III. Paris sous le roi Henri I
Henri, fils aîné de Robert, lui succéda le 20 juillet 103L Les commencements de ce règne ajoutèrent des calamités nouvelles aux "calamités existantes. On vit une guerre de famille, qui dura avec acharnement près de six années, dont les environs de Paris furent le théâtre, où l'on vit le nouveau roi armé contre sa mère et contre son frère, réduit à fuir cette ville, réduit à implorer des secours étrangers pour subjuguer sa propre famille, et pour s'affermir sur son trône ensanglanté. Cette g\ierre fut pour les Parisiens une abondante source de maux.
Les campagnes, réduites en déserts, n'offraient à la vue que des forteresses menaçantes d'où sortaient des seigneurs pour incendier et piller ce qui pouvait encore tenter leur avidité. Sous un tel règne, le commerce de Paris et l'agriculture furent presque anéantis. Des famines, suite naturelle d'un pareil régime, telles qu'on n'en vit jamais de plus horribles, vinrent encore accabler la population désolée, et accroître les malheurs causés par les guerres. Je donnerai dans la suite les détails de ces calamités, qui font frissonner (1).
Les établissements publics ne furent pas nombreux à Paris pendant ce règne ; les monuments historiques ne fournissent que les suivants •.
Sainte-Marine, d'abord chapelle, puis église paroissiale, située dans la Cité, et dans le cul-de-sac de Sainte-Marine, n» 6. Il en est fait mention, pour la première fois, en l'an 1036. C'était la paroisse la plus exiguë de Paris. Son arrondissement ne se composait que de douze ou treize maisons. Les personnes condamnées à se marier par le tribunal de l'officialité recevaient la bénédiction nuptiale dans cette église, dont le bâtiment, encore existaî^, sert aujourd'hui d'atelier à une raffinerie de sucre.
Saint-Martin-des-Champs. Cette abbaye, située rue Saint-Martin, n^s 208 et 210, et dont j'ai déjà parlé, fut, à ce qu'il paraît, entièrement détruite par les Normands : on ignore l'époque de cette destruction. Henri pr. dans un de ses diplômes de l'an 1060, dit que ce monastère fut dévasté par une rage tyrannique et sans
11) Foyes, ci-après, Tableau moral
exemple. * Je Tai fait reconstruire, con- « tinue-t-il. et j'ai donné à son église plus « d'étendue que n'en avait la première. . Longtemps stérile, elle pleurait la perte « de sa famille, et demandait que l'époux « céleste vînt lui rendre sa fécondité (I). »
Le surnom des Champs qu'a porté cette église indique sa situation dans un lieu inhabité ; et les expressions porro ante ParisiacŒ urbis portam, qu'on trouve dans le même diplôme. 'attestent son éloigneraent de la ville.
La construction de cette église ne se termina qu'en 1067, époque de sa dédicace. Elle fut d'abord desservie par des chanoines réguliers, mais ces chanoines furent bientôt corrompus. Ils vivaient déshonnètement et faisaient raauvaiseraent le service, disent les grandes chroniques de France: dans l'exemplaire de la Bibliothèque royale on lit: Ils vivaient en luxure et fourtrayaient (enlevaient) les femmes de leurs voisins (2).
A ces chanoines libertins on substitua, en 1079, des moines de Clugny : dès lors ce monastère, qui portait le titre d'abbaye, reçut celui de prieuré. Cette maison fut entourée d'une enceinte de murailles garnies de tourelles, et présentait l'image d'une forteresse. Le prieur et les moines étaient seigneurs hauts-justiciers dans leur enclos.
L'église de Saint-Martin, son monastère et les maisons qu'habitaient les sujets lies moines, formaient un village séparé de Paris, comme l'indique son surnomdes Champs.
L'église et le réfectoire furent reconstruits au treizième siècle.
Le cloître, commencé en 1702,futachevé en \12S). En 1712, on bâtit les maisons situées sur la rue Saint-Martin; on détruisit la prison et l'auditoire ; on perça une porte symétrique à celle du monastère qui donne entrée dans une cour dont les bâtiments furent reconstruits en 1720: on rebâtit la prison et une fontaine publique, située au coin de la rue du Vertbois. Une tour de la prison existe encore
dans l'angle de cette rue.
Un marché subsistait dans la rue et devant le monastère de Saint-Martin; il
[l) Diplomata Henrici I. Recueil des Historiens de France, t. XII, p. 605.
(2)/?ecue«i des Historiens de France, t. XII, p. 135.