des Cëlestins, fort riche et fort belle, devint surtout remarquable par les éditions anciennes qu'elle renfermait (i). Le cloître lui-même, qui ne fut
(i) Dulaure a prétendu méchamment que les Célestins, qu'il représente comme des moines ignorants et oisifs, se servaient fort peu de leur bibliothèque. Cet ordre a laissé d'honorables souvenirs.
« Parmi les religieux célestins, dit Hurtaut, qui par leur piété et leur savoir ont illustré le monastère de Paris, l'on compte non-seulement Pierre Bard, Denis Le Fèvre et Étienne Carneauy dont on a parlé, mais encore Pierre Poquet, qui étoit Bourguignon et docteur en l'un et l'autre droit. 11 fit profession dans le couvent des Célestins de Paris l'an i3io,, et six ans après fut fait premier prieur du monastère de Mantes, que le roi Charles V venoit de fonder. Il étoit si judicieux et si savant dans la jurisprudence, que le parlement de Paris confirma souvent ses décisions ; mais ce qu'il y avoit de plus estimable en lui étoit le talent qu'il avoit pour conduire les âmes dans la voie du salut. Il fut directeur du bienheureux Pierre de Luxembourg, cardinal, et de Philippe de Maizières. Ce fut lui aussi que Louis de France, duc d'Orléans, nomma pour être un des exécuteurs de son testament. Le fameux Gerson eut pour lui une estime et une amitié particulières, et le mit au rang des grands hommes de son siècle dans une lettre qu'il écrivit au duc de Berry. Le Père Poquet mourut à Paris l'an i4o8.
« Jean Basson étoit de Besançon , docteur es droits et prieur de Saint- Paul de Besançon, de l'ordre des chanoines réguliers de Saint- Augustin, et avoit environ trente ans lorsqu'il fit profession dans le monastère des Célestins de Paris, le 5 de janvier de l'an i3g5. 11 fut chargé dans la suite de plusieurs commissions importantes touchant le gouvernement de son ordre, et ce fut pendant qu'il tâchoit de s'acquitter de la dernière qu'il mourut dans le monastère de Collemadelès- Aqnila% dans l'Abruzze ultérieure, le 26 août de l'an i445, âgé quatre-vingt-cinq ans, dont il en avoit passé cinquante sept mois et vingt-deux jours dans l'ordre des Célestins. L'évêque d'Aquila lui fit faire des obsèques fort honorables, et ce fut Jean de Capistran, vicaire général de l'ordre des Frères mineurs, et qui a été mis depuis au nombre des saints, qui fit son oraison funèbre, et qui prit pour texte ce que l'Évangile dit de saint Jean-Baptiste : Fuit homo ni issus a Deo) cui nomen erat Johannes, On dit qu'il s'est fait plusieurs miracles à son tombeau. Ce fut à sa persuasion que Félix /',pape, consentit à sa déposition.
HIST. DE PARIS. — T. II. lô
226 HISTOIRE DE PARIS. (ÎW-UH)
achevé qu'en i55o, était regardé comme l'un des plus beaux édifices de la Renaissance.
« Guillaume Romain, clerc de Paris, fit ses vœux dans ce monastère, le 27 juillet de Tan i435. Il fut envoyé en Italie pour les affaires de sa congrégation et s'y fit connoitre du pape Nicolas V. De retour en France il fut trois fois provincial, et prêcha avec tant d'éloquence et d'onction que le roi Louis XI alloit souvent à Saint-Paul pour l'entendre »
Hurtautcite encore d'autres noms et ajoute :
■ Le Père Louis Beurrier étoit né à Chartres et fit sa profession dans le monastère des Célestinsde Paris, le 28 d'avril de Tan 161 3. Il donna au public, en i63i, une Introduction au traité des Sacremens ; en i63a, les Analogies et Antithèses de l' Incarnation du Fils de Dieu et des actions les plus notables de sa wfe,etc; en l634, deux ouvrages historiques, dont l'un intitulé Sommaire des vies des Fondateurs et Réformateurs des ordres religieux , et l'autre, Histoire du monastère des Célestins de Paris.
« Le Père Beurrier mourut le 8 avril de l'an i645. Il étoit frère do Père Beurrier, abbé général des chanoines réguliers de Sainte-Geneviève.
« Le Père Antoine Bccquet étoit né à Paris et est mort le 20 janvier 1730, bibliothécaire de ce monastère. Il étoit très- versé dans la counoissance des livres et dans l'histoire de son ordre. Il donna au public, en 1719, un volume in-4° intitulé ; Gallice CelœstinorumCongregationis Monasteriorum Fundationes, etc.
« Depuis l'an 1417 les Célestins de ce royaume composent une congrégation particulière, nommée Ja congrégation de France, ,qui est aujourd'hui de 21 monastères dans le royaume; car, par acte passé du Ier mai de cette année, l'abbé du monastère du Saint-Esprit de Suintons, général de tout l'ordre, et le chapitre général assemblé pour lors dan» ce monastère, permirent aux Célestins de France d'assembler leur chapitre tous les trois ans, et plus souvent même s'ils le jugent nécessaire, et d'y élire un provincial, auquel l'abbé général donne tout son pouvoir, tant pour le spirituel que pour le temporel, à condition néanmoins que le provincial sera tenu d'aller, ou d'envoyer un moine fondé de sa procuration, et de celle de la congrégation, au chapitre général qui se tiendra tous les six ans, et qu'il sera permis à l'abbé général de visiter en personne les monastères de ladite congrégation toutes les fois qu'il k jugera à propos. Cet acte fut confirmé par une bulle du pape Martin V, datée du V des calendes d'octobre et de la sixième année de son pontificat. »
Après la suppression de l'ordre des Célestins et la confiscation de leurs biens par la révolution française, les débris des monuments d'art que renfermait leur église furent transférés au Musée national, et les bâtiments de leur monastère furent transformés en caserne. C'est encore aujourd'hui leur destination (i).
Des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Augustin , dont la maison principale était à Vienne, enDauphiné, possédaient à Paris un petit établissement charitable alors appelé le Petit- Hospice. CharlésV n'étant encore que régent du royaume augmenta cet établissement par le don d'un manoir nommé la Saussaye, avec toutes ses appartenances, et ayant sa sortie sur la rue du Roi-de-Sicile. Ce manoir avait été confisqué sur Drocon et sur Jean Devaux, partisans du roi de Navarre contre leur légitime souverain. ,
Pierre de Lobet, abbé et général de l'ordre de Saint- Antoine, érigea, conjointement avec le chapitre général de son ordre, cette nouvelle maison de Paris encommanderie, et envoya, pour la gouverner, Aymar Fulcevilli, religieux de Tordre, dont les provisions sont du 3 septembre i36i. Celui-ci amena avec lui un nombre suffisant de religieux
(i) La plupart des bâtiments qui servaient au logement des religieux avaient été reconstruits en 1682 et 1730; mais celui qui longeait la rue du Petit-Musc, et qui subsiste encore, remonte à une date bien plus ancienne. Une inscription latine placée au-dessus de la principale porte rappelait qu'il avait été élevé, en i455, par Arthus de Montauban, archevêque de Bordeaux .
L'ordre des Célestins fut supprimé en France en 1773. Leur maison fut d'abord destinée aux Cordeliers, qui revinrent bientôt à leur couvent. En 1783 on y établit un hospice médico-électrique, dirigé par Lcdru père et fils. C'est Ledru père qui devint si célèbre plus tard dans la physique amusante sous le nom de Cornus.
pour y faire l'office divin et y exercer l'hospitalité envers les pauvres attaqués de la maladie appelée feu sacré ou de Saint -Antoine , maladie épidémique qui a duré en France pendant quatre ou cinq siècles, mais qui a cessé comme plusieurs autres, telles que les ardents, la ladrerie, le feu Saint- Fiacre , le mal de Saint-Marcou et de Saint* Main.
Ces religieux n'eurent d'abord qu'une chapelle; mais Charles "V étant parvenu à la couronne leur fit bâtir une église qui fut achevée en i368 et qui subsistait encore au commencement delà Révolution.
Le curé de Saint-Paul , dans la paroisse duquel était situé le monastère du Petit-Saint-Antoine, éleva une contestation qui fut terminée par une transaction passée le 26 février i365, par laquelle Hugues d'Optève, commandeur de cette maison, s'obligea, pour lui et ses successeurs en ladite commanderie, à payer tous les ans dix livres au curé de Saint-Paul, et à partager avec lui l'honoraire de ceux qui seroient inhumés dans la nouvelle église. Celle transaction fut confirmée par Étienne, évêque de Paris, et par Pierre de Lobet, général de l'ordre.
Peu de temps après il y eut un autre différend entre Hugues de Châtcauneuf, successeur de Hugues d'Optève, et le prieur de Saint-Eloi, à l'occasion du manoir de la Saussaye, qui relevait de son prieuré. Cette contestation fut terminée moyennant une rente annuelle de f\o livres que le commandeur s'obligea, pour lui et pour ses successeurs, à payer au prieuré de Saint-Eloi. En 1 3^3 , le l\ juin, Ponce, abbé de Saint-Antoine, unit la commanderie de Paris à celle de Bailleul ou de Flandres, et cette union dura jusqu'au temps de Gharles-Quint. Pour compléter les
détails qui précèdent et ne plus revenir sur l'histoire de cet établissement, nous dirons qu'en 1 6 1 5 la commanderie de Paris fut supprimée. On convertit alors cette maison en un séminaire ou collège pour l'instruction des jeunes religieux de l'ordre. On nommait ce monastère le Petit- Saint-Antoine pour le distinguer de l'abbaye de Saint- Antoine , située dans le faubourg de ce nom et qui était beaucoup plus ancienne.
La confrérie de Saint-Claude était établie depuis fort longtemps dans l'église du Petit-Saint- Antoine ; mais on la trouvait, dans le siècle dernier, bien déchue de la réputation qu'elle avait eue au moyen âge, principalement sous le règne de Charles VI, qui s'y fit recevoir en grande cérémonie, avec les principaux seigneurs de sa cour.
L'église du Petit-Saint- Antoine fut très-endommagée, en 1705, par le feu qui prit à une maison voisine occupée par un artificier. On voyait au maître-autel un tableau représentant V Adoration des Mages , peint par Cazes. L'enclos du couvent avait cent pas sur quatre-vingts. Les bâtiments d'habitation des religieux avaient été rétablis en 1689.
Les biens de la commanderie de Saint-Antoine furent réunis dans la suite à l'ordre de Malte; cet ordre fit des pensions aux religieux et leur accorda le droit de porter la
croix de Malte.
Le couvent et l'église du Petit-Saint-Antoinc furent détruits en 1 792 , après la suppression des ordres monastiques. Sur leur emplacement on ouvrit le passage du Petit-Saint-Antoine.
lllbTOUlli DU PARIS.
§ II. — Édifices royaux et municipaux. — Monuments divers.
Nous avons parlé du Parloir aux Bourgeois, de la Maison aux Piliers, qui furent, sous Charles V, les humbles commencements de l'hôtel de ville. On lui donnait également le nom de Maison de Grève, parce qu'elle était située sur la place de ce nom. Il existait plusieurs édifices municipaux affectés aux besoins du commerce et qui étaient pour Paris ce que sont aujourd'hui la maison de ville et la bourse. Les débris de ces institutions subsistaient encore au dix-huitième siècle (i).
(i) « Quoiqu'on ne parle plus depuis longtemps, écrivait Félibien en 1725, ni de la Maison de la Marchandise, ni du Parloir aux Bourgeois, ces deux noms ne laissent pas de subsister encore, puisque, des dix sergents de la ville, il y en a quatre qui prennent la qualité de sergents de la marchandise et six qui se nomment sergents du Parloir aux Bourgeois. » Les trois parloirs des bourgeois de Paris subsistèrent encore plusieurs siècles après avoir été abandonnés ; ils faisaient partie de l'ancien domaine de la ville. {Voir Félibien, t. I, p. iaxix, 617, 63a.) — Le parloir situé près du Grand -Châtelet ne fut démoli qu'en 1687. « Il remplissoit l'espace qui s'étend depuis et joignant l'arcade du Châtelet jusque vers le lieu où étoit ci-devant la chapelle de Saint-LeufTroi. 11 ne contenoit que seize toises et quatre pieds de superficie; mais le peu d'étendue de cette maison commune est une des marques de son antiquité et répondoit assez bien à la petitesse de la ville. Plusieurs marches qu'il falloit descendre pour parvenir dans l'antique salle qu'il y avoit par bas témoignent que le rez-de-chaussée de cette maison avoit quelque rapport avec celui du bas de Saint-Denis de la CJiartre, que l'on croit être le premier rezde-chaussée de l'ancien Paris. Sa structure basse et surtout sa situation peut nous faire penser qu'elle étoit aussi ancienne que le Châtelet même, car elle étoit adossée immédiatement à cette forteresse, dont elle avoit peut-être originairement fait partie; du moins lui étoit-elle si étroitement jointe qu'il y avoit communication de l'une dans l'autre. » — « Deux maisons du voisinage du Grand-Chastelet portent le nom du Parloir-aux- Bourgeois dans les aveux et dénombrements de PHosteldc-Ville, dont
(1364 1380) LIVRE VIII. CHAPITRE VI. a3l
Nous avons également mentionné la fondation , par le même roi , de l'hôtel Saint-Paul , résidence affectée aux souverains, et qu'il désignait sous le litre d1 Hôtel solennel des grands esbatlements . Les origines de ce palais sont minutieusement relatées dans les chartes. On sait qu'en 1 36o Charles V fit l'acquisition d'une maison appartenant à un nommé Simon Verjat et qui était située rue Pule-y- Muce, ou selon Dulaure, rue Puteymuse. Deux ans après le roi acheta l'hôtel des abbés et religieux de Saint-Maur, et quelques années ensuite celui des archevêques de Sens. Charles V paya à Guillaume deMelun, archevêques de Sens, la somme de i i,5oo livres, don ton employa i,5oo à l'acquisition de la maison de Jehan de TIestonienil, située près des Béguines, et le roi la céda au prélat. L'hôtel Saint-Paul, ainsi nommé de l'église paroissiale qu'il avoisinait, fut uni et incorporé au domaine par un édit de juillet i364, ordonnant qiiil nen fut jamais démembré pour quelque cause et raison que ce pût être , disposition que les successeurs de Charles V ne respectèrent pas toujours. La grande façade et l'entrée principale de l'hôtel Saint-Paul se trouvaient placées du côté de la Seine vers le quai des Célestins.
Cette demeure royale, ainsi formée de la réunion de plusieurs hôtels et de diverses maisons de structure diffé-
l'une, où peodoil pour enseigne le Bénistier, tenoit au inesme Chastelet, et l'autre, qui a voit pour enseigne la Teste-Noire, appartient depuis longtemps au chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois. Il est mesme probable que l'ancienne maison presbytérale de Saint-Leuffroy, attachée à la Teste- Noire, et celles de la Salamandre et"du Mouton-d'Or, hast i es derrière, sur la rue de la Joaillerie ou du Pont-au-Change, composoient le Parloir-aux- Bourgeois avec la maison du Bénistier, vu que les prévost des marchands et eschevins sont seigneurs de toutes ces maisons, qui sont en leur censive, et doivent à la Ville 3 sols parisis de rente. »
rente et inégale , contenait de grands appartements, la plupart accompagnés de chapelles, de jardins, de galeries, pour le roi, la reine, les enfants de France, les princes du sang, le connétable , le chancelier et les principaux personnages de la cour. Charles Y avait tout orné et disposé avec le luxe d'un roi et les recherches d'un malade. « La magnificence de cette demeure, la splendide hospitalité (ju'y trouvaient les princes et les seigneurs étrangers , faisaient illusion sur l'état du royaume. Le sire de la Rivière, l'aimable et subtil conseiller de Charles V, le gentilhomme accompli de ce temps, en faisait les honneurs. Il leur montrait la noble demeure de son maître, ces galeries, ces bibliothèques, ces buffets chargés d'or, et ils l'appelaient le riche roi(i). »
(0 M. Michelet.
Charles V occupait dans cet étrange et vaste palais le corps de logis qu'on appelait encore l'hôtel des archevêques de Sens. Un porche de bois d'Irlande richement sculpté, à plusieurs faces, et haut de neuf à douze pieds, donnait entrée dans les appartements royaux, composés d'une ou deux salles, d'une antichambre, d'une garderobe, d'une chambre de parade (chambre à parer), d'une chambre à coucher, appelée chambre où git le roi, et de la chambre des nappes, c'est-à-dire probablement la lingerie. Puis se trouvaient une chapelle haute , une chapelle basse, trois galeries de quinze , vingt-quatre et quarante-deux toises de longueur, la grand* chambre du retrait, la chambre du petit retrait et de V étude , une chambre de bains, une dHétuves et deux ou trois autres nommées chauffe-doux, à cause des poêles qu'on y mettait pendant l'hiver. Il y avait en outre dans ce même hôtel un jardin , un parc, des lices, un jeu de paume, une volière , une chambre pour les tourterelles , des ménageries de grandeur différente affectées aux sangliers et aux lions.
Indépendamment des appartements particuliers du roi il y avait à l'hôtel Saint-Paul deux chambres du conseil. Dans la plus grande (i) Charles V assemblait ordinairement ses conseillers d'État, et faisait souvent venir le Parlement.
La reine avait aussi des appartements magnifiques, comprenant un grand nombre de chambres, de cabinets, avec plusieurs galeries, deux chapelles, des étuves, etc.
(i) La grande chambre du conseil était longue de huit toises quatre pieds et large de quatre toises quatre pieds. Elle était contiguê à une chambre basse où dînait Charles V.
Les bains et les étuves de la reine, tant à l'hôtel Saint-Paul proprement dit qu'à l'hôtel du Petit-Muce, qui en était, comme on l'a vu, une dépendance, étaient pavés de pierres de liais, fermés d'une porte de fer treillissée et entourés de lambris de bois d'Irlande. Les cuves étaient de même bois, ornées tout autour de bossettes dorées et liées de cerceaux à clous dorés.
La chambre aux joyaux était fort riche, mais elle le cédait de beaucoup à celle du Louvre.
La galerie de C appartement de la reine surpassait, au contraire, tout ce qu'on voyait dans ce genre à Paris, même au Louvre. Sauvai en parle avec enthousiasme et la description qu'il en donneest vraiment curieuse. « Dans les siècles passés il n'y a pas eu, dit-il, de plus magnifique galerie que celle qu'acheva Charles V dans l'appartement de la reine à l'hôtel Saint-Paul. Elle avoil vingt-quatre toises de longueur. Depuis le lambris jusqu'à la voûte, et sur une terrasse qui régnoit tout autour, étoit représentée sur un fond vert une grande forêt pleine d'arbres et d'arbrisseaux, de pommiers, poiriers , cerisiers, pruniers et autres semblables^ chargés de fruits, et entremêlés de lys, de flambes, de roses et de toutes sortes de fleurs. Des enfants répandus en plusieurs endroits du bois y cueilloient des fleurs et mangeoient des fruits; d'autres arbres poussoient leurs branches jusque dans la voûte, peinte de blanc et d'azur, pour figurer le ciel et le jour ; et enfin le tout étoit de beau vert gai, fait d'orpin et de florée fine. Outre cela il fit peindre encore une petite allée par où passoit la reine pour venir à son oratoire de l'église Saint-Paul. Là, de côte et d'autre , quantité d'anges tendoient une courtine aux livrées du roi ; de la voûte, ou pour mieux dire d'un
ciel d'azur qu'on y avoit figuré , descendoit une légion d'anges jouant des instruments et chantant des antiennes de Notre-Dame. Le ciel, au reste , aussi bien que l'allée de la galerie, étoit d'azur d'Allemagne, qui valoit dix livres parisis la livre, et le tout ensemble coûta six vingts écus. »
Les cheminées des appartements principaux du roi, de la reine et des princes, étaient d'une grandeur extraordinaire. « Celle de la chambredu roi avoit pour ornement des chevaux de pierre. Les chenets étoient de fer ouvré, ainsi que les tenailles, les pincettes, les pelles et le traifeu. »
« Les poutres et les solives des principaux appartements étoient enrichies de fleurs de lys d'étain doré. Il y avoit des barreaux de fer à toutes les fenêtres, avec un treillage de fil d'archal, pour empêcher les pigeons de venir faire leurs ordures dans les c/uzmbres. Les vitres, peintes de différentes couleurs et chargées d'armoiries, de devises, d'images de saints et de saintes, ressembloient aux vitres de nos anciennes églises. Les sièges étient des escabelles, des formes et des bancs. Le roi avoit des chaises à bras garnies de cuir rouge, avec des franges de soie »
Les appartements étaient fort nombreux; on les désignait, ainsi que les chambres principales, par des dénominations spéciales. 11 y avait la grande chambre lambrissée ou chambre verte, la chambre des grands aulmoires, la chambre de Just, les salles de Sens et de Saint-Maur, la salle verte, la salle aux bourdons.
La salle de Théséus était ainsi appelée, selon Sauvai, parce que ce héros y était peint sur les murailles ou sur
236 HISTOHIE DE PARIS. (I3ÔW380)
les tapisseries. On doit faire remarquer qu'il ne s'agit pas ici du Thésée grec, mais du héros du roman du quatorzième siècle mis en vers au commencement du quinzième, et ayant pour titre : Théséus, fils de FLoridas, roi de Coulogne. La salle de Mathebrune était ainsi nommée parce que cette héroïne d'un autre roman du moyen âge était représentée sur la muraille dans les diverses phases de sa vie aventureuse.
Chacun des hôtels dont la réunion disparate formait l'hôtel Saint-Paul avait sa chapelle. Charles V préférait entendre la messe dans la chapelle de l'hôtel duPuteymuce.
Dans cet assemblage confus de bâtiments se trouvaient plusieurs cours. La cour des joutes était la plus vaste. Voici les noms de plusieurs autres : la cour des cuisines; celles des sauceries9 des celliers , des colombiers , des gelinières , du four , du garde-manger, de la cave au vin des maisons du roi, de la bouteillerie; la cour où se fabriquait Yhypocras; les cours de la paneterie, de la pâtisserie, etc. Les cheminées étaient d'une grandeur qui nous paraîtrait aujourd'hui fort extraordinaire ; on en plaçait jusque dans les chapelles. Il s'y trouvait aussi des poêles, alors nommés chauffedoux.
On fit, en 1367, fabriquer quatre paires de chenet en fer ouvré. La paire la plus légère pesait quarantedeux livres et la plus lourde cent quatre-vingt-dix-huit livres.
Les ans s'écoulèrent; d'autres rois se succédèrent sur le trône de France, et l'hôtel Saint-Paul, où l'on respirait un air fétide, produit par le voisinage des égouts et des fossés de la ville , fut abandonné par les
Valois, qui préférèrent liabiter l'hôtel des Tournelles , situé dans le voisinage , et qui eut également sa célébrité.
L'hôtel Saint-Paul, ainsi abandonné, tombait en ruines, lorsqu'en i5i6 François Ier, sans s'embarrasser si cette propriété faisait partie du domaine de la courronne et si elle était aliénable, commença à vendre une de ses parties à Jacques de Genouillac , dit Galliot , grand-maître de l'artillerie. Ce fut sur l'emplacement de cette partie de l'hôtel Saint Paul que dans la suite on établit l'Arsenal. Cette première atteinte à l'édit de Charles Y qui défendait d'aliéner l'hôtel Saint-Paul fut suivie de beaucoup d'autres infractions qu'on autorisa sans scrupule. Toutes les parties de ce séjour furent successivement vendues, et au dix-septième siècle on ouvrit sur leur emplacement des rues dont les noms désignent la situation des établissements qui s'y trouvaient. La rue Beautreillis ainsi que celle de la Cerisaie indiquent l'emplacement d'un hôtel de ce nom et des promenades plantées de cerisiers ; la rue des Lions, celui de la ménagerie. L'endroit occupé par l'hôtel du Puteymuce est encore indiqué de nos jours par l'existence d'une rue de ce nom, corrompu en celui du Petit-Musc.
Les fossés profonds qu'Etienne Marcel avait fait creuser pour garantir les abords des murailles de Paris avaient intercepté le cours des eaux de la Bièvre, rivière qui, depuis Philippe-Auguste, se trouvait encaissée dans un canal. Les religieux de Saint-Victor, au profit desquels ce canal avait été creusé, furent obligés de leur procurer un autre écoulement. Ils établirent une nouvelle branche de canal qui, suivant à peu près la direction de la rue des Fossés-Saint-
Bernard, versait ses eaux dans la Seine en traversant remplacement de la halle aux vins ; mais alors de tels changements ne s'exécutaient pas sans trouver de nombreux obstacles. Le prévôt de Paris et Pabbé de Sainte-Geneviève y mirent les plus fortes oppositions. Les moines de Saint- Victor s'en plaignirênt au roi, qui ordonna que cette branche de canal serait continuée, à la charge par l'abbaye de Saint-Victor de faire construire un pont sur le bord de la Seine, à l'endroit où les eaux du canal se verseraient dans cette rivière. Ce pont fut bâti et porta le nom de Pont -aux- Marchands .
La partie abandonnée de ce canal, qui se trouvait dans l'intérieur de l'enceinte privée des eaux de la Bièvre, servit d'égout aux rues des quartiers voisins. Un cloaque nommé Troa-Punais, situé à l'endroit où la rue des Bernardins rencontre celle de Saint-Victor, recevait les eaux dans les temps de pluie , et son trop-plein se déchargeait dans cette partie du canal. Il s'en exhalait une odeur qui incommodait les habitants du voisinage et causait des maladiescontagieuses. Pour obviera ce mal, au lieu de combler ce canal , on entreprit de le couvrir d'une voûte , qui fut bientôt percée pour servir aux vidanges des latrines de quelques maisons bâties sur ses bords. Le foyer de corruption n'en devint que plus actif. Il y eut des plaintes suivies d'ordres du roi qu'on n'exécutait pas : on respectait les droits seigneuriaux des religieux de Saint- Victor. Ce ne fut qu'en 1672 que ce foyer de puanteur fut supprimé et que la rivière de Bièvre s'écoula de nouveau dans la Seine par son lit primitif.
En 1378 Charles V fit reconstruire le pont Saint- Michel, que des inondations avaient emporté, il y avait plus
d'un demi-siècle. Il cliargea de cette entreprise Hugues Aubriot, capitaine et prévôt de Paris, qui employa à la construction les vagabonds de la ville. Le pont était presque terminé , déjà deux maisons s'élevaient sur les premières arches , lorsque les moines de Saint-Germain des Prés vinrent s'opposer à la continuation des travaux, en déclarant que le pont, les maisons qu'on bâtissait dessus , la rivière , son fond , ses rives , ainsi que leurs revenus, leur appartenaient, en vertu de la donation que leur avait faite le roi Childebert. Il fallut plaider ; le procès fut de longue durée et n'était pas terminé en 1 3g3 . On ignore quelles concessions, quels arrangements mirent fin à cette affaire ; mais Ton sait que le pont fut continué et terminé en i387, sous le règne de Charles VI. On le nomma d'abord le Pont-Neuf. Christine de Pisan dit de Charles V « qu'il ordonna à faire le Pont-Neuf, et en son temps fut commencé. » Quoi qu'il en soit, le nouveau pont, as.ez peu solide, fut entraîné en 1408 par une débâcle ;
§ m. — Leltres. — Sciences. — Collèges.
Cette période vit se fonder à Paris un très-grand nombre d'établissements d'instruction publique ; nous mentionnerons ceux qui eurent le plus de renommée.
Le collège et séminaire des Écossais, d'abord établi rue des Amandiers , fut transféré dans la rue des Fossés- Saint- Victor. Cet établissement eut pour premier fondateur David, évêque de Murray, en Ecosse, qui, en i323, consacra une somme pour assurer la subsistance de quatre pauvres écoliers de sa nation, dont un théologien et trois artiens, qui furent placés d'abord dans le collège du car-
!ll\0 HISTOIRE DE PARIS. (1564-1M0)
dînai Lcmoine.Adara Heret, trésorier de l'église de Murray et chargé de sa procuration , acheta pour cette fondation une maison située à Grisy, près de Brie-Comte-Robert, cent vingt arpents de terres labourables et douze à quinze arpents de prés dans le même lieu. L'acte de cette acquisition , en date du 18 février i325, porte qu'elle est faite pour le perpétuel vivre desdits pauvres écoliers dudit évesché de Moreve (Murray). Deux siècles plus tard, le protestantisme et le schisme ayant envahi l'Ecosse et dirigé contre les catholiques les plus sanglantes persécutions, on vit arriver en France beaucoup de jeunes Écossais que les événements contraignaient à quitter leur patrie. Dans l'étude seule ils pouvaient s'assurer des ressources pour l'avenir. C'est alors que Jacques de Beatown, archevêque Je Glascow et ambassadeur d'Écosse en France, intéressa Marie Stuart en leur faveur, leur fit dispenser les dons de cette princesse, et, pour sa part , leur légua tous ses biens. C'est avec raison qu'on le nomme le second fondateur du collège des Écossais.
L'établissement n'ayant pas été fondé uniquement pour des étudiants, mais aussi pour former des missionnaires destinés à prêcher en Écosse , a porté également la dénomination de collège et de séminaire. C'est pour ce motif peut-être que, quoique dépendant de l'Université, il ne fut pas supprimé en i ^63 comme tant d'autres et réuni au collège de Louis- le-Grand, siège de l'Université. Les lettres patentes du i5 décembre 1688, enregistrées au mois de juillet suivant , considèrent l'établissement sous le double rapport de collège et de séminaire. Le roi déclarait dans ces lettres «■ qu'il serviroit tant pour former des ecclésiastiques missionnaires a envoyer au royaume d'Écosse que
pour l'éducation de la jeunesse du même pays ; que le collège des Écossais demeureroit toujours uni à l'Université; que le prieur des Chartreux en seroit à perpétuité seul supérieur ; que le principal et le procureur seroient Écossais de nation , mais qu'ils seroient réputés vrais et naturels sujets du roi, et que les boursiers et écoliers seroient tous pareillement nés Écossais. » Le collège fut supprimé en 1790, ainsi que tous les autres établissements écossais ou irlandais. Après avoir servi de prison pendant la Révolution , il fut réuni, par les arrêtés du 19 fructidor an ix (6 septembre 1801), 24 vendémiaire et 3 messidor an xi (16 octobre 1802, 11 juin i8o3) et 2/4 floréal an xm (i4> mai i8o5), à la maison des Irlandais. Un décret impérial du 1 1 décembre 1808 le plaça sous la surveillance de l'Université , et la maison fut alors occupée par une institution (1).
Le collège de Marmoutier, établi rue Saint-Jacques, fut fondé par Geoflfroi du Plessis, qui, en 1329, donna quatre maisons qu'il possédait, dont trois étaient situées rue Saint-Jacques , en faveur des écoliers que le couvent de Marmoutier envoyait à Paris pour y faire leurs cours d'études. Dans la suite la réforme introduite dans l'abbaye de Marmoutier rendit ce collège inutile. Les Jésuites, en 1637, l'achetèrent pour accroître l'emplacement de leur collège de Clermont, aujourd'hui le lycée Louis-Ie-Grand .
J-«e collège de Bourgogne était situé , au temps des Valois, rue des Cordeliers ou rue de PÉcole-de-Médecine, et sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui cette école. Jeanne de Bourgogne, reine de France, comtesse d'Artois
(1) M. de Gaulle.
niST DE P4HI9. — T. II. 16
et de Bourgogne, épouse de Philippe de Valois, donna, par son testament de Tan 1 33a, son hôtel de Nesle, pour que le prix provenant de sa vente fût employé à la fondation d'un collège destiné aux pauvres écoliers séculiers ou réguliers du comté de Bourgogne qui voudraient étudier à Paris. Les exécuteurs testamentaires achetèrent une maison située vis-à-vis le couvent des Cordeliers, qu'ils appelèrent la Maison des écoliers de madame Jeanne de Bourgogne, reine de France. Suivant l'intention de la fondatrice on devait uniquement y professer la philosophie. Chaque écolier n'eut d'abord, pour sa nourriture et son entretien, que trois sous par semaine. En i536 le Parlement porta cette somme à cinq sous, et, en 1688, à trois livres dix sous.
Le collège des Lombards, situé rue des Carmes, fut, en i334, fondé par plusieurs Italiens qui voulurent que ce collège reçût le nom de Maison des pauvres escoliers italiens delà charité de Notre-Dame , et que onze boursiers y fussent enseignés et nourris. André Ghini, de Florence, évèque d'Arras, un des fondateurs, donna, pour établir ce collège, sa maison, située au mont Saint-Hilaire.
Le collège de Tours, situé rue Serpente, fut également fondé, en i334, par Etienne de Bourgueil, archevêque de Tours, pour un principal et six écoliers, auxquels il assigna trois sous par semaine pour leur nourriture. 11 donna pour cette fondation, plusieurs biens, et notamment une maison et son verger, situés rue Serpente , ainsi qu'une chapelle qu'il avait fait bâtir dans une maison voisine. Dans la suite quelques nouvelles fondations procurèrent de l'accroissement au nombre des boursiers. En id^o, la somme de trois sous par semaine paraissant insuffisante pour
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chacun d'eux , on l'éleva jusqu'à sept sous , et on accorda au principal dix sous six deniers.
En i336 Guy de Harcourt, éveque de Lisieux, laissa par son testament mille livres pour l'entretien et l'enseignement de vingt-quatre boursiers élèves de la faculté des arts, et cent livres pour leur logement. Le nouvel établissement, qui reçut la dénomination de collège de Lisieux, subsista d'abord rue Sain t-Sé vérin, et fut, cent ans plus tard, transféré dans les bâtiments du collège de Torchis récemment élevé sur la montagne Sainte-Geneviève et rue Saint-Étienne-des-Gres, en faveur des étudiants du diocèse de Lisieux. Dans les temps modernes ce collège eut pour élève l'abbé Del il le.
Nous mentionnerons ensuite le collège qui fut établi , en 1 348, dans une maison de la rue de Bièvre, par Guillaume de Chanac, évêque de Paris et originaire du Limousin. Le collège de Chanac porta également les noms de Saint-Michel et de Pompadour; il servait à l'entretien et à l'éducation de douze écoliers du diocèse de Limoges. Citons en outre le collège de Uubant ou de X Ave Maria, fondé, en i336, par Jean deHubant, conseiller du roi, et le collège de Mignon ou de Grammont, établi, en i343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois et maître à la chambre des comptes. Ce collège fut ouvert pour douze écoliers à choisir de préférence dans la famille Mignon. La chapelle, construite par Michel Mignon, fils de Robert, fut dédiée en i474 sous l'invocation de saint Gilles et de saint Leu. Ce collège fut réformé en 1 539 Par ^ean ^ Veneur, évêque de Lisieux, grand-aumônier de France. De laïque qu'il était il devint régulier en 1 584 (0-
(1) Henri lit, voulant établir en France les Hiéronymites, qu'il avait
En 1 34 1 Pierre Bertrand, natif cTAnnonay, évêque d'Autun, et depuis cardinal, donna une maison qu'il avait à Paris, rue Saint- André-des-Arcs, et quelques biens pour l'entretien et l'instruction de quinze jeunes gens des diocèses de Vienne, du Puy et de Clermont, qui devaient étudier en théologie, en droit ou en philosophie. Le nombre des bourses fut augmenté dans la suite pour les mêmes diocèses. En r 398 Oudart de Moulins, président en la chambre des comptes, légua une somme pour l'enseignement de trois écoliers de la ville de Moulins. Cette institution fut appelée collège d Autun ou du Cardinal.
Sous le règne de Philippe de Valois, et vers l'extrémité occidentale de la rue Saint- André-des-Arcs, existait déjà le collège dAubusson, dont les annales sont demeurées fort obscures. Quant au collège de Cambrai ou des Trois-Evêques, il dut son nom à trois prélats qui concoururent à sa fondation par des dispositions testamentaires. Guillaume d'Auxonne ou Guy d'Aussonne, évêque de Cambrai, sentant sa fin approcher, chargea, en 1 344 ? Par son testament, Hugues de Pomare, évêque de Langres, d'effectuer le projet qu'il avait eu d'établir un collège dans sa maison,
amenés de Pologne, leur donna le monastère des religieux de Grammont du bois de Viucennes, qui reçurent en échange le collège de Mignon. L'Université s'opposa à ce changement, qui paraissait devoir supprimer les bourses; mais le fameux avocat Chopin ayant montré qu'il s'agissait de changements de boursiers séculiers en boursiers réguliers, un arrêt confirma l'échange et ordonna que ce collège , qui dorénavant s'appellerait collège de Grammont , renfermerait huit religieux étudiants et un prieur. Les Grain montais ont occupé cette maison jusqu'en 1769; à cette époque Louis XIV, ayant supprimé leur ordre, ce collège fut uni à celui de l'Université. Les bâtiments en avaient été entièrement rebâtis en 1749» Ilstfurent occupés par l'imprimeur du Parlement; en t8ao par le dépôt des] Archives du trésor.
(1J64-U80) LIVRE VIII. CHAPITRE Vf.
vis-à-vis du cloître de Saint- Jean de Latran. Hugues, prévenu par la mort, laissa l'ouvrage imparfait. Dans le même temps mourut Hugues d'Arci, archevêque de Reims, dont le dessein avait été de faire construire aussi un collège. Les exécuteurs testamentaires des trois prélats se réunirent, et établirent le collège de Cambrai sur remplacement de la maison léguée par Guillaume d'Auxonne. L'acte qui contient cette fondation et les statuts est de l'an i348. Six boursiers élèves furent établis dans ce collège pour étudier, deux dans la faculté des arts, deux dans celle de droit et deux dans la faculté de théologie; ils devaient être choisis dans les diocèses de chacun des fondateurs, et à défaut dans les diocèses voisins.
Vers la même époque subsistait, rue Hautefeuille, dans une maison autrefois nommée Pot-d 'Étain , un collège qu'avait fondé Robert Clément, en 1 3^9? moyennant un legs de dix-huit livres de rente. Ce pauvre collège de maître Clément fut , dans la suite, réuni à celui de maître Gervais. •
Cette nomenclature des collèges fondes à Paris sous les premiers Valois serait incomplète si nous ne parlions du collège des Allemands, établi , à ce qu'il paraît , en 1 348, dans la rue du Mûrier, comme aussi du collège de Boncourf, fondé, huitansplus tard, par Pierre deBécourt, chevalier et seigneur de Fléchinel. Il était établi, dit l'acte de donation , « pour huit pauvres escoliers étudiants en logique et philosophie.. . .lesquels doivent être pris et élus, toutes fois que le cas si offerra, en le évesquié de Thérouenne, excepté ce qu'il y adudit évesquié au pays de Flandre (i). » Ces bourses de-
(i) Félibien, tome HT, \). ^o.
vaient être à la nomination de l'abbé de Saint-Bertin, à Saint-Omer, et de celui de Saint-Eloi, dans le diocèse d'Arras. Le collège reçut le nom du fondateur, qui fut depuis altéré et changé en celui de Beau cou rd , Bécourt, et enfin Boncourt.
Le 18 novembre i357 deux abbés désignés par le seigneur de Fléchinel rédigèrent les statuts du collège de Boncourt. * Ils veulent que les boursiers estudient aux arts et en philosophie , et que pour estre admis ils n'aient pas plus de 5o livres parisis de rente en bénéfice ou de patrimoine. » Ils leur assignent à chacun 4 sous parisis par semaine et leur imposent l'obligation de dire le petit office de la Vierge. Ils leur permettent « d'aller aux sermons qui se faisoient en latin en faveur des escoliers. » Ils leur défendent d'avoir « ni colombier, ni escurie, et de nourrir des chiens ou des oiseaux sales , comme pigeons et tourterelles. Chacun, à son entrée, se fournira d'un lit garni et de vaisselle d'estain, qui demeureront au collège quand il en sortira. Après sept ans au plus les boursiers seront -congédiez, pour faire place à d'autres. Dans la suite, si les revenus du collège venoient à s accroistre, on pourroit y establir. un prestre chapelain , tiré du diocèse de Thérouanne (i). »
Le collège de Boncourt acquit, au seizième siècle, une grande célébrité par ses récréations théâtrales. Étienne Jodelle, après avoir fait représenter sa tragédie de Cléopâtre captive à l'hôtel de Beims, la fit jouer de nouveau au collège de Boncourt (i55a), en présence de Henri IL Jodelle lui-même remplissait le rôle de Cléopâtre;
(i) Félibien, tome Ier, p. 609.
les autres rôles étaient attribués à des poètes de ses amis.
Au mois de mars i638 Louis XIII unit ce collège et celui de Tournai au collège de Navarre, mais celui de Boncourt conserva son nom ( i ). On communiquait de cet établissement au collège de Navarre par une galerie qui traversait la petite rue Clopin. La maison du seigneur de Fléchinel est occupée aujourd'hui par les bureaux, de l'École polytechnique.
1^ collège de Justice, situé rue de La Harpe, fut fondé en i354 par Jean de Justice, chantre de l'église de Bayeux, chanoine de Notre-Dame de Paris, etc., qui, par son testament, laissa plusieurs maisons et autres biens pour la fondation et l'entretien de ce collège. En 1764 il fut réuni à l'Université. Vers l'an 1367 existait à Paris, rue de l'Éperon, entre les rues du Battoir et du Jardinet, le collège de fend6me, dont l'origine est incertaine.
Paris renfermait en outre, dès le même temps, un assez grand nombre de petites écoles. On ne sait à quelle époque elles furent établies , mais on en comptait plusieurs en i3d7 ; elles se trouvaient alors réparties en divers quartiers de Paris, comme leprouveun règlementqui, en cette année, fut fait pour ces écoles. Ce règlement porte que les maîtres ne pouvaient enseigner que les garçons et les maîtresses que les filles, à moins que le chantre de l'église Notre- Dame, souverain dominateur de ces écoles, n'en ordonnât autrement. Chaque année les maîtres et les maîtresses étaient tenus de faire renouveler, en payant, la permission d'enseigner, permission que le chantre seul avait le droit d'accorder.
(1) Piganiol, tome V, p. 198.
En 1 38o il se tint une assemblée générale de tous les maîtres et de toutes les maîtresses; ils s'y trouvèrent au nombre de soixante-trois, dont quarante et un maîtres (quelques-uns avaient le grade de bachelier et d'autres celui de maître ès arts) et vingt-deux maîtresses.
Chaque écolier payait une rétribution à son maître , et chaque maître en payait une au chantre de Notre-Dame. Quelques maîtres, pour se soustraire aux droits de ce chantre, tenaient leur école dans des lieux écartés ; c'est ce qu'on nommait alors écoles buissonnières (i).
(i) L'autorité qu'exerçait le chantre sur les petites écoles lui avait été accordée par l'évêque de Paris , parce que ce second dignitaire du chapitre exerçait déjà, en vertu de ses fonctions cantorales, un pouvoir absolu sur les ecclésiastiques et les enfants qui prenaient des leçons de chant dans l'école établie près de l'église cathédrale. Lorsque la chantrerie venait à vaquer ou lorsqu'elle était en litige, le chapitre de Notre- Dame entrait en possession du pouvoir exercé par le chantre, et il en remplissait pendant ces vacances toutes les fonctions scolaires. Quelquefois même , et quoique la chantrerie fût pourvue d'un titulaire , le Parlement renvoyait au chapitre la connaissance des dénis de justice que le chantre pouvait faire aux maîtres ou maîtresses d'écoles et les affaires pour lesquelles ce dignitaire était récusé par les parties. Dans ces circonstances le chapitre rendait des décisions souveraines, auxquelles le chantre et les maîtres et maîtresses devaient également se soumettre. La juridiction du chef des petites écoles s'étendait dans toute la ville, Cité, Université et banlieue de Paris, à l'exception du quartier Saint-Germain, dont le seigneur temporel, l'abbé de Saint-Germain des Prés, ne dépendait que du Saint-Siège, exemption qui, du reste, fut abolie en 1669.
Les maîtres des petites écoles, soumis à une surveillance sévère, étaient obligés en outre d'acheter leurs lettres de maîtrise, qui cependant, selon les décrets de l'Église, devaient être délivrées gratuitement aux personnes capables d'enseigner. Une conclusion du chapitre , en date du 26 juin 14 ia, fixe les droits de provision qui devaient lui être payés pour collation d'écoles pendant la vacance de la chantrerie. D'après cette décision le notaire écrivait et scellait les lettres de maîtrise moyennant une somme de deux sous, dont il rendait compte au chapitre après avoir retenu huit
Sous le règne de Charles V le collège de Dormons ou de Beauwis fut fondé à Paris par Jean de Dormans,
deniers, et quatre pour le sceau. Les maîtres étaient obligés de payer ensuite sept ou huit sous lorsqu'ils renouvelaient solennellement leurs permissions d'enseigner. Le nombre des écoles s'accrut rapidement, et les maîtres et maîtresses formèrent alors une confrérie sous l'invocation de saint Nicolas , présidée par le chantre. Ils payaient trente-deux sous lors de leur réception ; plus tard ce droit s'éleva à quinze et trente livres, mais on n'oubliait jamais, dans la perception de cette taxe, les ressources du récipiendaire, et on la réduisit souvent de moitié.
Le chapitre de Notre-Dame et l'autorité civile publièrent, à différentes époques , un grand nombre de règlements sur les petites écoles, surtout pendant les guerres de religion, au sujet des écoles secrètes qu'on nommait
25o HISTOIRE DE PARIS. (1564-1380)
évêque de Beauvais, cardinal et chancelier de France, pour douze, ensuite pour vingt-quatre boursiers, et en outre pour un maître et un sous-maître. La chapelle fut bâtie en i38o. En cette même année Michel de Dainville, archidiacre d'Ostrevant, dans le diocèse d'Arras, fonda à Paris le Cellége de Dainville , tant en son propre nom que comme exécuteur testamentaire de Gérard et de Jean de Dainville, ses frères, le premier évêque d'Arras, puis de Thérouenrie, et enfin de Cambrai, et le second maître d'hôtel des rois Jean et Charles V. Cette fondation fut faite pour douze boursiers, parmi lesquels on devait choisir le principal et le procureur, et dont six devaient être du diocèse d'Arras, six de celui de Noyon. Le nouveau collège était situé au coin de la rue de J>a Harpe et de la rue des Cordelicrs (rue de FÉcole-de-Médecine).
Le collège de Maître Ga vais, dont nous parlions tout à l'heure, était situé rue du Foin Saint-Jacques et avait eu pour fondateur maître Gervais-Chrétien, chanoine des églises de Bayeux et de Paris , premier physicien, c'est-àdire médecin de Charles V. Les libéralités de ce prince l'avaient rendu propriétaire de trois maisons situées rue Érembourg-dè-Brie et de deux autres rue du Foin, qui étaient contiguës aux premières. Ce fut par leur réunion
buusonnières . Toutefois le gouvernement ne s'occupa guère de l'instruction primaire ; jusqu'à la Révolution notre législation est presque muette à cet égard. Les communautés religieuses , les écoles paroissiales suppléaient seules , par leur zèle et leur dévouement, à cette lacune. Mais après la suppression des Jésuites, en 1762, les parlements provoquèrent des réformes dans le système d'éducation élémentaire, et les philosophes les appuyaient en demandant que le clergé ne fut point seul chargé de renseignement de la jeunesse. La question était encore vivement discutée lorsque la Révolution éclata. (M. de Gaulle, tome II, p. 53o-53i.)
qu'il forma son collège, auquel il assigna des revenus pour l'entretien de vingt-quatre boursiers. Le contrat de fondation est, suivant Jaillot, du 20 février 1370. Charles V l'approuva par ses lettres, données en 1 3^8, augmenta la fondation de deux bourses destinées à des étudiants en mathématiques, y ajouta la concession des dîmes de Saineville et de Caenchy, etc., et voulut mettre le comble a ses bienfaits en honorant ce collège du titre de fondation royale. Ce prince , grand partisan de la médecine et de l'astronomie, donna aux écoliers les livres et les instruments nécessaires à l'étude de ces deux sciences, et fit lancer anathème par le pape contre ceux qui oseraient enlever de ce collège les livres et les instruments qu'il y avait placés (1).
La chapelle de ce collège possédait un reliquaire de vermeil sur lequel était cette inscription : « Charles , par la grâce de Dieu roi de France, cinquième de ce nom, a donné ce joaux, avec la croix qui est dedans, aux écoliers du diocèse de Notre-Dame de Bayeux (2). » La bibliothèque, suivant l'expression du Père Dubreuil, était belle, riche et magnifique.
(1) L'abbé Lebœuf. — M. de Gaulle, (a) Félibieu, t. Ier, p. 671.