TOME M
2206 SIÈGE DE ZAPA.
Quand les pélerins virent une si forte cité, 1ls se demandèrent comment ils pourraient la soumettre, si Dieu lui-même n'y mettait la main. « Les premiers vaisseaux arrivés Jeterent l'ancre devant la ville: vous eussiez vu alors maints chevaliers softir des nefs, tirant leurs chevaux par les rennes; grand nombre d'hommes de pied garnis de leurs armes, portant maintes enseignes, dresser tentes et pavillons tout à l’environ de la place.» Lorsque les habitans de Zara se virent si bien entourés, ils envoyèrent des messagers au doge pour lui rendre la ville; mais ceux d'entre les barons francs qui s'étaient opposés à l'expédition, dans l'intérêt du pape, leur dirent: « Pourquoi voulez-vous rendre ainsi votre cité? soyez sürs que les Francs ne sont pas en volonté de vous chercher noise; si vous vous pouvez défendre des Vénitiens, vous êtes sauvés. » Les messagers sen retournérent et rapportèrent aux habitans les propres paroles des chevaliers. Lorsque Dandolo revint pour annoncer qu'il acceptait le traité, il ne trouva plus les messagers: dés lors 1l résolut de pousser le siége. Comme :1l venait sous
DIVISIONS DANS LE CAMP. 227 la tente pour consulter les barons, un certain abbé de l’ordre de Citeaux se leva sur ses pieds, et dit aux chevaliers de France: « Seigneurs, je vous défends de par le pape que vous n'assaillez cette place, car elle est pleine de chrétiens, et vous êtes pélerins croisés pour une autre fin que pour les combattre. »
Le doge fut fort irrité en entendant ces paroles : « Quoi! dit-il, j'avais cette ville à ma discrétion et merci, et vos gens me l'ont tollue. Vous m'avez juré de la conquérir, je vous semonce de ce faire! » Le plus grand nombre des barons répondit : « Sire doge, c'est juste, nous vous assisterons en ceci. » Le lendemain, les leviers et mangonaux commencèrent à jouer contre Zara, qui se rendit sous peu de jours, aux mêmes conditions dont on était déjà convenu. Le doge rendit grâce aux pélerins de ce succès, et leur dit : « Voici l'hiver qui commence; nous ne pouvons partir jusques à Pâques-Fleuries ?.
Répartissons-nous des logis dans la ville. »
Ce qui fut fait; et chacun obtint, selon son « Enist. Innocent. , publiées par Dutheil, liv. VIE, p. 09:
2 Les Rameaux.